De la créativité à l'innovation

Créatifs ? A vous de juger ! De petits regards insolites sur un monde qui bouge…

Textes de JC2 publiés dans la rubrique « Le Regard  » du quotidien « La Voix du Nord ». Merci à Martine DESVAUX pour m’avoir invité à les écrire.

Créatif

Mille post-its aux écritures diverses se collent sur de grandes feuilles blanches, les transformant en mosaïques multicolores. Sur chacun d’entre eux apparaît le nom d’un client, actuel ou futur. Quelqu’un a même osé « un chien qui parle » ! Mais qui sont les auteurs ? Une centaine d’intervenants et partenaires d’une entreprise au logo rond et bleu, experte dans l’installation et la maitrise du numérique à domicile. Répartis en neuf équipes, ils jouent le jeu. D’autres épreuves de créativité les attendent comme l’arbre à idées, les lettres d’amour, celles de rupture, puis la une du journal en 2025. Tout le monde prend plaisir dans cet atelier participatif qui permet à chacun d’utiliser ses deux hémisphères pour proposer des idées innovantes et se tourner ainsi vers l’avenir. Magie du codesign et de l’intelligence collective !

Innovant

Sur une petite estrade carrée aux allures de ring, je me retrouve seul. Entouré de mille yeux, avec le micro tour d’oreille, j’ai l’air d’un arbitre avant l’arrivée des boxeurs. Le combat devrait bientôt commencer,… à moins qu’il ne s’agisse d’une conférence ? Les projecteurs m’éblouissent, la caméra commence à filmer, mais personne ne me rejoint. Suis-je bête ? C’est pour moi qu’ils attendent. Aussi, je me lance et raconte une histoire incroyable, celle d’un prof d’université qui a décidé de tout inverser. Il demande à ses étudiants de faire le cours eux-mêmes, sans lui, puis de l’apprendre. Do it yourself ! Il les oblige même à rédiger des questions, à l’interroger et à le noter. Il devient alors le seul élève de sa classe. Un arbitre sans pugilistes, des étudiants qui font le cours et le prof qui fait ses devoirs à la maison… innovant non ?

Génial

Assis dans un fauteuil roulant, jambes et bras immobiles comme si j’en avais perdu l’usage, je bouge la tête de droite à gauche, d’avant en arrière. Suis-je en train de faire signe à quelqu’un ? Ai-je besoin d’aide ? Non… Je remue tout simplement pour me déplacer là où j’en ai envie. J’apprends à dompter ce fauteuil intelligent, inventé par des esprits ingénieux. Les capteurs et le logiciel qu’ils ont mis au point me permettent de contrôler ma direction et ma vitesse. C’est un peu compliqué au début, puis je m’y fais très vite. Incroyable et fantastique invention,… surtout quand on pense qu’elle a germé dans la tête de jeunes élèves d’un lycée professionnel et qu’ils l’ont fabriquée. Le génie, ce n’est vraiment pas que dans la Silicon Valley !

Rond

Le jour se lève à peine. J’en termine avec ma sixième nuit blanche et ma lampe frontale vient de s’éteindre. Bizarrement, le temps ne m’a pas semblé trop long, mais je suis quand même soulagé d’arriver. Je tourne en rond depuis 6 jours sur un circuit automobile de 2 kms avec une centaine d’autres coureurs dont on peut imaginer que chacun est plus fou que l’autre. Courir et marcher pendant 144 heures non-stop, toujours dans le même sens, en lieu et place des deux à quatre roues, cela dépasse l’entendement. Vraiment ça ne tourne pas rond dans nos ciboulots de bipèdes… Mais qu’importe ! Je franchis mon 510ème kilomètre, soit 12 marathons enchaînés en une petite semaine ! Jambes fatiguées et orteils éreintés par le bitume, tête reposée par l’évasion. Impression étrange que celle d’avoir envie d’y refaire un tour…

Plat

Un souffle impressionnant jaillit de l’eau au milieu des vagues. Une colonne d’air chaud mélangée d’eau saumâtre se pulvérise dans le ciel, accompagnée d’un son puissant et sourd. Devant nous, à quelques dizaines de mètres, un géant de plus de 15 mètres et de 20 tonnes émerge sa dorsale puis glisse en dehors de l’eau dans un glissement des plus gracieux. Le temps de reprendre sa respiration, il s’enfonce au ralenti dans le corps du fleuve pour finir par une parade majestueuse. Sa nageoire caudale, noire et maculée de blanc, nous fait un dernier signe. Sa majesté la baleine à bosse vient de nous croiser, nous, petits êtres insignifiants et emmitouflés, ballotés sur un zodiaque et qui en prenons plein les yeux. Le Saint-Laurent, fleuve gigantesque aux allures de mer glacée, a cessé d’être plat.

Cubique

Grande et belle, la joueuse de mandoline est campée devant moi. Son visage composé de multiples carrés, emboités les uns dans les autres, est une mosaïque. Trompe l’œil de l’artiste qui a peint ce qu’il sait découper et coller. Caché dans l’ombre de Picasso, dont il fût l’ami et l’inspiration, Georges Braque s’offre son heure de gloire au Grand Palais. L’invention du cubisme, c’est lui ! Qu’on se le dise. Les paysages de l’Estaque vont se métamorphoser. Les angles vont remplacer doucement les courbes. Les perspectives vont se dissiper, puis disparaître C’est par magie que le sujet se met à nous éblouir autrement. Dans les salles qui suivent, violons, guitares, billards et autres objets insolites, habituellement immobiles, se transforment en oiseaux ou papillons, comme si l’on avait inventé par génie l’envers de la nature morte.

