De la créativité à l'innovation

Créativité et Innovation : du storytelling au storydoing !

Le Regard de JC2 sur l’édition 2013 de l’Ecole d’Automne en Management de la Créativité de Strasbourg*

Texte complet avec illustrations à télécharger sur : Qréatif au coeur de SXB

Du 4 au 9 novembre 2013, j’ai eu la chance de participer à l’Ecole d’Automne en Management de la Créativité, organisée à Strasbourg (SXB) pour la quatrième année consécutive par le Bureau d’Etudes Economiques Théoriques et Appliquées (BETA) de l’Université de Strasbourg en association avec MOSAIC, pôle de créativité et d’innovation d’HEC Montréal. J’en rapporte ici quelques images, celles qui m’ont  particulièrement marqué, sous une forme narrative déjà utilisée lors d’un premier épisode (ExcentriQ au cœur de YUL !), suite à la Summer School in Montréal (YUL) en juillet dernier.Ecole automne SXB logoAvant de vous entrainer dans mes pérégrinations alsaciennes, je profite de ces quelques lignes pour remercier Patrick LLERENA, professeur à l’Université de Strasbourg et organisateur de l’événement et ses principaux CO-mplices : Laurent SIMON (HEC Montréal et MOSAIC), Aude PLASSARD (Communauté Urbaine de Strasbourg et BETA), Patrick COHENDET (HEC Montréal et MOSAIC), Francis GOSSELIN (f&co, Montréal), Adeline CORNET (ID-Campus, Université de Liège), Denis RAISON (BETA et Université de Strasbourg) et Sabine CULLMAN (Université de Strasbourg) avec ses jeunes docteurs du Master en Ingénierie de Projets Innovants (IPI) cuvée 2013,… une fine équipe montréalo-strasbourgeoise, teintée de liégeois, qui m’a permis de vivre cette semaine particulièrement inspirante au milieu d’un groupe de plus de 200 hémisphères cérébraux droits et gauches, tous plus interconnectés les uns que les autres. A fréquenter sans modération !

Du storytelling au storydoing. Pour les deux premières journées de cette semaine à SXB, le programme est plutôt copieux. Gargantuesque ! On va tout d’abord s’intéresser à la compréhension des processus créatifs (comment favoriser l’idéation ?) et à la mise en œuvre par l’expérimentation (comment passer au prototypage ?). Du storytelling au storydoing ! Cela s’apprend, s’améliore et se perfectionne. Les méthodes créatives se pratiquent en apprentissage et en immersion, dixit nos animateurs liégeois et montréalais plus expérimentés et outillés les uns que les autres. Les objectifs de la formation sont clairement énoncés : il s’agit d’analyser et de comprendre les fondamentaux du management et de la créativité, de s’approprier une démarche créative sans avoir peur de « sortir de sa peau » de sa boîte (out of the box) et de ses fixations, de savoir évaluer la valeur ajoutée de ces démarches et d’en rendre compte pour enfin capitaliser ses expériences de travail collaboratif (co-working et codesign) sur des cas concrets et des situations de terrain.

Les créatifs parlent aux créatifs ! Pour suivre de manière continue l’avancée de nos réflexions et expérimentations, il nous est proposé d’utiliser pendant la semaine divers modes de communication et d’interaction : un mur de créativité à construire sans aucune limitation de surface ou de nombre de pixels sur Padlet (http://padlet.com/wall/creasxb2013), une page sur Facebook (https://www.facebook.com/CreaSXB) pour retrouver toute l’actualité de l’Ecole d’Automne et l’ensemble des liens illustrant nos productions, un mot-dièse (#creasxb) sur Twitter pour réagir immédiatement et en moins de 140 caractères à chaque fois qu’une inspiration nous traverse et pour celles et ceux qui en veulent davantage, un accès au blog Tumblr (creasxb.tumblr.com), à la page Flickr (flickr.com-groups-creasxb) pour nos photos et à GoogleDoc pour partager en direct et en complémentarité nos notes et l’annuaire des participants (http://bit;Ly/creasxb2013).

