Liberté, égalité, fraternité, un combat d’actualité …

L’article 2 de la Constitution française établit, sans ambiguïté aucune, la devise de la République : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Pourtant, l’espace public bruisse aujourd’hui d’appréciations diverses des conditions d’exercice de ces trois principes fondateurs, notamment à l’école (et à l’université). Qu’en dire dans l’espace limité d’un blog ? Pour quoi ne pas proposer une approche par quelques illustrations ….

La fraternité …

Sept universités sur 73 avaient décidé d’appliquer une hausse des frais d’inscriptions pour les étudiants « extra-communautaires ». L’université de Lille est de celles là. Quand le conseil constitutionnel rappelle la gratuité de l’enseignement supérieur, l’université se lance dans une dérisoire procédure de procrastination … oui euh ce n’est pas clair … on va voir … .En fait les responsables de l’université de Lille avaient choisi de jouer la carte du bon élève appliquant sans sourciller les consignes du gouvernement – accessoirement l’opportunité de conforter un peu mieux un équilibre budgétaire mal assuré, voire d’asseoir une image un peu écornée ? -. Où est la fraternité à l’université de Lille (comme dans les six autres naturellement) ? (plus d’info : https://www.lavoixdunord.fr/651755/article/2019-10-15/la-hausse-des-frais-d-inscription-pour-les-etudiants-etrangers-de-l-universite

L’égalité ?

En France, aujourd’hui le système scolaire est inégalitaire pour ses élèves, il n’y a que ceux qui ne veulent pas voir qui en douteraient. De l’intérieur même du ministère, le conseil national de l’évaluation du système scolaire démonte ce qu’il stigmatise comme une « fabrique des inégalités »

https://www.cnesco.fr/fr/inegalites-sociales/fabrique-des-inegalites-a-lecole/

L’inégalité concerne aussi les enseignants avec une politique salariale et des conditions d’exercice qui mériteraient pourtant d’être revues (on pourrait s’étonner que les syndicats ne s’y intéressent pas plus …). Par exemple pourquoi maintenir deux niveaux de recrutements pour le secondaire – CAPES/Agrégation – avec maintien de grilles salariales distinctes et quotités horaires d’enseignement différentes, corrélés à des concours aux profils académiques séparés, quand la mission d’enseignement est largement la même ?

Pourquoi les débuts de carrière (il s’agit aussi de l’attractivité immédiate de la profession) ne sont-ils pas financièrement défavorisés en Allemagne, au Danemark, en Espagne… alors qu’ils sont en France … pourquoi une telle stratégie (de Gribouille) ?

Pour une analyse plus complète, lire :

https://www.lemonde.fr/education/article/2019/10/15/notre-systeme-est-inegalitaire-pour-ses-eleves-il-en-va-de-meme-pour-les-salaires-des-enseignants_6015538_1473685.html

Et la liberté ?

Beaucoup se dit et s’écrit à propos du développement de la reconnaissance faciale qui signerait l’entrée dans une ère orwellienne d’un « tous pistés, tous notés, tous sanctionnés » ! Il est vrai que l’exemple de son actuelle banalisation en Chine ne rassure pas !

L’enjeu est pourtant d’abord celui de l’usage d’une technologie. C’est bien la marque de la démocratie de s’opposer par la loi aux éventuelles entreprises liberticides, c’est aussi la vertu du citoyen de ne pas inventer (céder à l’invention de) tel ou tel croquemitaine, c’est enfin la fonction de la CNIL au plan national, du règlement général sur la protection des données (RGPD) à celui de l’UE.

A l’inverse, agiter le croquemitaine c’est, sur ce sujet comme sur bien d’autres, mettre en doute l’idée que le progrès scientifique pourrait être aussi un progrès pour l’humanité et accréditer l’idée qu’au fond la science c’est dangereux !

Liberté, égalité, fraternité, c’est aussi une question d’éducation et d’instruction, de savoirs et de leur transmission. Les révolutionnaires de 89, dont l’évocation est aujourd’hui si promptement brandie en guise d’argument, l’avaient bien compris ; le projet pour l’école qu’ils portaient, visait l’accès à une connaissance du monde qui permette à chacun de devenir maître de lui-même et de son existence.

Condorcet qui prévoyait une école publique, laïque, gratuite et universelle, chargée de former des citoyens libres, égaux et fraternels, estimait d’ailleurs que l’enseignement des lois politiques et des sciences était du ressort de l’Etat, tandis que celui des lois divines regardait l’Eglise .

Alors que des confusions sont entretenues autour de la notion de laïcité, souvent sollicitée pour de médiocres causes, alors que l’on disserte à longueur de plateaux et de colonnes sur le « grand remplacement », que s’agitent les fantasmes identitaires, ou que l’arrivée dans l’espace public de « femmes voilées » interroge, ne pourrait-on pas examiner la formation offerte aux jeunes et à travers eux à l’opinion publique ? L’enjeu n’est pas celui de l’instruction et donc des savoirs transmis mais bien celui de l’éducation, cet ensemble de codes et de conduites qui font une société. Sans doute l’environnement familial y a sa part mais dans un pays qui s’affirme laïque, ne conviendrait-il pas de (au moins) mettre en débat l’opportunité d’un retour au principe républicain, qu’exprime la formule « fonds publics à l’école publique, fonds privés à l’école privée », de revenir sur l’abandon de la notion d’école publique comme ce creuset de l’intégration qu’elle fut, en un mot de se demander pourquoi le serment de Vincennes du 19 juin 1960 est aujourd’hui si largement ignoré (pour une première approche voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Serment_de_Vincennes ) alors qu’il engageait alors, solennellement, plus de 10 millions de citoyens pétitionnaires à « lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à l’abrogation » de la loi Debré de décembre 1959 qui institutionnalisa le financement public des écoles privées..

Certains diront que ce sera(it) là une manière de relancer « la guerre scolaire ». Refuser d’évoquer cette loi Debré comme un retour sur la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, en rendre impossible toute discussion ou contestation (l’épisode de la loi Savary en a témoigné) ne sont pourtant pas des signes forts pour la démocratie, ni pour la lutte contre les ségrégations.

Les « territoires perdus de la République » sont aussi (d’abord sans doute même) une affaire de mixité sociale et idéologique. Est-ce bien le rôle de l’Etat de financer les occasions de contourner l’hypothèse d’un lieu commun pour une commune formation ?

L’intolérance et la xénophobie ne sont-elles pas les fruits nauséeux du croisement des absences de respect de l’égalité avec la volonté de restreindre les libertés de certains, dans un grand déni de toute fraternité ?

 

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A l’université de Lille , les comptes ne sont pas bons !

C’est la rentrée, pourtant à l’université de Lille c’est déjà l’heure des comptes.

Le premier s’attachera au décompte de ces étudiants que l’on désigne aujourd’hui comme « extra-communautaires » . Leur nombre va sans doute accuser une baisse … liée à la hausse de leurs frais d’inscription dans le cadre d’une politique de « droits différenciés » mise en place par le MESER.

Le gouvernement le demandait, l’université de Lille l’a fait… avec seulement 6 autres universités (sur 73) qui appliquent une disposition qui, par exemple, fixe à 2 770 € (16 fois plus que l’an dernier !) le montant des frais d’une inscription en licence.

La conférence des présidents d’université (CPU) dans un communiqué publié en décembre 2018 avait pourtant mis en garde et rappelé que « pour opérer un saut qualitatif dans les politiques d’accueil des étudiants internationaux, qui ont déjà progressé, nous avons besoin de moyens supplémentaires mais l’augmentation générale des droits d’inscription annoncée ne constitue pas une réponse adaptée, car elle porte en elle le risque important d’exclure des étudiants et des doctorants que nous accueillons aujourd’hui. »

Depuis cette époque, les doctorants ont été exemptés d’une hausse des droits d’inscription que l’université de Lille a limitée aux seuls étudiants de licence.