Grimper

Du cœur de Rio au pied du Corcovado, les petites maisons de la favela Santa Marta grimpent la colline. Chacune d’entre elles, colorée aux fenêtres tordues ou grisâtre à l’allure biscornue, se fraye un passage au milieu des ruelles. D’après notre guide, le nom de ces bidonvilles vient de la « moro da favela », collines du Sertão envahies par des buissons d’arbustes épineux, le Jatropha ou Faveleiro. A la fin du XIXème siècle, les indépendantistes brésiliens combattant les monarchistes portugais y avaient installé leurs campements. De retour à Rio, après la victoire, ces soldats à qui la République avait promis de véritables maisons se sont retrouvés floués, contraints de s’installer « provisoirement » à flanc de collines, les envahissant telle une végétation buissonnante. Aujourd’hui, un carioca sur cinq y habite…

Chuter

A l’angle du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay, des milliards de tonnes d’eau se précipitent continuellement dans le vide. Les chutes d’Iguaçu, merveilles naturelles classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, me donnent le vertige. Leur nom qui provient de la langue des indiens guaranis signifie « grandes eaux ». Quel euphémisme ! Devant nous, ce sont 275 cascades géantes qui se donnent la réplique dans un vacarme assourdissant. La plus belle d’entre elles, la Garganta do Diabo (gorge du diable) nous impressionne de ses 90 mètres de haut. Le débit moyen est de 1500 m3 d’eau à la seconde. Gigantesque ! Le décor incroyable de « Mission », Palme d’or à Cannes en 1986, m’avait donné l’envie de les admirer de plus prêt. Voilà qui est fait !

Monter et descendre

Mardi matin. A peine en a-t-on ouvert les portes que les carabins gravissent l’amphi pour le remplir de bas en haut. Deux colonnes s’infiltrent dans les allées montantes et se diffusent dans les rangées perpendiculaires. A chacun son siège ! Onze mètres au-dessus de ma tête, le dernier étudiant est maintenant assis. Je vais pouvoir commencer. Mon regard parcourt l’auditoire. Je suis seul au pied d’une colline habitée, mosaïque de couleurs, parsemée d’écrans d’ordinateurs aux allures de fenêtres. Deux heures plus tard, c’est la fin du cours. Aussitôt, le mouvement s’inverse. Un débit d’une centaine de faluches à la minute se déverse sur moi en moins de temps qu’il ne faut pour que je range mes affaires. Le flot me traverse et quitte les lieux. Dieu merci, je sais nager !

Lire

Je lis sur la toile que « sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dans un mtos n’a pas d’ipmrotncae. La suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soient à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dans un dsérorde ttoal… C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot comme un tuot. ». Alors à quoi sert l’orthographe ? Me revient en mémoire l’un de mes premiers Regards, inspiré par le panneau du pont de la N41 à l’endroit où elle rejoint l’A25. Il indique la direction du centre « commmercial » avec trois m, sans que cela ne pose problème. Endommagé par un poids lourd, le pont a été reconstruit, mais le panneau a survécu tel quel, pas même corrigé par « cetrne comecimral ». Faute d’orthographe ou de moyens ?

Compter

A deux pas de Montparnasse, dans une école d’ingénieur… J’écoute de jeunes étudiants chinois, indiens et sud-américains raconter leur arrivée en France. Ils évoquent leurs premières difficultés à communiquer, ne parlant à l’époque que quelques mots de français. Comment survivre dans un pays dont on ne connait pas la langue ? Quels premiers mots connaître ? Force est de constater qu’il s’agit plutôt de chiffres ! En effet, pour subvenir à ses besoins, il faut d’abord savoir compter et tout particulièrement dans la monnaie. Cela est vrai, même dans son propre pays ! On souligne souvent les méfaits de l’illettrisme, mais on oublie l’innumérisme. Tout le monde n’a pas la bosse des maths, c’est sûr. Aussi combien s’enlisent dans d’incroyables difficultés parce qu’ils ne savent pas, … ou tout simplement n’aiment pas compter ?

Conjuguer

Pour la nième fois, je corrige mon nom en y ajoutant le deuxième i, celui dont je conçois qu’il ne sert à rien. Il parait que les noms propres n’ont pas d’orthographe. Soit, mais cela ne veut pas dire qu’on peut les écrire n’importe comment ! Aussi, comme il est déplaisant de voir son patronyme écorché, il faut que je trouve un moyen afin que l’on cesse de me faire souffrir en m’amputant de cette petite voyelle à laquelle je me suis attaché. Enfin, j’y suis. Il suffisait d’y penser. Prenez le verbe du premier groupe, synonyme de figer, geler, coaguler, présurer ou grumeler. Vous y êtes ? Conjuguez-le à la deuxième personne du pluriel de l’imparfait de l’indicatif ou du présent du subjonctif,… c’est comme vous préférez ! Voilà, vous avez réussi ? Ce n’était pas si compliqué. Il suffisait pour cela de conjuguer nos efforts.

Univers

Voiture 6, place 24. Le TGV pour Perpignan me téléporte de Lille à Lyon. J’y serai dans trois heures. Mon portable vibre. Déjà sept mails ces vingt dernières minutes avec cinq fichiers attachés. Belle rafale ! Aurai-je le temps de les lire avant la prochaine salve ? Le temps s’accélère à mesure que les distances se réduisent. Je m’égare cinq minutes sur la page d’information de mon portable, histoire de me changer les idées. Revue de presse complète en quelques clics. J’apprends que Michael Jackson était sans doute aveugle avant de mourir, que le débat de ce soir est déterminant pour les éléphants, que le soldat Gilad va enfin être libéré et que nos coqs s’entrainent dur-dur à croquer du poireau au pays des Kiwis… Blotti confortablement dans le creux mon siège, ignorant quelque peu le paysage, je parcours la planète. Que l’univers est petit !

