N’éteignez pas les Lumières !

Les rencontres autour du grand débat comme les « actes » successifs des gilets jaunes, marquent un éloignement de l’enseignement, notamment de l’enseignement supérieur, qui pendant ce temps, en marge de l’actualité des débats de société, poursuit son cheminement, parcoursup, étudiants extra communautaires …

Cette marginalisation n’est pas sans contexte :

Sur fond de monde rural en fortes difficultés, de pays endetté et de défiance envers les gouvernants, la crise en cours est institutionnelle, morale, sociale, politique. En d’autres temps la conjonction de ces divers facteurs enclencha la « révolution française », au point qu’une ressemblance 1789 / 2019 a rapidement été construite sur les ronds-points, dans les manifestations et par certains politiques.

Comparaison n’est pourtant pas raison mais confusion.

La revendication majeure d’aujourd’hui est le fait d’une « société des individus », soucieuse de la non hiérarchisation des revendications et du refus de toute délégation.

Alors que les distinctions en classes antagoniques ont longtemps balisé le champ de l’analyse politique, l’enjeu désormais n’est plus celui d’un changement de société mais de la perte de ce qui « fait société ». En même temps, les inégalités ou leur ressenti » se recentrent sur le soupçon (la crainte) d’une inégalité d’individus, d’autant plus responsables des inégalités qui les affectent qu’ils se savent « libres et égaux en droits ». Il n’est dès lors pas surprenant qu’au nom de l’égalité, le respect soit devenu le critère moral radical, non pas le respect et l’honneur dus au rang, mais le respect dû à l’égalité. Dans la foulée, il n’est pas illogique que se soit imposée une évocation militante de la Révolution Française, oublieuse pourtant de ce qu’alors il s’agissait d’établir l’égalité des droits et non de promouvoir une (douteuse) égalité de tout et de tous.

Toujours en référence à cette exigence d’égalité (non réalisée), les analystes mettent en avant les « fractures ». Aux fractures largement commentées, fracture sociale, fracture territoriale, il convient d’ajouter une « fracture du diplôme » qui s’avère vite un point d’ancrage des deux autres. Le diplômé est plus susceptible d’avoir un salaire plus élevé et d’habiter une métropole. Ceux qui se considèrent comme « oubliés » sont le plus souvent ceux qui n’ont pas pu monter dans l’ascenseur social.

Nous voici revenus à l’enseignement et à ce qui, au delà du diplôme, participe de la formation en général de « l’opinion publique ».

Parler d’enseignement conduit, au moins du point de vue qui m’occupe, à envisager deux points particuliers. Le premier concerne l’enseignement de l’économie qui continue à faire débat alors que, depuis plus de dix ans, s’affrontent des accusations de biais idéologique qui ne sont pas sans influence sur les représentations (on consultera ici le point de vue de Philippe Aghion https://www.lesechos.fr/11/04/2018/lesechos.fr/0301549625748_philippe-aghion—–il-y-a–en-france–un-probleme-d-inculture-economique–.htm).

Un second point intéresse la valorisation de la notion de « compétence » pourtant souvent accompagnée d’un évanouissement des savoirs. L’accent est de plus en plus mis sur les procédures, pour résoudre des problèmes et les compétences dites transversales, au détriment des connaissances. Il ne s’agit pas de revisiter l’éternel débat des têtes bien faites et de ces autres bien pleines, mais de constater qu’au quotidien, l’enjeu cognitif d’aujourd’hui, avec ses implications morales et politiques, tourne autour des infaux et que devient essentielle non la résolution de problèmes mais la fiabilisation des données ou encore la capacité du sujet à recouper l’information, ce qui ne se peut pas sans un socle des savoirs et donc la valorisation des savoirs et de leurs apprentissages.

On sera, par ailleurs, particulièrement attentifs au fait qu’aujourd’hui les clefs d’interprétation nous sont de plus en plus données comme étant, outre la valorisation de la compétence, liées à la compréhension des mécanismes économiques. Sans négliger pour autant que le projet de « société des individus » porte une antinomie radicale qui ne peut durer qu’autant que se rêvent l’illusion que la société, le tissu social, pourrait être remplacé par les « réseaux sociaux » et cette chimère que le refus de hiérarchiser les revendications pourrait échapper à la frustration que toutes ne soient pas satisfaites à la fois.

La Révolution française, pour y revenir, était « fille des Lumières ». C’est en cela qu’elle est différente des actes des gilets jaunes qui annoncent s’en réclamer. La montée des Lumières, de la Raison est le point d’éloignement majeur avec les cortèges d’infaux qui défilent sous nos yeux mais aussi alors. Elle correspond également à un affranchissement, à plusieurs titres et notamment de l’idée du séjour terrestre comme une « vallée de larmes » où expier le péché originel, et adosse cette rupture au retour de l’idée du bonheur, « une idée neuve en Europe » selon le mot de Saint Just.

J’ajouterai en fin et parce que c’est là le cœur de la vocation de l’enseignement supérieur, que des outils de lecture et de réflexion ne manquent pas. Ainsi et par exemple, alors que la démocratie représentative est présentée comme étant en crise, la méthode de Condorcet et le vote par préférence pourraient offrir d’intéressantes alternatives à l’affrontement binaire, en forme de fracture, qu’impose le suffrage majoritaire à deux tours, renforcé par l’alignement de l’élection présidentielle et des élections législatives. De même, il serait intéressant de relire le texte de Bourdieu intitulé « l’opinion publique n’existe pas » qui permettrait notamment de relativiser l’idée des Français-qui-soutiennent (ou pas d’ailleurs) -les-gilets jaunes. Toujours pour éclairer la singularité comme l’ancrage dans une tradition de luttes, du mouvement des gilets jaunes, on consultera avec grand profit les travaux de l’historien américain Steven Kaplan (notamment Le Pain, le peuple et le Roi) qui permettrait de mieux appréhender le désenchantement vis-à-vis du pouvoir, le mécanisme de la désaffection à l’égard de la monarchie française, maintenant des défis lancés au président de la République, unis dans ce même mythe (royal d’abord) d’un souverain dispensateur et arbitre, ou encore ceux de cet autre historien, britannique cette fois, E.P. Thompson, notamment à propos de l’affrontement entre le libéralisme et cette « économie morale » de la foule qui veut que la communauté assure, par elle-même et à chacun, les moyens de subsister, par des prix supportables, si les autorités ne le font pas, une économie morale (aussi) dans laquelle une combinaison de rejet des autres et d’indignation prétend pouvoir rendre au citoyen malheureux sa valeur et sa dignité, au prix (parfois) des dérives auxquelles nous assistons aujourd’hui, de l’antisémitisme et de l’islamisme radical.

Débattre sans doute, et même sans aucun doute, mais débattre de quoi si l’objet premier n’est pas de chercher à comprendre puis d’échanger sur les diverses approches ?

C’était cela l’objet des Lumières, revendication du passage de l’obscurité au jour, de l’obscurantisme à la connaissance rationnelle; c’était déjà celui de la Renaissance, marquée par de nouveaux modes de diffusion de l’information, la lecture scientifique des textes fondamentaux, des changements de représentation du monde.

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Donnons sa place à l’éducation dans le grand débat national

L’éducation est absente des thèmes du grand débat national.

Pourtant :

  • Le développement du système éducatif est un des moyens majeurs de lutte contre la pauvreté, la précarité et le chômage.
  • La question de l’école est aussi celle de la violence symbolique d’une croissante non-mixité sociale.
  • L’éducation est un atout décisif dans la lutte contre les affirmations des complotistes et les promesses simplistes.