A l’université de Lille, François-Olivier Seys, vice-président de l’université chargé des relations internationales, explique que « cet argent nous aidera à mieux accueillir les étudiants étrangers, même si nous aurions préféré que l’Etat nous donne directement les moyens » puis ajoute que « l’université de Lille a choisi de « jouer la transparence tout de suite. L’an prochain, la plupart des universités seront contraintes d’appliquer cette hausse des tarifs, y compris à ceux qu’ils auront exonérés cette année. »

On se demandera si cet affichage d’une vertu différenciée (et la rupture de la coutume de solidarité entre les établissements) a bien prévu les moyens de l’identification des sommes ainsi collectées et leur fléchage effectif à la cause annoncée

La question n’est malheureusement pas totalement injustifiée lorsque la situation financière et comptable de l’université est envisagée, notamment à la lueur de ce que fut la gestion de l’université Lille1 au cours des récentes années. « Une formation coûteuse et mal pilotée », « une politique RH qui s’affranchit de la réglementation », « une situation financière très dégradée », « une absence de contrôle et de pilotage »… le bilan que dressait la Cour des comptes en juillet 2018, récemment rendu public, est particulièrement sévère. Il avait conduit la Cour à prévenir de ce que « la situation financière dégradée de Lille1 sera un héritage préoccupant » et à demander au ministère chargé de l’enseignement supérieur de « s’assurer que l’université de Lille s’emploie à redresser ses comptes »

Pour l’immédiat les pages que la Cour a consacrées aux « diplômes délocalisés sans contrôle » à l’IAE n’ont pas encore connu d’affichage public. Il faudra bien y venir un jour.

La Cour expose également que « l’université a pris des mesures en faveur de ses personnels, augmentant sans contrôle sa masse salariale (+14,5 % de 2011 à 2016) ». La mesure est généreuse et a assurément été bien accueillie, notamment en une période où la question de l’adoption des Responsabilités et compétences élargies était en débat dans les conseils. La conséquence sera un déficit de 2,9 millions d’euros en 2014, sachant qu’il a bien fallu constater que les mesures de redressement prises en 2015 et 2016 n’ont pas suffi à restaurer le fonds de roulement et la trésorerie à un niveau satisfaisant.

Les magistrat s’étonnent d’ailleurs de l’absence de suivi du montant du fonds de roulement mobilisable par les services de l’université et l’agence comptable tandis que « les prélèvements s’effectuaient au fil des besoins » et de ce que dans le domaine RH, « certaines décisions ont été prises en dehors du cadre légal et réglementaire … ».

Ceux qui estimeraient que la Cour des comptes est trop rigoureuse dans ses analyses, pourront se tourner vers le rapport qu’a publié l’IGAENR (inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche) qui a effectué une mission complémentaire à l’audit de l’université de Lille, réalisé d’avril à juin 2018. Cette mission s’est particulièrement attachée à l’évolution de la masse salariale, de la politique d’investissement immobilier et de l’organisation, de l’optimisation et de la rationalisation des fonctions support.

Les conclusions des inspecteurs vont dans le même sens que celles formulées par les magistrats de la Cour de comptes. Sont particulièrement pointées une « politique généreuse en direction des personnels BIATSS », l’importance des « recrutements de contractuels », « l’absence totale de marges de manœuvre » mais aussi la nécessité de maîtriser la contradiction entre « la volonté décentralisatrice de la présidence d’élargir les responsabilités et compétences confiées aux composantes de formation » et les « impératifs de pilotage central des questions stratégiques de gestion ».

Un plan d’action de 18 mesures hiérarchisées par ordre de priorité, a été proposé par les auteurs du rapport. L’enjeu est maintenant d’établir quelle diffusion a été accordée à ces mesures et quelles applications sont envisagées…

Aventurisme quant à la perception de droits d’inscription, manque de rigueur dans la gestion comptable et financière, dérives risquées maintenues dans les stratégies de gestion, l’addition est lourde et telle que, aux difficultés financières réelles, s’ajoutera très vite un déficit d’image accru par une politique des emplois fort chiche. Sans chercher, pour reprendre la formule de Françoise Giroud, à s’acharner à « tirer sur les ambulances » il serait sans doute bon de mesurer que ces manquements divers ne peuvent pas être dus aux seuls « services de l’université », même en ce compris les comptables, et que ses administrateurs choisissent d’affirmer pour l’université de Lille une vision, au moins à moyen terme, à la hauteur de ses légitimes ambitions.

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Retour vers le bac du futur

Les écrits de l’avant dernier bac avant la réforme se sont déroulés dans une sérénité qui n’aura pas été troublée par les appels à la grève des surveillances. Tant mieux pour les candidats.

Ce n’est pourtant pas une raison suffisante pour négliger les réactions suscitées par la réforme du baccalauréat, ni surtout pour ne pas s’interroger, dès maintenant, sur la portée et la signification de cette évolution, voire de demander, dès maintenant, qu’elle soit ré-orientée.

Pourquoi ?

Sans doute d’abord parce que cette réforme n’est pas une « simple » évolution de l’examen qu’est le baccalauréat.

Diverses présentations, notamment sous forme de vidéos, ont été mises en place pour informer et convaincre les usagers, futurs bacheliers et parents. J’en retiendrai deux qui me paraissent particulièrement représentatives.

La première https://www.youtube.com/watch?v=zwKkQVJzAEA affiche le slogan ministériel « l’école de la confiance » et le logo du ministère ; sinon officielle, la communication est, du moins, labellisée. Les intervenants ne le sont pas moins puisque cette vidéo réunit, par ordre d’apparition à l’image, la présidente de la conférence des doyens de droit et science politique, le président de Science Po Lille et rédacteur du rapport pour la réforme du lycée, le vice-président de la Conférence des Grandes Ecoles, le président de l’université de Cergy-Pontoise.

La question n’est pourtant pas tant celle de l’identité des éminences qui s’expriment, que celle du contenu d’un message porté par des institutionnels ès qualité et non des représentants des disciplines, singulièrement scientifiques.

Le propos, modulé à mesure que se succèdent les intervenants, répète en fait un message unique : « ne vous inquiétez pas », « prenez des spécialités qui vous plaisent », « évitez les choix utilitaristes » (comprendre qui faciliteraient l’accès à telle ou telle filière d’études supérieures), « choisissez en fonction de vos passions », avec peut-être une nuance s’agissant des universités dont il semble acquis que leur public n’est pas le même, n’a pas les mêmes attentes, les mêmes besoins, elles assurent donc que « nous (les universités) saurons vous accompagner ».

Globalement, nous voilà chez Rabelais : « fais ce que voudras » (implicite), chez Montaigne : « nous cherchons des têtes bien faites » (explicite), en un mot chez les humanistes. Il s’agissait alors de permettre de comprendre et de juger par soi-même, de rompre avec le poids des commentaires et de la rhétorique du Moyen-Age. Les enjeux étaient importants, les humanistes permirent la Renaissance et l’Europe des Lumières.

Ce beau et vaste programme semble oublier que l’utopie de l’abbaye de Thélème, cette affirmation d’une liberté de suivre ses choix, se nourrissait d’une estimation de la nature de l’homme comme foncièrement bonne, et se mettait en place sous l’égide de la thélèma (dont l’abbaye tirait son nom et que le Nouveau testament définissait comme l’expression de la volonté divine manifestée en l’homme, sans que sa raison intervienne). Plus décisif encore, et plus en prise avec les réalités d’aujourd’hui, la population de l’abbaye a fait l’objet d’une sélection.

Laisser croire aux futurs candidats-bacheliers que la positive attitude est celle du libre abandon à leur passion, n’est pas une raffarinade déplacée, c’est une duperie. C’est aussi un instrument de reconstruction d’une élite implicite et un obstacle de plus au déploiement de l’égalitarisme républicain (quoi que l’on puisse en penser, il reste central dans le discours).