Universel

Steve Jobs vient de quitter la Terre. Déjà croquée, la pomme est maintenant orpheline. Les chaînes du monde entier repassent en boucle la merveilleuse histoire, celle du rêve américain dans son aboutissement le plus total. Devant mon poste de télévision, je redécouvre la légende, du garage californien à l’Ipad en passant par l’invention de la souris et le discours du maître à l’université de Stanford. Un monde virtuel se construit avec l’avènement des réseaux sociaux. Des milliards de milliards de connexions à la seconde. Une nouvelle liberté a envahi nos vies, infinie, mais qui nous attache aussi irrémédiablement à notre clavier ou écran tactile. Un réseau universel en mode 2.0, interactif et collaboratif, capable d’inhiber si on n’y prend garde la moindre de nos envies d’évasion par l’imagination.

Université

Je traverse les couloirs de l’université. J’y croise mes étudiants, mes collègues, des visages connus ou inconnus, tous plus différents les uns des autres. Monde vivant et multiforme où se rencontrent et échangent les habitants de nos écoles, facultés, instituts, hôpitaux, résidences, associations, foyers, aumôneries,… Le contact humain en guise de connexion, le réseau social en chair et en os ! J’aime l’image de l’UniverCité. Une fois dans mon bureau, j’ouvre ma boîte mail. Un message m’invite à visionner une vidéo dont j’avais entendu parler. On nous y présente un objet révolutionnaire : the Book ! Petit, pratique, transportable, incassable, sans fil, ni batterie, jamais en panne, des milliards d’informations qui défilent par simple pression de l’index de droite à gauche, durée de vie illimitée, 100% recyclable et qui nous conduit à l’évasion. Du pur bonheur ! Et si l’univers redevenait humain ?

Rond

C’est l’affiche qui oppose le Real au Barca, le cœur de l’Espagne à la Catalogne. El Classico ! Quatre fois ce mois-ci ! Une aubaine pour les aficionados. Comme eux, je suis prêt à goûter le spectacle. Les artistes madrilènes et catalans vont s’affronter dans une lutte chevaleresque et se disputer le cuir pour la coupe du roi, puis celle aux grandes oreilles. Gestes gracieux et trajectoires incroyables vont se succéder. J’en ai l’eau à la bouche. Mais point du tout ! Sur le gazon impeccable, les crampons fusent, les coups pleuvent, les joueurs s’invectivent et les bancs fulminent. A la fin de chaque scène, une victime roule à terre en se tenant la tête ou le tibia, se convulsant tel un apache ensanglanté tombant de cheval, fauché par une rafale de winchester. Cinéma pour influencer l’arbitre ou compétition pour un prix d’interprétation à Cannes ?

Ovale

Un combat sans merci va commencer. Âmes sensibles s’abstenir ! C’est la guerre de cent ans ! Britishs buveurs d’eau chaude et gaulois dévoreurs de grenouilles vont en découdre ! Le ballon, vessie de porc des temps modernes, n’a pas les courbes de son cousin du onze, encore moins l’envie de rouler. Les fauves à peine lâchés, il fuse de main en main, encaisse les coups de pieds et rebondit comme bon lui semble. C’est l’objet du désir. Les féroces gladiateurs le font vivre et briller en enchainant les touches, mêlées, cadrages, débordements, chandelles, mauls, drops, puis essais. Les contacts sont virils, les plaquages impressionnants. Ceux qui mordent la poussière se relèvent sans plaintes. Les arcades peuvent s’ouvrir, qu’importe, le jeu lui se poursuit. Pas de cinéma.

Carré

Le carton est jaune ou rouge. Bien au chaud dans la poche de l’homme en noir, il rêve d’une soirée tranquille. Timide ou utopiste, il ne souhaite pas se montrer. Alors, quand il est saisi pour être exhibé à la foule, il se demande peut-être… où suis-je ? Jouent-ils à onze ou quinze ? Serais-je encerclé, contesté, sifflé ou applaudi ? Un pilier sortira-t-il dix minutes en acceptant la sanction, les yeux baissés, ou les amis du libéro se précipiteront-ils sur moi pour contester la sentence ? Pour ma part, je me demande pourquoi y a-t-il cette différence dans le respect des règles et comment peut-on douter de la neutralité de l’arbitre ? La forme du ballon y est-elle pour quelque chose ? Finalement, je n’y crois pas car dimanche prochain, je prendrai ma raquette et j’aurai dans la même rencontre le plaisir de jouer, d’encourager mes coéquipiers, mais aussi d’arbitrer… et la petite balle sera bien ronde.

Chti

Dimanche matin, 24 octobre à 11h30, de mon petit village d’Aubers à celui de Fromelles, jogging campagnard au menu. Tout conduit à l’apaisement. Deux paires de baskets, pointures différentes, foulent le sol chacune à leur rythme. Pas vraiment de regard sur le chrono. Très peu de spectateurs sur le parcours, si ce n’est quelques marcheurs, deux chevaux devant leur paddock, un chien qui aboie de son mieux pour nous impressionner, puis un héron cendré qui nous survole alors que nous approchons du cimetière militaire. Fervent de paysages tranquilles qui chatouillent ma rétine et friant de la plaine des Weppes qui défile devant moi, je me dis que les courses se suivent…