Elémentaire, mon cher Laurent. Les notions fondamentales du management de la créativité nous sont rappelées par Laurent SIMON. Souvenirs de YUL en juillet 2013 à l’Ecole d’Eté en Management de la Créativité. Que ce soit par la méthode KCP, par l’utilisation de Lego ou de tout autre matériau, découpé ou imprimé en 3D, nos cerveaux d’apprentis-créatifs sont amenés à penser autrement, à sortir du cadre. Nous passons dans un autre monde après en avoir traversé plusieurs : société industrielle, société de l’information, société de la connaissance et aujourd’hui… société créative. Nos univers d’accumulations cèdent la place aux combinaisons associatives et à la diversité. Notre production évolue progressivement dans le sens : produits → informations → connaissances → idées qui deviennent le carburant raffiné du moteur de la croissance. Il nous faut reconstruire l’économie par la conception de nouveaux produits et services, mais aussi et surtout par de nouvelles pratiques de management.

La génération d’idées est caractéristique d’une société créative, mais celles-ci ne viennent pas toutes seules. Leur génération provient d’un processus dynamique en 3 étapes : Emergence. Atterrissage. Acceptation. Elle nécessite des processus d’idéation qui vont permettre de casser les règles (une émergence d’idées correspondant à une phase de rupture), de mettre en place des auto-organisations, des métarègles, mais aussi l’écriture d’une grammaire d’usage (un code-book) composé d’un manifeste (afin d’écrire les ouvertures intentionnelles de ces nouvelles idées) et de modes d’emplois appropriés. Finalement, on réfléchit sur ce que l’on a en commun, puis on exprime ce que l’on est et ce que l’on veut devenir. Cela conduit à l’innovation ouverte, le crowdsourcing et les communautés d’usage.

Vers un inconnu désirable. A l’aide de la théorie C-K (creativity-knowledge), on peut imaginer de déstabiliser les modèles classiques de recherche et développement (R&D) pour créer un état intermédiaire qui soit l’innovation. Un état (I) qui joue le rôle de catalyseur entre le savoir (R) et le faire (D). Il suffit pour cela d’intensifier les processus d’innovation et de provoquer des ruptures dans l’identité des objets. On redéfinit les choses et on se projette dans d’autres univers,… la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre ! La théorie C-K permet de faire ce grand écart sans se désarticuler. Elle relie le processus de la créativité (C) à celui de la connaissance (K). On peut donc continuer à être rationnel dans l’inconnu, ce qui permet d’intensifier nos processus d’innovation. Il faut pour cela disposer dans son environnement à la fois de lieux et de méthodes d’animation qui stimulent la production d’idées, mais aussi de laboratoires et d’équipes de recherche qui nous ramènent à la faisabilité. De l’idéation au prototypage par cycles successifs…

La démarche engendrée par cette théorie commence par une étape qui consiste à énoncer les « inconnus désirables » (innover commence par « rêver » et non par « construire et planifier »). Il ne faut pas être déçu si ce que l’on invente n’est pas exactement ce que l’on avait prévu de faire au départ. Cela pourrait même être mieux ! L’idée intéressante ou le nouveau concept est donc le point de départ. Dans l’étape suivante, il faut accepter de réviser l’identité des objets et des systèmes que l’on va manipuler (c’est ce qui a permit par exemple d’inventer le Segway, véhicule urbain motorisé, à deux roues, sur lequel on se tient debout et miraculeusement sans tomber, déjouant ainsi les lois les plus élémentaires de la gravité). Il est donc permis, voire fortement suggéré, de transformer les idées et objets de départ quitte à en faire des chimères… à les réinterpréter, ce qui interrogera le monde de la connaissance. Un exemple serait de réfléchir à l’utilité, puis la faisabilité d’une « brosse à dents antidépressive » !… qui interrogerait les spécialistes de la brosse à dents, mais aussi ceux du stress. Deux mondes qui ne se croisent jamais et que l’on solliciterait pour redéfinir les concepts et pour peut-être en redécouvrir d’autres ? Tout est permis. Les idées les plus folles ne valent rien en elles-mêmes, d’où la nécessité de les relier à des poches de connaissances que l’on n’a jamais consultées. Les ruptures peuvent ainsi amener des connaissances, ce qui inverse l’idée habituelle qu’elles proviennent uniquement de la recherche. De la R&D à la KCP (Knowledge-Concept-Prototype), il n’y aurait qu’un pas ! Enfin, dans une troisième étape, il s’agira de travailler par un codesign très exigeant (le contraire de ce qui parait le plus facile), c’est-à-dire imaginer notamment des écosystèmes innovants et l’organisation de collectifs d’innovation. De nouveaux objets créent de nouveaux usages, mais surtout de nouveaux réseaux !