J’en viens à la seconde vidéo évoquée plus haut: https://www.youtube.com/watch?v=h21szw0kACs Cette fois il n’est pas question d’onction ministérielle. On s’y réclame des « conseils des Bons Profs » (pour y accéder ne pas hésiter à suivre le premier conseil consistant à « ignorer l’annonce qui ouvre la vidéo »). En mode complice (ainsi l’usage du tutoiement), la présentation annonce « il n’y aura plus de mathématiques obligatoires en première ». Les différentes spécialités sont ensuite déclinées selon « ce que tu veux faire » … et sont « naturellement » organisées autour d’un inventaire des types de « prépa », pour conclure sur une invitation à choisir « ta » spécialité en fonction de « ton » projet post-bac, à défaut de choisir « en fonction de tes goûts » …

Ce re-looking du bac (pour user de la lingua franca d’aujourd’hui) présente trois traits essentiels guère évoqués, qui devraient pourtant très vite justifier que ses errances soient condamnées :

1- le message « de fond », « faites ce que vous voulez » montre, sans plus aucun masque, le fait que les enjeux de l’enseignement supérieur et des voies pour y accéder sont posés par une règle que je nommerai des 3 « A », Ailleurs, Avant, Autrement,

2- pas plus que les précédents, ce « nouveau » bac ne prend en compte la question de l’échec massif en premier cycle dans des universités de plus en plus destinées à celles et ceux que les tamis précédents n’auront pas retenus (et que les universiés « sauront aider »),

3- comme le pointent déjà à leur façon les deux items précédents, le dispositif renforce la double et dommageable fracture de l’enseignement en France, d’un côté, tout au long du parcours éducatif, la double offre public vs privé (instrument de reproduction des fractures socio-économico-culturelles), de l’autre universités/écoles (et les différences dans l’approche de la formation qui les caractérisent depuis l’origine) ; il se « contente » de prolonger la dévalorisation des connaissances et des méthodes donnant accès à la pensée scientifique.

Alors que les infox rayonnent, personne ne s’aviserait du danger d’un éloignement grandissant des moyens de s’en délivrer ? Vraiment ?

Le danger est pourtant bien réel ! S’il était besoin d’une confirmation, parmi bien d’autres articles de presse sur le même sujet, on consultera celui que publie le journal Le Monde qui annonce les résultats d’une enquête mondiale (sondage portant sur 140 000 personnes de plus de 15 ans, dans 144 pays).  : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/06/19/les-francais-sont-les-plus-sceptiques-face-aux-vaccins-selon-une-enquete-mondiale_5478259_3224.html)

Le titre l’annonce : les Français sont les plus sceptiques face aux vaccins, le corps de l’article prolonge la description de l’inquiétante exception française : « la France est aussi le seul pays où une majorité des gens interrogés (55 %) se dit persuadée que la science et les technologies vont mener à des suppressions d’emplois dans leur région ».

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A l’université de Lille, on économise sur les connaissances …

Quelques éléments de contexte :

En France, le système éducatif est en réforme permanente, quand il n’est pas en « refondation » (Hollande/Peillon ) ou à la recherche de la « confiance » (Macron/Blanquer/Vidal). La version actuellement en place mêle la centralisation et la délocalisation, l’autonomie des universités et les arrêtés définissant des pratiques identiques pour tous et des diplômes nationaux.

Des lignes de force émergent très vite des arrêtés promulgués en juin 2018 : la formation dispense un ensemble de connaissances et compétences, ces dernières sont décrites en vue de l’inscription au RNCP, l’enseignement est adossé à la recherche, les formations et les enseignements sont évalués au sein de l’établissement, notamment à l’aune de la réussite des étudiants. Rien de bien nouveau jusque là. S’y ajoute l’annonce de «  dispositifs pédagogiques permettant de prendre en compte les profils diversifiés des étudiants »

A cet égard il faut être très clairs, il n’y a là rien d’autre que la reconnaissance du prix à payer pour l’absence de sélection à l’entrée des universités. Puisque tout titulaire du baccalauréat a un droit d’accès à l’enseignement supérieur, que, pratiquement il n’y a que pour l’entrée à l’université que l’accès n’est pas sélectif et puisque, parallèlement, tous les bacs, généraux, techniques, professionnels, ne sont pas équivalents (ils n’ont d’ailleurs pas été conçus en ce sens) il est banal de constater que les étudiants admis à l’université présentent des « profils » qui sont nommés « diversifiés » pour ne pas dire hétérogènes et pour certains dépourvus de maîtrise des pré-requis.

On aurait aimé que cette « nouvelle mouture » de la licence intègre d’abord une réflexion sur cette notion de « diversités des profils », corrélée à la réalité de l’enseignement supérieur français et de son double clivage, privé/public – universités/écoles.

Parler de « profils diversifiés » sans évoquer cette diversification initiale, c’est naturellement un abus de langage, plus insidieusement, un travestissement de la réalité ou un refus de la regarder en face, ce qui n’est guère mieux.

La gestion de cette diversité est confiée aux universités quand « ailleurs » la sélection s’est chargée de l’homogénéisation.

Il appartient ainsi aux universités, selon le texte même de l’arrêté, de fixer « les règles permettant la personnalisation des parcours, lesquelles doivent garantir, quel que soit le parcours personnel suivi, que les titulaires d’un même diplôme ont acquis un même niveau de connaissances et de compétences. »

Un même niveau à la sortie sachant qu’à l’entrée les diversités sont réelles … le pari est considérable, l’ambiguïté grande, la tentation de les contourner forte.

Un application pratique

Pour mesurer (une part de) l’enjeu, je m’intéresserai à un cas particulier, l’université de Lille, nouvellement fusionnée. Les démarches pour décliner une nouvelle offre de formation suivent leurs cours.

Lors de la CFVU du 28 juin 2018 a été adopté un document intitulé « stratégie de formation de l’université de Lille ». Au delà de l’habituel salmigondis lié à la rage du cadrage, à l’occasion de la création d’une « stratégie » de formation, se met en place un « processus de transformation progressive de l’offre de formation » qui inclut une démarche identitaire. Forte résolution !

Le document annonce que « les contenus de chaque formation s’inscrivent dans le cadre du programme défini par l’équipe pédagogique », rien là que de bien normal … sauf à lire la note de bas de page qui accompagne la proposition et introduit un glissement insidieux de l’habituelle notion de « programme défini par l’équipe pédagogique » à celle d’ « approche programme ». Voici ce qu’annonce cette note : « L’approche programme consiste à organiser les enseignements d’un cursus autour d’un projet global de formation, par opposition à l’approche disciplinaire caractérisée par une spécialisation et un cloisonnement des cours. Elle offre une vision globale des enseignements, permet de construire des programmes d’études associés à des compétences sur la base d’un projet de formation. Dans une telle démarche, l’étudiant est au centre des préoccupations … ».

Depuis, une plaquette intitulée « organiser ses formations à partir des compétences » a été diffusée. Un slogan qui sonne comme une mise en ordre de bataille !

Cette plaquette propose de faire passer d’une approche dite « cours » (présentée sur un mode critique) à une approche qui est dite « programme » puis à une approche par compétences qui apparaît en troisième partie de l’exposé, partie à vocation conclusive selon les règles habituelles de l’exercice, et qui d’ailleurs deviendra la seule présentée dans les huit pages suivantes de la plaquette, notamment les pages 9 et 10 qui décrivent « les plus values attendues », laissant au lecteur le soin de compléter … « suite à l’adoption (miraculeuse!) de l’approche par compétences ».

Entre ces deux moments, on lit une présentation des « étapes de la démarche », voici le verbatim des intitulés des chapitres qui la rythment ; ils apportent un éclairage probant: « (1) Définir la vision du diplômé et les compétences à développer au fil du parcours (2) Définir les situations professionnelles qui rendent compte de l’étendue de la compétence (3) Définir les niveaux de développement de la compétence (4) Définir les apprentissages critiques à maîtriser pour atteindre un niveau donné de développement de cette compétence (5) Définir certaines ressources (savoir, savoir-faire, attitudes professionnelles) qui seront utiles au développement de la compétence. »

Le « savoir » comme ressource, la formule serait plaisante si les conséquences n’en étaient pas graves … Faut-il par ailleurs rappeler que l’approche par compétences ne va pas de soi (lire par exemple https://eduveille.hypotheses.org/2531 ) et que l’enjeu majeur d’une formation n’est pas dans la définition mais dans la capacité à assurer les transferts (y compris de compétences d’ailleurs!). On soulignera que, dans un sursaut de bon sens, le décret ne parle jamais des seules « compétences » mais bien de « blocs de connaissances et compétences ».