Ouvrir le grand débat à la manière dont se construisent côte à côte, idées, principes … et rumeurs, n’était-ce pas intervenir au cœur de la réalité contradictoire d’aujourd’hui, faite à la fois de l’affirmation d’un sentiment d’exclusion et d’une complicité retrouvée dans les cahutes et sur les rond-points (voir à ce sujet le récit de Florence Aubenas https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/15/sur-les-ronds-points-les-gilets-jaunes-a-la-croisee-des-chemins_5397928_3224.html ).

Donner sa place à l’éducation c’est par exemple prendre en compte l’enquête TIMSS 2015 qui pointe la position de la France, la dernière parmi les pays européens de l’échantillon, quant aux résultats des élèves de CM1 en mathématiques et en sciences, c’est aussi prendre en compte la faible valorisation du métier d’enseignant dans la société, et la forte détérioration de son attractivité. Sur ces questions on consultera – par exemple – la récente Lettre électronique Trésor-Éco (élaborée sous la responsabilité de la direction générale du Trésor ;

Le risque majeur de ce débat tient précisément à ceux qui en sont l’occasion, ces « gilets jaunes », plus exactement la manière dont certains de leurs porte-paroles (?) envisagent analyses et discussions. Parallèlement, si au-delà des violences et des dérives, une stratégie d’ensemble est à établir et partager, le seul volontarisme ne peut être imposé au détriment de la négociation entre les acteurs sociaux.

Donner sa place à l’éducation, c’est, par exemple prendre en compte l’enquête YIMMS 2015 qui pointe la position de la France, la dernière parmi les pays européens de l’échantillon, quant aux résultats des élèves de CM1 en mathématiques et en sciences, c’est aussi prendre en compte la faible valorisation du métier d’enseignant dans la société française, et la forte détérioration de son attractivité. Sur ces questions on consultera – par exemple – la récente Lettre électronique Trésor-eco (élaborée sous la responsabilité de la direction générale du Trésor :https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/30e608dc-3e65-47a2-928c-fd7535f6d03b/files/090751dc-3251-4851-a3c9-e9309808c6b5). Ce avec d’autant plus de profit que le document plaide pour un mesure de l’efficience des mesures pour l’école, question ouverte !

La crise actuelle est analysée en termes de fractures, de « deux France » . Cette clef de déchiffrement a déjà été présentée, ainsi, pèle-mèle, par Alain Lipietz, éphémère candidat écologiste lors de la présidentielle de 2002 (« La Société en sablier », ouvrage paru en 1996, réédité en 1998), le journal « Le Monde » à l’occasion de la campagne opposant Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy (https://www.lemonde.fr/societe/article/2007/05/05/le-losange-ou-le-sablier-par-eric-le-boucher_905897_3224.html), Jean-Marc Vittori, dans son ouvrage intitulé « l’effet sablier » (pour une présentation voir ici : https://www.grasset.fr/leffet-sablier-9782246755418) … Ces quelques jalons exposent le passage de ce qui fut la structuration de la société en pyramide, petite pointe rassemblant une bourgeoisie fortunée et large base de travailleurs pauvres, au losange des Trente Glorieuses, marqué par un accroissement considérable de la classe moyenne, pour passer enfin au sablier où les couches intermédiaires sont raréfiées et où s’opposent deux catégories d’emplois, et donc de revenus, des postes de services faiblement qualifiés, et des postes de cadres hautement qualifiés.

La diffusion des nouvelles technologies et l’évolution rapide des moyens de communication créent naturellement un sentiment de facilitation des entreprises citoyennes, pétition, liste de citoyens validant la demande d’un référendum. D’intéressantes avancées démocratiques se profilent. A condition pourtant de mesurer que cette diffusion est aussi l’occasion d’une submersion sous les vagues d’infaux, d’une domination de la raison par l’émotion, de « débats » qui ne s’embarrassent ni d’authentifications ni de validations. On a récemment pu observer comment l’obscurantisme délibéré de falsificateurs s’est emparé du pacte de Marrakech ou du nouveau traité d’Aix-la-Chapelle.

En ces temps où, ici et là, la tendance est à se réclamer de la Révolution Française, que ne gagnerait-on pas à se rappeler les propos de Talleyrand développant, dès l’ouverture de son rapport sur l’instruction publique, cette idée que la Constitution serait incomplète si l’on n’y ajoutait l’Instruction publique « qui embrasse un ordre de fonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le perfectionnement du corps politique et la prospérité générale » (rapport présenté à l’Assemblée nationale les 10, 11 et 12 septembre 1791, voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85454v/f2.image ).

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Trop intelligents ? Vraiment ?

De la déploration du «pognon de dingue» à la dénonciation des « gaulois réfractaires», et au regret d’avoir « probablement été trop intelligents, trop subtils », les couacs de communication se sont multipliés, et les petites phrases ont été ressenties comme autant de signes d’une arrogance en rupture avec l’écoute et la bienveillance annoncées lors de la campagne présidentielle.

La déception s’est faite colère, la remise en cause de l’utilité collective de l’impôt a évolué vers la dénonciation de l’opposition du peuple (souverain) et des élites. L’emphase, la rhétorique et une succession d’approximations historiques des mythes que sont devenus la jacquerie, et les sans-culottes, a conduit à ce que Laurent Berger désigne comme une « situation d’hystérisation du climat politique, du climat social »

Pour sortir des impasses, il faudra autre chose qu’une valse des conseillers ou même une consultation nationale. On le sait, le sens ne relève pas de l’immanence mais bien de constructions qui sont aussi des interprétations.

Le sens de la crise actuelle est (aussi) dans ceux qui la créent, ce qui signifie (aussi) que la réponse n’est pas du côté du seul pouvoir.

La fabrication des élites, régulièrement dénoncées pour leur participation aux technostructures, correspond à l’histoire d’une défiance, décisive en France.

Au lendemain de la guerre de 1870-71 comme après la défaite militaire et l’effondrement de la France observés en 1940, ont pareillement été instruits des procès faits aux dirigeants et à leurs conseillers, estimés trop ignorants de la science politique et de l’efficacité administrative. Dans les deux cas la réponse a été de même type. Sous l’impulsion, notamment, d’Emile Boutmy, fut créée, en 1872, l’École libre des sciences politiques, chargée de régénérer la formation des élites, notamment administratives. Plus tard, Michel Debré, à qui avait été confiée une mission de réforme de l’administration, sera à l’origine de la création, par ordonnance du 9 octobre 1945, de l’Ecole Nationale d’Administration.

La similitude des réponses et l’absence durable de pertinences des résultats devraient conduire à se demander, comme le faisait déjà Marc Bloch en son temps, s’il n’est pas opportun de rompre avec la multiplication des « écoles spéciales » et la prévalence de leurs anciens élèves parmi les décideurs politiques et les hauts fonctionnaires, en faveur du développement d’universités, « d’esprit élargi » ajoutait-il.

En attendant, il est des réflexions dont le développement est urgent. D’abord, sortir de l’opposition peuple/élite, au motif, pour commencer, que le propre de la démocratie c’est la pluralité des opinions et non l’expression du manichéisme populiste opposant un « peuple pur » à une « élite corrompue ». Montesquieu expliquait déjà que «  dans un état populaire (c’est à dire ni monarchique ni despotique), il faut un ressort de plus, qui est la VERTU »

Cette vertu est au centre du contrat social et pose d’abord le refus de l’usage du mensonge.

Alors que des impasses de nature différente mais d’effets voisins affectent actuellement le Royaume-Uni englué dans les méandres d’un Brexit impossible ou les Etats-Unis contraints par l’intenable paralysie liée au shutdown et aux contradictions du financement d’un mur à la frontière avec le Mexique, on y observe une semblable et dommageable émancipation de la réalité.