The state of the non art ! Quelle que soit la méthode de créativité choisie, il convient d’inverser le fonctionnement de notre brainstorming. La méthode KCP est l’illustration que de nouvelles idées peuvent conduire à l’ouverture de nouvelles phases de connaissances, ouvrir nos systèmes de références et nous sortir de nos fixations (notamment culturelles), ces dernières nous enfermant dans des processus automatiques de raisonnement… The state of the non art ! Des psychologues ont étudié le niveau de fixation qui pourrait nous empêcher de profiter au maximum des méthodes de conception concourante, de créativité ou de co-working. A titre d’exemple, on a proposé à des publics très différents de « dessiner un animal qui ne vit pas sur la Terre » ou d’imaginer une méthode qui « permettrait de lâcher un œuf du 40ème étage d’un building sans qu’il ne se casse au sol ». Dans le premier cas, la majorité des personnes a dessiné un animal avec une symétrie normale et souvent avec une sorte de tête et des pattes. Dans le deuxième exercice, plus de 80% des solutions ont concerné l’amortissement physique de la chute ou la protection de l’œuf ! Il a été constaté dans ces études que les publics ayant eu des formations plutôt « scientifiques et technologiques » étaient les plus fixés, alors que les profils de type « sciences humaines et sociales » ou « designers » avait de plus grandes capacités à explorer de nouveaux territoires. Hémisphère droit versus hémisphère gauche ? That is the question !     

Un opérateur de créativité à SXB. Peut-on construire ensemble un espace de créativité à l’échelle urbaine, sorte de Living-lab au service des entreprises et des citoyens ? C’est sous la forme d’un atelier de créativité que nous avons été amenés à réfléchir au devenir de 5 sites strasbourgeois, soient un espace conçu pour des artistes, une ancienne manufacture de tabac à réhabiliter dans un univers à la fois scientifique et artistique, un incubateur de projets à dominante scientifique, une fabrique du numérique avec un espace de co-working et un campus avec des activités de soins et des laboratoires de recherche, tout cela dans le cadre de la mise en place d’un opérateur de créativité. Un grand jeu expérimental avec visites et enquêtes sur le terrain pour une livraison de projets innovants sous forme de pitch-elevator, soit 7 minutes pour convaincre ! Les 5 fonctions attendues pour cet opérateur étaient : stimulation des entrepreneurs à l’innovation et à la créativité, développement de projets d’entreprises, mutualisation et structuration des moyens, valorisation et animation de la coopération inter-sites. Un très bel exercice qui nous a permis de construire en co-working la silhouette de ce que pourrait être dans un avenir très proche ce nouveau lieu de créativité à Strasbourg.

Welcome to Legoland ! Des adultes qui jouent aux Lego, est-ce bien sérieux ? Qui plus est, des chefs d’entreprises, des entrepreneurs, des salariés, des professeurs d’université, des chercheurs, des docteurs, des doctorants… alors, on croit rêver ! Et quand je pense que l’on aurait pu aussi utiliser de la pâte à modeler, des cubes ou des morceaux de tissu et de bois… Quoi qu’il en soit, on accepte l’exercice. Les équipes sont formées et à chacune d’entre elles, on donne 5 pièces de Lego. Il s’agit de construire un « canard » ! Résultat : autant d’oiseaux différents que d’équipe ! A cela rien d’anormal, car il suffit de savoir qu’avec 2 blocs de Lego possédant chacun 4 crampons, on peut faire 24 combinaisons, 1560 avec 3 blocs, 119.580 avec 4 blocs et 915.103.765 avec 6 blocs !

Donc, alors que tout semble simple et limité, on peut imaginer créer ce que l’on veut. Une infinité de possibilités. Dans la deuxième partie de l’exercice, alors que nous possédons un sac de pièces de Lego plus différentes les unes que les autres, on nous demande de réaliser la construction la plus haute possible et cela en quelques minutes. Bel exercice de travail d’équipe pour se mettre d’accord et participer à une construction collective en conditions de stress. Vive les serious games ! Enfin, dernier exercice : construire un environnement de travail avec 2 personnages, genre Play-mobil, échanger des pièces entre équipes pour transformer cet espace de travail en fonction des contraintes, puis connecter les espaces de travail, tout au moins les comparer entre eux et en tirer des idées qui pourraient être testées dans la réalité. Un exercice sympathique et ludique pour nous, mais qui est réalisé de manière très sérieuse dans les plus grandes entreprises et parmi les plus innovantes.