N’aurait-on pas lu le texte ministériel à l’université de Lille ? De fait un mode d’enseigner (pardon « une stratégie ») est réputé adopté et appliqué par tous, sans que soit même envisagé ce (léger?) point de débat que privilégier l’approche par compétences éloigne sensiblement de ce qui, dans le monde, est d’abord attendu d’une université, la production, la conservation, et la transmission de différents champs choisis d’études et de connaissances. On peut se poser la question de savoir s’il s’agit vraiment d’une ambition raisonnable pour une université qui se veut d’excellence ou si l’urgence des « dispositifs diversifiés » et l’envie de satisfaire aux critères du moment l’ont emporté.

des perspectives ?

Un récent rapport de l’OCDE (voir ici, en anglais, https://voxeu.org/article/france-inequality-and-social-elevator et là, en français, https://oecdecoscope.blog/2019/02/25/la-france-les-inegalites-et-lascenseur-social/ ) revient notamment sur la situation de la France et de la panne prolongée de l’ascenseur social qui la caractérise.

Ce constat, fort et particulièrement éclairant, mérite lecture attentive et consultation des nombreux tableaux comparatifs des situations diverses au sein de l’OCDE qu’il propose.

Il pointe notamment le déclassement vécu par les classes moyennes tant financier que par perte des perspectives, la diffusion de plus en plus affirmée que les enfants ne vivront pas mieux que leurs parents. On rejoint là l’aspect désespéré et désespérant des blocages que connait une France où, tour à tour, les (auto-)routes, les commerces, les raffineries, les universités sont bloqués. L’actuel épisode « gilet jaune » n’est jamais qu’une cristallisation de ces dérives (auto-)destructrices. Il ne s’agit pas « simplement » d’une crise et des moyens d’en sortir, mais d’un phénomène structurel lié à un sentiment massif de déclassement.

Je citerai la conclusion de ce rapport : « la redistribution par les impôts et transferts sociaux est un puissant outil de réduction des inégalités de revenu mais les inégalités d’opportunité sont importantes, largement liées au système éducatif. La redistribution soutient le niveau de vie des ménages les plus pauvres, mais ne corrige pas les disparités au sein du milieu de la distribution. Et surtout, elle ne suffit pas à contrer les inégalités des chances liées au milieu socio-économique ni les inégalités territoriales. L’urgence de redonner la possibilité à chacun de réussir passera d’abord par une réforme du système éducatif, pour assurer que chaque enfant aura la chance de progresser grâce à l’enseignement, la formation, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie ; que chaque adulte qui a manqué une marche peut se rattraper.

Cette étude s’achève sur l’annonce de « recommandations » qui figureront dans la prochaine étude, attendue pour Avril.

L’impatience sera de relativement courte durée puisque nous voilà déjà en Avril …

Le temps disponible devrait permettre aux responsables des universités (de Lille notamment !) en leurs divers niveaux et compétences (pour le coup l’expression convient t!) de (se) demander si la stratégie du « tout compétences » correspond effectivement à l’urgence du moment, aussi de s’interroger sur la soutenabilité financière réelle de la stratégie annoncée.

Sur tout cela il faudra revenir, l’enjeu qu’à l’université, la formation soit universitaire n’est pas anodin, la bataille pour s’opposer aux « stratégies » (là encore l’expression convient bien) de renoncement doit être menée et gagnée.

Un slogan connu pose que le savoir n’est pas une marchandise, ajoutons cet autre que l’université n’est pas une école professionnelle !

L’université de Lille mérite mieux !

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N’éteignez pas les Lumières !

Les rencontres autour du grand débat comme les « actes » successifs des gilets jaunes, marquent un éloignement de l’enseignement, notamment de l’enseignement supérieur, qui pendant ce temps, en marge de l’actualité des débats de société, poursuit son cheminement, parcoursup, étudiants extra communautaires …

Cette marginalisation n’est pas sans contexte :

Sur fond de monde rural en fortes difficultés, de pays endetté et de défiance envers les gouvernants, la crise en cours est institutionnelle, morale, sociale, politique. En d’autres temps la conjonction de ces divers facteurs enclencha la « révolution française », au point qu’une ressemblance 1789 / 2019 a rapidement été construite sur les ronds-points, dans les manifestations et par certains politiques.

Comparaison n’est pourtant pas raison mais confusion.

La revendication majeure d’aujourd’hui est le fait d’une « société des individus », soucieuse de la non hiérarchisation des revendications et du refus de toute délégation.

Alors que les distinctions en classes antagoniques ont longtemps balisé le champ de l’analyse politique, l’enjeu désormais n’est plus celui d’un changement de société mais de la perte de ce qui « fait société ». En même temps, les inégalités ou leur ressenti » se recentrent sur le soupçon (la crainte) d’une inégalité d’individus, d’autant plus responsables des inégalités qui les affectent qu’ils se savent « libres et égaux en droits ». Il n’est dès lors pas surprenant qu’au nom de l’égalité, le respect soit devenu le critère moral radical, non pas le respect et l’honneur dus au rang, mais le respect dû à l’égalité. Dans la foulée, il n’est pas illogique que se soit imposée une évocation militante de la Révolution Française, oublieuse pourtant de ce qu’alors il s’agissait d’établir l’égalité des droits et non de promouvoir une (douteuse) égalité de tout et de tous.

Toujours en référence à cette exigence d’égalité (non réalisée), les analystes mettent en avant les « fractures ». Aux fractures largement commentées, fracture sociale, fracture territoriale, il convient d’ajouter une « fracture du diplôme » qui s’avère vite un point d’ancrage des deux autres. Le diplômé est plus susceptible d’avoir un salaire plus élevé et d’habiter une métropole. Ceux qui se considèrent comme « oubliés » sont le plus souvent ceux qui n’ont pas pu monter dans l’ascenseur social.

Nous voici revenus à l’enseignement et à ce qui, au delà du diplôme, participe de la formation en général de « l’opinion publique ».

Parler d’enseignement conduit, au moins du point de vue qui m’occupe, à envisager deux points particuliers. Le premier concerne l’enseignement de l’économie qui continue à faire débat alors que, depuis plus de dix ans, s’affrontent des accusations de biais idéologique qui ne sont pas sans influence sur les représentations (on consultera ici le point de vue de Philippe Aghion https://www.lesechos.fr/11/04/2018/lesechos.fr/0301549625748_philippe-aghion—–il-y-a–en-france–un-probleme-d-inculture-economique–.htm).

Un second point intéresse la valorisation de la notion de « compétence » pourtant souvent accompagnée d’un évanouissement des savoirs. L’accent est de plus en plus mis sur les procédures, pour résoudre des problèmes et les compétences dites transversales, au détriment des connaissances. Il ne s’agit pas de revisiter l’éternel débat des têtes bien faites et de ces autres bien pleines, mais de constater qu’au quotidien, l’enjeu cognitif d’aujourd’hui, avec ses implications morales et politiques, tourne autour des infaux et que devient essentielle non la résolution de problèmes mais la fiabilisation des données ou encore la capacité du sujet à recouper l’information, ce qui ne se peut pas sans un socle des savoirs et donc la valorisation des savoirs et de leurs apprentissages.

On sera, par ailleurs, particulièrement attentifs au fait qu’aujourd’hui les clefs d’interprétation nous sont de plus en plus données comme étant, outre la valorisation de la compétence, liées à la compréhension des mécanismes économiques. Sans négliger pour autant que le projet de « société des individus » porte une antinomie radicale qui ne peut durer qu’autant que se rêvent l’illusion que la société, le tissu social, pourrait être remplacé par les « réseaux sociaux » et cette chimère que le refus de hiérarchiser les revendications pourrait échapper à la frustration que toutes ne soient pas satisfaites à la fois.

