Présidentielles : urgence d’un projet pour l’enseignement supérieur

De droite, de gauche, ni droite ni gauche, quelle que soit la couleur politique qui les marque, les candidats à l’élection présidentielle, jusqu’ici, n’ont pas fait de l’université un sujet majeur. On pourrait dire aussi que, jusqu’ici, les universitaires ne sont pas parvenus à s’imposer comme un thème majeur dans les débats, ni de la primaire, ni en lien avec ce que nous savons des programmes.

Que l’essentiel des tenants du « système », pour reprendre l’expression stigmatisante à la mode, ait été formé dans des institutions d’enseignement supérieur autres qu’une université contribue sans doute à cet éloignement.

Le besoin de décisions fortes est pourtant bien réel et ne peut se satisfaire ni de la seule continuité avec ce qui avait été entrepris lors du quinquennat précédent , ni de mesures qui relèvent plus de la circumambulation que de la progression rectiligne.

Pour la continuité assumée, on pensera aux propos de Vincent Berger. Successivement président de Paris Diderot (mai 2009/octobre2013), rapporteur général des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, puis conseiller « Enseignement supérieur et recherche » auprès de François Hollande, il occupa plusieurs postes d’observation privilégiés. Il est donc particulièrement crédible lorsque, par exemple à l’occasion d’un discours tenu en octobre 2016, (colloque Institut Montaigne-Terra Nova), il souligne le consensus « droite-gauche » réalisé en matière d’enseignement supérieur et de recherche, au cours des vingt dernières années.

Un exemple récent illustrera l’art du trompe l’oeil et du voyage immobile. Lors de sa conférence de la rentrée 2016, le mardi 20 septembre, Thierry Mandon reconnaissait que cette rentrée n’était « pas celle dont on peut rêver ». L’enjeu est celui du « choc démographique » (32 400 étudiants complémentaires, en 2016, une progression de 42 000 étudiants en 2015 (ici) ou plus exactement des mesures à prendre pour l’accompagner.(ici pour en savoir plus)

Les propos du secrétaire d’Etat étaient fort sages et pertinents : « Le système, disait-il, ne peut, durablement, accueillir des progressions de cette envergure sans des changements profonds. »

Une fois venu le moment de préparer la rentrée 2017, celle qui devait marquer l’arrivée de « changements profonds », la décision phare est l’égalité de traitement entre les candidats réorientés et les néobacheliers … au risque d’engorger les filières en tension. L’inquiétude, immédiatement exprimée par les présidents d’université, est grande, notamment à Paris où la crainte est de voir « exploser le système et apparaître une grande insécurité sur l’admission des nouveaux étudiants à la prochaine rentrée. « 

Si, du côté du secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur, une telle vision « alarmiste » n’est pas partagée c’est notamment en se mettant à l’abri des 100  millions d’euros ajoutés au budget de l’université cette année « pour répondre à l’afflux de nouveaux étudiants ». La recevabilité de l’argument est néanmoins largement diminuée par le contexte. Les universités sont déjà « dans la tourmente financière » comme le soulignait Le Monde dans sa rubrique Campus en octobre 2016 qui titrait : « Plusieurs universités bouclent difficilement leurs budgets, avec de nouveaux plans d’économies contestés.» (ici pour en savoir plus)

En février 2017, le même journal reprend le sujet et explique que « confrontées au boom démographique, avec 30 000 étudiants de plus par an, et à une progression de leurs charges, de nombreuses universités mettent en place des mesures de restriction pour tenter de rester à l’équilibre (ici pour en savoir plus).

Les incertitudes réelles concernent moins les capacités d’accueil que les missions d’accueil données aux divers établissements d’enseignement supérieur. Que pour certains l’accès soit sélectif par concours, sur dossier pour d’autres, via un numérus clausus pour une troisième catégorie, n’est jamais qu’une ruse qui masque mal l’absence de politique concertée quant à l’accès à une formation supérieure en France et la fonction sociale qui lui est dévolue, toute ensemble et secteur par secteur. On notera en passant que ceci ne se résume pas au quinquennat qui s’achève même si certaines assurances donnent envie d’être plus exigeants à son égard.

 

Au moment où il s’agit de fixer un cap pour cinq nouvelles années, où il est devenu patent que la gestion des difficultés et des défis, soit, au mieux en appliquant la politique de l’autruche, au pis en poursuivant et aggravant la politique précédente ne mène qu’à l’approfondissement du grand découragement qui a gagné les personnels. Les urgences programmatiques ne relèvent pas d’un listing de propositions à l’image d’une lettre au père Noël mais bien d’une prise de conscience publique conduisant à la définition de quelques lignes stratégiques fortes quant aux attentes globales de la nation envers ce qu’elle finance (en partie et insuffisamment – ne l’oublions pas), certes, mais aussi une confiance faite aux universitaires eux-mêmes quant à leur organisation.

Aujourd’hui l’enseignement supérieur en France c’est tout l’inverse de ce qui est nécessaire

l’autonomie … est pilotée par le haut,

la coopération territoriale … a engendré des monstres bureaucratiques dont l’unique acharnement a été d’éloigner les décisions des établissements et des enseignants-chercheurs

la simplification du millefeuille s’est révélée, une fois encore, incantatoire

la fragmentation de l’enseignement supérieur entre diverses catégories d’établissements et de missions, se poursuit, singulièrement de façon à ce que le budget de chacun ne soit pas le budget de tous et que la « marque » portée par certains ne s’étende en rien aux autres et qu’ainsi, il n’y ait pas de stratégie commune.

Pourtant, à y réfléchir, la définition d’une stratégie pour l’enseignement supérieur rencontre trois défis majeurs :

celui de son projet, (de l’articulation et l’explicitation de ses missions, et d’abord dans une formation de la jeunesse qui ne se décline pas d’abord en une succession de portes si difficiles à même entre-bailler, et le développement de la recherche, notamment de ses liens avec les mondes de l’entreprise comme de la formation)

celui des financements (de la dette, de son remboursement mais aussi de la gestion de la dépense publique et de ses justifications)

celui de l’autonomie (où l’on retrouve la capacité d’initiative, d’innovation et d’accueil, à côté des mesures de retour à la démocratie universitaire et aux libertés académiques).

Trois défis qui sont ceux du pays dans son ensemble et qui appellent à un développement autre du politique … projet, explicitation, justification, autonomie mais aussi mesure des financements …

L’avenir commence aujourd’hui, il faut juste le prévoir.

 

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Projets pour l’université et élections

Depuis de (trop) nombreuses semaines, plus rien n’est audible à l’exclusion de primaires dont le dénouement défie les pronostics et les attentes, voire les vraisemblances. A gauche, en favorisant un scénario de ré-invention de la gauche plutôt que d’ambition de remporter l’élection ; à droite, en couronnant un candidat que l’opinion sondagière n’avait pas annoncé et dont les contours, quoi qu’il en ait, s’effacent progressivement dans la brume des affaires. L’opinion publique qui, décidément, existe bel et bien, défait ainsi, à coup d’indignations, ce que l’apparence de froide rigueur des primaires avait tricoté.

A l’issue de ce détournement forcé, l’oeil ne découvre guère plus de clarté et de perspectives marquées dans le monde universitaire que dans le paysage politique.

Voyons pourtant quelques éventuelles saillances.

Un « cavalier » qui surgit de la nuit …

Pour tenter de sortir le projet toulousain de l’ornière, plus encore, pour venir au secours de l’aventure Paris-Saclay que le cour des comptes vient de diagnostiquer comme étant « dans l’impasse » (ici), la tutelle a tenté de relancer une opération « grand établissement », à la suite de ce qui avait été mis en place naguère pour fonder l’université de Lorraine. Le gouvernement a d’abord cherché à profiter de la discussion, au parlement, du projet de loi portant sur le « statut de Paris et l’aménagement métropolitain » pour déposer un amendement qui, selon les termes mêmes du texte, aurait facilité la possibilité pour les établissements membres d’une des formes de regroupement prévues dans la loi Fioraso, de « renforcer leur intégration pouvant aller jusqu’à la constitution, à terme, d’un seul établissement ». Cette proposition a finalement été retirée par le gouvernement alors qu’elle se situait pourtant dans le droit fil des recommandations du rapport de l’IGAENR sur lequel il me semblerait judicieux de revenir. En attendant, la chorégraphie qui l’emporte c’est un pas en avant, l’autre en arrière …

APB, trois lettres qui veulent dire « confusion » et « casse-tête »

L’acronyme semble a priori simple, APB c’est ce qui régule les Admissions Post Baccalauréat, les algorithmes le sont beaucoup moins, (lire, par exemple ici ) et finalement, la régulation des admissions reste complexe, elle aussi.

Gérer des admissions – si l’on met de côté la part importante des filières sélectives – c’est fluidifier le passage entre l’expression d’un vœu et l’inscription dans la filière souhaitée, sauf que cette gestion se double de fait d’une autre fonction qu’un biais ramène à la sélection. A partir du moment où n’existe pas de correspondance entre les demandes et les capacités d’accueil, la machine se retrouve bloquée par un retour nécessaire à des procédures de choix. Elle avait pourtant vocation à placer chaque demandeur dans la case ad hoc; en fait elle met surtout en évidence ce qu’il est convenu de nommer les filières en tension, et que la techno-langue a proposé de désigner sous l’expression traitement automatisé critérisé. Quelle que soit la formule, la réponse, tentée puis désavouée, dite du tirage au sort que le ministre avait pensé légaliser puis à laquelle il souhaite qu’il soit renoncé, pose en fait la question de la combinaison d’une orientation « plus fine » et d’une augmentation des capacités d’accueil. Naturellement, avec ces propositions, le ministre parle d’or (voir ici ) mais pas au point de dire « comment » ces pistes pourraient réellement être rendues envisageables …

C’est le retour de la chorégraphie « un pas en arrière, un pas en avant , et réciproquement» déjà évoquée … `la figure est d’autant plus confuse qu’elle marque, dans un cas comme dans l’autre, que l’hésitation plus que la résolution, domine les tactiques récentes, qu’il s’agisse du cavalier législatif envisagé dans le cas du « grand établissement », ou, pour sortir de l’injuste et absurde tirage au sort, le recours à des formules qui restent inapplicables sans moyens supplémentaires et/ou analyse prospective notamment sur les pré-requis, c’est à dire sur la continuité entre le diplôme couronnant un cycle et les exigences du cycle suivant.

vers quoi allons nous … au galop ?