Le poids des mots, le choc des… mots ! Moment de bonheur que celui d’écouter Jean-Jacques STRELISKI sur l’art de convaincre. Son regard de publiciste aguerri va nous éclairer. Tu veux vendre des courants d’air ? dit un jour Abraham BLEUSTEIN à son fils Marcel, autodidacte… bien avant qu’il ne crée Publicis. Alors bonne chance, car une chose est sûre : Personne ne se lève le matin pour te rendre riche (Jacques BOUCHARD, publicitaire québécois). Il va falloir se battre, convaincre et faire des propositions désirables. Repérable. Désirable. Unique. Au-delà de ces trois piliers, tout combat est perdu d’avance, même pour le vendeur le plus doué. Alors que l’habitude est d’utiliser le langage des images ou des photos, arguant que chacune d’entre elles vaut mieux que mille mots, JJS nous prend à contre-pied avec ses slides qui ne présentent que des citations. Des enchainements de lettres blanches tissant d’admirables phrases sur fond noir, de quoi nous interpeller. Une image vaut mille mots parait-il,… raccourci idiot qui dénigre l’autre comme s’il n’était pas capable de comprendre ce que l’on dit. Le sens des mots, la profondeur des phrases sont accessible à tous.

Dans l’art du pitch, c’est l’inverse ! Point de condescendance. Il faut respecter son auditoire. On emploie un langage vrai et accessible pour créer avec son public une zone de confort, une zone de commerce (« co-merci ») et trouver grâce à ses yeux. On donne du sens aux mots sans les galvauder, en aucune manière. Les mots sans les pensées ne mènent pas au ciel (William SHAKESPAERE). Intuition. Point de vue. Conviction… trois nouveaux piliers qu’il faut avoir en tête. Toujours se dire que le message que l’on porte sera interprété différemment par chacun le recevant. L’important, c’est ce qui se passe dans la tête des autres (Arthur MILLER). Aptitude. Attitude. Altitude. Encore trois règles d’or. Il faut être capable d’observer les choses dans leur moindre finesse. L’aptitude est celle d’être compétent. Sans elle, point de créativité. Il faut aussi être capable de s’ouvrir aux autres, avoir une attitude à la relation. Sans elle, point d’interaction ou de synergie. Enfin, il faut de l’ambition, être capable de s’élever pour donner le meilleur. Il faut donc savoir lutter aussi contre les éléments. Les raisons de ne pas faire sont infiniment plus nombreuses que celles de faire ! Et surtout, il faut viser l’excellence. L’exemple sublime est celui d’Antonio STRADIVARI (Stradivarius), luthier de Crémone, mort en 1737 et laissant au monde seulement 650 violons éponymes alors qu’il en avait fabriqué plus de 1100. Aujourd’hui encore, ces chefs-d’œuvre restent inégalés. Secret du maître : les choses se font dans le détail !

Pitcher, c’est gagner par conviction. Il faut croire en ce que l’on fait et ne pas avoir peur de le défendre, ne pas avoir peur de prendre des risques. Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre (Nelson MANDELA). Convaincre, c’est vaincre avec l’autre et non contre ! Vendre, c’est convaincre ! (Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET). Il faut réussir à convaincre l’autre d’acheter ses idées. Le pitch est un combat qu’il faut gagner par conviction. Il faut être plus fort que ses concurrents, compétiteurs eux-aussi et être capable de lire dans le jeu de l’autre, connaître les cartes cachées, surtout celles de « l’emmerdeur » ! Il s’agit de bien défendre ce que l’on a préparé. Mais le pitch est aussi une ascension. Il y a un tempo à respecter jusqu’au sommet. Si on gagne, on le fête… si on perd, on le fête aussi, mais on cherche à comprendre pourquoi ? Le pitch est une partie de plaisir. Et notre orateur talentueux de conclure qu’il n’y a pas de recettes miracles dans cet art de convaincre, juste comprendre l’autre et de sans cesse se remettre en question. Les recettes ne sont écrites que pour comprendre nos échecs (Jean-Jacques STRELISKI).

