De la créativité à l'innovation

Learning marathon in Boston,… créativité et innovation dans la foulée du MIT et d’Harvard !

Texte complet avec illustrations à télécharger sur : Learning marathon in Boston 2014

Educpros Learning Expedition Saison 2, les early birds sont de retour mais cette fois-ci sur la côte est ! Deuxième voyage apprenant du 27 avril au 3 mai 2014 dans l’un des grands sites de l’innovation aux Etats-Unis, après celui de l’année dernière parcouru « à la découverte de la Silicon Valley » au sujet duquel je vous avais ramené un premier regard : « The new gold rush ».

Boston 2014 (601)

A deux pas de la ligne de départ du marathon de Boston, peinte de manière permanente sur la chaussée, un an après les terribles attentats qui avaient fauché dans leur élan public et coureurs des 26,2 miles les plus vieux du monde, nous avons établi nos quartiers pour ce voyage apprenant. Harvard et le MIT allaient nous accueillir et nous inspirer comme l’avaient fait en 2013 les non moins prestigieuses Stanford et Berkeley. Qu’en avons-nous en retenu cette fois-ci ? A vous de le découvrir.

UN PROGRAMME DE MARATHONIEN. Au programme de cette édition, le Massachusetts Institute of Technologies (MIT), université américaine prestigieuse comprenant 5 écoles et 27 départements, 11000 étudiants pour 1000 professeurs, spécialisée dans le domaine des sciences et technologies. Située à Cambridge dans le Massachussetts à proximité de Boston, elle est considérée comme l’une des meilleures universités au monde en science et technologie (78 Prix Nobel) ; Harvard Universityqui est une université privée américaine située à Cambridge, fondée en 1636, ce qui en fait l’établissement d’enseignement supérieur le plus ancien des Etats-Unis parmi les meilleurs (45 Prix Nobel). C’est aussi l’université la plus riche du monde. Elle compte près de 2500 professeurs pour près de 19.000 étudiants ; la plateforme EdX qui est une plateforme de MOOC (Massive Open Online Course) créée par le MIT et Harvard en mai 2012. Elle compte aujourd’hui plus de 1,2 millions d’étudiants en ligne. Ses équivalents à San Francisco sont la Kahn Academy et Coursera que nous avions visités en 2013 ; The Broad Institute de Cambridge qui estun centre de recherche génétique et biomédicale. C’est aussi une organisation à but non lucratif affiliée au MIT et à Harvard ; le Cambridge Innovation Center (CIC) avec son Venture Café, une compagnie de services qui fonctionne comme une communauté d’entrepreneurs. Elle a été fondée en 1999 par le MIT et héberge aujourd’hui plus des centaines d’entreprises ; le Martin Trust Center qui est l’institut de l’entrepreneuriat du MIT, établissement qui propose des expertises, des soutiens et accompagnements aux étudiants se lançant dans la création d’entreprise ; le MIT Office of Digital Learning, centre de l’innovation pédagogique du MIT qui développe des méthodes d’éducation modernes et originales ; le MISTI (MIT – France) qui favorise les relations entre le MIT et la France sur des programmes incluant les universités, les grandes écoles et les entreprises, permettant notamment les stages et échanges d’étudiants ; le Harvard Clinical and Translational Science Center (Harvard Catalyst) qui permet les collaborations entre les laboratoires de recherche clinique et les investisseurs pour la recherche translationnelle ; le WYSS Institute qui développe des matériels innovants pour la recherche médicale ; le MIT Venture Mentoring Service (VMS) qui permet l’accompagnement des jeunes chercheurs entrepreneurs et le financement de leur création d’entreprise ; le ArtScience Labs (The Lab Cambridge) qui est un centre de design contemporain associant l’art aux sciences et technologies ; le Babson College (Arthur M. BLANK Center for Entrepreneurship) qui est le plus grand et prestigieux campus américain dédié à l’entrepreneuriat ; le New England Research and Development (NERD) de Microsoft qui est le centre de R&D de la fameuse entreprise américaine ; la Boston University (BU) avec notamment son Office of Technology Development ; le Museum of Science de Boston et la International Genetically Engineered Machine (iGEM). Plutôt copieux !