Yankee

Sunday morning, November 7th, 9.45 a.m., c’est l’heure d’hiver depuis cette nuit chez l’oncle Sam. Du pont Verrazano jusqu’à Manhattan, la 41ème édition du marathon de New-York a pris ses quartiers. Tout conduit à l’exaltation ! 45.000 paires de baskets se ruent dans la traversée de Brooklyn au milieu des familles noires américaines, du port du Bronx sur l’East River, des orchestres de rock et de gospel sur Harlem, puis vers l’arrivée dans la cohue multicolore de Central Park. Amélie M que j’ai croisée la veille sur la 53ème Street est déjà loin devant moi. Yannick N, que je n’ai pas repéré, me dépasse pendant que je partage ma foulée avec l’un des 33 mineurs chiliens réincarné pour l’occasion en marathonien. La foule en liesse sur la 5ème Avenue nous acclame. Les monticules ruisselants de gobelets se succèdent de mile en mile. Chasseur de beaux voyages et de marathons, je me dis que les courses se suivent, mais…

Wallon

Dimanche matin, 11 novembre à 11h15, heure de la signature de l’armistice. Sur la petite place de Ploëgsteert, côté belge, la « queue de charrue » ne coule pas encore à flot. Entre frites et fricadelles, pour son 30ème anniversaire, la course du souvenir vient d’arroser l’événement. Et c’est plutôt réussi : tempête au menu et frimât de Toussaint ! La pluie cinglante et le vent glacial se jouent de nos foulées saccadées. Les monts de betteraves ont remplacé nos supporters partis s’abriter en des lieux plus sereins. Les cornemuses écossaises, si franches et alertes au départ, se sont tues. Les anciens combattants ont quitté le monument au mort, tandis que les dossards qui terminent se resserrent, soufflent, s’encouragent et se motivent. L’arrivée salvatrice approche. Je me dis que les courses se suivent, mais qu’elles se ressemblent toutes !

Etoilé

Il est minuit et notre petit groupe s’approche de la mare. Sortie batrachologique pour deux guides et leurs ouailles en quête de grenouilles. Entre deux amphibiens, j’ai pris l’habitude de décrire le ciel étoilé. Les constellations, c’est toujours très sympa car chacune d’entre elles porte un joli nom et il y a toujours une histoire à raconter. Je me dis que mon jeune collègue va aimer. C’est sa première sortie. Il va en apprendre des choses. Il m’écoute attentivement, c’est sûr il est conquis. Et puis soudain, il sort son téléphone de sa poche, et le pointant vers le ciel, en un clic, il immortalise le spectacle qui s’offre à nos yeux… alors sa petite machine se connecte et lui affiche le nom de tout ce qu’il voit. Plus besoin de moi. J’en sais bien moins qu’elle. Quel irrespect !

Guidé

Il ne me reste plus que dix minutes avant de rejoindre la réunion. Rendez-vous rue « machin » à Croix. Le cadran de mon GPS indique que je suis arrivé. Bizarre, il n’y a personne ! Soudain, mon portable vibre. C’est mon collègue. L’entrée est de l’autre côté du bâtiment rue « bidule ». Quoi de plus simple, il suffit de reprogrammer. Ce que je fais immédiatement. 3 kms affichés sur mon cadran, c’est étonnant pour seulement deux angles de rue ! Sans doute, une histoire de sens interdit. Enfin, j’y arrive, un quart d’heure plus tard… et là, je me retrouve devant la maison d’un particulier. Zut, je n’ai pas changé Croix alors que la nouvelle adresse est à Roubaix ! Reprogrammation, demi-tour, on recommence tout ! A nouveau 3 kms. Pourquoi n’ai-je pas réfléchi ? A pied, cela m’aurait pris deux minutes.

Arrosé

La rame de métro est encore loin de Saint-Sulpice. Je l’ai prise Gare du Nord et j’égraine les stations qui me séparent de la mienne. Un voyageur attire mon attention Il est en costume, travaille sur un strapontin, un carnet dans une main, un stylo dans l’autre. L’oreille collée au téléphone, il est ailleurs. Visiblement, ça bosse dur. Tout le monde autour de lui profite de ses préoccupations de bureau. Soudain, les portes s’ouvrent et parmi les nouveaux passagers surgit un petit homme âgé, fripé et buriné, un accordéon en bandoulière. En quelques secondes, la voiture se change en bal musette. Quelle n’est pas alors ma surprise de voir mon businessman irrité lui faire de grands signes de l’index façon « silence, moins de bruit, je n’entends plus rien ». Je n’en crois pas mes yeux. C’est l’arroseur arrosé. Quel plaisir ! Enfin, dans un lieu public, un empêcheur de téléphoner en rond !

Savoir

Les mains croisées à quelques millimètres du buzzer, les neurones en alerte, quatre candidats attendent la fameuse question. Celle-ci est inscrite sur une petite fiche brandie par le présentateur vedette. Je m’arrête brusquement devant ma télé, devenant malgré moi le cinquième. Soudain, la question fuse… pas le temps de répondre ! Le champion dans la lucarne est aussi rapide que l’éclair. Bravo ! Quelle culture ! Combien de temps lui a-t-il fallu pour apprendre tout ça ? Je pense à mes étudiants qui ingurgitent et mémorisent les noms des os, des nerfs et des muscles ou qui apprennent en enfilade des formules et des schémas… L’intelligence, c’est peut-être une histoire de cerveau ?

Savoir-faire

Le rickshaw, sorte de pousse-pousse motorisé à trois roues dans lequel je me trouve, se faufile habilement dans les rues bondées de Bangalore. Le chauffeur indien qui me conduit au travers de ce fleuve humain se guide au son incessant des klaxons. Ces derniers lui servent à la fois de rétroviseur et de clignotant. Il conduit les pieds nus sur d’étranges pédales et ses mains s’agrippent à une sorte de guidon en lieu et place de volant. Il zigzague tel un skieur chevronné sur sa piste noire macadamisée. Quelle dextérité ! Combien d’années lui a-t-il fallu pour acquérir cette incroyable technique ? Je pense à mes étudiants en stage qui apprennent à transformer leurs connaissances en compétences. L’intelligence, c’est sans doute aussi une question de pratique.