La Révolution française, pour y revenir, était « fille des Lumières ». C’est en cela qu’elle est différente des actes des gilets jaunes qui annoncent s’en réclamer. La montée des Lumières, de la Raison est le point d’éloignement majeur avec les cortèges d’infaux qui défilent sous nos yeux mais aussi alors. Elle correspond également à un affranchissement, à plusieurs titres et notamment de l’idée du séjour terrestre comme une « vallée de larmes » où expier le péché originel, et adosse cette rupture au retour de l’idée du bonheur, « une idée neuve en Europe » selon le mot de Saint Just.

J’ajouterai en fin et parce que c’est là le cœur de la vocation de l’enseignement supérieur, que des outils de lecture et de réflexion ne manquent pas. Ainsi et par exemple, alors que la démocratie représentative est présentée comme étant en crise, la méthode de Condorcet et le vote par préférence pourraient offrir d’intéressantes alternatives à l’affrontement binaire, en forme de fracture, qu’impose le suffrage majoritaire à deux tours, renforcé par l’alignement de l’élection présidentielle et des élections législatives. De même, il serait intéressant de relire le texte de Bourdieu intitulé « l’opinion publique n’existe pas » qui permettrait notamment de relativiser l’idée des Français-qui-soutiennent (ou pas d’ailleurs) -les-gilets jaunes. Toujours pour éclairer la singularité comme l’ancrage dans une tradition de luttes, du mouvement des gilets jaunes, on consultera avec grand profit les travaux de l’historien américain Steven Kaplan (notamment Le Pain, le peuple et le Roi) qui permettrait de mieux appréhender le désenchantement vis-à-vis du pouvoir, le mécanisme de la désaffection à l’égard de la monarchie française, maintenant des défis lancés au président de la République, unis dans ce même mythe (royal d’abord) d’un souverain dispensateur et arbitre, ou encore ceux de cet autre historien, britannique cette fois, E.P. Thompson, notamment à propos de l’affrontement entre le libéralisme et cette « économie morale » de la foule qui veut que la communauté assure, par elle-même et à chacun, les moyens de subsister, par des prix supportables, si les autorités ne le font pas, une économie morale (aussi) dans laquelle une combinaison de rejet des autres et d’indignation prétend pouvoir rendre au citoyen malheureux sa valeur et sa dignité, au prix (parfois) des dérives auxquelles nous assistons aujourd’hui, de l’antisémitisme et de l’islamisme radical.

Débattre sans doute, et même sans aucun doute, mais débattre de quoi si l’objet premier n’est pas de chercher à comprendre puis d’échanger sur les diverses approches ?

C’était cela l’objet des Lumières, revendication du passage de l’obscurité au jour, de l’obscurantisme à la connaissance rationnelle; c’était déjà celui de la Renaissance, marquée par de nouveaux modes de diffusion de l’information, la lecture scientifique des textes fondamentaux, des changements de représentation du monde.

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Donnons sa place à l’éducation dans le grand débat national

L’éducation est absente des thèmes du grand débat national.

Pourtant :

  • Le développement du système éducatif est un des moyens majeurs de lutte contre la pauvreté, la précarité et le chômage.
  • La question de l’école est aussi celle de la violence symbolique d’une croissante non-mixité sociale.
  • L’éducation est un atout décisif dans la lutte contre les affirmations des complotistes et les promesses simplistes.

Ouvrir le grand débat à la manière dont se construisent côte à côte, idées, principes … et rumeurs, n’était-ce pas intervenir au cœur de la réalité contradictoire d’aujourd’hui, faite à la fois de l’affirmation d’un sentiment d’exclusion et d’une complicité retrouvée dans les cahutes et sur les rond-points (voir à ce sujet le récit de Florence Aubenas https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/15/sur-les-ronds-points-les-gilets-jaunes-a-la-croisee-des-chemins_5397928_3224.html ).

Donner sa place à l’éducation c’est par exemple prendre en compte l’enquête TIMSS 2015 qui pointe la position de la France, la dernière parmi les pays européens de l’échantillon, quant aux résultats des élèves de CM1 en mathématiques et en sciences, c’est aussi prendre en compte la faible valorisation du métier d’enseignant dans la société, et la forte détérioration de son attractivité. Sur ces questions on consultera – par exemple – la récente Lettre électronique Trésor-Éco (élaborée sous la responsabilité de la direction générale du Trésor ;

Le risque majeur de ce débat tient précisément à ceux qui en sont l’occasion, ces « gilets jaunes », plus exactement la manière dont certains de leurs porte-paroles (?) envisagent analyses et discussions. Parallèlement, si au-delà des violences et des dérives, une stratégie d’ensemble est à établir et partager, le seul volontarisme ne peut être imposé au détriment de la négociation entre les acteurs sociaux.

Donner sa place à l’éducation, c’est, par exemple prendre en compte l’enquête YIMMS 2015 qui pointe la position de la France, la dernière parmi les pays européens de l’échantillon, quant aux résultats des élèves de CM1 en mathématiques et en sciences, c’est aussi prendre en compte la faible valorisation du métier d’enseignant dans la société française, et la forte détérioration de son attractivité. Sur ces questions on consultera – par exemple – la récente Lettre électronique Trésor-eco (élaborée sous la responsabilité de la direction générale du Trésor :https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/30e608dc-3e65-47a2-928c-fd7535f6d03b/files/090751dc-3251-4851-a3c9-e9309808c6b5). Ce avec d’autant plus de profit que le document plaide pour un mesure de l’efficience des mesures pour l’école, question ouverte !

La crise actuelle est analysée en termes de fractures, de « deux France » . Cette clef de déchiffrement a déjà été présentée, ainsi, pèle-mèle, par Alain Lipietz, éphémère candidat écologiste lors de la présidentielle de 2002 (« La Société en sablier », ouvrage paru en 1996, réédité en 1998), le journal « Le Monde » à l’occasion de la campagne opposant Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy (https://www.lemonde.fr/societe/article/2007/05/05/le-losange-ou-le-sablier-par-eric-le-boucher_905897_3224.html), Jean-Marc Vittori, dans son ouvrage intitulé « l’effet sablier » (pour une présentation voir ici : https://www.grasset.fr/leffet-sablier-9782246755418) … Ces quelques jalons exposent le passage de ce qui fut la structuration de la société en pyramide, petite pointe rassemblant une bourgeoisie fortunée et large base de travailleurs pauvres, au losange des Trente Glorieuses, marqué par un accroissement considérable de la classe moyenne, pour passer enfin au sablier où les couches intermédiaires sont raréfiées et où s’opposent deux catégories d’emplois, et donc de revenus, des postes de services faiblement qualifiés, et des postes de cadres hautement qualifiés.

La diffusion des nouvelles technologies et l’évolution rapide des moyens de communication créent naturellement un sentiment de facilitation des entreprises citoyennes, pétition, liste de citoyens validant la demande d’un référendum. D’intéressantes avancées démocratiques se profilent. A condition pourtant de mesurer que cette diffusion est aussi l’occasion d’une submersion sous les vagues d’infaux, d’une domination de la raison par l’émotion, de « débats » qui ne s’embarrassent ni d’authentifications ni de validations. On a récemment pu observer comment l’obscurantisme délibéré de falsificateurs s’est emparé du pacte de Marrakech ou du nouveau traité d’Aix-la-Chapelle.

En ces temps où, ici et là, la tendance est à se réclamer de la Révolution Française, que ne gagnerait-on pas à se rappeler les propos de Talleyrand développant, dès l’ouverture de son rapport sur l’instruction publique, cette idée que la Constitution serait incomplète si l’on n’y ajoutait l’Instruction publique « qui embrasse un ordre de fonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le perfectionnement du corps politique et la prospérité générale » (rapport présenté à l’Assemblée nationale les 10, 11 et 12 septembre 1791, voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85454v/f2.image ).

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Trop intelligents ? Vraiment ?