Un récent article du Washington Post relevait une moyenne de 15 mensonges ou contre-vérités par jour, proférés par l’actuel président des Etats-Unis https://www.washingtonpost.com/politics/2018/12/30/year-unprecedented-deception-trump-averaged-false-claims-day/?noredirect=on&utm_term=.26a572157723

On sait combien la campagne en faveur du Brexit a été fondée sur les approximations, les omissions et les mensonges délibérés. Plus récemment, en lien avec le thème de l’immigration qui a pesé sur le Brexit, David Aaronovitch, chroniqueur au « Times », annonçait dans un article du 2 janvier dernier « Ce qui compte ici c’est la perception». Pour illustrer cette dérive, il pointait le déplacement vers la Manche, voulu par le gouvernement britannique, de deux garde-côtes qui patrouillaient en Méditerranée. D’un côté plus de 100.000 migrants ont tenté en 2018 de passer vers les côtes européennes, de l’autre 230, le mois précédent la parution de l’article, soit ironise-t-il, moins que le nombre de personnes arrêtées pour conduite en état d’ivresse par la police de l’Essex, pendant les trois semaines avant Noël…

Il est inimaginable de laisser ainsi la vie politique tanguer au hasard des « coups de com » !

S’il faut se référer à l’histoire, les faux à l’origine de l’affaire Dreyfus comme la manipulation de la dépêche d’Ems devraient instruire. C’est naturellement là que l’on retrouve les enjeux de la formation de l’opinion publique, les missions de l’enseignement à ses divers niveaux comme les responsabilités des passeurs du quotidien que sont les journalistes.

Pourtant cette formation, essentielle à la démocratie, est si souvent négligée comme le rappelle, exemple parmi bien d’autres, cette analyse récente : « Universités : L’excellence, on sait faire, c’est juste qu’on a zéro thune» (voir : www.liberation.fr/france/2019/01/08/universites-l-excellence-on-sait-faire-c-est-juste-qu-on-a-zero-thune_1701733)

 

« Dira-t-on assez le mal que nous a fait la proverbiale avarice française ? » Marc Bloch dénonçait déjà les choix de ceux qui « trouvaient naturel de donner, par la voie du budget, aux professeurs de leurs fils, moins qu’à leurs domestiques ».

« Trop intelligents », je ne sais pas, improprement formés, assurément.

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ComUEs d’initiative citoyenne ?

Cinq ans après sa promulgation, la loi ESR Fioraso est largement relue avec la publication de l’ordonnance du 13 décembre.

voir :https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/une-ordonnance-au-secours-des-comue-chancelantes.html pour une présentation du texte

Même si l’annonce n’en est pas aussi claire qu’elle pourrait être, le constat qui a mené à cette ordonnance reste celui de la grande difficulté qu’ont les ComUEs à s’implanter efficacement comme en témoigne notamment l’impasse où se trouve la ComUE de Bourgogne-Franche-Comté comme celle où s’est enfermée la ComUE de Bretagne-Loire.

Plus globalement, c’est la stratégie de site voulue par le MESRI, qui est en difficulté. Le redécoupage des régions en Régions de plus grande ampleur modifie le périmètre des sites sur lesquels les ComUEs avaient d’abord été pensées. Simultanément ces sites ont été structurellement modifiés par la création progressive d’universités métropolitaines fusionnées.

La situation en Nouvelle Aquitaine offre ainsi un exemple probant des contradictions et apories à l’oeuvre. La création d’une grande Région Aquitaine a pu, un temps, fonder le souhait exprimé début 2016 par le président de la Région Aquitaine, Alain Rousset, que sa Région s’intéresse à l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur implantés sur son territoire. Les universités de La Rochelle, Poitiers et Limoges auraient alors intégré la ComUE Aquitaine. Cette même ComUE Aquitaine , à l’épreuve de la réalité a montré qu’elle ne répondait pas aux attentes de ses membres, notamment celles de l’université de Bordeaux dont le conseil d’administration, en décembre 2017, par 19 voix pour, 7 contre et 6 abstentions, a adopté une délibération engageant le processus de retrait de la ComUE. Rappelons pour mémoire que lors de la création en 2014, de l’université de Bordeaux, l’université Bordeaux 3 a résolu de ne pas se fondre dans le nouvel établissement, désormais elle coexiste avec lui, sous la dénomination Bordeaux-Montaigne.

On conviendra que les conditions de la clarté et de l’efficacité ne sont pas réunies !

On observe aussi que le modèle ComUE n’a jamais trouvé de légitimité en Ile France et n’y a finalement pas pesé dans la création des idex.

La notion de chef de file qui semblait importante, sinon centrale, dans le dispositif original de la loi ESR, est abandonnée avec l’ordonnance. En fait, ce texte fait des ComUEs les outils possibles d’une coopération sans modèle commun imposé à tous mais à la discrétion des partenaires, selon leurs ententes.

On pourrait aussi dire que les ComUEs sont devenues optionnelles ou encore que le projet va désormais l’emporter sur la structure, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise idée …

… encore une étape dans l’analyse et la question du maintien de ComUEs se posera. Les ComUEs, en effet, ne sont pas simplement des entités abstraites, ce sont des établissements avec des besoins, souvent importants, en locaux et en personnels. Il paraît normal que les évaluations menées, notamment par le HCERES, examinent la valeur ajoutée par l’existence de cette couche supplémentaire du mille feuilles ! A l’heure où les budgets sont si contraints mais aussi où les labellisations idex et i-site marquent les regroupements et où les ComUEs n’ont plus la fonction préfiguratrice qu’elles ont pu (sembler) avoir, n’est-il pas logique de concentrer les moyens sur les objectifs annoncés plutôt que de les disperser ?

Le nouveau défi est à rapprocher de l’aspect facultatif des ComUEs ; que les établissements qui estiment devoir les maintenir le disent et en fixent les objectifs et les moyens dédiés.

Pour poser la question dans un contexte concret : ne faudrait-il pas s’interroger sur la fonction réelle, les missions et le périmètre de l’actuelle ComUE du Nord Pas de Calais alors que la région est devenue celle des Hauts de France et que la fusion des universités lilloises est faite ?

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Université et « gilets jaunes »

L’université n’est en rien hors la société. Il y a du gilet jaune aussi à l’université.

La place de l’université est au point où se joue ce qui est nommé fracture sociale et était déjà évoqué par Marcel Gauchet, en 1985, par Emmanuel Todd en 1994, par Jacques Chirac, lors de la campagne présidentielle de 1995.

On parle aujourd’hui de fracture territoriale ou de fracture sociologique. Sans pour autant mieux y répondre et en oubliant trop souvent cette autre fracture que marquent les taux d’abstentions. Ils ont pourtant connu un niveau record au second tour de la récente élection présidentielle, 32 % chez les ouvriers, 34 % chez les personnes gagnant moins de 1 250 euros par mois et 35 % chez les chômeurs, pour une moyenne nationale de 25%. Ils étaient déjà les symptômes de la défiance, de la crise de confiance envers les canaux démocratiques que les « gilets jaunes » choisissent d’ignorer. L’inexpérience reprochée aux gouvernants d’aujourd’hui est l’envers de l’expérience de ceux qui n’ont soit pas vu les origines de la crise d’aujourd’hui, soit rien fait pour y répondre et éviter le déficit démocratique que dénoncent les gilets jaunes comme les nombreuses dérives illibérales qu’ils véhiculent comme s’il y avait là une remède à des souffrances bien réelles.

Les hypothèses de résolution des fractures passent naturellement par des mesures politiques. Elles passent aussi, et d’abord, par l’installation (peut-on encore dire le rétablissement ?) de procédures d’écoutes réciproques et de dialogue.