Savoir-être

Monsieur Ferrat a tiré sa révérence et ses chansons ressurgissent sur les ondes. Il y a un an déjà, Mister Bashung l’avait précédé. Deux générations sans doute, mais assurément la même histoire. Deux artistes qui ont bâti une œuvre, écrit des textes poétiques porteurs de sens et transmis des convictions liées avec nos préoccupations de chaque jour. Mais au-delà de leur talent, deux monstres sacrés qui ont partagé leur vie avec des gens ordinaires, faisant fi dignement de la maladie et ne se plaignant jamais. L’un dans les parties de boules au cœur de son village et l’autre par la scène au milieu du public. Quels modèles ! Je pense à l’avenir de mes étudiants et à la façon dont ils s’engagent, mènent des projets, se responsabilisent, construisant ainsi leur propre vie. L’intelligence, c’est assurément une affaire de cœur !

Somnolence

Les étudiants sont jeunes et dynamiques. Aussi, j’avoue que d’en voir souvent qui attendent l’ascenseur en paquet, avec de petits yeux, des premières aux dernières heures de la journée, m’interroge vraiment. Qu’il s’agisse de grimper, voire même tout simplement de descendre quelques marches… j’ai l’impression que l’escalier leur fait peur ! Bien sûr, tout le monde n’est pas alpiniste. Il arrive même que l’on porte un sac pesant ou encombrant, mais force est de constater que l’escalade urbaine n’est pas leur tasse de thé. Le dénivelé le plus ridicule peut devenir effrayant !

Sommitale

       Huit heures du matin, la cordée progresse lentement sur l’arête sommitale du massif du Mont-Blanc. Cela fait cinq heures que nous avons quitté le Refuge du Goûter et nous approchons de notre but à 4810m. Les crampons crissent dans la neige glacée et de la vapeur s’échappe des visages. Ici, pas d’ascenseur, ni de chafouins… pas plus de ronchonchons. Le sommet de l’Europe est à quelques pas et la motivation nous fait oublier la fatigue et le manque d’oxygène.

Sommet

Trente secondes d’accélération continue, pas une de plus, sur une petite musique chinoise et des lumières psychédéliques, … ça pulse… compression dans les oreilles, l’ascenseur futuriste nous propulse à l’ultime étage de la tour du Shanghai World Financial Center, vers l’observatoire le plus haut du monde à 492m. Ici, pas de neige ou de crampons, mais au sommet une vue magnifique sur des glaciers de buildings s’érigeant partout de Pudong, nouveau Manhattan chinois. Je comprends qu’il n’y ait pas d’escalier. Dommage, car j’aurais bien tenté l’expérience.

Summum

La trompette de Miles Davis me caresse les tympans. J’écoute son introduction magistrale et les travellings de Louis se rappellent à moi : l’air absent de la belle Jeanne qui arpente les rues de Paris et l’angoisse de Maurice dans un ascenseur qui le conduira au billot. Il aurait mieux fait de prendre l’escalier car la fin de l’histoire eût été différente (« Ascenseur pour l’échafaud », Louis Malle, 1958). Parfois, j’y pense en voyant ces mines lascives et courbatues patientant longuement devant les cages suspendues : les marches, c’est vraiment bon pour la santé !

En voilure, s’il vous plait !

Près du canal de la Deûle à Wavrin, au cœur des Weppes, le parc arboré d’une petite entreprise attire le regard. Drapeaux et banderoles flottent au vent et s’agitent dans un concert de couleurs. Mais qu’est-ce donc ? Un marchand de drapeaux ? Telle était notre impression, mes collègues de promo* et moi, en franchissant la porte un vendredi matin pour y entamer un audit stratégique. Le commerce de drapeaux, ce n’est pas banal bien-sûr, mais cette activité peut-elle vraiment surprendre ?

Accueillis par deux entrepreneurs attachants, entouré d’une équipe jeune et dynamique, nous découvrons l’aventure qu’ils partagent et nous nous mettons à l’œuvre pour démarrer l’enquête et résoudre l’énigme. Il s’agit de s’organiser. Travail de fourmis la journée, d’oiseaux nocturnes jusqu’aux premières heures de la nuit, nous nous attelons à l’ouvrage. Tout doit être observé, mesuré et pesé… Arnaud jongle avec les chiffres, Dominique a la bosse du commerce, Benoît s’y entend en ressources humaines, Valérie est experte en relations publiques et nos deux homonymes, les Stéphane(s), se baladent en management, marketing et business. Pour ma part, c’est plutôt par la recherche et l’innovation que je perçois les choses. Bref, une équipe hétéroclite à l’assaut d’un monde multicolore et bigarré.

