De la créativité à l'innovation

Comment détecter les passagers clandestins dans un travail collectif ?

Comment vérifier qu’un élève « inactif » ne profite pas d’un travail collectif pour être bien noté ? Comment détecter celui que l’on peut appeler « le passager clandestin » ? Ce n’est pas toujours évident. Dans le cas de la classe renversée, les étudiants travaillent en équipe pour produire le cours et les questions d’examen. Il sont ensuite évalués sur la qualité de cette production collective, ce qui leur donnera une note collective. Beaucoup d’entre eux n’aiment pas cette « note unique » pour le groupe car ils trouvent injuste que tout le monde soit payé de la même manière et non proportionnellement à leur engagement individuel au service du collectif.Pour cela, une méthode d’auto-évaluation a été imaginée en transformant un test d’entreprise connu sous le nom du « 180 degrés ». Elle propose à chaque étudiant d’exprimer la perception qu’il a du travail de ses collègues dans une même équipe, tout d’abord par rapport à lui-même, en utilisant une échelle à 6 niveaux (5 = excellent ; 4 = très bon ; 3 = bon ; 2 = moyen ; 1 = faible ; 0 = sans avis). Les étudiants sont ainsi amenés à donner leur avis sur les 5 critères d’évaluation jugés importants par l’enseignant pour le bon déroulement de la construction des chapitres en équipe : la présence en cours, la recherche d’informations, la participation à la rédaction des chapitres, les explications données aux membres de l’équipe pendant les cours, la communication avec les autres. Bien sûr, ces critères peuvent changer si l’enseignant trouve que l’un d’entre eux n’est plus vraiment pertinent ou si les méthodes qu’il utilisent en cours changent de manière importante.

La méthode est assez simple. Dans un premier temps, les étudiants doivent s’autoévaluer sur une échelle de 0 à 5. Ils le font en utilisant une grille à 6 niveaux (avce des scores identifiés de 5 à 0). Cette première autoévaluation qui les invite à réfléchir sur leur propre implication dans le groupe, leur servira ensuite de référence. Ils vont ensuite «évaluer leur perception » du travail des autres membres de leur équipe, non plus en utilisant cette grille, mais cette fois-ci par rapport à eux. Ainsi, si on considère par exemple un des 5 critères d’évaluation : « la recherche d’informations » ; dans un premier temps, l’étudiant se note lui-même (il s’attribue un score). Imaginons par exemple qu’il se donne 3 (ce qui veut dire « bon »). Dans un deuxième temps, lorsqu’il notera ses camarades, il devra à chaque fois les comparer à lui-même et non plus utiliser la grille. Par exemple, il mettra automatiquement 3 à tous ses collègues dont ils pensent qu’ils ont été aussi efficaces que lui dans la recherche d’informations sur internet ou dans les ouvrages. Il mettra automatiquement 2 à ceux qu’il trouve moins efficaces que lui dans ce domaine (voire 1 si la différence est importante). Il mettra automatiquement 4 s’il pense que son camarade a été plus performant (voire 5 en cas de très nette différence). Se noter soi-même par rapport à une grille est difficile pour un étudiant, mais faisable. Noter les autres est plus facile par rapport à soi qu’en utilisant une grille, car les étudiants manquent de référence en évaluation du travail des autres, sauf s’il s’agit de se comparer aux autres, ce qui leur parait moins complexe. Au final, les étudiants évaluent avec ce test la « perception qu’ils ont » du niveau d’engagement des autres membres de l’équipe par rapport au leur et non par rapport à une moyenne qui serait imposée par l’enseignant.

Un exemple d’histogramme issu d’un 180 degrés en classe renversée est présenté ci-dessous. On y distingue les résultats pour 6 équipes de 5 à 6 étudiants (disposés sur l’axe des abscisses). Chacun d’entre eux est symbolisé par une barre verticale dont la hauteur (l’axe des ordonnées) est comprise entre 0 et 5.

On remarque que dans chaque équipe, certains étudiants sont moins bien « notés » que les autres. La hauteur de ces scores (terme plus correct que celui de note) n’est pas importante. Ce qui compte, c’est la différence entre certains et la moyenne des autres. A titre d’exemple, l’étudiant n°5 de la première équipe à gauche sur l’histogramme, ou les étudiants 2 et 4 de la quatrième équipe sont nettement identifiés par leurs collègues de travail comme contribuant moins que les autres au travail collectif.