Vers une sérendipité urbaine. Dans une ville qui se veut créative, l’innovation collective permet de créer de très beaux événements. Ces manifestations artistiques et culturelles peuvent rencontrer un grand succès auprès de la population, mais elles sont peu résistantes à l’épreuve du temps, car non protégée contre l’essoufflement. L’habitude et la routine sont des ennemis de la créativité en mouvement. On parle de lock-in de l’innovation, ce qui verrouille de l’intérieur. L’un des acteurs de la manifestation peut devenir le « vernis » du projet, créant des coalitions bloquantes. Un certain conformisme peut commencer à s’installer avec la routine et puis quelques phénomènes de hold-up peuvent se faire sentir au moment de la communication, un acteur tirant un peu plus à lui la couverture, par effet d’opportunisme, quand la manifestation a du succès.

Innovant et créatif ne vont pas forcément de pair. Bien sûr, un collectif peut être innovant et créatif. C’est ce que l’on observe dans des organisations en réseaux où les acteurs centraux, même s’ils ne bougent pas beaucoup, bénéficient d’une périphérie exploratoire (le « vernis » des autres). C’est un maillage qui provoque cependant du lock-in et du conformisme. Un collectif peut aussi être créatif sans être innovant. C’est le cas de réseaux à périphérie bien intégrée au cœur qui provoque quant à eux du lock-out et de la résilience. Pour permettre à une ville d’être créative, pour qu’elle puisse provoquer le hasard heureux (la fameuse sérendipité) et trouver ainsi de nouvelles idées pour de nouveaux projets plus innovants les uns que les autres, il est nécessaire d’aller plus loin que de simplement constituer des réseaux. Il faut imaginer, puis organiser des espaces créatifs.

Des tiers-lieux, des espaces intermédiaires, des espaces non dédiés où l’intérêt est collectif, ont commencé à prendre place en ville dès le 30 janvier 2008 à Paris avec « La Cantine » (Silicon Sentier), donnant ensuite « Le Camping » en 2010 et le « NUMA » en 2013. Ce réseaux des « Cantines » s’est ensuite exporté à Rennes (2010) avec « Rennes by Rennes » et « l’Annexe », Nantes (2011) avec « l’Atlantic », Toulouse (2012) avec « La Mêlée »,… puis Strasbourg, Marseille, Bordeaux avant Angers, Le Mans, Saint-Brieuc, Quimper,… Aujourd’hui, tout le monde veut sa « Cantine » ! Grande faim de créativité… avec un m !

Vous avez dit Salmisme ? Du nom de SALM, société alsacienne de meubles et spécialiste de la cuisine, qui a inventé un nouveau mode d’organisation pour oublier définitivement le Taylorisme et dépasser le Toyotisme. Une rencontre particulièrement intéressante lors de cette semaine de créativité. Comme nous l’apprennent les bonnes formations de commerce, les entreprises sont passées progressivement de la production de masse avec des produits standards (le taylorisme des usines Ford) aux produits diversifiés avec assemblage à la commande (la diversité programmée de Toyota). On pensait avoir trouvé les deux seuls modèles possibles, sorte de choix unique à faire entre « production de masse » et « singularité ». C’était sans compter sur SALM qui a inventé ce que l’on pourrait qualifier de « production spécifique ».

Chez eux, il s’agit de fabriquer les composants des meubles dès la commande, ce qui va réduire considérablement le délai d’attente des clients pour leur cuisine personnalisée. On retrouve le côté artisanal et donc créatif qui avait été plus ou moins abandonné avec l’industrialisation où créativité et réalisation ne font pas toujours bon ménage. L’entreprise industrielle s’est donc mutée ici en apporteur de solutions fonctionnelles (sur mesures) d’aménagement de l’habitat. Lors de la commande d’une cuisine, on cherche immédiatement à personnaliser la dimension et l’aspect des futurs meubles. Il est donc possible de faire un meuble de cuisine vraiment unique et dont on peut imaginer la forme avec le client, même si ce meuble n’a encore jamais été fait. La forme et les dimensions sont décidées à la commande et le produit final est conçu au magasin lors de la vente. Le rôle de certains vendeurs a été transformé en assembleurs et concepteurs d’espace. La diversité des produits vendus n’est donc plus programmée comme chez Toyota, mais décidée en amont avec le client lors de la vente. Le meuble de cuisine prend une double identité, celle de l’entreprise bien sûr, mais aussi la signature du client. SALM invente la diversité utile, celle qui renforce l’identité du produit.

