Discipline budgétaire oui … mais pas au détriment des disciplines !

Le financement de l’enseignement supérieur public n’est pas à la hauteur des nécessités. Le constat a beau être déplorable, il est connu.

Seulement voilà, les conséquences n’en sont pas toujours mesurées. Les réponses immédiates apportées aux difficultés budgétaires semblent n’avoir d’autre horizon que l’illusion que la crise est passagère, que l’abondance va revenir et la courbe s’inverser …
Sur ces bases se déploie une gestion de l’attente marquée par le gel des postes et des redéploiements d’emplois, comme si ce qui était interrompu allait naturellement revenir et qu’il n’y avait pas de dommage à passer en mode pause.

Sur le plan de l’arithmétique financière, réduire les dépenses facilite l’équilibre budgétaire. Il n’y a pourtant là que l’apparence d’une sagesse. Ne plus former, même moins former, dans un domaine, c’est l’affaiblir. A l’inverse, ouvrir ou réduire l’éventail des possibilités, des pistes, des options, c’est moins spécialiser. Est-ce nécessairement dommageable dans une formation supérieure qui reste généraliste, au moins en licence ? En d’autres termes est-ce sur les disciplines (et donc les postes) qu’il faut intervenir ou sur la palette des formations ?

Lorsque les sommes dégagées par le gel d’un emploi permettent de recruter des contractuels ou des vacataires, que se passe-t-il ? Pour une dépense moindre (économie du salaire d’un titulaire) il est possible d’augmenter le nombre des heures d’enseignement (charge salariale significativement plus faible pour un non-titulaire). Se fabrique alors l’illusion qu’il est devenu possible d’enseigner plus en dépensant moins. Est-ce raisonnable ?
Sans interroger la possible différence de compétence entre un enseignant-chercheur titulaire et un vacataire, sans même porter l’attention sur la création artificielle de précaires, on peut tout de même se demander quel est le gain espéré d’une telle démarche qui dépasse la contrainte budgétaire ? Une meilleure formation pour les étudiants ? Un gain social en termes de connaissance ?
En matière d’encadrement, il demeure ici et là des inégalités ou des insuffisances historiques entre établissements et entre régions. Ce phénomène est d’autant plus dommageable qu’en dépit de la centralisation qui caractérise la France, la répartition des moyens entre établissements n’a jamais été révisée. C’est même sur ce point qu’achoppent régulièrement les modèles de répartition des moyens. L’hypothèse d’une régulation nationale est encore amoindrie depuis que les emplois ne sont plus gérés dans un dialogue avec la direction de l’enseignement supérieur. Aussi artificiel et limité en portée qu’il ait pu être, ce dispositif assurait un minimum de visibilité dans les répartitions entre disciplines. Aujourd’hui tout est passé sous contrôle des établissements, ce qui s’y décide est donc encore plus stratégique, politique pour oser ce mot, surtout si les accréditations viennent aussi dans les établissements.

Pour être brutal, une offre de formation construite sans vision affichée des perspectives d’emploi, ni claire prise en compte des potentiels effectifs des établissements, conduit mécaniquement au double risque simultané d’une dérive de la dépense (alors que le point de départ était le souci de faire des économies) et d’une régression, voire d’une disparition de disciplines moins en vogue, moins prometteuses, moins, peut-être, porteuses d’illusion. Peut-on laisser ces glissements se mettre en place sans même s’interroger ou, peut-être pire, en opposant la fallacieuse rationalité des logiques de site ? Même à l’échelle d’un site – notion dont la pertinence semble, par ailleurs, mal établie s’agissant de l’enseignement supérieur –  moins ce sera toujours moins

Geler des emplois, redéployer des postes, mais aussi réévaluer à la baisse certaines prestations (CM ou TD) ou être ladre dans la gestion des PEDR, voilà une inéluctable fabrique d’inégalité, pénalisante entre les universités et dommageable au plan international : voilà un sombre cheminement qui mène à la mise en concurrence des disciplines et au risque de disparitions progressives … même pas programmées.

L’urgence à l’université n’est pas à attendre mais à formuler et poser les enjeux de la gestion globale des emplois et des carrières, au service – pour de bon – de l’enseignement et de la recherche, pas à une gestion frileuse d’un pseudo bas de laine.

Peut-être faudra-t-il admettre que les RCE ne créent pas les difficultés, mais qu’elles en éclairent les contours et les responsabilités, qu’elles contraignent à regarder en face, au moins, une part du réel.

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1 Comment

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One Response to Discipline budgétaire oui … mais pas au détriment des disciplines !

  1. Cecile

    Bonjour M. Dupas,
    Il est rare de voir dans une chronique d’un enseignant ou ex-enseignant chercheur dans votre cas, reconnaître que les RCE ne sont pas le diable incarné ni le poison de l’enseignement supérieur…. C’est suffisamment courageux pour être souligné.
    Il me semble clair, pour avoir travaillé dans un service financier d’une université que les RCE ont simplement mis en lumière des pratiques de gestion qui ne devraient plus exister dont une consommation d’heures complémentaires souvent complément de traitement plus que de réelles heures effectuées. Il faudra donc surement beaucoup de pédagogie pour changer ces pratiques et dégager de réelles marges de manœuvres au profit d’un enseignement de qualité. La manière dont seront crées et utilisées les futures ComUEs sera déterminant pour ceux qui sauront s’en servir. A mon humble avis…… Bien à vous.

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