Surtout ne rien changer !

N’aller « ni plus loin, ni moins loin », « se conformer à l’existant », « sécuriser la situation des universités et des étudiants », voilà les ambitions du secrétaire d’Etat face aux questions soulevées par la situation de fait des scolarités en master, et le récent avis du conseil d’Etat (voir ici).

Afin que tous mesurent la hardiesse du propos et la pugnacité de la résolution, le ministre précise : « la sélection en master ne va ni augmenter, ni diminuer ». « Sélection », le mot tabou n’est présent que pour avertir que la vague demeurera étale, D’ailleurs, pour être bien assurés que l’UNEF ne sera pas fâchée, le droit de tout étudiant à poursuivre ses études en master jusqu’au terme de ce cycle est réaffirmé. Bref c’est « tout change pour que tout reste pareil » ; on comprend mieux pourquoi et comment le changement c’est maintenant.
Les masters restent marqués au coin de l’ancienne logique du « 3+1 » qui caractérisait les maitrises ancien système tandis que les masters actuels ne sanctionnent effectivement une licence en trois ans suivie d’un mastère en deux ans (3+2) qu’à la condition que la deuxième année ne soit pas la partie d’un cycle mais le franchissement d’une frontière invisible mais bien réelle. Subtil !
Reste à expliquer pourquoi le seuil ne peut être placé à l’entrée du cycle et pourquoi une fois logée à la pliure du cycle, la limite à l’accès en deuxième année ne vaut que pour une progression linéaire dans la même discipline alors que sera permise (encouragée ?) une poursuite d’études dans un domaine qui n’a pas été étudié pendant la première année du master, voire guère avant. Un master protégé, certifié en quelque sorte, pour les uns, un master « attrape tout » dont la valeur sur le marché du travail ou dans l’étalonnement des diplômes demeurera discutable, pour les autres. Ah les charmes de l’orientation … (qui a ajouté par « l’échec » ?). Disons-nous, en mode consolation, que la vertu républicaine demeure sauve : il n’y a pas de sélection en master (qui a dit sauf déguisée ?).
Puisque l’heure est à la facétie, je propose de lire le propos du ministre (ici) jusqu’au bout et d’aborder, comme il y invite, cette question essentielle ; « Existe-t-il encore de véritables différences entre la droite et la gauche concernant la politique universitaire ? ».
Un frisson parcourt le citoyen/électeur (naïf ?) qui, après avoir noté la levée en masse des opposants « de gauche » à la loi LRU se demande soudain si était bien exacte l’impression qu’il avait fugacement ressentie selon laquelle la nouvelle loi, dite loi Fiorasso, n’était, finalement, à l’exception notable de l’invention des COMUE, pas si différente de la précédente. Ce même citoyen avait déjà reçu des échos des propos tenus par Vincent Berger, ancien président de Paris VII, rapporteur des assises nationales de l’ESR puis conseiller du président de la République, et maintenant directeur de la recherche fondamentale du CEA, lors du colloque Institut Montaigne-Terra Nova d’octobre dernier ( ici), qui assurait que « pour l’enseignement supérieur et la recherche, sur les vingt dernières années, il y a eu globalement un consensus entre les gouvernements successifs de droite et de gauche ». On se prendrait vite à s’interroger, consensus d’un ministre l’autre, pourquoi pas … mais quid des résultats, des progrès pour l’université française ….
Et voilà que Thierry Mandon s’inquiète de s’assurer qu’il y a bien encore quelque chose qui distingue la droite de la gauche. Il apporte lui-même la réponse dans ce même entretien « nous (lire « nous la gauche ») sommes persuadés que les droits d’inscription à l’université doivent demeurer faibles »
Droite / Gauche, parfois, pour certains, la distinction semble difficile à établir, voilà donc la pierre de touche, l’usage (à plusieurs sens du mot) de la sélection, elle est ce par quoi tel se révèle « de droite », tel « de gauche. Pourtant, « sauf les aveugles, ça va de soi », tout le monde voit bien que le système éducatif français devient de plus en plus sélectif ! De même, autre vache sacrée, la faiblesse des droits d’inscription à (une partie de) l’université ne masque plus la pratique grandissante de frais de scolarité fort élevés, en attendant que les deniers de l’Etat se raréfient encore et que les établissements, voire les filières, se distinguent de fait par la capacité relative de chacune à récolter des fonds (y compris) privés pour l’enseignement public. Cet enseignement supérieur financé à deux vitesses, s’accompagne d’une inégalité frappante de la répartition des moyens sur le territoire national. On notera que la pratique commune aux gouvernants qui se sont succédés depuis ans, quant aux désignations d’idex contribue à la manifester et la conforter. Que cette situation soit irréversible ou non est moins troublant que le sont les pathétiques manœuvres pour la dissimuler.
L’apparence triomphe, la différenciation principale est celles des votes captés, la reconnaissance de chacun se fait sur la capacité à séduire l’électeur au nom de valeurs qu’il voudrait voire défendues mais dont les divers bateleurs d’estrades électorales, se contentent de jouer. Je ne suis pas certain qu’il y ait là un gain, même pas au grand carnaval de la différenciation. Je suis certain que ce n’est pas la voie du changement.
Le changement passe par l’identification de ce qui est.
« Call it what it is »  a-t-on envie de rappeler (écouter ici)

Encore faut-il néanmoins aussi prendre des décisions et les appliquer, cesser de se contenter de rustines et d’emplâtres, rompre avec les petits pas en tous sens et contre-sens, pour construire une stratégie lisible et cohérente et s’y tenir ; les ambiguïtés quant à la formation en master, son articulation avec l’amont comme l’aval dans un système dit 3/5/8 (LMD) que la France a adopté et des procédures qui y donnent accès, sont dommageables pour tous.

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