Raconte-moi ta cuisine. L’exercice de créativité qui succède à la rencontre avec SALM sera d’imaginer la cuisine de demain, en utilisant une méthode de créativité plutôt adaptée au domaine de l’architecture et du design. Nous nous répartissons en équipes de 6 à 8 personnes pour constituer une famille virtuelle, soient les utilisateurs de la cuisine. Dans un premier temps, chaque équipe construit sa famille, de la plus classique à la plus recomposée. Ensuite, chaque personne dans le groupe s’identifie à un membre de la famille et parle de sa cuisine (et l’écrit)  telle qu’il l’a vit au quotidien.

On remplit des fiches d’utilisation et de perception de la pièce et on les dispose sur un tableau pour obtenir une vue synthétique des rapports entretenus par les membres de la famille entre eux et dans la cuisine. Tout est pris en considération : petit-déjeuner, diner et souper, préparation des repas habituels, activités de cuisine exceptionnelles, rangement des courses,… et même les devoirs des enfants ou tout autre activité. En fin d’exercice, chaque groupe est amené à raconter ce qu’est la cuisine ainsi imaginée en prenant l’angle de vue de l’un des membres de la famille, au choix ou imposé. Un exercice de créativité avec une méthode visuelle qui nous a permis de dessiner en deux heures jusqu’à 6 cuisines différentes et personnalisées. De quoi nous donner envie d’utiliser cette méthode pour nos propres projets.

Y a-t-il un pilote dans la… vie créative ? En voiture, mais sans chauffeur… pour créer l’innovation de rupture. Génial, nous allons faire un petit tour dans un véhicule du futur, système de transport intelligent, 100% électrique et autopiloté, prévu pour 8 à 10 personnes. C’est l’expérience qui nous attend à l’Institut Européen des Entreprises et de la Propriété Intellectuelle (IEEPI). Dans le cadre du projet CATS (City Alternative Transport System), nous découvrons ce que seront les modes de déplacement de demain dans les grandes métropoles. Sur ce plan, Strasbourg avec son tramway (20 ans déjà) conçu en symbiose avec le centre urbain a déjà un… train d’avance ! Une question majeure dans cette problématique de mobilité est celle des « derniers kilomètres » nous amenant au bureau ou à la maison.

C’est notamment l’enjeu de NAVIA, ce véhicule innovant spécialement conçu pour de petites distances et que nous testons avant de donner notre avis sur ce que nous attendons des futurs modes de déplacement par véhicule électrique… et ceci par la méthode des 6 chapeaux de Bono. Des dizaines de post-its multicolores, portant chacun un mot, un adjectif ou une réflexion forte, vont ainsi être collées sur 6 tableaux chacun caractéristique d’une posture ou attitude. La synthèse donnera les 6 impressions suivantes : « Ma voiture, mon amie » (organisationnel), « on y cultivera notre jardin » (créatif), « un p’tit digeo pour remonter le moral » (émotif), « bref, c’est un peu ennuyeux » (factuel), « c’est pas gagné » (négatif) et « la vie est facile » (positif). La voiture de demain, bien plus qu’un simple véhicule… pourquoi pas ?

La part du colibri. Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! ». Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part ». Cette légende amérindienne plante le décor de nos réflexions en responsabilité sociale et environnementale, abordées par l’exemple des « living labs » pouvant aider à l’amélioration de la vie en ville (innovation sociale) et le télé-travail (avec le « bureau mobile ») dont on peut montrer qu’il est à la fois productif et écologiquement responsable.  Aider à changer les comportements, les usages, voilà qui compte aussi beaucoup (et surtout) lorsque l’on pratique l’open-innovation.

