Les ComUE, une autre forme d’inefficacité

Les regroupements prévus par la loi, hors les créations d’un nouvel établissement suite à une fusion, sont englués dans un système de double contrainte (double bind, Bateson 1956), et les exemples d’injonctions contradictoires ne manquent pas:
Les regroupements sont laissés à l’initiative des établissements / Aucun établissement ne peut rester en dehors d’un regroupement
Les regroupements  sont un instrument de centralisation (de compétences transférées ) / Les regroupements ne disposent d’aucun outil pour agir sur l’émiettement maintenu (compétences non-transférées)
Les regroupements annoncent des volontés d’entente sur des missions structurantes / Les regroupements n’annoncent pas l’outil de mesure du degré d’entente et de son efficacité partagée.
Les regroupements instituent une diminution du nombre des interlocuteurs / Les regroupements  densifient le mikado administratif, à côté du nouvel interlocuteur unique, les instances décisionnelles des établissements membres sont maintenues.
Les regroupements organisent l’échelon territorial / Les regroupements des territoires sont annoncés (nombre de Régions, périmètres, évolution des compétences)
Les regroupements placent en position de partenaires les universités et les collectivités territoriales / les regroupements ont un unique pilote réel : l’Etat, en sa qualité de quasi unique financeur

… Le catalogue pourrait être poursuivi développant un paradoxe supplémentaire. Alors que les promoteurs de la loi ESR, comme naguère ceux de la LRU, argumentent sur la base d’une illisibilité du système d’enseignement supérieur français, les dispositifs mis en place par la loi n’apportent ni une réponse satisfaisante, ni une réponse qui recueillerait l’adhésion des acteurs. Discuter, voire réfuter les dispositions de la loi ESR n’est en rien inutile, pourvu pourtant de ne pas perdre de vue la nature même de la double contrainte : une situation insoluble directement et dont la résolution passe par un changement de niveau.
Pour dépasser la situation de double contrainte et sa désespérante absurdité, il ne s’agit donc pas de simplement remplacer une loi par une autre, surtout quand elle n’en diffère pas significativement, ni de chercher à réconcilier l’ensemble des intérêts particuliers et des situations acquises qui s’enchevêtrent à la base du système.
Le changement viendra d’une évolution des perspectives retenues. En matière de conditions de possibilité, on retiendra avec profit :
1-    Une vision claire de ce qui justifie des regroupements. Ne se cachant ni derrière la farce originelle des classements (LRU), ni sous le couvert de la mode de la simplification et la fiction de l’interlocuteur unique (loi ESR), l’argument mettrait en valeur la bascule de l’enseignement supérieur dans un monde de relations nouvelles, avec les étudiants, avec les employeurs de diplômés, avec les utilisateurs de la recherche ; un monde où les universités auront à trouver leurs financements que l’Etat à lui seul ne pourra fournir.
2-    La préparation puis la conduite d’une politique publique de l’enseignement supérieur à laquelle les universitaires doivent être associés mais qu’ils ne peuvent être seuls à conduire,
3-    Une réflexion sur les capacités des établissements à se doter d’une stratégie, ce qui passe par une série de mutations, fussent-elles difficiles et courageuses et non par des discours sur la gouvernance,

A côté de l’animation d’une stratégie d’établissement et de la désignation d’une instance à qui elle est confiée, il s’agira d’assurer aux différents acteurs le degré de liberté nécessaire à leur activité. Le duo conseil d’administration / conseil académique pourrait être un pas en ce sens. Encore faudrait-il revoir la composition du conseil académique tel que la loi ESR l’esquisse et le protéger d’une mise en tutelle par le conseil d’administration. Ceci, à son tour, supposerait de démythifier la notion de démocratie universitaire qui doit cesser de fonctionner alternativement comme la revendication d’un contrôle de la base sur le sommet, et l’absurde fantasme d’une direction qui contrôle tout. Le développement de la subsidiarité où la compétence pour prendre une décision est reconnue à l’instance capable de la prendre, permettrait de s’affranchir de la pesanteur des délibérations et des votes pyramidaux au profit de marges de manœuvre et d’initiative au niveau des départements. Il conviendra enfin d’inventer des modalités de représentativité et de part dans la prise de décisions quant aux orientations majeures, des divers acteurs de l’enseignement supérieur. A cet égard on prendra garde au fait que les acteurs de l’enseignement supérieur ne se limitent pas aux seuls acteurs universitaires, mais intègrent largement la société civile.
Les Assises, si elles avaient été moins corsetées, auraient (peut-être) pu être l’occasion de lancer ces débats …

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