La période est mal choisie pour hésiter … Il est désormais acquis que personne ne revendique l’héritage du quinquennat qui s’achève et qu’ainsi, à l’issue de la période électorale qui débutera le 23 avril, une volonté politique modifiée prendra le relais. Il fallait donc trancher vite sous peine de se condamner à atermoyer, ou se contraindre à prendre une décision dans l’urgence du calendrier des inscriptions, les phases d’admission via APB débutent en juin.

Tout cela n’empêche pas la parution d’un « livre blanc pour l’université et la recherche » qui préconise d’investir 10 milliards d’euros en dix ans. Ce pourrait être une cible ou du moins une étape vers une telle cible. L’investissement annoncé permettrait, disent les promoteurs de cette feuille de route, une croissance de dix points du PIB et la protection de 400 000 emplois face au risque de chômage et d’inactivité. (ici pour en savoir plus).

Cette feuille de route ambitieuse, forte de quelque 200 pages qui articulent les différentes stratégies nationales élaborées sous le quinquennat de François Hollande, à la suite de la loi Fioraso, arrive à la fin du mandat des élus actuels. Dans le contexte électoral, elle ne peut que s’adresser en fait au locataire de l’Elysée qui sera élu au printemps. Il va falloir dégager des priorités claires. Il va falloir que les candidats à la présidence intègrent le souci de l’université tandis qu’il appartient aux universitaires de veiller à l’image de l’université avec une efficacité suffisante pour intéresser les politiques.

Il est peu de pays où on envisagerait de développer des projets sans y associer l’université.

Outre ces échéances, l’urgence doit intégrer les contraintes économiques, notamment le fait que les sommes qu’il faut investir dans l’enseignement supérieur, devront croitre. Or, le coût nécessaire au développement de l’enseignement supérieur dépasse les moyens des finances publiques, il suffit pour s’en persuader d’observer la situation dans les établissements publics d’enseignement supérieur ou le récent rapport de la Cour de comptes « La comparaison de la situation française avec celle de ses voisins révèle le retard pris dans l’ajustement des finances publiques. […] »

Imagine-t-on accepter que la France renforce son retard ?

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Le prix de l’autonomie

L’Education Nationale garde l’image stigmatisante du mammouth, mastodonte rigide, corseté de représentants de l’Etat, hérités de l’époque napoléonienne, recteurs et inspecteurs généraux, engoncé qui plus est, dit-on, dans un maillage serré de syndicalistes d’obédiences variées.

L’urgence semble alors que la fée « autonomie » se penche sur elle comme le clamaient à l’envie les divers candidats à la primaire de la droite, résolus à « donner plus d’autonomie aux collèges et lycées ». Il s’agit là de lutter contre ce « mal » des lycées français, « l’uniformité et l’absence d’autonomie qui découragent l’initiative », comme l’expliquait (déjà!) le rapport de la commission d’enquête parlementaire présidée par Alexandre Ribot en 1898-1899, appuyé sur rien moins qu’un « large recueil de témoignages, une enquête statistique et une expertise de la gestion financière ».

Ce vaste et donc ancien débat a, on le sait, récemment été relancé pour les universités par Valérie Pécresse et sa loi sur les libertés et responsabilités des universités (10 mai 2007, gouvernement Fillon)….

La loi LRU prévoyait l’autonomie des universités ; dix ans plus tard, la pré-campagne en vue de l’élection présidentielle de 2017, renoue avec le thème et même l’élargit à d’autres ordres d’enseignement. Entre les deux époques, la loi Fioraso, n’a pas annoncé de rupture avec la notion d’autonomie, elle a fait avancer la notion de site comme support des contrats quadriennaux.

Alors que le monde universitaire s’était tellement inquiété de possibles concurrences entre les établissements, la création de « communautés d’établissements » et les résolutions en faveur de « stratégies de site » ont pu sembler propres à alléger les inquiétudes et soulager les tensions. Très vite les sites se sont révélés dissemblables en puissance et en cohérence, les « communautés » n’ont pas tardé à montrer les tensions entre établissements de natures différentes, « organismes de recherche » aux logiques nationale et locales à la fois, partageant inéquitablement les personnels et les financements, universités lestées au delà du raisonnable par la contraintes d’accepter non seulement tous ceux qui souhaitent s’y inscrire mais aussi tous ceux qui n’ont pas de place ailleurs, « grandes écoles », persuadées de leur supériorité sur tout et sur tous qui fournissent l’essentiel des cadres de la politique et ceux de la haute administration, la myriade enfin de formations courtes imaginées un moment pour offrir des solutions alternatives et qui sont si vite devenues des refuges pour tous ceux qui craignaient de se noyer dans les premiers cycles universitaires. Comment peut-on imaginer que des établissements qui sont concurrents, voire rivaux, puissent volontiers envisager de se mêler les uns aux autres … Naïveté ou duperie, ou encore roueries de partenaires de façade lorgnant sur une idex … ?

De la même manière, la notion de « site », ne se confondant ni avec les Régions, anciennes ou nouvelles, ni les académies, ni les COMUE (après quoi on parlera de « simplification » !), a engendré plusieurs monstruosités … tailles variées des dits « sites », boursouflure de certains des périmètres, hétérogénéité de leurs compositions et incohérence des territoires rassemblés, y compris en face des périmètres des régions nouvellement construites. On aurait un moment pu espérer que ces lourdes et diverses machines allaient se roder et se construire une identité et des stratégies. Il est très vite apparu qu’elles n’avaient aucun contrôle sur les instances qu’elles fédéraient et qu’elles n’apportaient guère de valeur ajoutée aux établissements, sans aucune comparaison possible avec les fonds obtenus dans le cadre des Initiatives d’excellence. Le CGI a d’ailleurs rapidement montré sa méfiance devant ces montages, et donc sa résolution que, faute d’une gouvernance robuste adaptée à un établissement unique, les idex n’étaient pas attribuées. Inventer une COMUE ou toute autre couche tout aussi bancale pour ne pas passer par la case fusion et donc par la création d’une université, au motif que chaque membre de la totalité doit pouvoir conserver toutes ses caractéristiques et idiosyncrasies, ne sera jamais qu’un exercice de vaine virtuosité et de régression à l’infini, aussi d’ailleurs la preuve d’une dommageable myopie qui fait croire que la  marque  Ecole « écrire ici un nom » sera plus efficace « à l’international » que la marque université …

Aujourd’hui, la question de l’autonomie semble à ce point intégrée au fonctionnement des collèges et des lycées que Eduscol, le site officiel consacré à informer et accompagner les professionnels de l’éducation, explique que les « établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) disposent d’une autonomie éducative et pédagogique qui leur permet de décliner au niveau local les orientations nationales au service de la réussite des élèves. Cette autonomie a pour corollaire l’évaluation des résultats atteints par l’établissement au regard des objectifs fixés. Elle concerne tous les types d’EPLE : collèges, lycées d’enseignement général et technologique, lycées professionnels ». http://eduscol.education.fr/cid47771/autonomie-de-l-etablissement.html

Autonomie éducative et pédagogique, peut-être. Cela ne suffit pas à créer une totale « autonomie », j’y reviendrai. Dans un premier temps il suffira de mettre en valeur le lien entre droit à l’autonomie et obligation d’évaluation,au moment où celle-ci retrouve l’un de ses rendez-vous réguliers, les résultats des enquêtes PISA (Programme international sur le suivi des acquis des élèves) placées sous la responsabilité de l’OCDE..

La première caractéristique de la version 2015 de cette évaluation de ce que les élèves ont effectivement acquis au moment de l’observation, est la continuité des résultats obtenus par les élèves français testés depuis les années 2000 alors que ces presque vingt années ont été riches en évolutions, mutations, transformations et autres refondations. Tout se passe donc comme si ces réformes n’avaient pas eu d’effet, peut être même la réforme permanente n’a-t-elle qu’un effet négatif, démobilisateur, mélange de lassitude et de désorientation. On notera en outre que si la France se maintient dans la moyenne des pays de l’OCDE (493 points) elle occupe désormais un rang un peu plus éloigné dans le classement (27e aujourd’hui, au lieu de 25e en 2012) ce qui indique plutôt une tendance à la régression et, en tout état de cause, une disproportion considérable entre l’agitation autour des injonctions des nomenklatura successives et les résultats sur le terrain. Une autre constante, plus dommageable encore, est le fait que la France décroche par rapport aux pays qui lui ressemblent en termes de richesse et d’économie, comme l’Allemagne ou la Belgique, et surtout, qu’au fil du temps s’affirme une France devenue le pays de la reproduction sociale. L’inégalité y est devenue un trait distinctif de la scolarisation. Plus on vient d’un milieu social défavorisé et moins on a de chances de réussir à l’école.

 

La ségrégation de l’habitat joue à plein et le système éducatif français n’arrive pas à assurer la réussite de l’ensemble des élèves, plus particulièrement des jeunes immigrés, et dans une moindre mesure, des enfants nés en France de parents immigrés. C’est d’ailleurs ce que confirment les statistiques issues d’une autre publication de l’OCDE, intitulée « Trouver ses Marques. Les indicateurs de l’intégration des immigrés » (http://www.oecd.org/migration/indicators-of-immigrant-integration-2015-settlingin-9789264234024-en.htm) :

Près d’un million de jeunes âgés de 15 à 34 ans nés à l’étranger ou dont au moins l’un des deux parents est immigré ne sont ni employés, ni scolarisés, ni en formation. Pour eux pas de seconde chance mais un fort sentiment de déclassement, voire de discrimination. Ce sentiment semble plus répandu chez les descendants d’immigrés (27%) que chez les immigrés eux-mêmes (19%). Cette situation porte en elle les germes d’une fracture sociale profonde.

