refonder l’école c’est piloter autrement qu’en mode conflit

Refondation … rupture … ces formules rythment le discours politique alors que revient sans cesse le constat que les changements de cap ne modifient pas véritablement la marche du navire France.

Sans sombrer dans la déclinologie ou la morosité, et même, justement, pour ne pas s’y laisser aller, repartons de l’idée simple que le changement dont nous avons besoin, c’est l’émancipation des approximations et une définition clarifiée des enjeux.

Savoir où l’on va, savoir expliquer pourquoi et éviter de rater la cible comme dans ces quelques exemples, volontairement limités au monde de la formation.

« Tous les élèves ne réussissent pas aussi bien à l’école, pourtant celle-ci fait tout ce qu’elle peut pour rétablir l’égalité des chances ». Voilà le socle qui fonde les programmes que les refondations successives assurent retrouver. Pourtant l’on constate que « la France de l’échec scolaire est dans son immense majorité issue des catégories défavorisées ». Au second stade de l’analyse le lien entre ce clivage et l’organisation de notre système scolaire s’impose, et avec lui le fait que les options ou les parcours particuliers sont le moyen d’installer une fonction de tri qui sépare les élèves les uns des autres plutôt que de préparer à des études ultérieures (voir ici)

Il est tellement convenu de caractériser le système universitaire anglais par ses droits d’inscription élevés que l’opinion néglige le rôle des résultats aux examens de fin de secondaire dans le processus de sélection. De même sont rarement intégrées les conséquences de ce mécanisme, en amont sur les établissements secondaires, en aval sur les universités elles-mêmes entrainées dans un marché concurrentiel où il s’agit d’attirer les titulaires de l’équivalent d’une mention Bien à l’équivalent de notre bac (soit au moins AAB aux A levels). A ceci s’ajoute le fait que l’accès à l’enseignement supérieur n’est considéré ni comme un droit, ni comme une manière d’occuper les jeunes au sortir du secondaire. Ce modèle, si rarement pris en considération, va pourtant de pair avec une absence de stigmatisation des formations appliquées, et une orientation qui tire son sens des sélections mises en place. A cela on peut ajouter la qualité généralement reconnue de l’enseignement britannique. (pour prolonger la réflexion voir ici)

La lutte résolue de l’UNEF en faveur de la quasi-gratuité de l’enseignement supérieur est aussi une manière d’écran pour plusieurs contradictions. D’une part est méconnu le fait qu’un système gratuit génère de l’inégalité en ce qu’il ne permet pas d’aider ceux des étudiants qui en ont besoin, mais, plus encore, la revendication oublie la mixité d’un système tel que, à côté du dirigisme étatique qui impose des frais d’inscription bas et uniformes à travers les universités, s’est installé un « laissez-faire » pour les établissements qui soit sont largement autonomes (IEP) soit ne dépendent pas du MESR (écoles d’ingénieur), soit relèvent du secteur privé.

Facteur aggravant, confrontées à une crise financière, les filières universitaires, démunies car quasi gratuites, s’efforcent de restreindre leurs accès, avec cette conséquence paradoxale que les nouveaux étudiants iront dans l’enseignement supérieur privé, notamment à but lucratif, dont les effectifs ont fortement augmenté ces dernières années (voir le tableau)

On pourrait ajouter à ces exemples, le débat sur la notation qui oublie que la note parce qu’elle ressemble à un outil de mesure, au même titre que le litre ou le kilo, offre en effet un outil commode pour organiser et surtout justifier des décisions de passage de classe et d’orientation déconnectées de tout projet au profit d’une mécanique sans retour. En outre une telle « religion de la note » masque la non-résolution de la question de l’évaluation.

A fin d’illustration on pensera aussi aux diverses mesures symboliques  comme la « journée du drapeau » ou plus perverses comme la déchéance de nationalité, qui détournent de l’échec de la politique d’intégration et des questionnements autour des liens (et souvent de leur absence) entre le « vivre ensemble’ » et le « étudier ensemble ».

On pourrait se demander si des écarts de même type, où des raideurs et des apriori font dévier les réflexions, ne se retrouvent pas dans tout le débat social. Qu’en est-il de la relation entre le refus du travail précaire, la massification du chômage et la perte du puissant intégrateur social qu’est le travail ?

Ne pas affronter les dysfonctionnements pour ce qu’ils sont, c’est naturellement les prolonger, voire les aggraver.

Dans la rubrique « alors quoi faire ?», le plus étonnant me semble être le faible retour vers cet autre mode de désignation des élites, le suffrage universel.