On retrouve alors les problématiques de rôle, mission et fonction des universités, notamment en raison de leur position particulière de lieu organisé de la rencontre de dorénavant 80% d’une classe d’âge d’une part, de la consolidation puis de la diffusion de l’esprit critique, de l’autre.

Le slogan de Jean-Pierre Chevènement des 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, confirmé par deux lois d’orientation (1989 et 2005), était au départ un thème égalitaire, il semblait bien que la chance était enfin donnée de voir les enfants des classes populaires traités à l’école sur un pied d’égalité avec les filles et fils de bourgeois.

Or, on sait ce qu’il en est advenu et comment l’espoir a vite été déçu. Déjà, en 1968, la création du bac technologique avait montré un cheminement ; celle du bac professionnel, en 1985, s’y ajoute. Après une relative stagnation, un nouveau coup d’accélérateur est donné, au sein, une fois encore, de la voie professionnelle, alors que Xavier Darcos, alors ministre UMP de l’éducation nationale, annonçait « L’égale dignité de la voie professionnelle par rapport aux voies générale et technologique « . Comme si les promoteurs de ces inventions ne savaient pas que la réalité était toute autre. Comme si tous les diplômes de baccalauréat étaient équivalents, pire encore comme si, dans les faits, ils étaient reconnus comme étant équivalents !

Les chiffres d’aujourd’hui montrent que 4 % d’enfants d’ouvriers fréquentent Paris-II (Assas) contre 14 % à Paris-XIII (Villetaneuse), et que, inversement, il y a 45 % d’enfants de cadres à Paris-II contre 18 % à Paris-XIII <pour plus d’informations, notamment sur le fait que les étudiants savent bien que les universités ne sont pas toutes égales, voir, par exemple : https://www.lemonde.fr/campus/article/2017/11/27/les-etudiants-sont-tres-conscients-des-hierarchies-entre-les-universites_5221031_4401467.html >

Le remplacement d’APB, imparfait mais sans doute améliorable, par Parcoursup, n’y change rien, voire aggrave la situation, la sélection masquée sur base d’attendus qui s’y pratique comme la logique de file d’attente que la plateforme impose, renforcent mécaniquement les difficultés des plus fragiles, socialement et scolairement, mais aussi une hiérarchisation de fait des disciplines et des établissements.

Déjà, si près d’un tiers des étudiants sont enfants de cadres supérieurs, seulement un sur dix a des parents ouvriers. Qui plus est, les jeunes de milieu populaire sont très rarement présents dans les filières sélectives, en master ou en doctorat. https://www.inegalites.fr/Les-milieux-populaires-largement-sous-representes-dans-l-enseignement-superieur

 

Bien entendu ces enjeux demeurent éloignés de la légitime exigence d’être en mesure de « remplir le frigo » ; pourtant, leur non-prise en compte, plus gravement l’arrogance du déni structurel de la réalité, accréditent l’impression d’une complicité des élites dans une trahison partagée et témoignent de la continuité des faux-monnayages organisés. Pour mémoire, 1989 -et les premières annonces, c’était il y a pratiquement 30 ans …

Pour mémoire encore, Jean-Pierre Chevènement, dans un communiqué de presse en date du vendredi 19 juin 2009. rappelait un propos de Paul Langevin, à la Libération : « L’Ecole doit assurer la promotion de tous, et la sélection des meilleurs ». Soit, mais comment cette sélection est-elle instituée en France ? Le mot sélection y est honni, cela n’empêche pas la France d’être à la fois plus inégalitaire que la plupart des autres pays de l’OCDE et particulièrement inefficace pour ce qui est de la mixité sociale. Faut-il par ailleurs une fois encore rappeler que la France est un des rares pays à avoir un enseignement supérieur à deux vitesses, une université réputée ouverte à tous et des filières affichées comme sélectives, qui s’en réjouissent et y trouvent une part de leur aura ? (voir https://www.franceinter.fr/education/l-ecole-est-plus-inegalitaire-en-france-que-dans-la-plupart-des-pays-developpes-classement-pisa mais aussi ce qui s’est dit et écrit autour des analyses portant sur Les Territoires perdus de la République (2002 et 2015).

Au déni, pour ces nouveaux diplômés d’un baccalauréat à géométrie variable, d’un accès à la distance critique et à une culture qui auraient fait apparaître ces passeurs inter-catégoriels qui aujourd’hui manquent si cruellement, s’ajoute une autre maltraitance de l’université. Ayant constaté qu’elle ne savait ni assurer le bon fonctionnement de l’ascenseur social, ni répondre aux défis du chômage de masse, ceux qui depuis plusieurs décennies dirigent le pays, lui ont assigné une mission d’insertion professionnelle. A cet effet, il a été décidé qu’elle devait assurer l’employabilité de ceux qui lui étaient confiés, et, pour cela, leur assurer des compétences, à la différence notoire des connaissances et du sens critique, mais dont la caractéristique majeure reste leur capacité à se périmer. Aux mystifications entretenues par « le système » et déjà évoquées, il faudrait donc ajouter cette autre, peut-être plus pernicieuse encore, à coup sûr génératrice de clivages redoutables, qui a trait à la fracture cognitive. L’impossibilité de confronter des savoirs différents et de plus en plus autoréférentiels, est source de cette confusion où naissent les approximations, les infox, les mensonges qui gangrènent le débat politique.

L’aggiornamento mental à accomplir est immense. Il doit s’attacher aux coûts du logement, à la mobilité, à ces citoyens qui se comportent comme des usagers, comme en témoigne la « grande fatigue » des maires, plus généralement aux évolutions de la société et notamment l’installation à ses marges d’un nombre croissant d’exclus et surtout d’exclues qui (sur)vivent avec une panoplie des revenus inférieurs à ceux du SMIC, la multiplication des foyers de personne seule ou de familles mono-parentales, ou encore, pour en revenir à l’université, les erreurs d’appréciation telle que l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants extra-européens avec un triple effet négatif d’une efficacité financière limitée, d’une inquiétude face à ce que beaucoup prennent comme un ballon d’essai ou un signe avant-coureur d’une augmentation généralisée des droits (un totem!) et, sans doute encore moins clairement étudié dans l’entourage de la ministre, le poids des étudiants étrangers dans bon nombre de formations (notamment en master) … La liste est infinie … avec ces seules certitudes : (1) la violence ne résoudra rien sauf à ajouter les coûts matériels et humains des destructions, (2) ceux qui ont eu l’occasion d’agir l’ont laissée passer au cours des trente à quarante dernières années (3) à la volonté de réformer, il faut ajouter, dans l’urgence, un volet social.

Il s’agit d’échapper aux rodomontades et aux infox, de permettre des perspectives, de retrouver les voies de la République.

 

 

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Pour les universités : des financements suffisants et efficacement mobilisés !

La fin d’année est aussi le moment des discussions budgétaires dans les établissements. Procédures et débats deviennent de plus en plus compliqués.

31 mai 2017, publication d’un rapport de la Cour des comptes identifiant six universités dans une situation financière « très dégradée », auxquelles s’ajoutent neuf autres dans une « situation dégradée » . https://www.lemonde.fr/universites/article/2017/06/06/la-cour-des-comptes-alerte-sur-la-situation-budgetaire-de-quinze-universites_5139682_4468207.html.

7 juin 2017, EducPros / L’étudiant cherche à établir la cause des déficits et donne la réponse à laquelle est parvenue la Cour des comptes : « Le prélèvement sur fonds de roulement ». Le paragraphe se poursuit en rappelant que, au cours de l’exercice 2015, 47 établissements ont été prélevés, pour un montant global de près de 100 millions d’euros (https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/la-cour-des-comptes-dresse-la-liste-des-universites-dans-le-rouge.html )

16 janvier 2018, le tribunal administratif de Paris enjoint le ministère de l’Enseignement supérieur de rembourser à l’université Paris 2, les 7,6 millions d’euros prélevés sur sa trésorerie en 2015.