Comme au pays d’Alice, nous quittons le réel pour découvrir qu’une entreprise d’apparence banale peut se révéler une fourmilière d’idées et d’activités variées. Communiquer par l’image, transmettre les messages qui leur sont confiés en utilisant le vent, voilà qui est original ! Qu’il gonfle les toiles ou les banderoles, qu’il agite les fanions ou les kakémonos, qu’il fasse tourner les potences ou vibrer les cordages, chaque souffle de vent est sollicité. Nous découvrons aussi qu’il est possible de numériser ou de sérigraphier toutes les images et photographies que l’on souhaite, que ce soit pour de la pub ou de la déco : cadres et tableaux en tissus, fauteuils et vêtements de sports personnalisés, voiles de beach sur des segways,… à quand le tuning des ULM et des parapentes ? Et comme si tout cela ne suffisait pas, l’équipe sponsorise un jeune navigateur, Thomas Ruyant, dont le nom commence à marquer, victoire après victoire, le monde des régates. C’est un nouveau mode de communication qui prend son élan. Gageons qu’il nous surprenne encore ! A l’approche du 14 juillet où les drapeaux sont tricolores, il pourrait être de bon ton d’en égayer la fête avec d’autres pavoisements ! Le langage par le vent ! A l’aube du développement durable et dans l’ère des éoliennes, quoi de plus moderne !

Un Indien dans ma ville

Il est 19h. L’amphithéâtre est plein. C’est un vendredi tout à fait ordinaire et je remets son diplôme à un Indien à plus de 8000 kms de chez lui. Ce jeune étudiant originaire de Madras le reçoit d’un geste emprunté, très ému et me remercie.

Ce n’est pas la première fois que je participe à une remise de diplômes, mais cette fois-ci il y a quelque chose de différent. C’est dans son regard que cela se passe. Voici un an et demi qu’il nous a rejoint à l’Institut Supérieur d’Agriculture et à la Faculté Libre des Sciences et Technologies pour y suivre avec une quinzaine de ses compatriotes un master en qualité agro-alimentaire et environnementale. Qu’en a-t-il retenu ?

Les témoignages se sont succédé sur l’estrade avant que les impétrants ne reçoivent leur dû. Ces jeunes venus d’un autre continent ont confronté leurs modes de travail et de vie avec de nouveaux amis français, chinois ou brésiliens. La richesse de cette expérience transparaissait à travers leurs récits. La découverte d’un autre pays, d’une autre société, d’une autre religion, le travail en groupes multilingues, tout cela les a enrichis, leur a appris beaucoup sur les autres … mais encore plus sur eux-mêmes !

Les entreprises qui vont les recruter se développent toutes à l’international. Elles anticipent depuis longtemps les mutations de l’environnement et la mondialisation. Leur souci aujourd’hui n’est plus de trouver des cadres et techniciens bilingues mais des collaborateurs aguerris à la communication interculturelle… pour l’international bien sûr, mais surtout aussi en interne entre collègues d’origines et de cultures différentes.

Les « Chtis » de Dany Boon, à leur manière, soulignent que les barrières culturelles ne se réduisent pas aux frontières des états. On peut les trouver d’une région à l’autre, d’un village à l’autre, d’un quartier à l’autre, d’une famille à l’autre et même d’une génération à l’autre ! A une époque où les outils qui lui sont consacrés n’ont jamais été aussi performants, il est frappant de constater que la communication se limite trop souvent à de l’échange d’information. Il est urgent de la cultiver différemment en apprenant à écouter les autres et à les découvrir pour mieux les comprendre… ce qui revient finalement à se connaître bien mieux soi-même !

Enfin, à l’approche de Noël, il y a peut-être quelques efforts à faire pour nous rencontrer, brasser nos cultures, établir de nouveaux liens, s’adresser des messages ou tout simplement par un petit geste, relier les hommes entre eux à l’image de ce diplôme, trait d’union le temps d’une seconde, entre deux mains étrangères.

Tondeuse à idées… bien affûtées

Une tondeuse trace de jolis sillons sur ma pelouse en manque de beauté. Je la pousse, elle me tracte, c’est selon. Il en faut du temps pour arpenter le terrain, se pencher, ramasser le bac et vider l’herbe ! Aussi l’esprit s’évade et le cerveau travaille. C’est le week-end, mais déjà la semaine pointe la tête : dès lundi, il faudra boucler le dossier rouge, écrire à Machin pour le projet, téléphoner à Truc, préparer cette réunion de jeudi, mais aussi ranger la paperasse qui encombre le bureau. Tout en y songeant, mon regard anticipe le sillon que je trace.

Chlack ! Un pissenlit vient de se faire décapiter. Sa grosse tête jaune a disparu dans la seconde. Jaune, c’est la couleur du dossier que je n’ai pas encore relu ! Surtout ne pas l’oublier ! C’est maintenant une botte d’orties qui me lèche les mollets au moment où je longe la haie. Aïe ! Il faut toujours se méfier ! C’est comme pour la lettre à Machin, tâchons d’éviter les pièges. OK, c’est bon, je vais revoir l’argumentaire pour le projet.

Petite pause auprès du groseillier. Ses grappes acidulées me ravigotent. Et c’est reparti pour une allée ! Je fais le tour du cerisier, je ratiboise les trèfles. Panique chez les bourdons qui butinent au moment où j’arrive. Quelle agitation ! J’espère que la réunion de jeudi sera plus calme ! Un merle attend que je sois passé pour picorer la terre d’où quelques lombrics sortent le museau. Lui non plus ne chôme pas. Il me fixe de ses yeux sans même voir le chat qui l’observe au pied du cornouiller ! Advienne que pourra !

Bon, c’est décidé, je téléphonerai à Truc avant de trier mes dossiers. Les bonnes idées arrivent, se croisent, se hiérarchisent. Finalement, comme je bosse, je me demande s’il n’y a pas lieu de revoir l’Aménagement et la Réduction de mon Temps de Tonte. Car après tout, il faudra bien que je récupère ! Bon récapitulons dans l’ordre : d’abord le dossier rouge, puis le jaune, ensuite la lettre et le coup de fil, enfin la réunion pour finir par la paperasse, …mauvaise herbe !