Constatons d’abord un premier décalage, les origines professionnelles des élus forment une nébuleuse très éloignée de la réalité de la société. S’y ajoute le fait que la part de sa vie consacrée par l’élu à des activités professionnelles est parfois bien courte. On consultera, par exemple, voir ici, l’analyse proposée par le Huffington Post à l’issue des législatives de 2012, on la complétera en consultant, voir ici, les graphiques et les histogrammes présentés dans un blog abrité par Le Monde.

Outre cette distance, ces désignations sont marquées par une autre exception française : le mode de scrutin. Ce point n’émerge que rarement, alors que la sphère médiatique s’interroge si souvent sur la bipolarisation, et désormais sur un jeu à trois bandes qui ne pourra éternellement être retardé par les plaidoyers en faveur du faire-barrage, procédure, reconnaissons-le, bien peu en phase avec les principes de la démocratie représentative.

La bipolarisation dont le point fort est la présence de seulement deux candidats à l’élection présidentielle se poursuit ainsi en intégrant le troisième partenaire pourvu que ce soit par rapport à lui que chacun est sommé de se situer. Le plus important semble-t-il est de préserver l’affrontement (délétère) inscrit dans le mode de scrutin, et dont l’étrange maitre mot est « l’alternance », une mécanique dont la logique est l’élimination de l’autre pour pouvoir gouverner à sa place. La France est ainsi structurellement construite comme le pays de la rupture et de l’affrontement, pas question de « contrat de gouvernement ». Pensez donc un compromis ! Fi ! Pourquoi pas une compromission ?

Le temps du pouvoir commence par la destruction joyeuse de ce que l’autre a mis en place, ensuite, naturellement il reste peu de temps pour gouverner. La clef du jeu de massacre est bien entendu dans le scrutin, un (premier) tour pour choisir et un (second) tout pour éliminer, jamais de temps pour trouver des réponses aux mutations du monde, encore moins pour expliquer les raisons de ces réponses.

Et si c’était le mode de fonctionnement du pays qu’il fallait refonder ? Et s’il s’agissait de prendre en compte l’arrivée d’un monde nouveau qu’il faudrait pouvoir affronter au travers d’une large alliance, dépassant les clivages politiques ? Et si cela passait par une véritable mise en commun des idées, des projets et des personnes, un système où il ne s’agirait plus de mettre l’autre à l’écart pour plusieurs années, en attendant l’alternance, c’est à dire le droit de mettre l’autre moitié du pays à l’écart. Et si l’attention de « l’opinion » était attirée vers ce qui se passe ailleurs …. par exemple vers l’Allemagne dont les succès sont vantés, où l’actuel gouvernement (Merkel III) correspond à une grande coalition entre la CDU/CSU et le SPD, il succède au gouvernement Merkel II fondé sur une « coalition noire-jaune », CDU/CSU et FPD.

Et si la France savait redevenir une république et cesser d’être un pays où le destin de tous est remis à un seul, où l’élection présidentielle devient la seule qui vaille (la récente révision de la constitution et le mandat de 5 ans en attesteraient s’il en était besoin).. L’urgence est sans doute d’autant plus grande que le costume de héros national qu’un général, un jour, avait voulu taillé à ses mesures, est, ma foi, devenu bien grand pour beaucoup de ceux qui prétendent le porter, si grand même que ceux qui ne s’en sont pas si mal accommodé, ont en même temps imposé un régime de gestion bien personnel !

Il faudrait sans doute aussi se demander comment l’histoire récente comme ancienne est « racontée » de rupture en rupture, sans expliquer aussi (au moins aussi!) comment les mondes nouveaux émergent des synthèses effectuées entre la novation et la tradition. Après tout, il n’est pas interdit de se rappeler que la « refondation » de la France en 1945, s’est faite à partir du programme du Conseil National de la Résistance dont la double caractéristique est d’avoir été adopté par tout l’éventail politique représenté au sein de la Résistance française et, ce qui n’est pas négligeable, d’avoir largement été appliqué.

La France de 1945 appartient au passé et le programme d’alors a largement besoin d’être réévalué, il n’empêche qu’il y aurait grand besoin de retrouver l’efficacité qu’il porte, d’un travail en commun, au-delà de clivages qui e réduisent d’ailleurs souvent à des querelles identitaires visant à faire émerger un candidat.

S’engager sur une telle voie, une telle refondation, exigera des efforts et beaucoup d’argumentation et de persuasion. N’oublions pas qu’au bout c’est la démocratie et sa capacité à porter réponse aux difficultés du moment, qui sont en cause.

On ne peut pas se contenter d’une souveraineté exercée par un électeur sur deux (en France, la participation aux dernières législatives (2012) était de 57,23 (1 tour) et 55,60 (2 tour); pour mesurer les écarts entre les les chiffres de participation en Europe et observer l’exception française du scrutin à deux tours, voir ici)

 

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