Le résultat de ce test reste confidentiel. Il n’est pas communiqué aux étudiants, mais sert de manière efficace au professeur pour majorer, le cas échéant, le score des étudiants dont l’implication a été la mieux notée par leurs camarades… ou minorer le score de ceux qui s’avèrent être des « passagers clandestins ». Pour arriver à cela, l’enseignant devra compare sa propre perception du travail de ses étudiants avec le retour des équipes via le test du 180 degrés. Ce que l’on remarque après 6 années d’expérimentation, c’est que ce test confirme presque toujours les impressions de l’enseignant quand il avait repéré ces étudiants. Il s’avère très utile dans un autre cas, celui des « passagers clandestins » non repéré par l’enseignant, mais qui ne passent pas inaperçus dans leur équipe.

Quand on demande aux étudiants ce qu’ils pensent de ce test, leurs avis sont assez variés : J’ai apprécié le test à 180° car il a permis de personnaliser nos scores et surtout de nous positionner par rapport au groupe. Cependant, je trouve difficile de se comparer aux autres membres du groupe, sachant que nous sommes différents et que chacun apporte quelque chose de différent au groupe (pas forcément des connaissances) ; Cette évaluation est indispensable est bien pensée. Elle nous permet de donner notre avis sur les autres membres du groupe ; L’auto-évaluation est une idée intéressante, mais c’est un peu perturbant. En effet, s’évaluer soi-même est déjà une tâche délicate, alors évaluer les autres est encore plus complexe. Ainsi, on n’est jamais vraiment sûr que notre évaluation soit juste ; Le test à 180° est intéressant. Cependant, j’ai eu l’impression de classer mes camarades et cela m’a un petit peu dérangé ; J’ai beaucoup apprécié l’idée de faire une autoévaluation car cela permet de montrer certains aspects du travail d’autres membres de l’équipe qui ne se voient peut-être pas toujours. Certains étudiants sont timides mais participent activement ! ; C’est un test qui n’est pas vraiment évident à faire, ni à analyser, puisque chaque étudiant a sa propre perception des autres (mais aussi de lui-même). Mais ce test est très instructif pour l’enseignant car il lui permet d’avoir une vision plus réaliste du travail de chacun dans un groupe. Cela permet aussi de voir quelles sont les équipes les plus complémentaires et adaptées à travailler ensemble.

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Commentaires (2)

  1. etudiant

    SURTOUT demandez vous POURQUOI certains s’impliquent moins ? Peut-être découvrirez vous des personnalités pathologiques toxiques chez ceux qui sont très impliqués, raison pour les autres de se désengager. Je l’ai vécu justement cette année dans une promotion où 90% des gens étaient très impliqués mais 2 personnes toxiques qui travaillaient toujours ensemble, jusqu’à 4h du matin (pour un gain nul) et qui critiquaient les autres mettaient systématiquement une mauvaise ambiance dans les groupes: se retrouver seul ou à 2 avec ce type de personne entraînera de fait un arrêt de l’implication. Bon, pour ma part, je ne me suis faite avoir qu’une fois et ensuite j’ai travaillé avec d’autres groupes beaucoup plus collaboratifs. Cela pourrait porter préjudice à des étudiants motivés au départ. Le couple de toxiques a en effet travaillé 2 fois avec 2 autres personnes qui ont quasiment été exclues lors de la présentation orale. Personnes avec qui j’ai moi-même travaillé et qui étaient sérieuses et motivées… Heureusement que l’enseignant a vu le problème car il avait déjà vu ces personnes travailler dans d’autres contextes ! Mais si ce n’est pas le cas : soyez prudents et observez bien ce qu’il se passe.

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    1. Jean-Charles Cailliez (Auteur de l'article)

      L’humanité est faite comme cela… il y a toujours eu et il y aura toujours de tels comportements. Il faut composer avec !
      Il faut aussi être conscient que chacun d’entre nous, nul n’est à l’abri, peut aussi devenir le « toxique » d’un autre.

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