Sans en abuser, quelques statistiques encore, empruntées à cette même étude : en 2012, 30 % des ménages immigrés qui vivent en France se trouvent en situation de pauvreté relative, contre 13 % pour les autres ménages. C’est un des écarts de revenu les plus élevés de la zone OCDE. Près d’un enfant de parents immigrés sur deux vit en situation de pauvreté, soit trois fois plus que pour les ménages non-immigrés. La question posée ne concerne pas seulement une génération mais concerne la société dans son ensemble et l’avenir de l’économie française.

L’urgence pour la formation comme pour la lutte contre la fracture sociale est donc au renforcement significatif des réformes du système éducatif de manière à le rendre plus inclusif.

( voir : https://www.oecd.org/fr/france/vers-un-systeme-d-education-plus-inclusif-en-france.pdf )

Il s’agit d’une priorité pour le système français qui semblait pourtant, à première vue, armé en faveur d’une égalité de traitement entre élèves, la fameuse égalité des chances. L’existence d’un enseignement pré-élémentaire très développé et d’un tronc commun au collège crée un contexte plus favorable que celui que l’on observe dans les systèmes qui prévoient des filières dès l’âge de 14 ans (ou même avant).

Pourtant, un certain nombre de facteurs tirent dans l’autre sens : la pratique du redoublement pour les élèves en difficulté, plus encore une importante ségrégation sociale et scolaire entre les établissements alors que se renforce un dispositif de libre choix de l’école. A l’inverse les systèmes les moins inégalitaires sont caractérisés par la régulation du choix de l’école, l’encadrement de la décentralisation et la faiblesse de la proportion occupée par le privé. Parmi les facteurs de mise en difficulté de l’égalité à l’école, il faudrait comptabiliser l’influence modélisante des grandes écoles, la valorisation des contenus académiques qui va de pair avec une formation des enseignants peu développée et des relations entre maîtres et élèves bien plus mauvaises qu’ailleurs.

 

L’université, en situation d’afficher une attractivité à l’échelle mondiale et d’assurer un soutien fort à la recherche ne fonctionne pas selon les logiques de l’enseignement fondamental. En outre les contraintes sociales, notamment en matière d’intégration, ne s’exercent pas de la même manière, ne serait-ce qu’en raison de la présence dans les établissements d’enseignement supérieur d’étudiants « de l’international » comme il convient de dire désormais.

Entre les divers ordres d’enseignement, la différence est de nature, pas de qualité, l’important est de mesurer les écarts et d’encourager chacun à jouer pleinement sa partition, en veillant à ce que le développement du libéralisme ne pousse pas à la concurrence entre lycées, collèges et écoles alors que la méfiance envers le libéralisme encourage un centralisme étatique frileux.

Autonome l’université est en situation d’émulation avec les autres établissements de même nature, autonome les lycée, collèges et écoles deviendraient les instruments de la dissociation. Ce ne sont pas les moindres paradoxes d’une situation où l’autonomie ne sera effective que lorsque les établissements en auront les moyens, plus exactement lorsque certains établissements en auront les moyens.

 

Il faudra bien y revenir, l’autonomie n’est pas une clef universelle pour l’enseignement comme elle semble l’être pour certains qui veulent en saupoudre, écoles, collèges, lycées et universités. Il faut aussi bien admettre que, si elle n’est ni un vain mot, ni un gadget, l’autonomie doit passer par un mode d’autonomie financière, une in-dépendance des moyens, à tout le moins une marge de manœuvre suffisante pour s’estimer en mesure d’avoir et de mener une politique.

C’est un tel projet qui reste à construire.

(Quelques pistes et contraintes dans le prochain billet)

 

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Lutter contre le populisme, c’est d’abord lutter contre le creusement des inégalités (à l’école)

Présentée comme la « mère de toutes les réformes » par Alain Juppé, cet été, et à nouveau lors du deuxième débat de la « primaire de la droite », la thématique de l’éducation n’a pourtant été abordée qu’à la fin de ce débat, où un quart d’heure (seulement) lui a été consacré.

La situation de l’école rejoint pourtant celle de la société, toutes deux sont marquées par un aggravation des inégalités. Le rapport PISA 2012 évoquait déjà le « creusement des écarts de performance entre les élèves très performants et les élèves peu performants » (ici).

S’il est maintenant admis que l’école française creuse les inégalités sociales (ici) et que les trente dernières années de politiques éducatives, au lieu de résorber les inégalités de naissance, n’ont fait que les exacerber, il faut admettre que la (les) solution(s) dépasse(nt) les réponses simplistes données par l’appel à l’alternance politique. Deux illustrations récentes suffiront à caractériser une situation déjà dépeinte par les évaluations PISA où la France fait trop souvent figure de mauvais élève, et qui sont l’occasion de mesurer l’urgence pour cette école déclarée championne des inégalités. Dans son livre récent (Pour une révolution scolaire, publié en août 2016) Jack Lang déplorait notamment le « sentiment d’abandon qui <lui> revient de toutes parts », l’imbroglio de la réforme des rythmes scolaires et une formation des enseignants décevante. De la même manière, mais d’un autre bord de l’échiquier politique, si, dans le livre où Nicolas Sarkozy dessine un programme pour le second mandat qu’il envisage de briguer, ce n’est qu’à la fin du livre que le sujet est abordé, il l’est avec une grande détermination : « de tous les échecs de la république.. (dit-il) l’éducation nationale est le plus choquant, le plus lourd de conséquences ».

Il fallait sans doute le dire, il faut aussi trouver des pistes nouvelles pour apporter remède.

Pour l’immédiat on ne pourra que regretter que les approximations distillées par les ténors de la droite (voir ici – en fin de texte puisque l’éducation est venue en fin de débat) lors du débat de la primaire soient un signal si peu encourageant …

Le plus troublant n’est peut-être pas la nature des critiques et reproches que leur répétition à travers le temps. L’impression dominante est que critiquer l’école est un passe-temps privilégié qui semble compter plus comme jeu de salon que comme véritable programme de réforme.

Une question devrait alors s’imposer : n’y aurait-il pas moyen d’aborder la question de l’école par une voie différente de celles qui vont se répétant sans guère de succès.

Globalement chacun décline des slogans, sans tracer de pistes d’ouverture …

Pourquoi ne pas commencer par s’émanciper du rite de passage cardinal de l’école à la française, le baccalauréat, et avec lui, le chapelet de critiques qui l’accompagne, d’ailleurs la succession de réformes qu’il a connues ne sont en rien parvenues à donner satisfaction à personne.

Trop d’épreuves, trop d’options, un calendrier trop étalé, des coûts trop importants, une logistique trop lourde, une complexité inutile et fautrice d’injustices, une ignorance des écarts entre les filières, les critiques du baccalauréat sont régulières, comme le sont les diverses recommandations pour l’améliorer, notamment en faveur d’un dosage de contrôle continu et d’une validation des acquis repensée, ou la reprise d’amers regrets quant à la désorganisation du troisième trimestre avec la suppression de bien trop d’heures d’enseignement et les distorsions entre les baccalauréats et la vie professionnelle, l’insuffisante prise en compte des formations par l’apprentissage et le manque de considération qui affecte les filières professionnelles du bac, « bac pros », les assaisonnent …

Peut-être faudrait-il s’interroger sur la régularité du retour d’une approche dont les ingrédients sont connus, en ce compris l’étonnement formulé par Jean-Rémi Girard, vice président du SNALC, mais qui est largement partagé, où la surprise vient de ce que des élèves qui ont « si bien réussi au bac », échouent « si souvent » dans la suite de leurs études, au point que seule la moitié des bacheliers S obtiennent leur licence en trois-quatre ans, ils sont 48 % des diplômés de la filière ES et 43 % des diplômés L.

La polémique a pourtant été relancée par la ministre dans un éditorial accompagnant les résultats du bac 2016 (ici) Elle y cherche explicitement à rompre des lances avec Paul Valéry. On peut se demander pourquoi. Quant à moi il me semble que l’essentiel est déjà dit, lorsque, lors d’une conférence de 1935, intitulée « le bilan de l’intelligence », il décrivait les opération de préparation du baccalauréat comme des pratiques où « il s’agit d’emprunter, et non plus d’acquérir, d’emprunter ce qu’il faut pour passer le baccalauréat. »

Dans ce même texte Paul Valéry développe un argument complémentaire qui considère que « le diplôme donne à la société un fantôme de garantie, et aux diplômés des fantômes de droits. Le diplômé passe officiellement pour savoir : il garde toute sa vie ce brevet d’une science momentanée et purement expédiente. » (références et contexte ici )

A la lueur de ces propos, établissons d’abord ces constats : la société française -et en cela elle diffère des autres en Europe, et d’ailleurs dans le monde – ne fixe pas à son cycle secondaire la mission de préparer à un examen qui donne accès à l’enseignement supérieur, pour de bon, mais à une sorte de certification qui délivre en fait, sous le nom de baccalauréat, un droit à préparer les procédures qui donnent accès à l’enseignement supérieur, notamment via les classes préparatoires puis les « grandes » écoles, les accès sélectifs aux BTS, aux IUT, aux études de santé, à un nombre grandissant de formations sélectives dans les universités … il y a là une notable différence, trop souvent négligée dans les commentaires, les dirigeants dans la fonction publique ou dans les entreprises privées, sont (disons) « recommandés » en tant qu’ils sont anciens élèves de telle ou telle institution, plus ou moins prestigieuse ou titulaires de tel ou tel diplôme obtenu après concours, souvent les deux pour les plus hauts postes.

Les fantômes que Valéry décrivait sont bien en place et une «  garantie » est bien fabriquée pour une société qui d’ailleurs s’en satisfait.