Ah, j’oubliais…, il faut aussi que je pense à mon Regard et c’est pour la semaine prochaine ! Peu de temps, pas d’idées ! Zut ! Soudain, de ma tondeuse s’échappe une étincelle ! Super, je le tiens. Encore un bac à ramasser et je file à mon clavier.

Quand je serai grand…

Quand je serai grand, je serai vétérinaire, explorateur, banquier, artiste, instituteur ou chercheur ! Qui n’a jamais rêvé sur les bancs de l’école ? Quel lycéen se projette aujourd’hui vers un métier qui le motive ? Et quand cela arrive, combien de fois lui dit-on : « c’est difficile, c’est bouché… trouves quelque chose de plus sûr… fais plutôt ceci ou alors cela…». Dans les forums d’orientation, les jeunes qui parcourent les allées cherchent l’inspiration. Il m’est arrivé de surprendre un échange entre une mère et son fils : « ingénieur, ça te plairait ?… et médecin, c’est bien, non ? ».

Dans quelques mois, plus de 80% d’entre eux décrocheront le bac. Seulement l’année prochaine, dans le supérieur, près de 40% échoueront et le tiers d’entre eux se réorientera complètement. Cette première année post-bac sert trop souvent à tester une filière, sans parler de ceux qui suivent les copains bien plus motivés qu’eux. Les désillusions sont alors inversement proportionnelles au temps passé à se documenter sur les métiers. C’est vraiment surprenant car les études demandent un investissement et comparativement, personne aujourd’hui n’achète une maison, une voiture avec aussi peu d’informations !

Alors que l’anglais et l’informatique ont rejoint le français ou les maths au rayon des matières incontournables, je regrette que la découverte des métiers reste limitée à l’orientation, qu’elle ne soit pas aussi enseignée au lycée avec un contrôle de connaissance. Cela conforterait les choix et diminuerait les erreurs de navigation. Alphonse Allais disait : « la vie est comme on la fait », alors invitons nos jeunes à toujours garder le cap vers un métier qui leur plaise et pour cela aidons-les à le choisir… ne brisons pas leurs rêves !

Tombé dans le pannneau !

Cela fait des annnées que je passse en desssous commme des milllions d’autres automobilistes, mais c’est seulement récemmment que je me suis aperçu de l’errreur. Sur le pannneau du pont qui surplombe la RN41 en direction de Lille, juste avant de s’engager sur l’autoroute A25, la direction du centre commmercial est indiquée avec trois m ! Il s’agit bien sûr d’une coquillle et non d’une faute d’orthographe, mais commme on ne la corrrige pas, je me suis demandé pourquoi ?

Peut-être que personnne ne l’a remarquée, mais cettte hypothèse est peu probable. Bien que le niveau en orthographe ne soit plus celui d’antan, il y a encore une marge, je l’espère, qui nous préserve de cela. Peut-être au contraire que tout le monde a vu cettte errreur et que les défenseurs les plus acharnés de la langue française ont déjà réclamé auprès de la direction de l’équipement. Mais commme cela coûte cher de remplacer un pannneau de cettte taillle et que la consonnne en trop n’empêche pas finalement de trouver le centre commmercial, pourquoi alors en faire toute une histoire ?

Enfin, il se peut que je sois tombé dans le pannneau car il ne s’agit pas d’une erreur ! Pourquoi alllez-vous me dire ? Et bien, c’est tout simplement une expérience grandeur nature qui prouve que 3 letttres identiques en lieu et place de 2 ne changent rien au sens du mot. On pourrrait sans problème étendre cela aux autres consonnnes répétitives, croyez-moi !  Cela ferait économiser le temps de réfléchir à combien il faut en metttre dans chacun de ces mots et cela réduirait aussi de manière significative les fautes d’orthographe. Et puis ne dit on pas : jamais 2 sans 3 ou quand il y en a pour 2, il y en a pour 3 ! Cela concerne toutes les consonnnes et quant au m…on ne compte pas !

100 kilomètres à pied

Tous les mercredis de l’Ascension à 19h et ceci immuablement depuis 32 ans, un millier de coureurs et marcheurs s’engage dans l’une des épreuves les plus incroyables de la Région : les 100 kms de Steenwerck. Vous pourriez penser que je m’apprête à vous décrire l’ambiance d’une course à pied, mais point n’est mon intention. Participant encore cette année à l’aventure, j’ai plutôt eu l’envie de vous parler non pas du courage et de la motivation des participants, mais de l’enthousiasme et du dévouement des organisateurs. Ils sont près de 400 bénévoles à consacrer une année entière de préparation et 24 heures non stop le jour J pour nous permettre de réaliser l’impossible et de nous dépasser nous-mêmes.

Tous les 3 kms, ils nous sourient, nous encouragent, nous ravitaillent. Alors que nous avançons à notre rythme, traversant la nuit, souvent seuls au milieu de la campagne endormie, ils nous attendent sous un point de lumière et sur un fond de musique pour nous encourager toujours. Ils nous admirent au fur et à mesure que nous avalons les kilomètres, se demandent comment nous faisons pour tenir le coup ? Comment imaginer qu’une personne sensée puisse avoir envie de faire à pied une telle distance ? L’explication est pourtant simple. Elle réside dans l’ambiance particulière qu’ont réussi à créer tous ces volontaires afin d’offrir à leur village cet instant de fête, mélange subtil de sport et de convivialité.

Dans un monde où l’égoïsme l’emporte souvent sur la fraternité, il est réconfortant de traverser un petit village comme celui de Steenwerck, même si cela doit faire un peu mal aux pieds !