A VOS MARQUES,… PRETS,… PARTEZ POUR 26,2 MILES !

Start line (avec Xavier WARTELLE, PRIME, antenne américaine de l’Agence Régionale de Développement de Paris, Ile-de-France) : La France vue des Etats-Unis est un pays « communiste » avec un carcan social jugé bien trop lourd. Cela est illustré par les dernières affaires reprises par les médias comme « Titan » ou « Dailymotion ». Les pays avec lesquels les américains se sentent plus proches (ceux qu’ils trouvent les plus attractifs) en termes de collaboration économique sont plutôt Israël, l’Inde, la Chine et… les Pays-Bas. Cette image plutôt critique de l’Hexagone est néanmoins en très bonne évolution. Les américains reconnaissent que la France est un leader de l’innovation (classée dans le Top 6 par l’entrepreneur et investisseur Peter TEEL). C’est une image largement partagée outre-Atlantique, mais qui est limitée à l’innovation et l’entrepreneuriat,… loin d’être vraie pour la recherche et le développement.

Mile 1 (toujours avec Xavier WARTELLE) : Point sur le programme « France Tech Hub » dont le but est d’aider les sociétés françaises à développer leurs activités aux Etats-Unis. Le programme a démarré le 12 février 2014 avec la visite de François HOLLANDE en Californie. Les services proposés aux sociétés françaises sont de les accompagner dans une réflexion sur le marché américain (stratégie, recherche de financements, business angels,…) et de les coacher. Il s’agit ensuite (service devenant alors payant) de leur permettre de démarrer l’activité sur le sol américain (processus d’accélération) en identifiant la bonne approche du marché, puis en validant leurs premières pistes stratégiques. Ce dernier service leur permet d’obtenir des bureaux, l’accès aux incubateurs et services administratifs, ceci pour leur simplifier la vie et qu’elles puissent se concentrer sur leur cœur de métier.

Mile 2 : (avec Perry HEWITT, Chief Digital Officer, Harvard University) : Un seul mot d’ordre pour les services de communication de l’Université de Harvard. Le téléphone portable a transformé les usages ici comme ailleurs dans le monde. « Mobile is eating the World ! ». Dans ses modes de communication, la prestigieuse université bostonienne a considérablement multiplié l’usage des applications sur tablettes et smartphones (Campus apps !). L’usage des réseaux sociaux s’amplifie. Le 2.0 prend le pas sur les sites web et autres 1.0. Ce qui est primordial, c’est de faire réagir en direct les communautés d’internautes connectées (informations, publications d’images, encouragements du selfy,…). Il faut faire du flux ! Il ne suffit plus de connecter les personnes,… il faut amplifier le mouvement. Connect and Amplify ! Et de conclure que l’on ne peut pas contrôler le monde, mais qu’il est possible de l’influencer,… d’où l’importance de la communication en réseaux.

Mile 3 (toujours avec Perry HEWITT) : Les deux compétences majeures pour être employable, si vous demandez l’avis d’Harvard, sont aujourd’hui : Agility and Energy !

Mile 4 (avec David ALTSHULER, Chief Academic Officer, Broad Institute) : Il est particulièrement important de promouvoir le travail collaboratif, mais cela doit se faire sur des projets en commun ! Il faut imaginer de nouveaux équilibres (balancing) en passant bien plus souvent d’un état à un autre. Par exemple, de la créativité individuelle au travail en équipe (collaborative work), de la rigueur des disciplines universitaires aux liens entre ces disciplines, de la recherche fondamentale aux recherches appliquées (notamment en biomédical, pour le Broad Institute), de l’utilisation de nouvelles technologies et méthodes aux réponses apportées aux questions biomédicales et enfin des équipes de recherche plein-temps (full time) aux nouvelles connections entre le MIT et Harvard.