On comprend que de l’accès au baccalauréat à celui aux plus hautes fonctions, le système ait sa cohérence et qu’il est difficile de toucher l’un sans prendre le risque de bousculer l’autre. Soit mais pourquoi n’en jamais parler sauf à travers cette étrange référence de la ministre à Paul Valéry ? On n’ose imaginer qu’il s’agisse d’un sarcasme, il faut donc se demander si l’enjeu était de conjurer la lucidité du poète ? Quelle nécessité et pour quoi faire ?

Il ne s’agit pas de dire tout de go que ceux qui ont eu accès aux sommets des pyramides, et les occupent, ne le méritent pas, il s’agit de signifier que la manière dont ce « mérite » est établi gagnerait à être étudiée de près. Fixer le succès au baccalauréat comme aboutissement de la scolarité exige que cet aboutissement en soit véritablement un au lieu de se muer en illusion dès qu’il s’agit d’aller plus loin. Si le bac n’est que le support formel des véritables portes d’entrée dans le supérieur, alors ce sont celles-ci qui constituent les véritables fondamentaux.

Avant d’épuiser élèves et enseignants dans d’illusoires nouvelles réformes, que l’on définisse le but, l’importance de l’éducation dans un monde de plus en plus complexe, que l’on explique que l’éducation est la première arme contre les extrémismes, le premier rempart contre les affrontements, les guerres, une aide à la tolérance, une marche vers la justice, une garantie face aux simplifications et au populisme. Cela passe d’abord par une clarification et en particulier que l’on cesse de faire croire aux élèves que le bac est un but (« passe ton bac d’abord! »). On éviterait la première déception sociale pour le jeune qui, ayant obtenu ce fameux sésame dont on lui a rabâché l’importance pendant tout son parcours, doit bien constater que c’est une fausse clef, que la plupart des portes qui comptent restent fermées, même avec en poche le fameux bachot. On évitera aussi la déception supplémentaire liée à ce faux-monnayage qui fera comprendre que le bac pro ne mène pas non plus à des études effectivement professionalisantes mais n’est qu’une sorte de « bac standard » de seconde zone, outil complémentaire de sélection.

Mettre l’accent sur la manière d’apprendre, la « pédagogie du supérieur » , comme une tendance y incite, ainsi le récent colloque organisé sous les auspices de la CPU (ici), est une option qui mérite discussion et qui va beaucoup plus loin que l’idée a priori généreuse d’apporter de l’aide à ceux des étudiants qui en auraient besoin.

En premier lieu, poser que l’étudiant, certains étudiants, n’a pas (n’ont pas) les moyens d’accéder directement à la connaissance post-bac, c’est admettre, on ne peut plus clairement, que le fameux baccalauréat n’est pas un passeport de plein exercice pour les études supérieures mais un simple ticket d’entrée vers les divers portiques de tri qui sont dressés entre le néo-bachelier et les études supérieures. C’est aussi renforcer l’idée de la co-existence de plusieurs filières les unes où les classes préparatoires consolident les pré-requis qui sont ensuite validés par un concours en vue d’entrer (ou pas) dans une « grande école » puis cette autre où la maitrise limitée des pré-requis est compensée par une pédagogie adaptée. Une troisième procédure se met en place ici ou là sous forme de création de licences en quatre ans dont une première année pourrait fournir les pre-requis non encore maitrisés

S’il faut vraiment une autorité centrale pour les gérer qu’au moins elle sache instiller un peu de cohérence et s’il faut décentraliser, rendre autonome, alors que la liberté soit réelle et ne soit plus ordonnée autour du baccalauréat et d’une agence des programmes …

La notion d’autonomie dont il est actuellement beaucoup question, serait peut-être une notion test pour y réfléchir.

Aujourd’hui non seulement l’acte 2 de l’autonomie pour les universités qui avait été prévu comme suite à la LRU est à l’ordre du jour mais à bien des questions qui relèvent du secondaire voire du primaire, la réponse arrive sous la rubrique autonomie.

Deux faits notables semblent vouloir fonder ces évolutions vers « l’autonomie », les annonces sur le fameux « acte 2 » de la LRU et un vide absolu quant aux financements qui devront accompagner ces divers ordres d’autonomie.

Si on ne considère que l’université publique, en chiffres ronds, 80% des financements viennent directement de l’Etat tandis que 80% des fonds engagés le sont pour les salaires qui dépendent d’accords nationaux. On voit bien le désordre introduit par l’ignorance de la question du GVT ou plus récemment qu’il a fallu une dotation complémentaire accordée par l’Etat pour répondre à l’attractivité des universités.

Soyons raisonnables, le passage à l’autonomie ne se décidera pas sans que se déclenche de fait la concurrence entre établissements, en particulier naturellement pour l’obtention des financements indispensables dans le cadre de pratiques se libéralisant et de la coexistence d’établissements publics avec ceux qui dépendent du privé et ont déjà une pratique de financements spécifiques …

Le dossier est loin d’être clos, il se prolonge notamment dans « l’autonomie à quel prix », troisième texte de cette série

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Que faisais-tu alors que montaient les populismes ?

Une colère se donne actuellement à voir et à entendre à travers le monde. Son impact est d’autant plus fort qu’elle était restée en partie masquée – dans les sondages du moins- sous forme de cette « zone muette » qui a fait se tromper les sondages, rendant plus sensibles la crise du Brexit hier, celle de l’élection à la présidence des USA aujourd’hui. Cette révolte correspond à un double phénomène de défiance envers la démocratie et de sentiment de paupérisation, avec pour conséquence la mise en crise de ce qui est encore désigné comme les « valeurs de la République », remplacées par la méfiance et même le refus de l’immigration, la défiance envers les institutions, des élus brocardés, des votes des assemblées aussitôt contestés dans la rue, des déstabilisations liées à un chômage installé, les pannes de l’ascenseur social, la mise en doute de l’école …

Certains nomment cette colère « populiste », pour marquer qu’elle mobilise « le peuple » contre le « système ». Le discours qui la sous-tend est simplificateur, il repose sur l’identification d’une « élite » caractérisée par sa propension à berner « le peuple », alors que ses tenants oublient (feignent d’oublier) que ses figures de proue politiques font partie de cette élite.

Le populisme dont les motifs sont prioritairement électoralistes, ne vise pas réellement l’émergence de réponses crédibles. Il marque l’arrivée sur une même scène du spectacle et de la vie publique, mélange complaisamment relayé par des « réseaux sociaux » qui sont de plus en plus l’unique source d’une information qui, fonctionnement en réseau oblige, est passée au filtre des fantasmes, des convictions, souvent les plus obscures, de ceux qui les consultent.

Un premier avertissement est venu avec l’épisode du Brexit dont les promoteurs étaient tellement acharnés à concocter une campagne qui soit « victorieuse » que l’idée d’imaginer un plan de route pour la suite leur a échappé… De même, aujourd’hui, on assiste à un affadissement des propos de campagne incendiaires et provocateurs tenus par Donald Trump. L’essentiel est acquis, il est élu …

Au moment du vote, la rhétorique de reality show, de la véhémence de la dénonciation à doigt pointé, l’a emporté. Nul doute que l’idée de frontières renforcées et de protections améliorées a joué un rôle dans le vote en faveur de Donald Trump ; quelqu’un pense-t-il sérieusement pour autant que le Mexique va financer la construction d’un mur à l’aplomb des traits pointillés marquant la frontière sur les cartes ? Il est plus que probable que les doutes entretenus sur la probité et le désintéressement du couple Clinton ont pesé dans les décisions, singulièrement alors que revenaient sur le devant de la scène médiatique, les accusations du FBI, fermement assénées puis largement minimisées. Peut-être faudrait-il s’interroger sur les conditions de ce « retour ». La capacité du candidat Trump à « balancer », la violence de ses propos envers les minorités n’ont pourtant pas suffisamment émus les électeurs pour les amener à utiliser leur droit de vote pour se protéger.

Une logique politique n’aurait-elle pas d’abord consisté à éviter une telle conjonction d’éléments ?

La « montée du populisme », comme on dit, marque la fragilité de la machine démocratique, en train de s’enrayer. Le constat est dressé par beaucoup. Dénoncer le populisme ne suffira (évidemment) pas pour remettre la démocratie sur de bons rails car, plus que le « populisme » par lui-même, ce qui travestit les débats actuels c’est en fait son envers, l’incapacité à construire une véritable offre politique, l’absence de projet cohérent, la liberté prise d’annoncer voire de promettre sans se contraindre à tenir ou à s’expliquer. Le populisme est une conséquence.

Ce sont ses causes, les occasions de son émergence qu’il faut d’abord envisager.

La question n’est pas prioritairement celle du refus de la pensée unique (dénoncée par Nicolas Sarkozy) ou même ces « risques que la démagogie et l’extrémismes font, selon Alain Juppé, courir à la démocratie ». Elle est plutôt de savoir ce qui peut être fait pour affronter une situation qui a changé, à commencer par une pédagogie qui reste à faire, de l’évolution du monde, en globalisation des espaces mais aussi en distension des durées, aussi en termes de prises de risques avec l’environnement et les ressources.

Dans l’usage du populisme, il y a aussi des paresses de la pensée combinant une rhétorique de reality show c’est à dire précisément ne plus distinguer la réalité du spectacle qui en est donné.

La réponse au populisme passe par l’éducation, la formation. Une large part des déceptions qui le cristallisent, vient de l’incapacité, plus forte encore en France, de faire coïncider formation et emploi. Une analyse des moyens de retrouver une capacité au projet et avec elle, le dépassement du populisme est urgente pour dépasser le constat désespérant que la machine démocratique est bien en train de s’enrayer.

Il s’agit aussi de répondre aux diverses exaspérations dominantes, et pour cela, sortir de l’ enfermement simpliste dans l’idée que la cause des malheurs ce sont « les autres » , qu’il ne sert à rien de voter, que ce sont toujours les mêmes, droite ou gauche, qui sont élus, que donc ce qu’il faut c’est donner un grand coup de pied dans « le système – fourmilière». Pour le dire autrement, il s’agit de s’attacher aux mises en cause des modes de représentations actuels, aux impérities en matière d’éducation, aux inquiétudes citoyennes de tous ceux qui se sentent « laissés pour compte », abandonnés « sur le côté »du chemin, qui, pire peut-être, estiment être sacrifiés pour d’autres intérêts, venus d’ailleurs. Le populisme c’est aussi l’expression d’un repli sur soi, d’un protectionnisme aveugle, qui charrie le racisme et la xénophobie.

