Debout

L’année n’avait que 7 jours lorsqu’a été perpétré le massacre des insolents (la formule est de la Voix du Nord). Depuis ce mercredi 7 janvier, la guerre déclarée à la République et à ses valeurs, notamment de Liberté et de Laïcité, a fait 4 autres victimes. Outre la liberté d’opinion et la liberté de la presse, la violence a ciblé la police qui fait respecter les lois et protège les citoyens ; elle s’en est également pris au droit de pratiquer la religion de son choix en s’attaquant à un magasin casher et à sa clientèle.
En réponse, l’immense émotion ressentie s’est incarnée dans ces marcheurs pour la République, à Paris et en France, et dans tous ceux qui, ailleurs dans le monde, se sont mis en marche, pacifiques, dignes, solidaires.
S’il en était besoin, voilà une magistrale réponse aux déclinologues, aux déclinistes, à tous ceux qui imaginent une « soumission », tous ceux qui déplorent un « suicide ».
Au-delà de la sidération initiale, la parole reprend. L’argumentation est à la fois la condition et la conséquence de la liberté ; l’usage la tonifie.
A l’école, à l’université, là où se forment les esprits, là où la pensée est libre et créatrice, cette parole doit encore se conforter. Elle doit savoir répondre « présent », face aux interrogations, aux hésitations mais aussi aux amalgames, aux approximations, aux mensonges. La consultation sur l’enseignement de la morale laïque et civique prévue ce mois-ci, devra mesurer toute l’urgence qu’il y a à ne laisser personne désemparé.

Il y aura à se défier conjointement de l’angélisme de ceux qui pensent qu’il y aurait un « plus » de citoyenneté à évoquer « 20 » victimes, de la confusion de ces autres qui, trop souvent et trop facilement repoussés, exclus, se vivent comme ayant été insultés une fois de trop par des caricatures, de ceux encore qui, opportunistes pervers, s’efforcent de muer en coupables des citoyens qu’ils ont d’abord stigmatisés comme appartenant à une seconde catégorie, à des peuples de seconde zone tandis que selon un redoutable effet de symétrie, certains décident de la vérité, de la croyance, de l’élection des idées, des peuples, des croyances.
Expliquer pourquoi le jeu de mots sur durafour-crématoire était ignoble et le demeure, pourquoi la pratique de la quenelle doit être interdite, que ce sont des encouragements à la haine et la validation de comportements qui ont existé et peuvent revenir. Leurs méfaits sont bien connus, l’attentat antisémite a de nouveau été pratiqué en ce début janvier 2015, dans un contexte plus général d’obscurantisme, notamment religieux.
Expliquer aussi pourquoi, à l’inverse, la distance critique, ironique, satirique envers une religion, une idéologie, n’est pas condamnable. Que le droit de dire son désaccord est un droit imprescriptible, une liberté fondamentale. A fortiori que nul ne peut s’arroger le droit de tuer pour que meure le droit à la distance critique ou son illustration. Expliquer que – contrairement à d’autres pays, y compris des démocraties (voir ici) – le délit de blasphème n’existe pas en France. Expliquer qu’aucune tentative d’imposer des idées ou des croyances par la force, voire la terreur, n’est acceptable. Que, d’ailleurs, les représentants de toutes les religions au nom desquelles au fil du temps ont pu être pratiquées violences, répressions, exécutions, s’accordent aujourd’hui à dénoncer ces aberrations.
Expliquer, expliquer encore. Expliquer et argumenter.
Expliquer et rappeler que l’éducation, l’université sont en première ligne, que le progrès de la science et des savoirs se nourrit du libre examen, du rejet de l’argument d’autorité et de l’indépendance de jugement.
Expliquer et rappeler aussi, très fermement, de façon à colmater les trous dans l’argumentation et la possible impréparation de celles et ceux qui sont en première ligne dans cette guerre, que la tolérance n’est ni l’hésitation, ni la transaction sur les principes, ni la pusillanimité, ou l’équivoque dans leur expression.
Expliquer la nécessité de bien distinguer entre le respect de la personne et de la liberté d’autrui, exigences fondamentales du vivre ensemble et un possible irrespect envers les opinions d’autrui: comment en effet respecter ce qui est jugé faux, ce que l’on condamne, ce que l’on s’efforce de détruire. La tolérance ne rend pas le meurtre licite, ni même compréhensible.
Expliquer que la tolérance n’interdit pas d’avoir des idées ou des opinions, de les exprimer et d’argumenter en leur faveur.
Enfin, expliquer et faire sien le propos du grand mathématicien Henri Poincaré, à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de la fondation de l’Université Libre de Bruxelles, le 21 novembre 1909 :
« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être. »

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