2 mai 2018, le Ministère ayant fait appel de ce jugement, la Cour administrative d’appel lui donnera raison ( voir https://juricaf.org/arret/FRANCE-COURADMINISTRATIVEDAPPELDEPARIS-20180502-18PA0035018PA0035115121162 )

25 mai 2018, un nouveau rapport de la Cour des comptes alerte sur la situation budgétaire « très dégradée » de sept universités et d’une école d’ingénieur, soit « deux établissements de plus que l’an dernier ». https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/05/25/la-situation-budgetaire-de-sept-universites-inquiete-la-cour-des-comptes_5304679_4401467.html

La situation continue de se dégrader mais il n’y a aura pas de restitution de ces fonds de roulement … même si l’on peut hésiter à leur propos entre solidarité imposée et prime à la mauvaise gestion, même si Lille 2 avait été la deuxième université la plus ponctionnée (8 755 K€ … qui seraient bien utiles aujourd’hui!), même si les universités sont incitées à accueillir de plus en plus d’étudiants dans des situations de plus en plus difficiles (et ce n’est pas l’épisode Parcoursup qui permettra de voir les choses autrement ….)

A l’époque des prélèvement sur les fonds de roulement, l’argument avancé consistait à expliquer que les 100 millions issus de ces prélèvements, augmentés des 100 millions d’euros dégagés par l’Etat via l’achèvement d’un certain nombre d’opérations immobilières, dont Jussieu, permettraient de financer la création annuelle de 1000 emplois, notamment dans le cadre du plan « réussite en licence ». Il est malheureusement vite apparu qu’il n’y avait là qu’un jeu de bonneteau publicitaire. Ces « postes » ne sont en fait pas réellement des emplois mais de la masse salariale, mobilisée par bien des établissements pour faire face à leurs besoins globaux. (https://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/1-000-emplois-pour-les-universites-40-de-postes-geles-dans-les-facs.html ).

Prises au piège de l’insuffisance accumulée de leurs ressources, les universités pratiquent l’auto-mutilation. Le gel des postes est aujourd’hui devenu l’instrument privilégié pour assurer l’illusion d’une survie. Vraiment, est-ce là une politique ?

Quand et par qui cette dérive mortifère va-t-elle être dénoncée ?

Geler des postes, c’est non seulement renoncer à recruter pour une courte durée, mais bien diminuer le potentiel d’enseignement, de recherche et de développement des fonctions support. A qui profitent des reculs qui sont autant de négations de ce que sont les universités ?

Ne peut-on imaginer que la Conférence des Présidents d’Université dont le Président espère le renouvellement de son mandat, s’intéresse à des questions qui ont fondamentalement trait à l’avenir des établissements ?

Un exemple parmi beaucoup, quel avantage réel y a-t-il à laisser se multiplier les structures rendant illisibles les relations entre établissements, des universités aux ComUEs et leurs périmètres souvent improbables, des universités aux « universités-cibles », et retour sans doute… la boucle paradoxale infinie que décrivait Zénon a encore de beaux jours devant elle …

Dans toutes ces structures parasites n’y a-t-il pas des gisements d’emplois qui seraient mieux utilisés en étant (re)centrés sur les missions fondamentales des universités … qui n’ont jamais été l’alimentation forcenée d’usines à gaz … Et s’il faut geler des postes, pourquoi ne pas geler ceux des « structures », plutôt que ceux qui assurent la formation et la recherche ?

Les investissements d’avenir, initiés en 2010, sont toujours en cours en 2018. Les ComUEs sont une création de la loi relative à l’E.S.R. du 22 juillet 2013. L’émergence d’universités fusionnées, d’ IDEX puis d’ I-site est venue modifier (complexifier) encore le paysage (et peut-être -?- créer de nouvelles occasions de dépenses) … Tout cela ne mérite-t-il pas un examen global, notamment en matière de « bon emploi de l’argent public » ? N’est-ce pas là la mission de la Cour des comptes ? Ne serait-il pas légitime que la CPU s’appuie sur les rapports que la Cour ne manque pas de rédiger pour faire examiner la question des justes et judicieux financements des établissements ? Rappelons que la loi a prévu la certification des comptes des universités.

Sur ces bases, il devrait être facile de s’assurer de l’absence de dérives, de valider la création d’indicateurs chiffrés et rendus publics, aussi alors de montrer les insuffisances des dotations.

Serait-il alors inimaginable que les présidentes et présidents, forts d’être unis au sein de la CPU et dans le cadre du dialogue avec l’Etat (qui se dit) stratège prennent (vraiment) leurs responsabilités, dénoncent l’étouffement des universités et exigent une clarification des attentes et des projets puis que leurs financements soient effectifs ?

A moins, après avoir vu être ponctionnées celles qui pouvaient l’être, de se satisfaire (pour la majorité, il faut bien le dire) d’avoir pu échapper au passage du rabot, puis de contenter de gérer les déficits, sans oublier portant de donner le coup de menton d’une journée « fac morte » qui permettrait de montrer sa « détermination » et de construire un irréfutable moyen de « lutte ».

A moins encore, évidemment, de craindre que la contestation soit une manière de renoncer aux divers hochets de la fonction, une légion d’honneur, un poste (précisément) de président de COMUE, ou de recteur, ou encore de conseiller dans l’une ou l’autre des structures (encore!) qui font le charme de notre administration ….

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Le pouvoir de choisir, un retour sur Parcoursup

Pour avoir su mettre un terme à la pratique du tirage au sort, Parcoursup a triomphé de APB. Première victoire : à l’annonce du dispositif Parcoursup, les lycéens ne sont pratiquement pas descendus dans la rue. La proposition peut être renversée et se lire ainsi, c’est d’abord la lassitude et la défiance envers APB qui a permis à Parcoursup une installation pas trop chaotique.

Ce n’est sans doute pas suffisant pour décerner un brevet d’efficience à ce même Parcoursup. Il faut pourtant reconnaître que le cadeau était bien emballé :

L’idée forte était de mettre fin à l’injustice d’un tirage au sort, de redonner aux usagers le dernier mot quant à leurs choix d’orientation, de restituer une liberté de construire un projet personnel et professionnel.

La maîtrise des recrutements était rendue aux filières ; celles-ci allaient avoir une meilleure connaissance d’étudiants dont elles avaient étudié les dossiers de candidature.

L’hésitation dans ce récit renvoie à l’incertitude fondamentale d’un dispositif qui vise à donner « une » place à chaque candidat mais n’optimise pas (nécessairement) le lien entre cette place et le premier choix du candidat/ de la candidate. Les choix n’étant pas hiérarchisés par leurs auteurs, la logique de l’épuisement de listes d’attente est le moteur de Parcoursup. A cela s’ajoute un ralentissement du temps d’affectation qui ne favorise pas la maitrise des échéances par les candidats.

Sur ces points on consultera l’analyse de Julien Gossa (http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2018/03/13/alice-et-bob-sont-dans-parcoursup/ ) et on y ajoutera le fait qu’alors que lorsque la rentrée s’est faite, le « fameux » épuisement des listes d’attente était loin d’être atteint. Cette difficulté est propre à Parcoursup ; elle avait été soulignée très en amont dans la procédure (voir ce signalement qui remonte à octobre 2017 : http://ingenuingenieur.blog.lemonde.fr/2017/10/31/comment-le-nouveau-systeme-apb-risque-daugmenter-considerablement-les-listes-dattente/ )

L’intention politique immédiate de limiter les errements de APB, notamment le tirage au sort, est atteinte. Pour autant, la bonne marche de l’attelage défini par la loi ORE, volonté d’orientation ET amélioration de la réussite des étudiants, n’est pas assurée. Comment combiner la contrainte à accepter un second (troisième …) choix et l’encouragement de la réussite ?