Penser des projets, bâtir des réponses aux défis du moment impose prioritairement non (simplement) d’appeler au « changement » ou à la « rupture », le populisme aussi sait l’annoncer, mais d’élaborer une approche différente qui attend d’être portée politiquement.

La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est délégué et contrôlé par le peuple. Cette définition, bien connue et parfaitement exacte, a pourtant besoin, me semble-t-il d’être complétée par l’interrogation sur la manière dont cette délégation est effectuée. C’est la question de la différence entre démocratie représentative et démocratie directe, mais aussi de celles entre les modes de collecte des suffrages, à un tour ou à deux tours, via le vote proportionnel ou le scrutin majoritaire. Communément le respect du suffrage universel est accepté comme suffisant à valider la délégation alors que les résultats ne sont pas les mêmes selon le type de scrutin. L’histoire récente vient de montrer Hilary Clinton créditée de plus de voix que le président élu qui le sera parce que Donald Trump avait gagné un plus grand nombre des « grands électeurs ». De même, d’ailleurs la gestion politique des votes ne sera pas la même selon que les alliances se font « entre les deux tours » ou après le tour de scrutin unique, de plus, dans ce cas le contrat de gouvernement peut s’avérer long et laborieux à établir, pensons aux 541 jours de crise politique observés en 2010/2011, en Belgique.

C’est assurément du rôle du mode de scrutin qu’il faudrait partir pour sans doute mieux comprendre les écarts entre les opinions et leurs transcription en votes effectifs.

Plusieurs études universitaires témoignent à la fois de la manière dont, par exemple, le scrutin majoritaire à deux tours tel qu’il est pratiqué en France, mesure mal la « volonté populaire » alors que, précisément, « Une élection doit mesurer le soutien de l’électorat dont bénéficie chacun des candidats et élire celle ou celui qui est le plus soutenu. Or le scrutin majoritaire (SM) mesure mal. L’électeur ne peut choisir qu’un nom parmi seize, douze, ou deux candidats. Et pourtant, il a une opinion sur chacun des candidats, que le SM ne prend pas en compte. » (pour la totalité de l’analyse, une discussion et des références complémentaires, voir ici)

La question du scrutin, la manière dont l’opinion, l’avis, la voix -au sens de suffrage comme à celui d’expression- sont reçus, font partie des sujets d’étude, des objets de recherche. C’est aux politiques mais aussi aux associations de se faire les relais de ces travaux, de montrer au « peuple » que son souhait de se faire entendre peut être pris en compte. La démocratie est un régime ancien, délicat, qui a connu bien des évolutions depuis l’époque où son fonctionnement demandait que les esclaves libèrent les citoyens d’un temps qu’ils pouvaient alors consacrer aux affaires civiles. Aujourd’hui la circulation vertigineuse de l’information et la généralisation de sa non hiérarchisation rendent complexe la construction d’une opinion informée. Ce n’est pas une raison pour y renoncer.

Des travaux de recherche (notamment ceux animés par Jean-François Laslier (ici) sont consacrés à la modélisation de la concurrence électorale. Donner à entendre les termes du débat c’est faire un grand pas vers l’effritement de la croyance (entretenue) que « les élites » ne cherchent pas à associer « le peuple » à la prise de décision, non par la généralisation du référendum mais par la réflexion sur les méthodes à suivre pour donner à chacun sa juste part dans le débat et le vote -condition de la démocratie- informé qui vient le conclure.

Plus le peuple est informé, moins le populisme peut prendre prise. Mathématicien, philosophe, économiste et homme politique français qui a beaucoup proposé en matière de réformes du système éducatif, il s’était aussi intéressé aux analyses des différents modes de scrutin possibles , définissant un « paradoxe de Condorcet ». Dès l’origine était proclamée l’idée qu’il ne pouvait y avoir d’implication populaire sans éducation populaire. Condorcet le savait et le disait. Il faudrait sans cesse retrouver cette belle idée, exprimée dans le Rapport sur l’organisation générale de l’Instruction publique que Condorcet présenta à l’Assemblée Nationale les 20 et 21 avril 1792, selon laquelle « tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commandes seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves. » Par la même occasion on observe, un important glissement de l’opposition binaire déterminant qui est maître et qui demeure esclave, non pas « le peuple » et « l’élite » mais ceux qui raisonnent et ceux qu croient.

Si l’on admet que la décomposition du système a pu favoriser le populisme, recomposons le.

C’est d’abord une affaire d’éducation. (à suivre)

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Le blues de la post-vérité

La loi Pécresse avait initié une rupture ; elle a aussi levé contre elle des bataillons d’opposants, en une infinie ronde des obstinés. La loi Fioraso lui a succédé, proposant non une rupture, mais un aménagement qui fut l’occasion de la création des COMUE qui succédèrent alors aux PRES dans le rôle de la couteuse machine à hypertrophier l’administration, au détriment d’une exigence de stratégie. Poser les COMUE comme à la fois « des lieux de rayonnement international et des lieux d’aménagement du territoire » c’est leur imposer un grand écart caractéristique d’une mission qu’elles n’ont pas les moyens d’assurer, notamment parce que l’autorité politique leur échappe totalement, sans parler de leur absence d’accès à des incitations financières, ou encore de leur disqualification, dans les dossiers idex, par les jurys internationaux.

L’évolution institutionnelle qui était portée par la loi Pécresse a achoppé sur la question de l’autonomie (et de la possible perte de pouvoir par les hiérarques que l’énarchie a délégués dans les ministères) tandis que la question des financements s’est délitée dans l’articulation manquée entre « réformes » et PIA.

Le rapport présenté à l’issue de la mission d’information sur l’application de la loi Fioraso, vient d’être publié (http://www.letudiant.fr/educpros/entretiens/b-apparu-et-s-doucet-mission-d-information.html) Il souligne les limites de l’aménagement Fioraso.  La loi ne s’est pas emparée de la sélection en master et il n’est pas certain que les enjeux en soient maitrisés par les dispositifs qui viennent d’être proposés et annoncés comme une victoire de la poursuite des études. La question d’un niveau Bac +3 semble soudain passée sous le tapis au profit d’un cap de « poursuite d’études » sous la forme « tous à bac +5 » comme autrefois « 80% d’une classe d’âge au baccalauréat », négligeant le niveau +3. Pour qu’il y ait de « vraies » sorties professionnelles à bac + 3, il faut les organiser dans les formations et leur ouverture vers les cadres intermédiaires, comme dans l’orientation qu’il ne suffira pas de nommer « prescriptive » pour qu’elle le soit.

Comme le signale le rapport issu de la mission parlementaire, « la loi Fioraso n’a pas non plus réussi à faire l’acte II de l’autonomie : les universités gèrent leurs masses salariales mais celles-ci sont très encadrées au niveau réglementaire. Elles n’ont pas non plus la liberté de recruter qui elles veulent comme elles le veulent.»

Plus grave, selon le co-rapporteur Benoît Apparu – sans qu’il soit démenti – « en matière de gouvernance, la loi Fioraso apparaît clairement comme une loi de plus qui ne sert pas à grand-chose ». 

Etrange paradoxe qu’au bout de toute l’agitation, de tout le temps investi (largement à perte), de l’énergie, des émotions, la conclusion soit que la loi ne sert pas à grand chose …..  en  d’autres termes, « tout ça pour ça ». Et d’ailleurs, les étrangetés ne s’arrêtent pas là …

Etrange époque que la notre où s’installe la « post-vérité », cette « vérité » qui emporte l’opinion, cette « vérité » qu’il faut promouvoir pour prendre le pouvoir et dont les illustrations ne manquent pas, Brexit, « théorie du genre », « phénomène Trump »… Prenons pourtant garde à ne pas « nous » faire plus noirs que nous le sommes, nous n’avons pas inventé la « post-vérité », l’expression peut-être, mais l’épisode de l’incendie du Reichstag, l’affaire Dreyfus, mais aussi l’affaire des « arpents de neige », le sac de Constantinople ou celui du Palais d’été , chacun à sa façon, attestent de son historicité.

L’étrangeté maximale réside dans ce constat redoutable de le déconnexion entre l’action politique et le réel. L’épisode de la loi Fioraso et de la disproportion entre la chose et le bruit autour de la chose, n’est qu’un petit moment d’un système. La question est que personne ne s’avise de ce qu’il s’agit là de l’illustration d’un point crucial. Peut-on imaginer laisser indéfiniment se prendre des décisions, se voter des lois, se mettre en place des dispositifs sans qu’il soit prévu d’en mesurer l’efficience et de se donner les moyens de redresser les mauvais choix et ouvrir des perspectives alternatives. Il semble que ce travers soit particulièrement remarquable, à défaut d’être remarqué, dans l’enseignement, plus généralement dans les « formations » et qu’il se déploie que ce soit « sous la gauche » ou « sous la droite ». Les faiseurs d’opinion, les diffuseurs d’information, les maîtres des media seraient fort bienvenus à s’intéresser, outre le rapport sur la loi Fioraso, à cet autre rapport qui se demande pourquoi l’école française creuse les inégalités sociales (plus d’informations ici : http://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/0211332027172-pourquoi-lecole-francaise-creuse-les-inegalites-sociales-2030531.php et ici pour le rapport complet http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2016/09/Dossier_synthese_inegalites.pdf)

Le diagnostic est redoutable, il l’est plus encore lorsqu’est prise en compte la période d’observation préalable au rapport qui ne permet aucune défausse vers « l’autre camp »

Lisons un extrait de l’article cité :

« Ces inégalités empruntent plusieurs formes : les « inégalités de traitement dans les ressources d’apprentissage dont les élèves disposent réellement à l’école, inégalités dans leurs résultats scolaires, inégalités sociales dans les orientations, dans les diplômes et même dans le rendement des diplômes sur le marché du travail. »

« Le poids de l’origine sociale des élèves sur leur réussite scolaire est bien plus important chez nous que chez nos voisins ‘comparables’, et (ce poids, ndlr) s’est aggravé sur un temps très court« , constate le sociologue Georges Felouzis, qui a participé à ce rapport.