Mile 5 (toujours avec David ALTSHULER) : La proximité physique (travailler dans un même lieu) est un élément crucial pour le succès de toute collaboration. L’exemple donné par le Broad Institute est d’avoir réussi à le faire pour l’université, l’hôpital et les industries pharmaceutiques, créant ainsi un écosystème favorable aux collaborations les plus efficaces.

Mile 6 (avec Kyle JUDAH, Program Director & Head of External Relations, Martin Trust Center for Entrepreneurship) : On peut apprendre à devenir entrepreneur, mais cela se fait « by doing » ! Le travail en équipe est ce qu’il y a de plus important. Il permet de se rendre compte de ce que sera la start-up que l’on veut construire. Pour cela, il faut un mixte de managers et d’ingénieurs dans un premier temps,… mais aussi (dans l’idéal) de designers. Il faut créer des synergies entre ces différents profils et cela commence à se faire à l’université. Des programmes de compétition sont mis en place. Ils permettent aux étudiants de challenger leurs projets de création d’entreprise. La séquence de ces challenges est : communication sur l’idée (pitch), prototypage (démonstration), business plan et stratégie de marché (launch). Les meilleurs emportent un prix de 100.000 dollars pour 6 mois.

Mile 7 (avec Kyle JUDAH) : Il est possible (vraiment pas interdit) de se tromper, mais il faut le faire rapidement ! You can fail, but early ! Les étudiants porteurs de création d’entreprise ont des aides financières au fur et à mesure de l’avancée de leur projet et ceci par séquences successives de plusieurs mois. Tant que le projet avance, il est cofinancé. Sinon, tout s’arrête. Les équipes de docteurs (PhD) sont souvent plus efficaces que certains MBA. Elles donnent plus de 50% des projets qui vont jusqu’à leur terme. La recette est d’avoir des crazy + creative students ! La flexibilité de l’université permet d’avoir ces parcours mixtes qui mélangent formation initiale (dont la recherche) avec la gestion de projet (dont la création d’entreprise).

Mile 8 (avec Violeta IVANOVA, Educational Innovation Leader, Office of Digital Learning, MIT) : Certains cours sont transformés depuis plusieurs années en classes inversées (flipped classrooms) et travaux de groupes pour de l’active learning. Ici, pas de cours magistraux (no lecturing). On peut ainsi observer in vivo un professeur de physique du MIT, à l’âge proche de 70 ans, faire « la classe » à une promotion de 120 étudiants, tous répartis en équipes de 10 à 15 individus. Sur les murs de la pièce, ainsi transformée, deux projections par équipe permettent à la fois de comprendre les grandes lignes du cours, mais aussi de tenter de résoudre des exercices (en direct par équipe et avec utilisation de tablettes). Le professeur déambule au milieu de dizaines de tables, micro-cravate et pointeur à la place de la craie et du frottoir. On ressent toute l’interactivité et l’implication des étudiants,… dont on imagine qu’ils ont dû apprendre le cours chez eux (home exercice) avant de venir en classe (stimulation during the course). Teaching and learning better !

Mile 9 (toujours avec Violeta IVANOVA) : De nouveaux projets en innovation pédagogique engagent des étudiants qui ont décidé de mélanger les sciences et technologies avec l’art : Art for engineering mathematics and science ! Des artistes et des scientifiques imaginent de travailler ensemble pour créer de nouveaux logiciels pédagogiques (educational games) ou des serious games.