Comme à la plupart des projets de ces dernières années, imposés aux universités plutôt qu’élaborés avec elle, il manque à Parcoursup une clarification de la mission de l’université, celle que lui assignent la société et les élus qu’elle se donne. Il faudra que vienne une simplification de la dualité université / autres filières d’enseignement supérieur pour que se mette en place une approche réfléchie de la sélection / orientation. Ceci permettrait peut-être de prendre en compte l’évolution actuelle des élèves (et leurs parents) qui aujourd’hui privilégient les filières sélectives. Il faudra se demander pourquoi. Il faudra aussi expliciter les parcours. Pour quels emplois une (grande, voire prestigieuse) Ecole offre-t-elle le meilleur parcours de formation ? Et pour quels autres le passage par une formation universitaire, c’est à dire qui associe recherche et formation, sera-t-il véritablement une voie d’excellence ?

D’autres interrogations devront aussi être abordées. Ainsi, celles qui ont trait à une autre forme de dualité, entre le public et le privé. Un article, récemment paru dans The Conversation, revendique cette prise en compte de l’enseignement privé supérieur, notamment sur la base des flux. L’affirmation est aussi une comparaison :   » L’enseignement supérieur privé accueille aujourd’hui près d’un étudiant sur cinq. Ses effectifs ont en effet bondi entre 1998 et 2016, avec un bond de 220 000 inscriptions – soit une croissance de 88%, contre 14% dans l’enseignement public. » (pour le document complet, voir : https://theconversation.com/debat-lenseignement-superieur-prive-un-mal-necessaire-104202 )

Cette évolution conduit à une autre piste de réflexion : L’université est-elle en train de rejoindre un marché ? Si oui est-elle réellement insérée dans un système de « concurrence parfaite » quand on sait les diverses distorsions ou le fait que les formations possibles ne sont pas toutes accessibles depuis Parcoursup ? Les deux questions suivantes seront alors celles de la dualité masquée Parcoursup vs hors-Parcoursup, mais aussi celle de l’amélioration apportée (ou non) si l’université (l’enseignement supérieur en France) « rejoint un marché » ? Là encore on pourra se reporter à l’analyse (convaincante) de Julien Gossa : http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2018/05/25/parcoursup-les-universites-font-leur-marche/

 

Pour en revenir à l’immédiate expérience de Parcoursup, on constatera que le dispositif a su proposer une formule, séduisante et efficace, du dernier mot laissé au candidat, mais aussi que la pratique a montré que ce respect d’un dernier mot trouve sa limite dans ce fait qu’il ne s’agit pas d’un dernier mot dans une hiérarchie des choix, mais d’un dernier mot défini au fil d’une temporalité des choix (et des refus)… Que reste-t-il de la notion de choix dans un système où rapidement l’enjeu devient celui d’une « répartition des restes » où, en dernière instance, les formations sans contraintes d’accueil explicites se retrouveront toujours à accueillir ceux qui leurs sont affectés, ainsi en commission rectorale.

Ne faudra-t-il pas un jour interroger la contradiction entre « accueillir tous les étudiants » et « faire réussir tous les étudiants » ? et dans ce cadre définir les missions (contradictoires) entre les différentes offres proposées en France comme les chemins différents à parcourir pour les atteindre ?

Au cœur des débats devraient figurer des interrogations dont il s’agit de ne pas confondre les termes : comment arrive-t-on dans l’enseignement supérieur, quels sont réellement les parcours d’accès au supérieur et comment y réussit-on ?

Ceci pourrait aussi s’exprimer en revenant sur une anecdote récente : pour un diplômé en horticulture, est-ce que « réussir » c’est obtenir un métier dans le secteur de l’horticulture ou avoir acquis la compétence permettant de « traverser la rue » pour trouver un emploi dans l’une des filières professionnelles qui sont en attente de candidatures. La médiatisation polémique a occulté la question, il serait pourtant bon d’en considérer la pertinence.

Les parcours de réussite sont à la fois individuels et socialement constatés (et orientés mais c’est un autre débat).

 

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ORIENTER ? la REUSSITE des ETUDIANTS dépend d’abord du « passé scolaire »

La deuxième phase de la loi Orientation et Réussite des Etudiants définit l’organisation des enseignements, particulièrement la modularisation des parcours et la mise en place de nouvelles modalités de compensation des notes et de contrôle des connaissances. Ces organisations seront décidées à l’échelle des établissements, renforçant ainsi l’autonomie des universités.

Les adversaires de la loi, comme de l’autonomie déplorent notamment le manque de cadrage national (Snesup) et donc le fait que « désormais chaque formation s’organisera comme elle veut ». L’UNEF qui s’associe à ce regret, condamne en outre une « organisation d’une seconde chance » qui désormais  «  dépendra de la bonne volonté et de l’interprétation qu’en feront les équipes pédagogiques ». De son côté le SGEN s’inquiète de ce que l’Etat puisse perdre son caractère de « stratège ».

Se pose aussi l’éternelle question des moyens alloués.

Des sous ! « Un peu plus de tout » ne devrait faire de mal de mal à personne, n’est-ce pas …

La sagesse de Monsieur Prudhomme a depuis longtemps montré ses limites, dans le cas précis il importe de montrer combien ses effets sont pernicieux

Il y a d’abord l’inversion de la question précédente. Charger la seule université de contraintes et d’accueil sans entraves, c’est oublier combien les moyens qui lui sont affectés sont tellement plus faibles que ceux consacrés aux autres structures d’enseignement supérieur.

Pourtant la question décisive reste « des sous ! » surement mais pour faire quoi ?

S’il s’agit « simplement » de mettre plus d’enseignants pour accompagner des étudiants ou accroître le nombre des heures d’enseignement, il n’est pas certain que cela suffise, et même, disons le autrement, si cela devait suffire cela se saurait ….

Il existe en effet de ces réalités qu’un saupoudrage indistinct de moyens ne pourra pas contourner. En premier vient le milieu socio-culturel d’origine des étudiants. Une autre donnée est apparue qui mérite l’attention. Comme le rapporte le journal Le Monde, qui cite une étude parue dans la revue Economie et statistique de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la réussite des étudiants dans le supérieur, « dépend en partie du niveau acquis à la fin de l’école primaire » ce qui conduit à constater que, sans doute, « l’obtention de la licence dépend à la fois du passé social et du passé scolaire » mais que la mesure des effets de chaque paramètre pris séparément démontre que c’est « le passé scolaire qui joue le plus ».

Vrai levier mais aussi redoutable mise en accusation

L’idée que l’école en France est inégalitaire n’est pas neuve et divers rapports suites aux enquêtes PISA l’ont largement fait connaître. Encore faut-il (enfin!) l’admettre officiellement et donc trouver les moyens d’y remédier.

Précisément à propos de remède, l’étude de l’INSEE pourrait bien permettre de déverrouiller certaines portes, lorsqu’elle expose que « une bonne entrée dans les savoirs élémentaires annule quasiment le désavantage des étudiants issus des classes populaires ».