Bilan : la France est selon le Cnesco le pays le plus inégalitaire de l’OCDE et fait partie de ceux dont le niveau des élèves défavorisés a le plus baissé entre 2003 et 2012.

Lisons également quelques uns des inter-titres de l’avant-propos du rapport signé Nathalie Mons, présidente du comité national d’évaluation du système scolaire (cnesco), professeure de sociologie, université de Paris Pontoise :

Les injustices progressent dans l’école française alors qu’à l’étranger des politiques efficaces ont été menées ces 15 dernières années

•Les inégalités sociales dans les orientations ne s’expliquent pas seulement par des résultats scolaires différents

•Une longue chaîne de processus inégalitaires a rendu l’école française ultra-reproductrice

La dégradation du contexte économique et social peu responsable de l’aggravation des inégalités à l’école

•Le rôle central des politiques scolaires dans l’aggravation des inégalités à l’école

Les défauts de la gouvernance à la française: peu d’expérimentation, d’évaluation, des cumuls de mesures sans lisibilité 

•La scolarisation précoce: une mesure efficace pour lutter contre les inégalités mais faiblement mise en œuvre depuis 2012

La déségrégation sociale à l’école: l’angle aveugle des politiques scolaires depuis 30 ans

… ainsi que cette estimation avancée par Nathalie Mons où s’exprime une intéressante dénonciation du semblant et des mécanismes de post-vérité comme de l’assertion, une fois encore, que l’enjeu premier n’est PAS celui des moyen :

« Au lieu de lutter contre la ségrégation, on dit qu’on donne plus de moyens, manière de la rendre plus acceptable moralement »

L’argument serait sans doute à relativiser s’agissant des universités françaises, leur sous-financement est une des causes de recul, même si elle est loin d’être la seule.

Sans sombrer dans la délectation morose ni dans les rodomontades où prime largement l’effet de manche politicien, le fait doit être reconnu que le recul des établissements français dans le classement QS tient à diverses chutes dans les résultats :

•74 % des 39 universités françaises voient une baisse de leur réputation académique.

•Une diminution de 72 % du nombre de citations dans le domaine « performance de la recherche » entraîne une baisse pour le critère citations par faculté.

•62 % des universités connaissent une baisse du ratio professeurs/étudiants. Sept chutent de plus de cinquante places sur ce critère.
(plus d’éléments d’appréciation ici : www.lemonde.fr/campus/article/2016/09/06/la-france-en-recul-dans-le-classement-mondial-qs-des-universites_4992965_4401467.html et là http://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/0211261125204-la-france-a-la-traine-dans-le-classement-mondial-des-universites-2025249.php)

 

L’intérêt de tels rapports est qu’au moins ceux qui gouvernent ne peuvent pas dire qu’il ne savaient pas, encore faut-il cesser de se cacher derrière des proclamations équivalentes à la célèbre déploration que les sangliers ont mangé des cochonneries …

En France, l’école comme l’université sont EN RECUL sans que la question soit abordées frontalement et sans post-vérités. Sans que cet enjeu d’avenir soit exposé.

Le diagnostic est sévère, sans doute mais ce n’est pas en le fuyant dans divers slogans et proclamations qu’un remède sera mis en place ; ou plutôt pas un remède (qui retrouverait les habituels effets de la centralisation et des affrontements entre dogmes) mais une diversité de remèdes adaptés aux situations et aux contextes.

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Ubu tire au sort

Vous avez aimé le tirage au sort préalable à l’inscription dans certaines filières universitaires …

Vous adorerez le tirage au sort pour siéger au conseil d’administration de la COMUE de Lyon …

Les temps deviennent compliqués pour la démocratie représentative.

Le 49.3 est devenu, paradoxalement, la seule manière de permettre au gouvernement, démocratiquement élu, de gouverner.

Les subtilités et les contorsions juridico-technocratiques qui président aux stratégies de construction des COMUE, ont fini par aboutir à une situation inextricable.

A la COMUE de Lyon, les nouvelles élections, indispensables pourtant, ne pouvaient être tenues avant qu’aient été modifiées les dispositions statutaires jugées illégales par le Conseil d’État, pas plus qu’il était possible de continuer de fonctionner avec un conseil incomplet. (pour plus de précisions voir ici l’article d’Educpros)

La rectrice de Lyon a décidé de s’en remettre au sort.

Outre ce coup de pied de l’âne donné à la démocratie, la morale de cette fable là réside en ce qu’il faudra bien se résoudre à admettre que soit les COMUE n’ont guère d’importance et de pouvoir (autre que celui de nuire), et dans ce cas pourquoi s’obstiner à les faire fonctionner, à grands frais de temps et de personnels, l’apparence en vaut-elle la chandelle (verte, naturellement), soit les COMUE sont effectivement un maillon important dans la chaine de décision qui régit les universités et dans ce cas se pose la question du genre de Gribouille qui n’a ni su ni pu prévenir la survenue d’une situation d’autant plus dommageable qu’elle réduit la légitimité de la COMUE de Lyon à la validation de l’artifice du tirage au sort. En ces temps d’exigence de gouvernance forte voilà qui n’est pas très acceptable …

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Assez de décisions ubuesques pour les universités !

et à ce propos, quelques interrogations …..

Dans certaines filières universitaires, le nombre des aspirants-étudiants dépasse largement les capacités d’accueil de l’établissement.

Que faire ? Ne prendre que les « meilleurs » ?  Ce serait une forme de sélection …. pratique « hors la loi ».

Alors, on tire au sort … démontrant (?) ainsi la pertinence (?) du tirage au sort comme modalité d’ une orientation active.

Pour être étudiant … le pré-requis c’est d’ être … chanceux.

y’a quelque chose qui cloche là dedans, j’y retourne immédiatement …

Science Po annonce l’achat, à Paris, d’un bâtiment du XVIIème siècle, l’hôtel de l’Artillerie (14.000 mètres carrés), pour 93 millions d’euros, en assurant que cela ne coûtera rien à l’Etat … en oubliant au passage, le soutien financier significatif que ce même Etat apporte à l’établissement. L’ENA, dans le même temps, s’inquiète de son « déficit chronique » et des coûts de sa « décentralisation » .(sur ces deux situations, voir ici)

Va-t-on alors dénoncer l’hypocrisie et la gabegie inhérentes à la « vraie/fausse décentralisation de l’ENA ? Choisira-t-on plutôt de mettre en cause un système à deux vitesses où les uns ont des « problèmes de riches » pendant que les autres, notamment les universités, gèrent la pénurie et voient leurs fonds de roulement être confisqués ?

En France on discute de tout et pourtant aucun débat national n’intègre la réalité de la faiblesse de la part de la richesse nationale investie dans l’éducation supérieure et la recherche. L’urgence est bien là pourtant. Quand seront prises en compte les réelles inquiétudes manifestées par la CPU (voir communiqué ici) qui « quitte l’agenda social » et s’interroge sur les moyens d’alerter la communauté universitaire et au-delà ?

y’a quelque chose qui cloche là dedans, j’y retourne immédiatement …

Voilà trois années que Educpros publie un « baromètre du moral de la communauté universitaire ». Le premier (2014) constatait que les professionnels du secteur souffraient d’un profond manque de reconnaissance. En 2015, le second annonçait que le malaise s’enracine à l’université. La troisième édition du baromètre EducPros (2016 - ici) mesure les taux d’épuisement, de découragement, d’inquiétude pour l’avenir. « Les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche n’ont toujours pas le moral ».

Alors ? Quelles décisions fortes vont être prises « en haut lieu » pour rendre sa vigueur à l’un des moyens importants de la « priorité jeunesse ». La réponse n’a pas tardé : les duettistes Stranes et Straner (la stratégie pour l’enseignement et la stratégie pour la recherche), modernes Tweedledum et Tweedledee, vont maintenant donner lieu à un « livre blanc » qui va « chercher à mettre en rapport ces priorités, à les coordonner » et donc proclamer combien « affirmer l’importance de l’enseignement supérieur et de la recherche est en soi plus que nécessaire » (voir ici).

Parce que personne n’y avait songé ?

y’a quelque chose qui cloche là dedans, j’y retourne immédiatement …

Les Idex portées par les universités Sorbonne-Paris-Cité et Toulouse ne sont pas prolongées, mais « accompagnées ». Il se trouve que personne ne sait ce qui doit ou peut être fait de cet accompagnement, ni pourquoi il faut encourager ceux-là même qui ont déjà été largement subventionnés sans répondre pour autant au cadre exigé. La copie hors-sujet est-elle donc primée elle aussi ?

Cela dit, personne ne sait non plus s’il y aura d’autres idex, pas plus s’il est raisonnable de maintenir la pression de l’espoir sur des personnels qui ont été déçus, campagne après campagne. Les quatre établissements qui forment Sorbonne-Paris-Cité viennent d’afficher une volonté de fusion, personne ne peut pourtant dire quelles conséquences cela pourra avoir sur leur candidature comme, par ricochet, sur les autres dossiers puisque les idex sont en nombre limité, même si ce nombre n’a jamais été stabilisé.

« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Fière devise ! Notons que Guillaume d’Orange n’avait pas à convaincre l’AG des personnels que les efforts déployés et le stress accumulé valaient la peine d’être consentis, alors que la crainte d’une vanité de cette mobilisation plane lourdement !!

y’a quelque chose qui cloche là dedans, j’y retourne immédiatement …

En mai 2016, la CPU tient congrès et la ministre en personne y est venue annoncer (pour le discours ici) qu’elle travaillait « sur la conception d’un plan pluriannuel pour accompagner l’enseignement supérieur vers les objectifs fixés dans la stratégie nationale STRANES ». Aurait-on pu imaginer qu’elle dise le contraire ? Que, par exemple, elle allait désormais s’attacher à des objectifs distincts de ceux des STRANES/STANER ? Cela dit, à quoi bon un « livre blanc » si un « plan pluriannuel » est (déjà) en gestation ?