Mile 10 (avec Johannes HEINLEIN, Senior Director of Strategic Partnership and Collaboration, EdX) : Une seule devise pour EdX, la plateforme de MOOC (Massive Online Open Courses) de Boston qui regroupe aujourd’hui 2 millions d’apprenants, provenant de 196 pays, pour une multitude de cours dispensés en 6 langues : Reimagine Eduction ! Ici, on est très loin du mythe qui tend à faire croire que les MOOC vont radicalement changer l’université. Surprenant, non ? En fait, ces modes d’enseignement (de formation) à distance existent depuis très longtemps, même s’ils n’avaient pas les mêmes formes. Aussi la philosophie d’EdX est basée sur un projet éducatif, bien plus qu’un marketing technologique, qui est convaincu qu’il faut changer les modes d’enseignement : « Knowledge is the most important currency of the 21st century ». Les trois missions de la plateforme EdX sont : accessibilité à une éducation de qualité, amélioration du campus éducatif, faire avancer la recherche.

Mile 11 (toujours avec Johannes HEINLEIN) : la plateforme EdX est ouverte à de nombreux partenaires internationaux, dont « France Université Numérique » (FUN) pour les universités et les grandes écoles françaises. Chaque utilisateur d’EdX (OpenEdX) a le choix des cours qu’il désire mettre en ligne, ainsi que leurs contenus et formats (en général de courtes séquences dépassant rarement 10 à 15 minutes). Il peut y suivre la performance de ses étudiants et enregistrer tout un ensemble de données les concernant (learning analytics). La plateforme se contente d’héberger les MOOC et POOC (Personnal Online Open Courses) de ses partenaires avec des droits d’entrée estimés à 500.000 dollars, puis un abonnement annuel à 40.000 dollars.

Mile 12 (avec Molly SCHNEIDER, Program Manager, MISTI, MIT-France) : Une présentation rapide du Massachussetts Institute of Technology (MIT) nous rappelle que cette université fondée en 1861 par William BARTON ROGERS (« Learning by doing ») compte aujourd’hui environ 15.000 étudiants (4500 undergraduates, 6700 graduates, 3500 international students) pour un budget annuel de 3 milliards de dollars. La moitié de ce budget est consacrée à la recherche. Les frais de scolarités sont d’environ 40.000 dollars. Le programme du MIT France qui a été mis en place en 2001 permet aux étudiants d’avoir une réelle expérience internationale avant de quitter l’université. Pour cela, ils sont préparés à la pratique de la langue, à la communication interculturelle et à la recherche de stages en entreprise. Chaque année, jusqu’à 100 étudiants (toutes disciplines confondues, mais avec une dominante en informatique et en technologies) sont sélectionnés pour partir et vivre cette expérience en France. Ils ne peuvent suivre ce programme que s’ils sont porteurs d’un projet scientifique en lien avec les besoins de l’entreprise les accueillant pendant un semestre. Les programmes comprenant de la recherche appliquée sont préférés à ceux construits sur des thématiques plus fondamentales. Les étudiants à leur retour seront évalués sur leur production (rapport d’activités, articles, publication),… mais aussi sur leur capacité à avoir su s’adapter à la situation locale et à résoudre des problèmes.

Mile 13 (toujours avec Molly SCHNEIDER) : Les étudiants qui témoignent devant nous de ce qu’ils ont fait en stage, pendant leur séjour en France, sont tout à fait rayonnants. On sent bien qu’ils ont autant apprécié leur travail dans l’entreprise que de découvrir un nouveau pays, voire d’un nouveau continent pour ceux qui ont pu rayonner au-delà des frontières françaises. Les critères et activités qui nous apparaissent importants dans ce programme de relations internationales sont : l’immersion culturelle et l’expérience de mondialisation, la pratique de la langue, le travail en équipe et le sens de la communauté, le nouveau style de vie (as an adult !).