S’il te plait, dessine-moi une maison ! Comment passer de l’idéation à l’innovation ? Quelle place attribuer aux utilisateurs ? Les objectifs de cette journée sont de comprendre et prendre la mesure de l’open-innovation, de produire des idées qui intègrent des connaissances communes aux projets innovants et d’appréhender les méthodes d’exploration des usages et des anticipations appropriées. C’est une nouvelle compétition, a beauty contest, qui nous occupera cette fois-ci entre équipes maintenant bien entrainées à l’idéation collective. Les commanditaires de l’épreuve sont le Pôle ENERGIVIE et HAGER, SOCOMEC et SOPREMA, trois entreprises spécialisées dans la distribution électrique, la maîtrise de l’énergie et l’enveloppe des bâtiments.

A l’aide de 5 méthodes d’idéation différentes (une par animateur), nous allons devoir imaginer la maison de demain, complexe de praticité, de domotique, de qualité environnementale, mais aussi et surtout de bien-être. L’enjeu est de taille pour la société. Il est rappelé par un simple chiffre, mais effrayant, le coût de la non qualité en France dans le bâtiment, estimée selon nos experts du jour à 15 milliards pour 130 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel ! De quoi avoir envie d’être créatif ! Après 3 heures d’atelier, déjeuner compris, ce seront 5 nouveaux pitchs qui dresseront sous des formes très différentes les propositions de nos équipes. De quoi satisfaire réellement les professionnels nous ayant mis à l’épreuve.

L’énergie du Saint-Laurent. Avec HYDRO-QUEBEC, la créativité est au service du consommateur. L’entreprise québécoise nous décrit dans un premier temps son métier (plutôt classique) qui consiste à capter l’énergie (à 98% hydraulique et 0% nucléaire), la stocker, la transformer, la déplacer et l’utiliser. Merci au gigantesque Saint-Laurent ! Mais elle ne se contente pas de cela. Face aux 5 défis qu’elle s’est fixés (développement des systèmes et optimisation, efficience d’exploitation, efficience d’utilisation, gestion des actifs, évolution du produit et adéquation avec les besoins des clients), elle se tourne résolument vers l’innovation. Son choix est l’organisation matricielle dans laquelle elle croise les expertises des métiers (départements et unités) avec les enjeux de l’entreprise (production, transports, distribution, clients).

Un budget sous forme de portefeuille de projets est constitué, planifié, puis gérer en innovation ouverte. Un « réservoir de savoirs et d’idées » est alimenté progressivement et continuellement tout au long de la démarche. Une bonne idée n’est pas forcément suivie (de suite), mais elle n’est jamais jetée ! Quitte à la matrice de pouvoir y revenir et la challenger à nouveau. Les règles sont à la fois simples et compliquées. Les collaborateurs doivent avoir des idées (ce qui est important), ils doivent les écrire et en discuter. Un budget est alloué pour cela. Leurs idées doivent répondre à des besoins, à des défis. Cela se fait par exercices d’idéation. Les collaborateurs qui participent à la démarche doivent être « payés » en retour : l’occasion leur est donnée de faire briller leurs idées quand ils les partagent en cercles concentriques. Une gestion des idées (livrables) est mise en place. Les porteurs d’idées sont rendus responsables de la gestion de ce qu’ils livrent. Enfin, l’entreprise s’assure de bien faire coexister les activités projets avec la gestion au quotidien (celle des communautés). On s’assure des collaborations entre les projets et les communautés. Quatre parties prenantes sont identifiées : les chercheurs (avancement de la connaissance), les idéateurs (créateurs d’opportunités), les innovateurs (créateurs de valeurs ajoutée) et les entrepreneurs (garants du succès et de la reconnaissance). Le tout est animé et géré par un business model en canevas,… à la méthode québécoise ! L’exemple d’HYDRO-QUEBEC le montre bien, l’innovation ouverte est à la portée de tous, petits ou grands !

Innovation par les usages… sans usagers ! Peut-on innover dans les usages quand il n’y a pas d’usagers ? … tout au moins, quand il n’y pas encore d’usagers ? C’est le pari un peu fou, mais réussi de WINCO Design, qui s’est intéressé aux systèmes de recharge à domicile des véhicules électriques. L’approche choisie a été d’imaginer l’usager, c’est à dire de l’idéaliser (contournement), de faire des analogies (transfert) et d’expérimenter (confrontation). Cela a abouti à des étapes d’écriture de scénarios, design-brief, play-time, concepts et display-time (étapes pendant lesquelles on montre ses idées), puis focus et prototypages. Pendant ce travail, une attention particulière est portée aux usages (OBOC = observation des clients et VOC = voix des clients) et aux émotions (EMOC = émotion des clients). Pendant les premières étapes du processus, celles du contournement, on peut imaginer tout ce dont l’usager aura besoin (pourra rêver) dans l’idéal. Pendant celle du transfert, on pourra faire des analogies entre le poste de recharge du véhicule et des objets aussi insolite que le tapis volant ! Pendant l’expérimentation, il s’agira d’écouter, d’observer les utilisateurs des prototypes mais aussi de consulter ceux qui ont de l’expérience ou des habitudes en la matière. Aux créatifs, rien d’impossible !         