De la déploration du «pognon de dingue» à la dénonciation des « gaulois réfractaires», et au regret d’avoir « probablement été trop intelligents, trop subtils », les couacs de communication se sont multipliés, et les petites phrases ont été ressenties comme autant de signes d’une arrogance en rupture avec l’écoute et la bienveillance annoncées lors de la campagne présidentielle.

La déception s’est faite colère, la remise en cause de l’utilité collective de l’impôt a évolué vers la dénonciation de l’opposition du peuple (souverain) et des élites. L’emphase, la rhétorique et une succession d’approximations historiques des mythes que sont devenus la jacquerie, et les sans-culottes, a conduit à ce que Laurent Berger désigne comme une « situation d’hystérisation du climat politique, du climat social »

Pour sortir des impasses, il faudra autre chose qu’une valse des conseillers ou même une consultation nationale. On le sait, le sens ne relève pas de l’immanence mais bien de constructions qui sont aussi des interprétations.

Le sens de la crise actuelle est (aussi) dans ceux qui la créent, ce qui signifie (aussi) que la réponse n’est pas du côté du seul pouvoir.

La fabrication des élites, régulièrement dénoncées pour leur participation aux technostructures, correspond à l’histoire d’une défiance, décisive en France.

Au lendemain de la guerre de 1870-71 comme après la défaite militaire et l’effondrement de la France observés en 1940, ont pareillement été instruits des procès faits aux dirigeants et à leurs conseillers, estimés trop ignorants de la science politique et de l’efficacité administrative. Dans les deux cas la réponse a été de même type. Sous l’impulsion, notamment, d’Emile Boutmy, fut créée, en 1872, l’École libre des sciences politiques, chargée de régénérer la formation des élites, notamment administratives. Plus tard, Michel Debré, à qui avait été confiée une mission de réforme de l’administration, sera à l’origine de la création, par ordonnance du 9 octobre 1945, de l’Ecole Nationale d’Administration.

La similitude des réponses et l’absence durable de pertinences des résultats devraient conduire à se demander, comme le faisait déjà Marc Bloch en son temps, s’il n’est pas opportun de rompre avec la multiplication des « écoles spéciales » et la prévalence de leurs anciens élèves parmi les décideurs politiques et les hauts fonctionnaires, en faveur du développement d’universités, « d’esprit élargi » ajoutait-il.

En attendant, il est des réflexions dont le développement est urgent. D’abord, sortir de l’opposition peuple/élite, au motif, pour commencer, que le propre de la démocratie c’est la pluralité des opinions et non l’expression du manichéisme populiste opposant un « peuple pur » à une « élite corrompue ». Montesquieu expliquait déjà que «  dans un état populaire (c’est à dire ni monarchique ni despotique), il faut un ressort de plus, qui est la VERTU »

Cette vertu est au centre du contrat social et pose d’abord le refus de l’usage du mensonge.

Alors que des impasses de nature différente mais d’effets voisins affectent actuellement le Royaume-Uni englué dans les méandres d’un Brexit impossible ou les Etats-Unis contraints par l’intenable paralysie liée au shutdown et aux contradictions du financement d’un mur à la frontière avec le Mexique, on y observe une semblable et dommageable émancipation de la réalité.

Un récent article du Washington Post relevait une moyenne de 15 mensonges ou contre-vérités par jour, proférés par l’actuel président des Etats-Unis https://www.washingtonpost.com/politics/2018/12/30/year-unprecedented-deception-trump-averaged-false-claims-day/?noredirect=on&utm_term=.26a572157723

On sait combien la campagne en faveur du Brexit a été fondée sur les approximations, les omissions et les mensonges délibérés. Plus récemment, en lien avec le thème de l’immigration qui a pesé sur le Brexit, David Aaronovitch, chroniqueur au « Times », annonçait dans un article du 2 janvier dernier « Ce qui compte ici c’est la perception». Pour illustrer cette dérive, il pointait le déplacement vers la Manche, voulu par le gouvernement britannique, de deux garde-côtes qui patrouillaient en Méditerranée. D’un côté plus de 100.000 migrants ont tenté en 2018 de passer vers les côtes européennes, de l’autre 230, le mois précédent la parution de l’article, soit ironise-t-il, moins que le nombre de personnes arrêtées pour conduite en état d’ivresse par la police de l’Essex, pendant les trois semaines avant Noël…

Il est inimaginable de laisser ainsi la vie politique tanguer au hasard des « coups de com » !

S’il faut se référer à l’histoire, les faux à l’origine de l’affaire Dreyfus comme la manipulation de la dépêche d’Ems devraient instruire. C’est naturellement là que l’on retrouve les enjeux de la formation de l’opinion publique, les missions de l’enseignement à ses divers niveaux comme les responsabilités des passeurs du quotidien que sont les journalistes.

Pourtant cette formation, essentielle à la démocratie, est si souvent négligée comme le rappelle, exemple parmi bien d’autres, cette analyse récente : « Universités : L’excellence, on sait faire, c’est juste qu’on a zéro thune» (voir : www.liberation.fr/france/2019/01/08/universites-l-excellence-on-sait-faire-c-est-juste-qu-on-a-zero-thune_1701733)

 

« Dira-t-on assez le mal que nous a fait la proverbiale avarice française ? » Marc Bloch dénonçait déjà les choix de ceux qui « trouvaient naturel de donner, par la voie du budget, aux professeurs de leurs fils, moins qu’à leurs domestiques ».

« Trop intelligents », je ne sais pas, improprement formés, assurément.

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ComUEs d’initiative citoyenne ?

Cinq ans après sa promulgation, la loi ESR Fioraso est largement relue avec la publication de l’ordonnance du 13 décembre.

voir :https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/une-ordonnance-au-secours-des-comue-chancelantes.html pour une présentation du texte

Même si l’annonce n’en est pas aussi claire qu’elle pourrait être, le constat qui a mené à cette ordonnance reste celui de la grande difficulté qu’ont les ComUEs à s’implanter efficacement comme en témoigne notamment l’impasse où se trouve la ComUE de Bourgogne-Franche-Comté comme celle où s’est enfermée la ComUE de Bretagne-Loire.

Plus globalement, c’est la stratégie de site voulue par le MESRI, qui est en difficulté. Le redécoupage des régions en Régions de plus grande ampleur modifie le périmètre des sites sur lesquels les ComUEs avaient d’abord été pensées. Simultanément ces sites ont été structurellement modifiés par la création progressive d’universités métropolitaines fusionnées.

La situation en Nouvelle Aquitaine offre ainsi un exemple probant des contradictions et apories à l’oeuvre. La création d’une grande Région Aquitaine a pu, un temps, fonder le souhait exprimé début 2016 par le président de la Région Aquitaine, Alain Rousset, que sa Région s’intéresse à l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur implantés sur son territoire. Les universités de La Rochelle, Poitiers et Limoges auraient alors intégré la ComUE Aquitaine. Cette même ComUE Aquitaine , à l’épreuve de la réalité a montré qu’elle ne répondait pas aux attentes de ses membres, notamment celles de l’université de Bordeaux dont le conseil d’administration, en décembre 2017, par 19 voix pour, 7 contre et 6 abstentions, a adopté une délibération engageant le processus de retrait de la ComUE. Rappelons pour mémoire que lors de la création en 2014, de l’université de Bordeaux, l’université Bordeaux 3 a résolu de ne pas se fondre dans le nouvel établissement, désormais elle coexiste avec lui, sous la dénomination Bordeaux-Montaigne.

On conviendra que les conditions de la clarté et de l’efficacité ne sont pas réunies !

On observe aussi que le modèle ComUE n’a jamais trouvé de légitimité en Ile France et n’y a finalement pas pesé dans la création des idex.

La notion de chef de file qui semblait importante, sinon centrale, dans le dispositif original de la loi ESR, est abandonnée avec l’ordonnance. En fait, ce texte fait des ComUEs les outils possibles d’une coopération sans modèle commun imposé à tous mais à la discrétion des partenaires, selon leurs ententes.