Mile 14 (avec Alvaro PASCUAL-LEONE, Associate Dean for Clinical and Translational Research and Program Director, Harvard Catalyst) : Le Harvard Clinical and Translational Science Center est un département qui a été fondé en 2008 en association avec les laboratoires de recherche du NIH, les 11 écoles d’Harvard et les 17 hôpitaux. Il se consacre au transfert et à la valorisation de la recherche clinique fondamentale vers les applications à l’hôpital. Comme son nom l’indique, il joue un rôle de catalyseur entre l’éducation, les outils (méthodologies) et les collaborations avec les équipes de recherche en interdisciplinarité et avec les investisseurs. Il encourage notamment les collaborations interdisciplinaires et interinstitutionnelles entre les équipes de recherche clinique. Il propose aussi des programmes de formation, un accès aux ressources bibliographiques, documentaires, vidéothèques,… et une mise en réseau des acteurs. C’est une sorte de Centre de Recherche Clinique (CRC) interconnecté, regroupant tous les établissements de l’université d’Harvard impliqués dans la recherche médicale et qui avaient auparavant chacun leur propre CRC indépendant. Sa devise est : « minimize the duplication and promote connections ».

Mile 15 (avec Donald E. INGBER, Head of the Wyss Institute for Biological Inspired Engineering) : Il s’agit ici d’un institut de recherche privée qui a été fondé en 2009 et au CA de 500 millions de dollars et où les scientifiques développent des modèles d’études miniaturisés permettant de résoudre des problèmes médicaux ou environnementaux : nano-robots, microsystèmes biomimétiques, puces et circuits fonctionnels avec des cellules humaines en guise de composants (microchips with human cells), voire reproduisant les grandes fonctions biologiques de chaque (déjà 12 !) organe humain (humans organs on chips). Le Wyss Institute fabrique ses micro- et nano-robots qu’il utilise pour sa recherche fondamentale (avec plus de 600 publications annuelles dans des journaux internationaux à comité de lecture, dont 1 Science et 1 Nature par mois !) ou appliquées (dépôts de nombreux brevets et licences). Son approche est celle de l’innovation, de la collaboration et du transfert technologique, le tout présenté de manière hyper-médiatisée (parfois même un peu trop !),… accordant une importance toute particulière à l’art de faire savoir ce que l’on fait tout en le protégeant.

A voir le reportage EURONEWS réalisé sur place lors de notre déplacement : http://www.euronews.com/2014/06/20/changing-education-for-a-changing-world

Mile 16 (avec Jerome SMITH, Co-Director, MIT Venture Monitoring Service) : Connecter de manière vraiment originale la communauté universitaire du MIT avec les entreprises de la région de Boston est au cœur du projet du VMS. Fondé en 2000, cet institut se consacre à l’accompagnement de porteurs de projets engagés en création d’entreprise. Il peut s’agir d’étudiants du MIT, actuels ou anciens (Alumni), d’enseignants-chercheurs ou de tout autre profil du campus universitaire ayant de bonnes idées et désirant les transformer en business. La méthode du VMS repose sur le mentorat (team mentoring) qui est une sorte d’accompagnement un peu plus serré que le simple coaching. Chaque mentor doit signer un guideline (liste de principes) qu’il s’engage à suivre. Il suivra le créateur d’entreprise plusieurs années, tout au long de la construction de son projet et pendant toutes ses étapes. Cela se fait en collaboration avec les laboratoires et les facultés du MIT et dans tous les domaines scientifiques. Le VMS forme les jeunes entrepreneurs et donne ses consignes aux mentors qui les accompagnent. Ces derniers, dont certains sont d’anciens créateurs, sont volontaires. Ils doivent s’inscrire sur une waiting list avant de se voir attribuer un projet qu’ils suivront plusieurs années. A titre d’illustration, il faut savoir qu’en 13 ans d’existence, le VMS est passé de 16 à 203 projets et d’une équipe de 21 à 180 mentors !