L’enjeu n’est certes pas de nier la détermination sociale mais bien d’interroger la manière dont l’institution scolaire la traite, comment elle transmet (ou pas, actuellement plutôt ne transmet pas) les savoirs scolaires. « Seule une pédagogie de l’exigence intellectuelle « s’obligeant à tout en faveur de tous » (Bourdieu) peut démocratiser la réussite… », pour citer encore cette étude qu’il faut lire ainsi que les divers renvois complémentaires annoncés dans l’article paru à son propos dans le journal Le Monde

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/06/21/reussite-en-licence-le-passe-scolaire-joue-plus-que-l-origine-sociale_5319187_4401467.html

on trouvera l’étude complète dans le numéro 499 de Economie et Statistique, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3546914?sommaire=3546921

Ainsi donc « des sous pour l’université » oui, bien sur, et les chantiers sont vastes, bâtiments à rénover, accueils des étudiants, nouvelles dépenses d’outils pédagogiques, plus généralement de digitalisation, financements de la recherche, recrutements d’enseignants-chercheurs de fait de plus en plus concurrentiels… la demande de moyens est naturellement croissante mais pas pour mettre un autre cautère sur la même jambe de bois en chargeant l’université et les universitaires de missions qui ne sont pas les leurs. L’Orientation et la Réussite des étudiants ça s’est joué d’abord bien AVANT l’entrée à l’université, AVANT l’arrivée dans l’enseignement supérieur.

Cela signifie aussi qu’il va bien falloir traiter une situation où le Bac 2018 connait 36 000 candidats de plus qu’en 2017, pour 19 000 places créées dans le supérieur ! Il ne suffit ni de créer encore des places complémentaires ou d’attribuer des crédits d’heures complémentaires, ni de compter sur les universités pour se « débrouiller » pour faire face et attendre l’ « évaporation » de tous ceux qui se seront découragés. C’est d’un tout autre système d’enseignement qu’il est besoin où la transmission des savoirs est efficace et pratiquée au moment adapté aux parcours et aux réalités variables de publics divers.

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TROP d’étudiants de licence à l’université !

Le couple « hausse des effectifs / insuffisance des moyens » formule une de ces idées « simples » qui bloquent les débats. Il rejoint ainsi les mobilisations « faciles » autour de la « sélection » et d’un « droit » d’accès à l’université.

Le récent classement QS en France insiste sur la dégradation du taux d’encadrement dans vingt-trois des trente-cinq établissements français classés. Il souligne, aussi, une situation très contrastée : « PSL et Polytechnique sont parmi les vingt-cinq établissements du monde ayant le meilleur taux d’encadrement ».

Ceci renforce évidemment le tissage de ces inégalités fortes qui marquent le système de l’enseignement supérieur français. Un récent rapport, informé et explicite, < https://hal-univ-diderot.archives-ouvertes.fr/hal-01520905/document> le souligne (une fois encore). Disons, pour faire vite, qu’il montre comment les étudiants des universités ont statistiquement 1,6 fois moins de chances d’être issus de familles de cadres que les étudiants entrant en CPGE, et entre 1,5 et 2 fois plus de chances d’être issus de familles d’employés et d’ouvriers.

A côté de cette inégalité qui reprend la situation décrite depuis plus de 50 ans ! (Les Héritiers, Bourdieu Passeron 1964) s’accentue une autre forme de distorsion, des encadrements et de leurs taux.

L’université -et Parcoursup n’évite pas cette dérive, et peut-être même, on le verra « à l’usage », la renforce-t-elle – devient de plus en plus le lieu d’aboutissement de ces candidats à une formation de premier cycle dans le supérieur qui ont été refusés dans les diverses formations sélectives.

La paupérisation de l’université est alors inéluctable, à deux niveaux. L’université est acculée à une situation telle qu’elle accueille la grande majorité des étudiants alors qu’elle souffre d’un sous-financement criant par rapport aux CPGE et grandes écoles. Le rétablissement d’une parité a ainsi pu être estimé à hauteur d’une réévaluation de la dépense par étudiant à l’université d’environ 30 à 50  %. Tout le monde sait parfaitement que ceci n’est au mieux qu’un rêve ou un slogan pour manifestations ritualisées. Pendant ce temps, l’université s’appauvrit de ce que les « meilleurs » et même une majorité des « bons » étudiants se détournent d’elle et donc de la forme d’enseignement privilégié partout où se croisent l’enseignement et la recherche, occasion d’une fertilisation croisée essentielle et pourtant insuffisamment centrale en France.

Parcoursup ne faisant pas intervenir la notion de « préférence » des étudiants, laissant simplement le « dernier mot » leur revenir, c’est aux établissements de choisir, renforçant l’importance des choix stratégiques des établissements.

Il appartient alors aux universités de veiller à ne pas transformer la notion de capacité d’accueil en instrument politique assurant « malgré tout » un accès « universel » à l’université. Le piège est d’autant plus redoutable que, dans la majorité des cas, ceux qui frappent à la porte de l’université le font par défaut, après s’être vu refuser l’accès à d’autres formations (les réponses à Parcoursup montrent la progression des vœux en faveur des formations à accès sélectif, y compris, pour ceux qui le peuvent, celles où la sélection se fait par l’argent).

Trois recommandations pourraient accompagner ce changement de stratégie décisif où les premiers cycles universitaires cesseraient d’être ces ogres dévoreurs de « moyens » au détriment des second et troisième cycles.

Développer des voies alternatives d’accès aux formations supérieures. Par « alternatives » on entend non pas « inférieures » mais telles que le couple enseignement/recherche n’y est pas privilégié. La décision d’augmenter le nombre des classes de BTS et de renforcer la formation professionnelle va dans ce (bon) sens.

Veiller à diminuer la charge de travail administratif (charges de gestion, réponses aux appels à projets ….) qui pèse sur les enseignants-chercheurs à un point tel qu’il est devenu habituel de la compenser par des décharges d’enseignement ce qui naturellement est une négation de la notion même d’enseignant-chercheur, outre que ces décharges contribuent à la dégradation des taux d’encadrement, notamment en éloignant les meilleurs chercheurs de l’enseignement !

Cesser de donner la priorité au « premier cycle ». Et c’est naturellement là qu’est l’essentiel. Pour cela, il faudra avoir le courage de le dire : OUI il y a trop d’étudiants dans les premiers cycles des universités et ils y connaissent des taux d’échec aussi impressionnants qu’inutiles. NON ces taux d’échec ne sont pas liés à la nécessité de pédagogies différentes ou une augmentation drastique de moyens, parce que OUI les étudiants en échec à l’université sont (souvent ? presque toujours?) ceux qui ont été en échec dans les procédures en amont, qu’on les nomme procédures d’orientation ou modalités de sélection. En même temps il faut aussi comprendre que OUI il n’y a pas assez d’étudiants dans les niveaux master/doctorat, c’est à dire ceux qui manifestent l’adossement de l’enseignement à la recherche, autrement dit qui sont proprement universitaires.

Ainsi énoncées ces propositions feront frémir certains qui pourtant admettent le système CPGE/Ecole, voire la fonction de tri des PACES (et qui souvent les mettent à profit pour leurs enfants). C’est pourtant ce qui, sous de formes variées, se pratique ailleurs qu’en France.

(pour en savoir plus sur le rapport QS on pourra consulter https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/06/06/classement-des-universites-qs-2019-la-france-poursuit-son-recul_5310783_4401467.html )

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Les saveurs de « Parcoursup »

Les résultats de la plateforme « parcoursup » sont maintenant publiés. L’étape couverte correspond approximativement à la moitié de la distance. S’il est trop tôt pour apprécier l’ensemble, on peut déjà noter que les saveurs en sont appréciées de manière inégale, selon les candidats et les annonces qu’ils ont reçues.

… « savoureux » … c’était d’ailleurs le mot d’Edouard Philippe apprenant l’occupation de l’ENS à l’appui des mises en cause de ce même « parcoursup » (« l’Ecole normale supérieure formule une inquiétude sur le caractère sélectif de l’enseignement supérieur. C’est assez savoureux quand on sait le caractère extrêmement sélectif de l’Ecole normale supérieure » voir http://www.lemonde.fr/universites/article/2018/05/03/reforme-de-l-universite-normale-sup-a-paris-occupee-et-fermee_5293813_4468207.html)

Si « Parcoursup » ne manque en effet pas de saveurs, elles sont parfois surprenantes.