On pourrait aussi dire que les ComUEs sont devenues optionnelles ou encore que le projet va désormais l’emporter sur la structure, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise idée …

… encore une étape dans l’analyse et la question du maintien de ComUEs se posera. Les ComUEs, en effet, ne sont pas simplement des entités abstraites, ce sont des établissements avec des besoins, souvent importants, en locaux et en personnels. Il paraît normal que les évaluations menées, notamment par le HCERES, examinent la valeur ajoutée par l’existence de cette couche supplémentaire du mille feuilles ! A l’heure où les budgets sont si contraints mais aussi où les labellisations idex et i-site marquent les regroupements et où les ComUEs n’ont plus la fonction préfiguratrice qu’elles ont pu (sembler) avoir, n’est-il pas logique de concentrer les moyens sur les objectifs annoncés plutôt que de les disperser ?

Le nouveau défi est à rapprocher de l’aspect facultatif des ComUEs ; que les établissements qui estiment devoir les maintenir le disent et en fixent les objectifs et les moyens dédiés.

Pour poser la question dans un contexte concret : ne faudrait-il pas s’interroger sur la fonction réelle, les missions et le périmètre de l’actuelle ComUE du Nord Pas de Calais alors que la région est devenue celle des Hauts de France et que la fusion des universités lilloises est faite ?

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Université et « gilets jaunes »

L’université n’est en rien hors la société. Il y a du gilet jaune aussi à l’université.

La place de l’université est au point où se joue ce qui est nommé fracture sociale et était déjà évoqué par Marcel Gauchet, en 1985, par Emmanuel Todd en 1994, par Jacques Chirac, lors de la campagne présidentielle de 1995.

On parle aujourd’hui de fracture territoriale ou de fracture sociologique. Sans pour autant mieux y répondre et en oubliant trop souvent cette autre fracture que marquent les taux d’abstentions. Ils ont pourtant connu un niveau record au second tour de la récente élection présidentielle, 32 % chez les ouvriers, 34 % chez les personnes gagnant moins de 1 250 euros par mois et 35 % chez les chômeurs, pour une moyenne nationale de 25%. Ils étaient déjà les symptômes de la défiance, de la crise de confiance envers les canaux démocratiques que les « gilets jaunes » choisissent d’ignorer. L’inexpérience reprochée aux gouvernants d’aujourd’hui est l’envers de l’expérience de ceux qui n’ont soit pas vu les origines de la crise d’aujourd’hui, soit rien fait pour y répondre et éviter le déficit démocratique que dénoncent les gilets jaunes comme les nombreuses dérives illibérales qu’ils véhiculent comme s’il y avait là une remède à des souffrances bien réelles.

Les hypothèses de résolution des fractures passent naturellement par des mesures politiques. Elles passent aussi, et d’abord, par l’installation (peut-on encore dire le rétablissement ?) de procédures d’écoutes réciproques et de dialogue.

On retrouve alors les problématiques de rôle, mission et fonction des universités, notamment en raison de leur position particulière de lieu organisé de la rencontre de dorénavant 80% d’une classe d’âge d’une part, de la consolidation puis de la diffusion de l’esprit critique, de l’autre.

Le slogan de Jean-Pierre Chevènement des 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, confirmé par deux lois d’orientation (1989 et 2005), était au départ un thème égalitaire, il semblait bien que la chance était enfin donnée de voir les enfants des classes populaires traités à l’école sur un pied d’égalité avec les filles et fils de bourgeois.

Or, on sait ce qu’il en est advenu et comment l’espoir a vite été déçu. Déjà, en 1968, la création du bac technologique avait montré un cheminement ; celle du bac professionnel, en 1985, s’y ajoute. Après une relative stagnation, un nouveau coup d’accélérateur est donné, au sein, une fois encore, de la voie professionnelle, alors que Xavier Darcos, alors ministre UMP de l’éducation nationale, annonçait « L’égale dignité de la voie professionnelle par rapport aux voies générale et technologique « . Comme si les promoteurs de ces inventions ne savaient pas que la réalité était toute autre. Comme si tous les diplômes de baccalauréat étaient équivalents, pire encore comme si, dans les faits, ils étaient reconnus comme étant équivalents !

Les chiffres d’aujourd’hui montrent que 4 % d’enfants d’ouvriers fréquentent Paris-II (Assas) contre 14 % à Paris-XIII (Villetaneuse), et que, inversement, il y a 45 % d’enfants de cadres à Paris-II contre 18 % à Paris-XIII <pour plus d’informations, notamment sur le fait que les étudiants savent bien que les universités ne sont pas toutes égales, voir, par exemple : https://www.lemonde.fr/campus/article/2017/11/27/les-etudiants-sont-tres-conscients-des-hierarchies-entre-les-universites_5221031_4401467.html >

Le remplacement d’APB, imparfait mais sans doute améliorable, par Parcoursup, n’y change rien, voire aggrave la situation, la sélection masquée sur base d’attendus qui s’y pratique comme la logique de file d’attente que la plateforme impose, renforcent mécaniquement les difficultés des plus fragiles, socialement et scolairement, mais aussi une hiérarchisation de fait des disciplines et des établissements.

Déjà, si près d’un tiers des étudiants sont enfants de cadres supérieurs, seulement un sur dix a des parents ouvriers. Qui plus est, les jeunes de milieu populaire sont très rarement présents dans les filières sélectives, en master ou en doctorat. https://www.inegalites.fr/Les-milieux-populaires-largement-sous-representes-dans-l-enseignement-superieur

 

Bien entendu ces enjeux demeurent éloignés de la légitime exigence d’être en mesure de « remplir le frigo » ; pourtant, leur non-prise en compte, plus gravement l’arrogance du déni structurel de la réalité, accréditent l’impression d’une complicité des élites dans une trahison partagée et témoignent de la continuité des faux-monnayages organisés. Pour mémoire, 1989 -et les premières annonces, c’était il y a pratiquement 30 ans …

Pour mémoire encore, Jean-Pierre Chevènement, dans un communiqué de presse en date du vendredi 19 juin 2009. rappelait un propos de Paul Langevin, à la Libération : « L’Ecole doit assurer la promotion de tous, et la sélection des meilleurs ». Soit, mais comment cette sélection est-elle instituée en France ? Le mot sélection y est honni, cela n’empêche pas la France d’être à la fois plus inégalitaire que la plupart des autres pays de l’OCDE et particulièrement inefficace pour ce qui est de la mixité sociale. Faut-il par ailleurs une fois encore rappeler que la France est un des rares pays à avoir un enseignement supérieur à deux vitesses, une université réputée ouverte à tous et des filières affichées comme sélectives, qui s’en réjouissent et y trouvent une part de leur aura ? (voir https://www.franceinter.fr/education/l-ecole-est-plus-inegalitaire-en-france-que-dans-la-plupart-des-pays-developpes-classement-pisa mais aussi ce qui s’est dit et écrit autour des analyses portant sur Les Territoires perdus de la République (2002 et 2015).

Au déni, pour ces nouveaux diplômés d’un baccalauréat à géométrie variable, d’un accès à la distance critique et à une culture qui auraient fait apparaître ces passeurs inter-catégoriels qui aujourd’hui manquent si cruellement, s’ajoute une autre maltraitance de l’université. Ayant constaté qu’elle ne savait ni assurer le bon fonctionnement de l’ascenseur social, ni répondre aux défis du chômage de masse, ceux qui depuis plusieurs décennies dirigent le pays, lui ont assigné une mission d’insertion professionnelle. A cet effet, il a été décidé qu’elle devait assurer l’employabilité de ceux qui lui étaient confiés, et, pour cela, leur assurer des compétences, à la différence notoire des connaissances et du sens critique, mais dont la caractéristique majeure reste leur capacité à se périmer. Aux mystifications entretenues par « le système » et déjà évoquées, il faudrait donc ajouter cette autre, peut-être plus pernicieuse encore, à coup sûr génératrice de clivages redoutables, qui a trait à la fracture cognitive. L’impossibilité de confronter des savoirs différents et de plus en plus autoréférentiels, est source de cette confusion où naissent les approximations, les infox, les mensonges qui gangrènent le débat politique.