1 + 1 = 3

On peut lire un texte de bas en haut et prouver qu’1 + 1 font 3 ! Voilà de quoi surprendre ! Qui peut affirmer cela ? En visitant les coulisses d’une entreprise innovante avec mes collègues d’université, nous avons échangé avec l’équipe de direction qui nous recevait. Nous voulions entendre ce qu’ils attendent de nos étudiants et répondre à leurs questions sur nos méthodes de formation.

A ceux qui se demandent comment les entreprises décryptent les lettres de candidature, mènent les entretiens d’embauche, puis organisent le travail, il est important de dire que les règles habituelles de la lecture ou du calcul ne s’appliquent pas forcément. Un curriculum vitae, par exemple, sera plus naturellement parcouru de bas en haut en commençant par ce qui touche à la formation humaine, à ce que le jeune propose à son futur employeur : sa motivation, ses envies, ses passions, tout ce qui le propulsera dans les missions qui lui seront confiées. En remontant le texte, on s’intéressera à ce qu’il a vécu en stage, puis on découvrira bien assez tôt la nature de ses diplômes et son parcours universitaire. Plus tard, quand son travail commence, le nouveau collaborateur verra que mettre ses compétences en synergie avec celles de ses collègues, dans une atmosphère favorisant le partage des valeurs de l’entreprise, décuple ses forces au lieu de simplement les additionner. C’est la règle du 1 + 1 = 3.

L’université et l’entreprise ont beaucoup à apprendre, devrais-je dire à attendre, l’une de l’autre. En se fréquentant régulièrement, en adaptant les savoirs-faires aux besoins, elles renforcent leur efficacité quitte à se moquer un peu des lois académiques !

Le Tilleul du Joncquoy

A l’heure où l’on s’inquiète du devenir de la planète, il est bon de contempler quelques symboles. Dans mon village à Aubers, c’est un être vivant à qui je pense : le Tilleul du Joncquoy ! Je le croise souvent en courant ou me promenant.

Cet arbre a été planté vers 1490 sur les terres d’un château dont il ne garde aujourd’hui que le nom. Pour vous situer l’époque, nous sommes au moment de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Depuis, il a traversé les siècles sans se laisser abattre, a connu Marignan à 25 ans, a fêté son premier centenaire sous Henri IV et son troisième pendant la révolution française : 300 bougies sans perdre la tête ! La foudre, quelques années après la mort de Louis XIV, l’aurait fendu en deux. Pas suffisant pour abattre ce colosse ! Il se moqua ensuite des obus de la der des ders qui détruisirent le village sans parler des milliers d’orages entre lesquels il réussit à se glisser.

Quel est donc son secret ? On sait que la tisane au tilleul permet de lutter contre la nervosité et les insomnies, mais est-ce suffisant pour se moquer ainsi du temps ? On dit aussi que le tilleul est le symbole de l’amitié et de la fidélité : la bonne piste ?

Plus d’une vingtaine de générations a croisé ce monument, protégé aujourd’hui par la commune. J’espère bien que la sensibilisation aux valeurs du patrimoine et au développement durable, lui donneront l’occasion de célébrer un jour son millénaire pour le bonheur, si j’ai bien calculé, de nos arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petits enfants.

Après tout, lui n’est qu’à mi-chemin !

Le Mille-pattes et le Lombric

Il arrive parfois de curieuses rencontres. Des milliers d’orteils avaient décidé un matin de relier une ville à l’autre pour tracer la première « Route du Louvre ». C’est ainsi qu’un mille-pattes géant aux reflets multicolores s’était mis en tête de relier Lille à Lens. Quant à moi, collectionneur de marathons, je me suis retrouvé au milieu de ce cordon humain, un dossard épinglé sur le ventre, prêt à courir de ma ville natale vers celle de mon enfance.

Une multitude d’images s’est alors figée dans le fond de ma rétine : des géants pittoresques sur la place de l’Opéra entonnant : « quand la mère monte… », l’ambiance carnavalesque des habitants d’Emmerin qui nous ont accueillis et encouragés si chaleureusement, des spectateurs enthousiastes dans une péniche qui nous ont applaudis à contresens, un couple de hérons cendrés qui nous a survolés sur le parc de la Deule, la courbure des terrils à l’approche du pays minier, un coureur ayant mêlé à sa casquette les couleurs rouges et blanches du LOSC avec celles sang et or du RC Lens, un mélange plutôt inhabituel mais rempli de sens en ce dimanche matin entre nos deux capitales.

Mais c’est au dixième kilomètre que mon attention fût réellement captée… lorsque ma foulée croisa le rampement ondulé d’un lombric qui s’était mis en tête de traverser le chemin de halage vers le bord du canal. Je me demande encore comment l’animal a réussi à atteindre vivant l’autre bord du sentier ? Comment a-t-il évité le piétinement qui lui était destiné ? S’est-il rendu compte qu’un mille-pattes géant avait décidé ce jour-là de fouler son territoire ? Ce que j’en retiens, c’est l’énergie avec laquelle il s’est tortillé de tout son long pour arriver à ses fins et se retrouver finalement, sain et sauf, à quelques centimètres de l’herbe tout au bord du sentier. Curieusement, c’est à lui que j’ai pensé en coupant la ligne d’arrivée avant de m’étendre moi-même, fatigué, sur un coin d’herbe abrité.

Je me suis dit que si La Fontaine m’avait accompagné, il aurait sans doute raconté tout cela bien mieux que moi. J’imagine une fable dont la morale aurait dit que chacun d’entre nous peut atteindre son but, quelles que soient les embûches… pour peu qu’il s’en donne l’envie !

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Commentaire (1)

  1. Webmaster eBiologie

    Merci pour votre article !

    Cordialement,

    Webmaster eBiologie
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