Bref, c’est toujours la fête de l’ébénisterie langagière jointe à une forte dose de désinvolture telle que, après avoir imposé/accordé l’autonomie aux universités, celles-ci voient sans cesse émerger de nouvelles règles et de nouvelles procédures, valides … jusqu’à ce que d’autres soient produites …

y’a quelque chose qui cloche là dedans, j’y retourne immédiatement …

Et si la contradiction fondamentale se situait entre les évolutions (nécessaires) des établissements d’enseignement supérieur et le tabou fondamental de l’égalité républicaine ? Un diplôme obtenu à (…) est, encore aujourd’hui, annoncé comme étant équivalent à celui obtenu à (…).

Le prix à payer pour cette fiction a longtemps été la dualité du système, universités « équivalentes » et écoles « différentes », chaque Ecole proclamant une « marque » sous laquelle se rangeaient les élites différentiées. Accélération et mondialisation, souci de l’innovation et part croissante dans l’économie de la recherche et de ses applications … le dispositif ancien ne suffit plus. Il falloir en inventer un autre.

Pour cela, la première condition, indispensable, est d’oser en poser clairement les enjeux et de fonder une stratégie qui ne réponde pas aux petits arrangements entre énarques se prenant pour Pénélope mais intègre les réalités du monde comme il est.

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Demain l’université

Pour qu’ évolue la situation de l’enseignement supérieur, plusieurs débats essentiels doivent émerger, si possible dans le pays, assurément dans les universités et, à leur propos, au sein de la représentation nationale. L’année prochaine sera année électorale, prenons donc un peu d’avance.

Parmi ces questions, trois sont incontournables qui abordent l’accès à l’université, le montant des droits d’inscription, l’organisation de l’enseignement supérieur français. A la lecture du programme présenté à l’issue de la récente « journée de travail » tenue par « Les Républicains » (ici), certains pourraient se dire que la feuille de route est désormais tracée et qu’au fond, il n’y a plus qu’à attendre …

Les trois propositions phare alors exprimées reprennent assez largement des suggestions faites ici et/ou là : le droit des universités de fixer les conditions d’accès aux formations qu’elles délivrent, celui de déterminer le montant des frais d’inscription, sans doute dans la limite d’un plafond et sous réserve d’un accompagnement social adapté, ainsi que, enfin, la réorganisation de l’offre d’enseignement supérieur français autour de trois blocs distincts, l’un qui regroupe les formations BAC + 3, directement connectées au marché de l’emploi (DUT, BTS, licence pro), un autre correspondant à des « universités de proximité » ; un troisième, enfin, des « grandes universités de recherche à rayonnement mondial ».

Ce « document d’orientation » me semble d’abord offrir une (nouvelle) occasion de mettre en garde contre la confusion « enseignement supérieur » et « université ». Pas plus que la carte scolaire ou le traitement différencié de l’enseignement public et de l’école « libre », cette confusion n’est envisagée (et a fortiori pas en voie d’être dépassée) dans le document des « Républicains ». La notion de « Grande Ecole » est (étrangement?) ignorée ! Il n’y aura pas de résolution spontanée de la segmentation et des gâchis induits…

Il convient donc de bien situer cette illustration supplémentaire de la nécessité, s’agissant de l’enseignement supérieur en France, de toujours avoir à l’esprit son passé et d’accéder ainsi aux modalités de ses segmentations, spécificités françaises.

Tout avait pourtant commencé à l’unisson. Au douzième siècle, à travers l’Europe, avec la rupture, entre les monastères et les écoles, l’activité monastique délaisse l’enseignement pour se recentrer sur la prière, laissant la place à des « écoles urbaines ». A Oxford, Paris, Bologne … des universités naissent.

La France connaitra pourtant, ensuite, une histoire particulière, différente, où les conflits idéologiques auront une large place.

Déjà Rabelais dénonçait les « sorbonicoles » et leurs pratiques « sorbonagres » (et parmi celles là, la rigidité de la pensée et la valorisation du « par coeur », la fameuse « tête bien pleine » que Montaigne dénoncera à son tour, un siècle plus tard). La défiance envers l’université grandira avec la mise en place d’institutions nouvelles,  à leur côté mais aussi en rivalité avec elles. Omnia docet est depuis l’origine la devise du collège Royal, devenu collège de France, que fondera François 1er comme pole de diffusion de la culture moderne et en cela opposé à la Sorbonne. Sous l’impulsion de Vauban seront créées, au sein de l’institution militaire, des écoles donnant accès aux corps du Génie, notamment l’Ecole du Génie de Mézières, fondée en 1749, l’Ecole militaire, fondée à Paris en 1751, puis remplacée en 1776 par douze écoles militaires en province, où les boursiers du roi se préparent au métier d’officier des armées. Elles sont dotées d’un système de recrutement original (au mérite) à une époque où la recommandation fait tout. La Révolution française étendra cette modalité à l’ensemble des administrations techniques en y adjoignant une part notable de démocratisation, puisqu’il devient possible de candidater sans être noble ou apparenté à un militaire. On notera qu’en même temps que ces écoles apparaissent des concours et des établissements spécialisés pour les préparer, pour la plupart des institutions privées. Aux côtés des écoles, déjà des CPGE …

Le double effet de la loi Le Chapelier et du décret 18 août 1792 amènera ensuite la dissolution des universités. Même une fois rétablies, en apparence, le refus constant des gouvernements successifs d’accorder aux universités, la prééminence qui leur revient naturellement ailleurs dans le monde, empêchera tout retour arrière. La segmentation est là pour durer.

Plus encore, à mesure qu’elles s’amplifient, les voies parallèles, sélectives, favoriseront l’endogamie sociale déplorée par Raymond Aron et « l’effet de clôture » décrit par Pierre Bourdieu (passim et par exemple ici). En dépit des multiples dénonciations de cette segmentation « à la française », prolongée par la création des organismes de recherche en dehors des universités, il n’y a eu jusqu’ici aucune tentative résolue pour y mettre un terme, mais plutôt le renforcement d’un vaste dispositif de contournement. A croire qu’en France, la reproduction sociale doit l’emporter sur le progrès et la démocratisation.

Au fil du temps, la France se dote ainsi de solides défiances envers son université et entérine l’idée que la poursuite de l’excellence va de pair avec la possibilité d’enseigner des disciplines nouvelles et de les enseigner autrement, qu’en « conséquence » elle se conduit en dehors des universités. La récente campagne lancée en faveur de l’apprentissage, qu’illustrent six visuels (voir ici), porte témoignage de cette défiance donnée comme un acquis. Pour défendre et illustrer l’excellente cause de l’apprentissage, fallait-il reprendre la vieille antienne d’une université n’offrant aucun avenir assuré à ceux qui la fréquentent ? Sinon, comment interpréter ce slogan, parfaite illustration de la défiance idéologique envers l’université, si pernicieusement répandue dans l’opinion et qui va s’afficher partout :

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Seule une authentique situation de crise, c’est à dire d’impossibilité de continuer comme avant, semblable en cela à la mutation qui, au 12ème siècle, créa les universités, pourrait inciter les décideurs à changer de stratégie et se donner comme projet de fonder, en France aussi, de vraies universités.

Il se trouve précisément que nous sommes effectivement confrontés aux éléments majeurs d’une crise, autant de défis qui pourraient mener à leur dépassement et qui signalent l’urgence d’une stratégie nouvelle, sauf à confiner la France dans ses contradictions actuelles et son retard. Plusieurs données nouvelles exigent d’être prises en compte :

1- Le public de l’enseignement supérieur connait une mutation forte. D’abord dans ses attentes ; au monde du plein-emploi des années 60, a succédé un univers au taux de chômage important. Aussi dans ses compétences, les pré-requis d’aujourd’hui ne sont pas ceux des années 60. Enfin les missions de l’université ont largement dépassé la seule formation des enseignants (qui d’ailleurs relève désormais d’Ecoles spécialisées, comme c’est le cas pour les avocats et les médecins) ou des cadres moyens dont beaucoup se recrutent aussi dans des Ecoles, de commerce, de communication …

2- Alors que la fiction de l’égalité continue de dominer dans les établissements, au point que souvent la diversité est présentée comme illégitime, les personnels enseignants sont de plus en plus confrontés aux différences catégorielles, renforcées par leur multiplication et à la sectorisation des publics. Pour n’évoquer ici « que » les universités, sachons que s’y développent des tensions entre une « aristocratie du titre » de plus en plus souvent issue des classes préparatoires et des ENS, soit sans expérience de l’université, où se reconnaissent des professeurs, dépositaires des « tâches nobles » liées à l’enseignement avancé (masters) et l’encadrement doctoral, et une strate intermédiaire de maîtres de conférences, partagés entre ceux qui sont retenus par l’espoir d’un poste de professeur ou du moins d’une image valorisée via les programmes et laboratoires de recherche et ces autres, affichant un CV moins « prestigieux », se voyant confier le rude labeur de la formation au quotidien, notamment la mission de rétablir les passerelles entre lycée et post-bac, sans prise en compte des effets de la complexité de ces charges sur la suite de leurs carrières et les plaçant en concurrence avec diverses catégories de personnels temporaires, ATER, AMN, chargés de cours, sans oublier toute l’ambiguïté des statuts des personnels « détachés du secondaire », PRAG ou PRCE.

3- Les distances se creusent entre, d’une part, les universités reconnues et labellisées, d’une autre, celles qui, même sans figurer dans les 5 à 10 établissements majeurs du pays, maintiennent une image, un recrutement et des perspectives de recherche qui les rendent attractives et celles enfin qu’une pratique assidue des stratégies du déni refuse encore de reconnaître comme de « petites universités ». Combien de temps encore le voile de la désignation comme « université de proximité » va-t-il permettre de continuer à masquer la réalité ?