Mile 17 (avec Fabien FIESCHI, Consul Général de France à Boston) : Les étudiants français que l’on rencontre, lors d’une soirée débat organisée avec l’agence PRIME et le Consulat de France, sont conscients de la chance qu’ils ont de pouvoir étudier dans un tel campus : une centaine d’universités incluant le MIT et Harvard (dont la valeur économique en termes de capital est respectivement estimée à 20 et 30 milliards de dollars) et plus de 400.000 étudiants, un écosystème interdisciplinaire qui permet aux étudiants (surtout pendant les premières années) de choisir des matières dans différentes disciplines et une très forte interaction avec les entreprises. Ces dernières sollicitent d’ailleurs les universités pour qu’elles proposent des compléments de formation à destination de leurs employés. Ceci-dit, les études aux Etats-Unis restent très coûteuses (scolarités supérieures à 55.000 dollars annuels, incluant les 12.000 dollars de loyers à payer en moyenne… un peu plus faibles dans les universités publiques, avec des scolarités de l’ordre de 17.000 dollars) et des subventions d’état qui baissent chaque année. Se rajoute à cela, l’endettement personnel de plus en plus important des étudiants, dont beaucoup mettront ensuite plus de vingt ans pour rembourser leurs études.

Mile 18 (avec des Alumni et des étudiants français en MBA ou PhD sur les campus de Boston) : Lorsqu’on interroge les étudiants français sur ce qu’ils pensent de leur période d’étude à Boston, on obtient généralement de très grandes satisfactions : flexibilité dans le choix de leurs cours, possibilité de suivre des modules d’autres universités que celle dans laquelle ils sont inscrits, abondance d’activités (surtout associatives) extra-universitaires, dynamisme de la vie sur le campus, apprentissage de langues, sports, voyages,… Ils apprécient aussi l’interdisciplinarité, le contact très facile avec les professeurs et le fait qu’on les incite fréquemment pendant les enseignements à penser différemment. Enfin, le contexte les sensibilise ici très fortement à la création d’entreprise (start-up et spin-off), l’un d’entre eux (doctorant) nous avoue qu’il était devenu « malgré lui » co-fondateur d’une start-up !… presque pour faire comme les autres ! A noter que leurs professeurs ont très souvent une activité (« un pied ») dans une entreprise d’où ils ramènent des projets universitaires ou des sujets de thèse bien précis.

Mile 19 (avec Carrie FITZSIMMONS, Executive Director, ArtScience Labs, The Lab Cambridge) : Une visite de chantier nous permet de découvrir le site du futur « Lab Cambridge », quelques semaines avant son ouverture. Il s’agit d’un Centre de Design et d’Art Contemporain qui permettra de mixer en un même lieu des expositions artistiques et des lieux de discussions et d’échanges scientifiques. L’interdisciplinarité au service du créatif ! L’inspiration est parisienne, celle du « Laboratoire »  avec qui les équipes d’ArtScience Labs ont une collaboration active. Ce nouveau laboratoire, comme celui de la capitale française, constituera un espace innovant susceptible de catalyser la production d’idées créatives par une stimulation artistique.

Mile 20 (avec Janet STRIMAITIS, Executive Director of the Arthur M. Blank Center, Babson College) : La découverte du campus de Babson, créé en 1998 par Arthur M. BLANK et qui est fait le plus grand « institut de l’entrepreneuriat » du monde (le plus vieux aussi, quand on apprend que Babson a organisé en 1981 la première conférence de recherche sur l’entrepreneuriat dans le monde) est vraiment surprenante. Jugez-en par vous-même : un campus universitaire privé de 3200 étudiants (presque tous en MBA, frais de scolarité d’environ 65.000 dollars, provenant de 70 pays différents) qui se consacre à 100% à la création d’entreprise. La méthode de Babson est  déclinée en 3 étapes : Explore the opportunities, Pursue your passion, Launch and Grow your business ! Pour chacune de ces injonctions, se déploie un programme de formation et d’accompagnement des étudiants extrêmement bien huilé. Ils apprennent ainsi en l’expérimentant dans la pratique toutes les étapes de la création d’entreprise, de l’idée au business model en passant par la levée de fonds.

Mile 21 (avec Aimee Z. SPRUNG, Civic Engagement Manager, Microsoft) : La visite du centre de recherche et de développement de Microsoft sur les rives du Charles River nous permet de découvrir des lieux stimulant la créativité et spécialement aménagés pour cela (espaces de discussion, méthode World Café, lieux de détente, meeting labs et salles de travail hyper-équipées,…). Les chercheurs en software development se retrouvent ainsi dans un véritable hub de créativité, ce qui les encourage à former une communauté apprenante au service de l’entreprise et de sa R&D.