L’aggiornamento mental à accomplir est immense. Il doit s’attacher aux coûts du logement, à la mobilité, à ces citoyens qui se comportent comme des usagers, comme en témoigne la « grande fatigue » des maires, plus généralement aux évolutions de la société et notamment l’installation à ses marges d’un nombre croissant d’exclus et surtout d’exclues qui (sur)vivent avec une panoplie des revenus inférieurs à ceux du SMIC, la multiplication des foyers de personne seule ou de familles mono-parentales, ou encore, pour en revenir à l’université, les erreurs d’appréciation telle que l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants extra-européens avec un triple effet négatif d’une efficacité financière limitée, d’une inquiétude face à ce que beaucoup prennent comme un ballon d’essai ou un signe avant-coureur d’une augmentation généralisée des droits (un totem!) et, sans doute encore moins clairement étudié dans l’entourage de la ministre, le poids des étudiants étrangers dans bon nombre de formations (notamment en master) … La liste est infinie … avec ces seules certitudes : (1) la violence ne résoudra rien sauf à ajouter les coûts matériels et humains des destructions, (2) ceux qui ont eu l’occasion d’agir l’ont laissée passer au cours des trente à quarante dernières années (3) à la volonté de réformer, il faut ajouter, dans l’urgence, un volet social.

Il s’agit d’échapper aux rodomontades et aux infox, de permettre des perspectives, de retrouver les voies de la République.

 

 

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Pour les universités : des financements suffisants et efficacement mobilisés !

La fin d’année est aussi le moment des discussions budgétaires dans les établissements. Procédures et débats deviennent de plus en plus compliqués.

31 mai 2017, publication d’un rapport de la Cour des comptes identifiant six universités dans une situation financière « très dégradée », auxquelles s’ajoutent neuf autres dans une « situation dégradée » . https://www.lemonde.fr/universites/article/2017/06/06/la-cour-des-comptes-alerte-sur-la-situation-budgetaire-de-quinze-universites_5139682_4468207.html.

7 juin 2017, EducPros / L’étudiant cherche à établir la cause des déficits et donne la réponse à laquelle est parvenue la Cour des comptes : « Le prélèvement sur fonds de roulement ». Le paragraphe se poursuit en rappelant que, au cours de l’exercice 2015, 47 établissements ont été prélevés, pour un montant global de près de 100 millions d’euros (https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/la-cour-des-comptes-dresse-la-liste-des-universites-dans-le-rouge.html )

16 janvier 2018, le tribunal administratif de Paris enjoint le ministère de l’Enseignement supérieur de rembourser à l’université Paris 2, les 7,6 millions d’euros prélevés sur sa trésorerie en 2015.

2 mai 2018, le Ministère ayant fait appel de ce jugement, la Cour administrative d’appel lui donnera raison ( voir https://juricaf.org/arret/FRANCE-COURADMINISTRATIVEDAPPELDEPARIS-20180502-18PA0035018PA0035115121162 )

25 mai 2018, un nouveau rapport de la Cour des comptes alerte sur la situation budgétaire « très dégradée » de sept universités et d’une école d’ingénieur, soit « deux établissements de plus que l’an dernier ». https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/05/25/la-situation-budgetaire-de-sept-universites-inquiete-la-cour-des-comptes_5304679_4401467.html

La situation continue de se dégrader mais il n’y a aura pas de restitution de ces fonds de roulement … même si l’on peut hésiter à leur propos entre solidarité imposée et prime à la mauvaise gestion, même si Lille 2 avait été la deuxième université la plus ponctionnée (8 755 K€ … qui seraient bien utiles aujourd’hui!), même si les universités sont incitées à accueillir de plus en plus d’étudiants dans des situations de plus en plus difficiles (et ce n’est pas l’épisode Parcoursup qui permettra de voir les choses autrement ….)

A l’époque des prélèvement sur les fonds de roulement, l’argument avancé consistait à expliquer que les 100 millions issus de ces prélèvements, augmentés des 100 millions d’euros dégagés par l’Etat via l’achèvement d’un certain nombre d’opérations immobilières, dont Jussieu, permettraient de financer la création annuelle de 1000 emplois, notamment dans le cadre du plan « réussite en licence ». Il est malheureusement vite apparu qu’il n’y avait là qu’un jeu de bonneteau publicitaire. Ces « postes » ne sont en fait pas réellement des emplois mais de la masse salariale, mobilisée par bien des établissements pour faire face à leurs besoins globaux. (https://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/1-000-emplois-pour-les-universites-40-de-postes-geles-dans-les-facs.html ).

Prises au piège de l’insuffisance accumulée de leurs ressources, les universités pratiquent l’auto-mutilation. Le gel des postes est aujourd’hui devenu l’instrument privilégié pour assurer l’illusion d’une survie. Vraiment, est-ce là une politique ?

Quand et par qui cette dérive mortifère va-t-elle être dénoncée ?

Geler des postes, c’est non seulement renoncer à recruter pour une courte durée, mais bien diminuer le potentiel d’enseignement, de recherche et de développement des fonctions support. A qui profitent des reculs qui sont autant de négations de ce que sont les universités ?

Ne peut-on imaginer que la Conférence des Présidents d’Université dont le Président espère le renouvellement de son mandat, s’intéresse à des questions qui ont fondamentalement trait à l’avenir des établissements ?

Un exemple parmi beaucoup, quel avantage réel y a-t-il à laisser se multiplier les structures rendant illisibles les relations entre établissements, des universités aux ComUEs et leurs périmètres souvent improbables, des universités aux « universités-cibles », et retour sans doute… la boucle paradoxale infinie que décrivait Zénon a encore de beaux jours devant elle …

Dans toutes ces structures parasites n’y a-t-il pas des gisements d’emplois qui seraient mieux utilisés en étant (re)centrés sur les missions fondamentales des universités … qui n’ont jamais été l’alimentation forcenée d’usines à gaz … Et s’il faut geler des postes, pourquoi ne pas geler ceux des « structures », plutôt que ceux qui assurent la formation et la recherche ?

Les investissements d’avenir, initiés en 2010, sont toujours en cours en 2018. Les ComUEs sont une création de la loi relative à l’E.S.R. du 22 juillet 2013. L’émergence d’universités fusionnées, d’ IDEX puis d’ I-site est venue modifier (complexifier) encore le paysage (et peut-être -?- créer de nouvelles occasions de dépenses) … Tout cela ne mérite-t-il pas un examen global, notamment en matière de « bon emploi de l’argent public » ? N’est-ce pas là la mission de la Cour des comptes ? Ne serait-il pas légitime que la CPU s’appuie sur les rapports que la Cour ne manque pas de rédiger pour faire examiner la question des justes et judicieux financements des établissements ? Rappelons que la loi a prévu la certification des comptes des universités.

Sur ces bases, il devrait être facile de s’assurer de l’absence de dérives, de valider la création d’indicateurs chiffrés et rendus publics, aussi alors de montrer les insuffisances des dotations.

Serait-il alors inimaginable que les présidentes et présidents, forts d’être unis au sein de la CPU et dans le cadre du dialogue avec l’Etat (qui se dit) stratège prennent (vraiment) leurs responsabilités, dénoncent l’étouffement des universités et exigent une clarification des attentes et des projets puis que leurs financements soient effectifs ?

A moins, après avoir vu être ponctionnées celles qui pouvaient l’être, de se satisfaire (pour la majorité, il faut bien le dire) d’avoir pu échapper au passage du rabot, puis de contenter de gérer les déficits, sans oublier portant de donner le coup de menton d’une journée « fac morte » qui permettrait de montrer sa « détermination » et de construire un irréfutable moyen de « lutte ».

A moins encore, évidemment, de craindre que la contestation soit une manière de renoncer aux divers hochets de la fonction, une légion d’honneur, un poste (précisément) de président de COMUE, ou de recteur, ou encore de conseiller dans l’une ou l’autre des structures (encore!) qui font le charme de notre administration ….

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