La sanction existe dans le grand oubli des analyses sur les universités, à savoir le blocage persistant mis à la redéfinition du modèle d’allocation des ressources et l’opacité croissante des critères et des choix, notamment via les COMUE à qui sont promises les enveloppes financières à travers la territorialisation nouvelle et la contractualisation maintenue, qui en fera les parfaits complices d’une gestion, désormais « à distance » d’une pénurie, d’autant plus pernicieuse qu’elle est doublement éloignée, combinant la décentralisation sans l’autonomie aux effets des dispositifs PIA. Non seulement les universités manquent d’argent mais elles sont encouragées à se conduire en pauvres honteux (ici) gelant des emplois, sacrifiant les moyens mêmes de leur existence, à l’instar précisément du pauvre honteux de Xavier Forneret (ici) appliquant la maxime entendue  quand il n’était pas grand , « si tu as faim, mange ta main et garde l’autre pour demain ».

Sur le modèle de ceux pour qui l’intendance suit, il est facile, pour « Les Républicains » d’écrire qu’une réponse « par les moyens » est une erreur. C’est pourtant des financements et de leur ventilation qu’il est urgent de s’inquiéter, bien avant toute autre polémique, même si celle-ci est plus facile à agiter. Outre les différences dans les scolarités et les modes d’accès, les montants des frais d’inscription sont la troisième distinction entre Ecoles et universités ; distinction qui d’ailleurs, va s’amplifiant et suffit à démontrer qu’il y a bien un enjeu « du côté des moyens ». Plus généralement, penser que la question de l’avenir des universités pourrait ignorer la segmentation de l’enseignement supérieur, voilà l’erreur qu’il importe de mesurer.

Parler de financements, avant de se demander s’il est bon de les augmenter ou non, c’est envisager des projets et des moyens, se donner des cibles et admettre qu’elles ne seront pas toutes également atteintes par tous.

Parler de financements, notamment pour la part qui relève de l’argent public, c’est à dire l’essentiel, ne nous leurrons pas ; c’est afficher l’usage des crédits alloués et donner aux administrateurs les moyens de se demander comment ils ont été ventilés, selon quelle équité sociale mais aussi quelle logique de projet(s).

Il y a là (aussi) un outil d’analyse des difficultés de nombre d’universités à (re)construire leur propre manière de remplir, en les articulant, leurs diverses missions.

Un dernier mot pour dire aussi que les universités ne sont pas des assistées pourvu que l’autonomie réelle leur soit véritablement accordée et que « demain » pour elles, c’est aussi déjà aujourd’hui. Les universités sont capables de mutation, pourvu que ces nouvelles orientations soient reconnues et encouragées, ainsi les « doubles licences » (voir ici mais aussi, par exemple, déjà en 2013, ici), bel exemple d’innovation … comme de contestation.

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Et maintenant, après les évaluations des idex et le rappel de l’objectif , on fait quoi ?

Le PIA, les idex ont nourri des analyses, suscité des adhésions, enclenché des rejets, mobilisé des bonnes volontés, crispé des oppositions … au fil des discours et des dossiers l’objectif de l’opération a, étrangement, été perdu de vue. Plus exactement, dans bien des cas, les projets nés des annonces se sont cristallisés sur les financements, ont fait bon marché de ce qui était ressenti comme des contraintes et donc négligé l’idée qu’il ne s’agissait pas d’attribuer des financements complémentaires mais bien de permettre un nouvel élan de l’enseignement supérieur, en lien avec un investissement d’argent public, attribué selon des critères fixés à l’avance.

Voilà maintenant que, sur son blog, le groupe Jean-Pierre Vernant dépeint le président du jury des idex comme « le chef d’un tribunal bureaucratique en charge de la destruction de l’Université ». Outre que la formule, lourde de connotations, est malheureuse, elle oublie ce point central qu’alors qu’un tribunal vous convoque devant lui, personne n’a jamais été contraint de rencontrer les membres du jury idex et que le « pouvoir » de ce jury n’est jamais que celui que lui donnent ceux qui le consultent.

Symétriquement il n’est pas injustifié de considérer que personne n’a obligé les responsables des idex, notamment de celles qui n’ont pas été confirmées, à renoncer aux engagements pris. Ainsi, pour mémoire, on peut peut-être rappeler qu’en septembre 2013, via un courrier des présidents des quatre universités qui l’animent, l’idex Sorbonne Paris Cité était engagée à réaliser la fusion de ces universités, pour le premier janvier 2016. Il se trouve qu’au printemps 2014, Marie-Christine Lemardeley mettait fin à son mandat de présidente en faveur d’un poste d’adjointe à la Maire de Paris et que, dès octobre 2013, Vincent Berger interrompait son second mandat à la tête de l’université, pour rejoindre le cabinet du président de la République. Depuis, la perspective d’une fusion a tellement été abandonnée que l’état actuel du dossier excluait tout changement institutionnel dans les six prochaines années, sans apporter plus de précisions.

De son côté Toulouse a opté pour une « université fédérale » ce qui, de fait, signifie un joyeux tout est dans tout alors que le projet IDEX annonçait une université de recherche intégrée. Marie-France Barthet, présidente de l’Université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées, annonce d’ailleurs fièrement ce droit à l’exception, « nous avions obtenu, avec les nouveaux présidents élus au printemps 2012, de pouvoir substituer le modèle de fusion par un modèle fédéral ». ainsi, alors que le jugement du jury avait été formé après examen d’un dossier de type A, avec fusion, voilà que, par une convention postérieure, négociée hors concertation avec le jury des idex, ce dossier s’était mué en un dossier B, sans fusion. Toutes les candidatures qui avaient été écartées, au motif que leur projet de gouvernance n’était pas suffisamment « robuste », auraient alors été fondées à porter recours contre une modification des conditions du concours. Le fabuliste évoqua naguère ces pratiques « Plusieurs se sont trouvés qui, d’écharpe changeants / Aux dangers, ont souvent fait la figue », ce n’est pas pour autant qu’il faille l’approuver, ni alors ni maintenant.

La tendance de l’époque étant à crier à l’attentat contre la démocratie dès qu’une minorité de circonstances n’est pas admise à imposer sa volonté, il y a quelque chose de rafraichissant à ce qu’un jury réuni pour évaluer divers projets d’idex constitués par des universitaires et assurer le suivi de celles des idex qui avaient été présélectionnées, ait su imposer tout au long de la procédure, le respect de l’objectif premier de l’opération. Cet objectif avait, ne l’oublions pas, été rappelé d’échéance en échéance, il s’agissait de veiller à ce que les divers projets sachent  « faire la preuve de la crédibilité de leur projet et de l’attteinte de l’objectif : constituer une université de recherche de rayonnement mondial disposant d’une puissance et d’un impact scientifique de tout premier plan dans une palette étendue de champs de la connaissance. » <pour plus d’informations, lire -ici- le texte intégral du communiqué>

La décision du jury confirme ce projet d’idex comme étant bien un projet d’ensemble. Au-delà des trois dossiers qui ont été considérés comme définitivement validés, pour certaines idex le jury a estimé possible, malgré des insuffisances, qu’elles parviendraient sans doute, in fine, à « transformer l’essai ». Il ne reste donc que Toulouse et Sorbonne Paris Cité « tout simplement été stoppés », pour qui le jury a considéré « l’objectif Idex impossible à atteindre sans une dynamique toute nouvelle et des mesures de rupture. » L’important est de comprendre que la dynamique nouvelle attendue passe « simplement » par une rupture avec les pratiques en cours et la poursuite de la logique initiale.

Libre à qui voudra de trouver que l’objectif est médiocre, voire « destructeur », encore faudrait-il argumenter. Il faut pourtant aussi se dire que puisque l‘enjeu est une dotation en argent public, il n’est pas tout à fait inadmissible que la distribution d’argent public se fasse selon des critères convenus dont il doit être possible de rendre compte ? après tout, il y a même une juridiction ad hoc pour s’en assurer, cela s’appelle la Cour des comptes …

Libre aux mêmes ou à d’autres de penser que chercher à sortir de « l’exception française » est une erreur et donc d’y voir une « défaite », voire plus précisément, comme le fit un article du Monde (voir ici), de croire qu’avec cette décision « l’un des pans de la politique de la droite sur l’enseignement supérieur vient de subir un sérieux revers ». Est-ce bien sérieux ? D’ailleurs, une fois les projets reconduits sous la mandature suivante, à qui attribuer l’échec ?

La question se pose d’autant plus que l’intention du PIA rejoint ce que visait « l’initiative régionale et fédérale d’encouragement à l’excellence pour la recherche et la science dans l’enseignement supérieur allemand » lancée chez nos voisins en 2005. Il s’agit de donner à l’enseignement supérieur la cohérence, l’efficacité et surtout, l’attractivité qui lui manquent, notamment envers les étudiants formés hors des frontières du pays.

Avec ce choix courageux de maintenir l’obligation de respecter l’objectif c’est la question de la politique à construire et à suivre qui se pose, il ne suffit pas de dire « non ». L’ordre du jour, on pourrait dire l’objectif politique, est désormais d’avoir une stratégie, l’expliquer, y faire adhérer et l’appliquer, pour de bon.

Ce défi apparait étrangement inhabituel dans un monde politique si habitué à opposer des slogans, des principes et des choix pourvu que la cohérence idéologique l’emporte et que chaque « camp » conforte son identité. N’est-ce pourtant pas une demande de recours à d’autres voies qui s’exprime et cherche à la capacité à faire de la politique autrement ?

Il est temps de rompre avec les logiques rad-soc et les aphorismes prêtés à Henri Queuille, cet autre corrézien, notamment celui qui voudrait que « La politique n’est pas l’art de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »

Poser des questions et travailler à leur apporter des réponses est une bonne pratique. La mettre en œuvre est une des conditions d’exercice de la démocratie et de rejet des populismes. C’est sans doute aussi une condition de survie de nos sociétés. Une année nous sépare de la prochaine échéance électorale.

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