ComUE : qui a dit Gribouille ?

Les ComUE ont été inventées par la loi en juillet 2013. Leur mise en place était accompagnée d’une date butoir … Tout devait être réglé avant le 22 juillet 2014, il avait même été sous-entendu que si la date n’était pas respectée … on allait voir ce qu’on allait voir ….
Fin septembre, non seulement on ne voit rien mais rien n’est proposé, sauf des dislocations qui, elles, ne sont pas des tics de langage.

Que se passe-t-il ?

Lors du CNESER du 21 juillet dernier, seuls quatre projets de statuts, respectueux des délais (Paris Sciences et Lettres, Sorbonne Paris Cité, Sorbonne Universités, et Paris-Saclay), ont été présentés. Ils ont été rejetés. Depuis, un 5ème projet, une COMUE Normandie, a été présenté, il a été également rejeté.

Des votes de défiance ont été actés par bon nombre des comités techniques qui ont à être consultés en amont des débats dans les CA. La plupart des ComUE ont du mal à finaliser leurs projets « communs », l’exemple le plus médiatisé étant celui du regroupement universitaire parisien HESAM, dont le journal Le Monde a exposé qu’il « vole en éclats ».
On ne peut pas dire que les communautés d’université et d’établissements reçoivent un appui franc et massif de la communauté universitaire …
Ces COMUE et avec elles la constitution d’un paysage « remodelé autour de 25 pôles » sont d’ailleurs mises à mal de divers côtés.
Plusieurs syndicats réclament un moratoire.
Plus grave du point de vue de la « structuration », la CGE et la CDEFI qui au début de l’été dénonçaient une « logique monopolistique » qui voudrait que seuls les EPSCP puissent délivrer le diplôme national de master, viennent d’avoir gain de cause. L’obligation de passer par un « sceau extérieur » (quelle élégante manière de désigner les universités !), est levée au motif que cela aurait risqué de « brouiller leur visibilité dans leurs rapports avec les universités étrangères ». Soit, mais alors … si regrouper c’est faire perdre une identité … quid des ComUE ? S’y ajoute la demande d’un pas supplémentaire dans la démarche qui permette l’élargissement de l’autorisation aux établissements privés. Alors qu’ils semblent en panne, les projets sont déjà détricotés et une stratégie du dedans/dehors est d’ores et déjà mise en place !
Du côté des universités aussi les assurances sont limitées. L’université Paris-Dauphine se prépare à transformer son diplôme national de licence en diplôme d’établissement, les PMU (petites et moyennes universités) que l’on aurait pu penser « protégées » au sein des ComUE, sont dorénavant constituées en réseau, affichent leur méfiance à l’égard des « mastodontes » et s’inquiètent de leurs identités (encore le réflexe identitaire) au sein des regroupements « auxquels elles ne s’opposent [pourtant] pas ». Et surtout, naturellement, dans cette volonté d’implanter des ComUE qu’en est-il de la poursuite de la marche vers les universités complètes prolongeant celles déjà constituées ou en cours de finalisation, qu’en est-il de l’identité de ces universités-là ?
De fait, les divers reports constatés correspondent à un aménagement de fait des calendriers. Personne pourtant ne dit rien des échéances futures. Les retards accumulés vont pourtant finir par rencontrer le calendrier de la nouvelle vague IDEX et de la mise en place des ISITE. L’argument est naturellement utilisé pour pousser les feux et réaliser des ComUE, « coûte que coûte », ce qui d’une certaine manière « tombe bien », les coûts économiques, politiques et stratégiques sont en effet bien réels. Est-il raisonnable d’utiliser l’argument des candidatures IDEX en faveur de l’installation rapide des ComUE ? ou s’agit-il de faire progresser les ISITE et de renforcer une « régionalisation » de l’enseignement supérieur ? Qui a dit Gribouille ?
Plus encore, est-il raisonnable d’évoquer des regroupements, notamment des ComUE, sans intégrer à une telle possible nouvelle carte, la reconnaissance du phénomène de métropolisation qui vient d’être conforté par le vote le 19 décembre 2013 d’une loi, étrangement peu médiatisée il est vrai, de modernisation de l’action publique et d’affirmation des métropoles (MAPAM), qui s’attache à promouvoir le rôle de locomotive des métropoles ?
Imagine-t-on s’acheminer vers des métropoles-« locomotives » ayant dans leur panoplie de ressources une université complète et d’autres dont les forces d’enseignement et de recherche seront diluées dans une ComUE et pour le coup peu identifiables, assez largement dépourvues de stratégie et guère en position d’animer les synergies ?

On aurait peut-être pu, un temps, argumenter que les ComUE vont favoriser les soutiens des Régions aux universités, les récentes prévisions sur les CPER avec l’annonce d’une diminution de moitié des sommes consacrées à l’ESR lors du précédent contrat (voir ici pour plus d’info, notamment la déclaration de la CPU) montrent que ce n’est pas de cette manière que va se compenser l’écart croissant entre le financement public et les besoins des universités.

Pourquoi vouloir à tout prix mettre en place « pour les universités » un modèle « français » mais pas particulièrement « universitaire » ? Quel intérêt peuvent bien avoir ces ComUE ?
Les ComUE sont une organisation à deux niveaux. A la différence des « fusions », les établissements qui constituent les ComUE, demeurent et forment un premier niveau. Un second niveau, celui dit des « communautés des universités et des établissements » (ComUE) se met en place. En son sein, un « conseil des membres » dont le rôle est non négligeable dans la « gouvernance » de la ComUE, atteste de la persistance du « premier niveau ». Soit, mais alors de deux choses l’une, ou bien chaque niveau conserve son indépendance, certains diraient son « identité », et, dans ce cas, en quoi y-a-t-il « communauté » (ComUE) ? ou bien s’applique une forme de « centralisme démocratique » impliquant une stricte obéissance de chaque niveau par le niveau inférieur et l’application unanime des décisions dans l’action ; dans ce cas, que devient chacune des organisations, des Ecoles et des Universités, avec notamment leurs modes de recrutements différents et leurs formes différentes de diplomation, voire de gestion des personnels ?
Sauf à vouloir considérer l’enseignement supérieur comme un variable d’ajustement dans une logique d’aménagement du territoire, on comprend vite la contradiction interne du dispositif.

ComUE ou Université il faut choisir !
La clarification est d’autant plus nécessaire que les ComUE sont également réputées associer les organismes de recherche. La séparation à la française entre universités et organismes, souvent ensuite rassemblés en « unités mixtes », pose suffisamment de problèmes pour ne pas encourager quelque forme que ce soit de « régionalisation » des organismes !
Enfin, les ComUE vont avoir à gérer de l’argent public (le budget intégrant notamment les sommes attribuées par les conseils régionaux, et le contrat avec l’Etat). N’est-il pas étonnant qu’un membre privé puisse avoir son avis à dire sur l’orientation de fonds publics, en dehors de la « mission de service public » qui lui a été déléguée ?
A quand un (vrai) « choc de simplification » ?

 

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2 Comments

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2 Responses to ComUE : qui a dit Gribouille ?

  1. MJ Vanbaelinghem

    C’est bien compliqué ces ComUE vu de l’extérieur !
    Je n’ai pas bien compris le but recherché ni ce qu’on y gagne vraiment …

  2. H. Van Besien

    Heureux qui ComUE lisse, a fait un beau voyage,
    Ou comme cestuy-là qui conquit la toison …

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