Mile 22 (avec Vinit NIJHAWAN, Managing Director Technology Development, Boston University) : Les premiers mots d’accueil du Directeur de ce Département de Développement des Technologies (OTD) de la Boston University sont : « Why did I leave the dark side ? ». Pourquoi a-t-il quitté après 30 années d’expérience son activité à plein temps de créateur et de repreneur d’entreprises ? Réponse : pour la mettre au service des étudiants ! Pour les inciter à créer à leur tour des entreprises à partir de leurs compétences développées à l’université. Ici, le modèle de sensibilisation à l’entrepreneuriat et d’accompagnement à la création d’entreprise est différent de celui du MIT. Les investissements au départ des projets sont bien moins importants. Le modèle de l’ODT est : « Maximize adhesions and minimize frictions ». Si de bonnes idées sont trouvées, alors les financements pour les développer ne posent pas de problèmes, sous-entendu que le manque d’argent n’a jamais été une excuse ! Le programme de l’ODT qui permet de travailler sur la réalisation commerciale des idées est articulé en trois étapes, puissance cube : « Encourage, Educate, Enable (E3) ».

Mile 23 (avec Randy RETTBERG, President, International Genetically Engineering Machine) : Bienvenue dans un programme d’éducation (iGEM) très original où les étudiants construisent eux-mêmes leur projet et sous la forme d’un grand concours (une compétition) annuel international. Celui-ci est d’ailleurs ouvert à tout autre profil (ingénieurs, entrepreneurs, créateurs,…) que ceux qui suivent des études classiques à l’université. Le concours se fait par équipes qui vont chacune imaginer un projet scientifique et le réaliser en collaboration avec des laboratoires universitaires, en utilisant de l’ingénierie et des technologies de biologie moléculaire. Il faut que le projet soit d’excellent niveau scientifique (publications dans « Nature Biotechnology »), qu’il conduise à des applications sociétales et qu’il trouve son marché de manière à permettre une création d’entreprise en biotechnologies. Cette année 2014, ce sont 240 équipes internationales (dont 7 françaises) qui concourent. La Slovénie a déjà remporté le titre 3 fois. L’année dernière (en 2013), c’est une équipe de l’Université de Paris Descartes qui a gagné. A noter qu’au début de son aventure en 2004, le MIT avait conseillé aux fondateurs de iGEM de ne pas se lancer dans cette « expérience » car « les étudiants de licence ne savent rien faire ! ».

Mile 24 (avec Tim ROWE, Founder and CEO of Cambridge Innovation Center) : Dans un immeuble de 15 étages pouvant accueillir chacun jusqu’à 400 personnes (soit 600 entreprises pour 2000 projets innovants et 7 milliards de dollars d’investissement), créateurs d’entreprises (pour 350 dollars par mois) et investisseurs (venture capital) se rencontrent tous les jours et 24 heures sur 24 (le bâtiment n’est jamais fermé) : une véritable fourmilière à créer des entreprises et à les financer. Le principe de fonctionnement du CIC est celui de la compression des gaz. Il faut être ensemble, nombreux et dans un espace limité (si possible vertical car plus efficace que les flat buildings de Californie qui ne favorisent pas aussi bien les rencontres). Contrairement aux idées reçues, cette méthode est bien plus productive que celle qui consiste à « couver » comme cela se fait dans les incubateurs. Ici, aucune aide extérieure, ni financement public. On peut trouver sur place les personnes qui croient en vous et en votre projet. Elles sont là pour cela et pour commercialiser les idées qui leur plaisent. A chaque étage et avec le temps, tout le monde finit par se connaître et s’intéresser à ce que font les autres. De nouvelles collaborations peuvent naître à tout instant. Les rencontres se font indifféremment dans des Meeting labs, lors de présentations publiques en Venture Café, ou dans des espaces de détente qui sont à la fois aménagés pour se changer l’esprit et discuter avec les autres. Parmi les « abeilles » de cette « ruche géante », on notera la présence de Google, Amazon, Facebook et toutes les autres grandes entreprises-états américaines.