Un rappel avant tout, « parcoursup » émerge dans un double contexte d’urgences immédiates, le rejet du dispositif précédent dit « APB » dont la faille majeure avait été de contraindre à un inacceptable système de « tirage au sort » et donc l’urgence à le modifier, mais aussi l’accroissement du nombre des étudiants puisque 40 000 candidats supplémentaires à l’entrée de l’enseignement supérieur sont annoncés pour cette rentrée.

La mise sous tension, comme on dit dans l’entourage de parcoursup, est immédiate : soit tous les candidats à une formation supérieure ont le droit d’être acceptés, soit il faut les orienter, c’est ce que propose la loi ORE, c’est à dire relative à l’Orientation et Réussite des Etudiants, promulguée comme loi n°2018-166 du 8 mars 2018.

La « difficulté » vient évidemment de ce que loi ORE est vite reconnue comme ayant une saveur dominante, un fort goût de sélection.

Sélection, le mot qui fâche est lâché … mais au fait qui est fâché par ce mot ?

La « sélection » à l’entrée des universités est un totem bien connu et donc l’occasion de mobiliser voire de favoriser la « convergence » des luttes si chère à certains.

Certes … encore faut-il ne pas minimiser la réalité. Ainsi, lorsque les premiers résultats de la plateforme « parcoursup » ont été publiés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le vendredi 20 avril, il a bien fallu constater que si six millions de vœux avaient été enregistrés pour un total de 810 000 candidats, 623 825 de ces candidats ont formulé au moins un vœu en filière sélective (ils étaient 543 168 en 2017). De la même manière, fin octobre 2017, l’Obs titrait « Entrée à la fac : la France reste une exception mondiale ». De son côté à la même époque, l’étudiant expliquait que « en Allemagne, en Espagne, en Italie ou au Royaume-Uni, la liberté de sélectionner est la norme. »

(https://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/selection-a-l-entree-de-l-universite-ca-se-passe-comment-chez-nos-voisins.html

https://www.nouvelobs.com/education/20171028.OBS6647/entree-a-la-fac-la-france-reste-une-exception-mondiale.html

En d’autres termes, et au fond, excepté quelques possibles naïfs, personne ne s’y trompe, l’opposition à la « sélection » et à la loi ORE n’est pas réellement le reflet de l’idée selon laquelle tout le monde peut/doit être diplômé du supérieur ; elle offre avant tout une saveur de « globalisation des luttes » comme l’affichait d’ailleurs jeudi soir dernier, l’auto-proclamé « comité de mobilisation de la fac de Nanterre » qui lançait un appel à « tous ceux qui aujourd’hui défendent le droit de grève, les étudiant.e.s, les enseignant.e.s, les postier.e.s, les cheminot.e.s, les salarié.e.s, les chômeurs et chômeuses » pour se rassembler devant la Maison des examens d’Arcueil … « dans ce contexte de (rêve de) grève nationale » expliquait-on

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/des-manifestants-bloquent-l-acces-aux-examens-a-arcueil_2007690.html

A qui va-t-on sérieusement faire croire que le droit de grève est réellement menacé ? Plus encore, qui va penser qu’il y a une légitimité à exiger que soient délivrés des diplômes sans acquisition puis contrôle de connaissances ?

Il n’en reste pas moins vrai que, en une période où il est, disons, difficile de « soulever les masses contre le pouvoir » comme d’organiser « la convergence des luttes », ceux qui le voudraient se radicalisent de plus en plus, dans le discours comme dans les actes.

Les excès des uns n’absolvent pourtant pas les approximations, voire la pusillanimité, des autres.

Sans doute y avait-il urgence à sortir de « APB », fallait-il pour autant se précipiter et ne pas (être capable de) mesurer les limites de la nouvelle opération ?

Un billet de blog récemment publié par Educpros ( http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2018/05/02/parcoursup-tirage-au-sort-fin-ou-generalisation/ ) montre d’ailleurs clairement comment le tirage au sort qui avait été chassé par la porte, revenait par la fenêtre, voici pour exemple la conclusion qui y est proposée sur le classement par la moyenne des notes de contrôle continu :

La majorité des candidats sont reçus par désistement. Cependant, on constate que la pertinence de leur classement nécessiterait un marge d’erreur de l’ordre du millième de point, voire inférieure. En réalité, pour cette majorité de candidats, l’écart entre les moyennes est très largement inférieur à une marge d’erreur raisonnable. Le classement des candidatures devient alors essentiellement dû au hasard, donc s’apparente à du tirage au sort.

Alors, et même si la pratique ne serait guère convenable, on pourrait peut-être imaginer que « parcoursup » constitue un moyen caché (astucieux ?) de pratiquer la sélection, sans la nommer, de mettre en place une sorte de pratique soft (hypocrite?). Sans qu’une sélection fût pratiquée ouvertement, il était permis, néanmoins, aux universités de dire oui, de dire « oui si vous vous (re)mettez à niveau », et puis finalement de dire « non ». N’était-il pas naïf de croire que les opposants n’y verrait que du feu ? Est-il acceptable de traiter « par la ruse » les citoyens, étudiants ou enseignants-chercheurs ?

Plus grave surement est en fait la grande misère des universités françaises, même si ponctuellement des efforts ont été accomplis qui rendent encore plus dérisoires les dégradations infligées aux bâtiments par les « bloqueurs » (ainsi à Tolbiac, à Toulouse Jean Jaurès …). On ne peut pas à la fois dénoncer la place de la France dans les classements internationaux et laisser aux universités le soin d’accueillir des populations étudiantes qui ne sont retenues nulle part ailleurs, que soit dans les filières sélectives ou sur le marché de l’emploi … tout en lui déniant, sous diverses pressions idéologiques, le droit de valoriser leurs formations, comme partout ailleurs, par le biais d’un orientation-sélection efficace ! D’ailleurs, pourquoi tous ceux qui s’étranglent à l’idée même d’une sélection, ne manifestent-ils pas contre la sélection par l’argent dans ces écoles privées qui exigent des frais de scolarité entre 5000 et jusqu’à 15000€ ?

Le système est arrivé à saturation. Envisager une augmentation des capacités d’accueil des universités sans moyens complémentaires serait un leurre de plus, sachant aussi que donner les moyens aux universités, dans les filières concernées, d’accueillir tous les bacheliers pour éviter le tirage au sort, comporte un fort risque de dévalorisation des formations (comme le serait le fait de distribuer les « diplômes en chocolat » que certains s’acharnent encore à réclamer).

Sans doute l’enjeu est-il celui de la réforme des premiers cycles universitaires qui est en cours mais l’absence de perspectives à ce sujet comme les cristallisations sur bases idéologiques ne laissent rien augurer de bon. Enfin, pourquoi s’acharner à réformer les seules formation universitaires en oubliant qu’elle se développent (ou pas) dans un contexte de système d’enseignement supérieur qui leur est défavorable. Il n’est pas possible de prétendre faire l’économie d’une réflexion globale sur l’enseignement supérieur et la définition d’une politique forte et assumée.

La minorité d’étudiants qui continue les blocages d’universités a réussi à faire annuler les examens dans plusieurs sites et y a parfois fait passer le frisson d’un début de convergence. Leur capacité de nuisance, relayée par certains politiques que l’on ne voit guère force de proposition dans le dossier, est réelle. A qui profite toute cette agitation ? La question reste posée et il n’est pas certain (litote) que ce soit aux étudiants …

L’université mérite mieux qu’une sortie de crise par le pourrissement. Le gouvernement doit construire et annoncer un projet qui ne se contente pas de l’application du proverbial cautère.

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