De la créativité à l'innovation

Des élèves co-auteurs de leur savoir !

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Avec l’explosion du numérique à l’école, les élèves peuvent devenir co-auteurs de leur savoir. Il en est de même dans l’enseignement supérieur. Cette approche des temps modernes nécessite néanmoins que les acteurs acceptent de changer de posture, tout au moins de sortir de leur zone de confort, pour s’investir différemment dans le partage des connaissances. A l’image de ce qui se passe dans les classes inversées ou renversées, le professeur doit aujourd’hui imaginer de nouvelles pédagogies, celles qui incitent ses élèves à apprendre autrement, en les préparant notamment à rechercher par eux-mêmes les connaissances qui leur seront nécessaires au montage de projets ou à la résolution de problèmes. La pratique des pédagogies inversées va en ce sens pour une majorité d’entre eux. Elle permet de passer de la créativité à l’innovation par l’expérimentation.

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Hacker la pédagogie. L’expérimentation peut aller encore plus loin lorsqu’on imagine de hacker la pédagogie. C’est le cas du « Uncollege » à San Francisco qui tente de réinventer l’éducation par des méthodes d’auto-éducation. Cette école originale propose un programme avec des temps d’apprentissage pendant lesquels les apprenants sont autonomes, des ateliers et des cours qui leur sont donnés sur les secteurs d’activités en pleine expansion comme le design graphique ou la programmation informatique. Des ateliers proposés sous forme de coaching entrepreneurial permettent d’apprendre la construction et la gestion d’un capital, la négociation, la résolution de problème et la gestion de conflits. Les notes sont délaissées au profit de l’évaluation des qualités d’autoentrepreneur que les élèves arrivent à acquérir, ainsi que leurs aptitudes au travail, à la discipline et au sens de la communauté. Rien ne les empêche ensuite, et c’est même recommandé, de continuer dans un parcours universitaire classique. Une manière, finalement, de considérer l’enseignement académique comme un complément à la formation initiale, qui elle ne l’est plus.

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Sept transitions majeures. A Palo Alto, l’Institute for the Future (IFTF), organisme spécialisé dans les études prospectives, a publié en 2013 une cartographie qui fournit des clés de lecture pour aider les enseignants à comprendre l’évolution de l’enseignement autour de sept transitions majeures : de l’enseignement discontinu à l’apprentissage continu, de la dispense d’un enseignement à l’envie de le découvrir, de la transmission de contenus à leur conservation, du travail à une seule échelle à celui permettant de passer des petits groupes aux grands amphis, des diplômes aux scores de performance et de réputations, des examens aux méthodes d’évaluation par feed-back, des amphis et salles de classe aux espaces collaboratifs. L’IFTF a construit cette cartographie pour aider les enseignants à comprendre les changements disruptifs auxquels ils sont dès maintenant confrontés.

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Pédagogies innovantes. The Open University, université britannique on line, publie depuis 4 ans un rapport sur les pédagogies innovantes. Alors qu’en 2014, elle mettait l’accent sur l’apprentissage social massif en ligne par les MOOCs, le design pédagogique fondé sur l’analyse de données, la classe inversée, le BYOD (« bring your own device ») qui invite l’élève à utiliser son propre environnement numérique de travail, le mouvement réflexif « apprendre à apprendre » qui permet de comprendre comment on apprend, l’évaluation dynamique qui se focalise sur les progrès des élèves et non leur niveau, l’apprentissage évènementiel qui est fondé sur l’idée que l’on apprend mieux quand on est engagé dans un projet collectif, l’apprentissage par la narration qui permet grâce au développement d’un récit de structure, approfondir et revisiter son savoir, les concepts-clé qui déterminent le seuil à partir duquel la compréhension d’un élève est modifiée en profondeur et enfin, la construction ou bricolage, notamment par les fablabs.

Apprentissages pluriels. Dans son dernier rapport en 2015, ces innovations pédagogiques sont devenues : l’apprentissage hybride qui consiste à lier la recherche formelle de contenu en classe avec l’exploration informelle sur le terrain, l’apprentissage par l’argumentation au travers de discussions collaboratives, l’apprentissage fortuit qui permet d’acquérir des connaissances de manière non intentionnelle, l’apprentissage fondé sur le contexte qui aide à apprendre à partir de l’expérience, penser « informatique » pour apprendre à résoudre des problèmes, l’apprentissage des sciences dans des laboratoires pilotés à distance, l’apprentissage incarné pour apprendre à faire travailler ensemble le corps et l’esprit (technologies avec des capteurs sensoriels et des systèmes de traceurs visuels), l’enseignement adaptable qui tient compte des spécificités de chaque élève (personnalisation des contenus d’apprentissage), l’analyse des émotions qui tient compte des réactions émotionnelles des élèves et l’évaluation furtive qui utilise des techniques de collectes continuelles permettant de mesurer le niveau d’apprentissage des élèves sans les interrompre dans leur travail. De bien belles pistes de réflexion pour imaginer avec réalisme le futur de la pédagogie !

Commentaires (2)

  1. Viviane Camelato

    Selon moi, par cohérence avec le principe de la classe inversée, il faudrait aussi changer les nominatifs « professeur » et « enseignant » en ce que, dans une équipe de chercheurs, personne ne professe et personne n’enseigne. « Maitre de recherche » ? Mais le féminin est ambigu… « Coordonnateur/coordonnatrice de recherche »? Réductif… Je vote pour « Synthésiste ». Qui dit mieux ?

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  2. fievet

    Merci pour cet articles et pour répondre à Viviane. Dans le campus IFAG de l’ile de La Réunion, nous essayons humblement de pratiquer la pédagogie inversée. En utilisant des outils cohérents comme Klaxoon avec parcimonie et en formant les intervenants ce qui n’est pas une petite affaire. (habitudes quand tu nous tiens) On se fait appeler les pédago. Oui, ce n’est pas très poétique mais on n’a pas trouvé mieux. Dans l’Antiquité, le pédagogue était un esclave qui accompagnait l’enfant à l’école, lui portait ses affaires, mais aussi lui faisait réciter ses leçons et faire ses devoirs

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