Mile 25 (toujours avec Tim ROWE) : Le problème des universités en matière d’innovation ne devrait pas être celui de la sélection des étudiants, mais celui de la sélection des projets ! Les universités doivent aider les étudiants à s’intéresser aux « grands problèmes » et à les sélectionner. Elles doivent ensuite les accompagner dans la conduite de leurs projets pour qu’ils puissent les commercialiser. C’est ce que devraient savoir faire tous les professeurs : « teach in a context of a reality business ».

Mile 26,2 (au Venture Café, Cambridge Innovation Center) : De jeunes créateurs d’entreprise exposent en dix minutes le projet qu’ils sont en train de monter au CIC. C’est le Venture Café et la thématique du séminaire est : « Rethinking the learning experience ». On y parle de MOOC, de classes inversées (flipped classrooms), de serious games (games for learning), de pédopédagogie, d’interdisciplinarité, de digital technology et de salles équipées avec mobilier favorisant le travail collaboratif,… des écosystèmes innovants qui influent sur nos comportements pour repenser l’éducation.

FINISH LINE… ET QUELQUES FLASHS EN CONCLUSION. La ligne d’arrivée est franchie par notre petite équipe au bout de cinq jours. Le marathon à la découverte de l’innovation bostonienne est terminé. Un petit débriefing avec l’ensemble des participants à ce voyage apprenant nous permet de souligner les idées fortes, nos sensations tout au long du parcours : en matière de création d’entreprise, mieux vaut un accélérateur qu’un incubateur – les nouveaux projets de création d’entreprise commencent ici avec un fort investissement financier grâce à la puissance des capital ventures et des business angels – les projets se testent rapidement en prototypage : il est permis de « se planter »,… les erreurs ne posent aucun problème ; il faut juste s’en rendre compte rapidement – les investisseurs font confiance à ceux qui ont une très grande capacité à rectifier rapidement leur trajectoire – les cours de leadership sont importants – il est préférable de sélectionner de bons projets (menés par des étudiants) plutôt que de bons étudiants (qui mènent des projets) – Boston (culture de la Nouvelle Angleterre) est une ville plus « froide » que San Francisco (culture des pionniers américains et de la Silicon Valley), mais elle dégage une plus grande impression de puissance – l’importance du branding est évidente : bien communiquer n’est plus suffisant car il faut développer sa marque – la recherche de fonds pour l’investissement dans les projets est souvent laissée à des professionnels dont c’est le métier – la concurrence et la compétition sont omniprésentes, mais on se parle ici entre compétiteurs (à l’image du sport où les adversaires ont l’habitude de communiquer entre eux) – la vision de la compétition est davantage stimulante que « guerrière » – le win/win est préféré au win/loose – il existe une réelle volonté de créer des espaces aménagés où les gens se rencontrent et échangent (proximité dans le temps et l’espace qui stimule la créativité).

Voilà pour Boston 2014,… Il ne nous reste plus qu’à souhaiter bonne route et autant de belles rencontres à celles et ceux qui prendront le départ de la Learning Expedition #Saison 3 avec un retour sur la Côte Ouest à San Francisco du 26 au 31 octobre 2014.

Notes de Jean-Charles Cailliez, 22 juin 2014 [Mission ayant fait l’objet d’un co-financement par le Conseil de Recherche de l’Université Catholique de Lille (CR-UCL) et Lille Métropole Communauté Urbaine de Lille (LMCU) dans le cadre d’une convention avec l’Ecole des Doctorants (ED2) de l’UCL].

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Commentaire (1)

  1. Raverdy

    C’est une mine d’or votre marathon!
    Violeta

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