Odyssée de l’espace… créatif ! Comment concevoir des espaces qui favorisent la créativité et qui puissent être aussi à usages multiples ? Est-il possible d’imaginer de les créer en tous lieux et sans aucune contrainte ? Doivent-ils être inamovibles et reproductibles ou peut-on concevoir qu’ils se transforment eux-mêmes en fonction des expérimentations et des méthodes d’animation ? Des lieux bien circonscrits, mais qui optent pour le décloisonnement et le multi-usage. Voilà quoi n’est pas banal ! Des espaces collectifs qui se transforment en espaces collaboratifs,… c’est la piste à suivre pour nous permettre de concevoir le lieu de nos futures cogitations inter-hémisphériques. Un nouveau  contest inter-équipes est lancé à l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie et Matériaux (ECPM, Strasbourg) qui nous propose de transformer un bâtiment composé de colonnes et de plateformes ouvertes en centre de travail collaboratif pour leurs étudiants. Cette fois-ci, nous optons pour la méthode des Lego, mais sans animateur… Quel courage !

Après une visite rapide du bâtiment en chantier, chaque équipe se retranche dans une salle isolée pour travailler à son projet. Il nous est demandé de reconstituer dans un premier temps, à l’aide de Lego, la structure du bâtiment, objet de nos réflexions. Cette démarche va nous obliger à tenir compte des contraintes existantes et de les intégrer dès le début du processus d’idéation. Tout le contraire d’un projet « hors-les-murs » ! Qu’à cela ne tienne… on va s’adapter ! Dans un deuxième temps, il faudra placer dans notre simili-maquette les usagers et le mobilier tout en imaginant le projet pédagogique que l’école pourrait construire à partir des possibilités que lui donne l’espace. C’est une démarche originale, car à l’inverse de la logique qui voudrait que l’on monte un projet avant de penser à ses modes d’organisation et de logistique. Ceci-dit, chacun de nos 5 groupes avance et quand arrive l’heure du pitch, ce sont bel et bien des projets différents qui sont présentés, pas vraiment meilleurs les uns que les autres mais en de nombreux points complémentaires. De quoi donner à l’école d’ingénieurs qui a organisé le challenge une palette d’excellentes idées !

BCN et Liège. Une semaine de créativité résumée en quelques pages et seulement à travers moi. J’espère juste vous avoir donné envie de vous y inscrire la prochaine fois. Aussi, comment conclure de manière « re-créative » ? Juste en vous disant que la suite pour moi (Saison 2) se vivra en 2014 à Barcelone pour l’Ecole d’Eté (MOSAIC), puis à Liège pour celle d’Automne (ID Campus). De quoi alimenter d’autres regards !

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  3. de wailly

    Merci pour cet article qui a le souffle de l’audace et de la confiance. Il me semble que ce que vous décrivez sur l’ouverture des possibles en créativité pourrait être applicable aussi en pédagogie et accompagnement des étudiants. Les travaux de Carl Rogers et la démarche ADVP le disent autrement. Ouvrons, osons, laissons croitre la liberté pour apprendre. C’est aussi ce que vous avez expérimenté dans l’innovation pédagogique que vous décrivez, tel que je l’ai compris. Merci.

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  4. jean-charles-cailliez (Auteur de l'article)

    Merci à vous pour ce commentaire. Cordialement, JC2

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  11. Ivan

    La créativité, qui est une association d’idées, peut être quelque chose de très intéressant si on l’utilise intelligemment.
    On n’a nullement besoin d’être un génie ou un artiste pour accomplir de belles choses.
    Il faut juste sélectionner les bonnes idées parmi celles trouvés. La suite de l’idée que je veux véhiculer dans ce petit guide gratuit:
    http://www.webreussite.com/creativite/sp/index.html

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