Accès à l’université, évaluation des COMUE et des IDEX, l’avenir des universités c’est déjà aujourd’hui

Les « promesses » d’aujourd’hui inaugurent l’écriture du scénario de ce que demain sera. A cet égard je voudrais relever plusieurs informations de ces derniers jours
D’abord, parce qu’il y est question de ceux qui contribuent au vivier de l’enseignement supérieur à venir, une note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP n° 08 – Mars 2015) porte en titre « la voie professionnelle (au baccalauréat) représente désormais un tiers des candidats ». La note est sans doute positive en elle-même. Elle marque un accès plus large à un niveau de connaissance, de compétence et de diplôme. Cette évolution rend pourtant plus que jamais nécessaire la révision de la relation entre l’obtention d’un baccalauréat et l’accès à l’enseignement supérieur. Des questionnements sont en cours. La « solution » est-elle vraiment dans la création d’une voie parallèle, un tube où engouffrer les titulaires d’un bac pro pour les mener à une licence, ainsi sur le modèle de l’Ecole Vaucenson ? Possiblement profitable à quelques-uns, cette démarche est-elle généralisable ? Y aura-t-il deux types de titulaires d’un bac pro, ceux qui seront pris en charge sur la base d’un financement via la taxe d’apprentissage et une subvention d’équilibre versée par la Région (montage actuel à l’Ecole Vaucanson –voir ici-) et les autres que l’on retrouverait, par exemple, à l’université ? La revendication doit-elle être « études supérieures pour tous » ? La double question du coût social (y compris des frustrations éprouvées par ceux qui resteront coincés dans un cul de sac, même réaménagé) et de la formation par apprentissage ne peut être ignorée. Au moment où se creuse un écart entre une France « de la périphérie » et une autre réputée « nantie », l’urgence citoyenne n’est-elle pas à veiller à donner à tous, « pour de vrai », une formation et un emploi, pas simplement un accès à la formation et au travail. La formule d’un ancien directeur marketing devenu premier ministre, à propos d’une « France d’en bas » n’était qu’illusoirement habile. Elle est aujourd’hui retournée pour dénoncer les « hauts fonctionnaires » et plus généralement le discours « hautain » prêté aux gouvernants, et faire ainsi les beaux jours, voire les beaux lendemains d’élection, du Front National. Dans Illusions Perdues, Balzac évoquait déjà un « haut » (du pouvoir et des salons) et un « bas » (du travail et du commerce) à Angoulème. Le titre du roman est déjà un commentaire, il peut être vrai aussi pour aujourd’hui si nous n’y prenons garde.

A propos de professionnels, de professionnalisation, d’apprentissage, d’entreprises et de concertation stratégique, pourquoi les COMUE sont-elles si indifférentes aux pôles de compétitivité ? Si ces COMUE doivent mailler des territoires pourquoi ne pas leur adjoindre des décideurs économiques venus des pôles de compétitivité plutôt que des élus régionaux ? La question mérite analyse.

Outre ce hiatus en matière de représentation de la société civile, vu du CNESER, les COMUE attestent d’un autre glissement entre ce qui est et ce qui fait semblant d’être. Sur les 21 projets de statuts de COMUE annoncés, seuls 18 projets ont été examinés. Au fil des études se sont confirmées les insuffisances de ces constructions précipitées et bureaucratiques. Le bilan comptable s’établit ainsi, à ce jour : 2 avis favorables, 1 avis partagé pour un projet et 15 avis négatifs. Il est vrai que le CNESER n’est que consultatif ! N’empêche que seuls 13 décrets de création de COMUE ont été́ publiés (7 en 2014, 6 à ce jour en 2015). N’empêche aussi (surtout !) que tout semble fonctionner comme si les COMUE étaient effectivement créées partout et qu’elles pouvaient donc porter, effectivement et légitimement, des accréditations des formations et des dossiers de candidature de nouveaux IDEX.

Il y a quelque chose d’étrange dans cette (illusion ?) de légitimation de facto, faux nez d’une légitimité de jure que l’on croirait pourtant être un ingrédient essentiel à la robustesse de la gouvernance, garantie formalisée d’une affectio societatis.

Ces exigences méritent largement d’être revues à la lueur du substantiel (191 pages) rapport parlementaire « en conclusion des travaux de la Mission d’évaluation et de contrôle sur la gestion des programmes d’investissements d’avenir relevant de la mission Recherche et enseignement supérieur » (voir ici).

Trois points d’attention sont donnés comme essentiels :
(1) « Veiller à la solidité et à l’efficacité de la gouvernance des Idex » ce qui veut dire aussi que si cette gouvernance venait à être transférée à une COMUE, il y faudrait « un établissement préalable par celle-ci, pour sa propre gouvernance, de règles solides et claires, associant les établissements des grands organismes de recherche nationaux présents sur le site, et procédant d’une véritable affectio societatis entre ses composantes ».
(2) la création de nouvelles Idex, que ce rapport tend à encourager, y compris au-delà de l’actuelle seconde vague, devra continuer à être soumise à « de réels efforts des sites candidats en vue de l’excellence et d’une gouvernance robuste ».
(3) le suivi des investissements et, au-delà, la pérennité des actions doivent mener à une prise en compte effective et réaliste des coûts indirects, et, « à terme, le calcul des financements à coûts complets » ce qui implique d’ériger en priorité l’établissement d’une comptabilité analytique précise et fonctionnelle au sein des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.
Ces remarques en elles-mêmes, comme d’ailleurs l’ensemble du rapport – j’y reviendrai dans un prochain billet – forment déjà un vaste programme en forme de défi, pour les idex en cours comme pour ceux qui sont et seront en projet, mais aussi pour l’ensemble de l’enseignement supérieur. L’autonomie des universités qui ne semble plus devoir être remise en cause, appelle des financements stabilisés, une stratégie qui ne pourra se limiter aux contours des régions, fussent-elles élargies, et des gouvernances capable d’élaborer puis de mener des projets.
Ces divers constats et défis, cette urgence non à indéfiniment « réformer » (ce qui ne fait que déstabiliser) mais à bâtir la cohérence et l’attractivité de l’ESR, constituent aussi un indicateur supplémentaire de la nécessité de maintenir un ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche capable de les impulser, qui, donc, ne soit pas simplement un « secteur » d’un ministère de l’Education nationale qui a déjà la responsabilité d’assurer une formidable mission. L’ESR ne saurait d’ailleurs pas plus être une annexe du Ministère de l’Industrie qui établirait une dommageable coupure entre recherche et formation.

Il ne suffit pas de penser que le monde de l’enseignement, notamment supérieur et celui de la recherche sont en mutation, il ne suffit pas de vouloir accompagner ces évolutions, il est décisif d’en prévoir les contraintes et de leur donner des jalons utiles et des objectifs ambitieux. Le PIA est là pour rester, trop de temps a déjà été perdu à le mal comprendre, il serait encore plus dommageable de ne pas prendre les mesures nécessaires à la construction de son avenir.

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