La formation universitaire au service des territoires ?

La formation universitaire va-t-elle devenir le cheval de Troie d’une régionalisation des universités ? Dans une contribution collective publiée par le blog Gaïa Universitas (ici), portant sur l’articulation entre le lycée et l’enseignement supérieur, le « groupe Marc Bloch » établit un lien direct entre formation universitaire et régionalisation.

Dans cette contribution, une importance particulière est donnée « aux territoires », à travers un certain nombre de formules qui mériteraient d’être clarifiées. Voici quelques éléments d’analyse : proposition Marc Bloch puis, en italique, l’interrogation qu’elle soulève :

=>les enjeux territoriaux sont déterminants

quels enjeux ? en quoi sont-ils –aussi- universitaires ?

=> la question de la carte des formations revêt une importance forte pour les étudiants les moins favorisés

pourquoi (seulement ?) pour ceux-là ? serait-il postulé que seuls « les pauvres » -pour parler crument- « ont vocation » à « étudier au pays » ?

=> l’égalité des territoires est un élément important, à prendre en compte

la formule revendique-t-elle une égalité des territoires qui reste à conquérir ou s’agit-il d’une expression rituelle qui engage à considérer cette (illusion d’) égalité comme le socle de la réflexion ?
=> la question du réseau des formations du supérieur est importante pour l’objectif d’égalité des territoires.

cette fois l’égalité est bien donnée comme un objectif ; à travers la notion de réseau s’agit-il de distribuer les formations « selon les territoires », initiation au macramé ici, cours d’origami là ?

=> les COMUE pourraient être responsabilisées et leurs compétences pourraient être étendues : compétences de pilotage de l’offre des établissements membres et compétences d’agence qualité pour l’ensemble du post-bac du territoire sans être nécessairement l’opérateur de tout.

« responsabiliser » les ComUE est surement une bonne idée, mais au nom de quoi et de qui seront validées puis exercées ces compétences « nouvelles », notamment celles d’ « agence qualité » ? s’agit-il d’inventer des « agences régionales de la formation supérieure » chargées d’adapter les politiques nationales sous forme de « schémas régionaux d’organisation des formations supérieures », prévoyant « une carte des formations pensée autour de l’organisation universitaire » ?

La régionalisation de l’enseignement supérieur est-elle programmée ?

Promulgation d’une loi qui considère que les établissements d’enseignement supérieurs doivent être « en lien avec les spécialisations de territoires », invention de la notion d’i-¬site à l’occasion du PIA 2, propositions du groupe Marc Bloch en regard d’enjeux territoriaux … les Régions et leurs élus ne sont pas restés indifférents à ces attentions. A l’occasion de l’examen -toujours en cours- du projet de loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) est apparu un amendement visant à renforcer la responsabilité de la région dans l’établissement et l’évolution de la carte régionale des formations supérieures et de la recherche.
Les Ecoles ne s’y sont pas trompées. La Conférence des Grandes Ecoles a publié un communiqué de presse, en date du 26 janvier 2015. Pour la CGE « cet amendement met en évidence les dangers contenus dans la loi du 22 juillet 2013 en ce qu’elle tend à favoriser une vision régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche, à travers les regroupements de sites, alors que les entités qui les composent doivent au contraire viser l’excellence dans un contexte beaucoup plus large et des réseaux qui dépassent la dimension locale ».
A lire son communiqué sur le même sujet (ici), la CPU est à l’évidence plus embarrassée. Sans doute les présidents d’université considèrent-ils que l’amendement présenté en séance « attribuant de fait à la Région un pouvoir d’approbation de la carte des formations d’enseignement supérieur et de la recherche » est inacceptable. Cette désapprobation n’inclut malheureusement pas la (ré)affirmation de la dimension nationale et internationale de l’enseignement supérieur. La CPU évoque plutôt une « logique de co-construction » et le fait que « les universités, notamment par le biais des COMUE et des Schémas régionaux de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (SRESRI), travaillent au quotidien avec les régions à la définition des cartes des formations supérieures et à leur cohérence régionale ». Il n’est pas certain que ce soit là une condamnation très ferme, ni un perspective clairement décrite !
Allons-nous vers un renforcement de la différenciation : d’un côté la majorité des universités (corsetées par les machines que sont les ComUE et stimulées par les i-site) auraient le soin d’assurer une formation de proximité, de l’autre les Ecoles, les universités-avec-idex et les institutions privées, seraient en charge de la recherche et de la formation des élites ?
Pour rappeler l’identité des universités et leurs missions, faudra-t-il s’en remettre, outre la Conférence des Grandes Ecoles, à Catherine Vautrin, ancienne ministre UMP, élue présidente de l’Avuf (Association des villes universitaires de France) en juin 2014, pour qui « il ne faut pas réduire l’importance de l’université à un pôle géographique ». Le fondement de l’université, ajoute-t-elle, « n’est pas sa localisation, mais les disciplines qui font sa reconnaissance nationale ou internationale » et propose de travailler « là-dessus »  (voir ici).

On peut aussi penser que le redécoupage des Régions, en cours, rend (déjà) caduques les actuelles ComUE -du moins hors Ile de France, mais les ComUE ont-elles jamais eu autre projet que de traiter les situations franciliennes- ? Dans un contexte de régionalisation accentuée, il faudra bien, d’une manière ou une autre, caler les universités sur les nouvelles divisions territoriales. L’après-ComUE sera très vite à l’ordre du jour.
Une question : y aura-t-il alors encore un enseignement supérieur capable de penser sa réforme ou la lassitude des personnels laissera-t-elle (enfin !) la gestion de l’université à l’énarchie ?

 

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