Vous avez dit « réussite éducative » ? Le contre-exemple du Canada.

Une réussite améliorée, mieux partagée, une baisse du décrochage scolaire, une approche par compétences, adossée au développement de l’interdisciplinarité … la réforme dite de « refondation de l’école » vise une « réussite éducative » (voir ici)

Sous cette dénomination de « réussite éducative », avec des objectifs semblables, le Canada dont l’intérêt pour les techniques éducatives est bien connu, a mis en place un processus similaire (à se demander si l’un n’aurait pas été inspiré par l’autre …).

La réforme a été introduite dans les écoles secondaires du Québec au début de l’année scolaire 2005 et implantée, une année à la fois jusqu’en 2010. En 2007, deux chercheurs de l’Université

Laval, accompagnés par une importante équipe de recherche, se sont vu confier par le ministère canadien de l’Éducation, du Loisir et du Sport le mandat d’évaluer le dispositif.

3724 jeunes et 3913 parents répartis en trois cohortes distinctes dont deux seulement étaient soumises à la réforme, ont participé à cette étude panquébécoise, échelonnée de 2007 à 2013. Le rapport final établi suite à cette étude et daté du 14 août 2014, compte plus de 100 pages, de nombreux tableaux et graphiques, onze annexes. Ce document très lisible et très complet a été rendu public (ici)

Sa consultation sera(it) précieuse. Pour l’immédiat je dois me contenter de deux brèves citations et d’un extrait de la conclusion

« l’objectif de lutte contre les inégalités n’a donc pas été atteint. Mais ce n’est pas tout : les élèves ont également développé une vision plus négative de l’école, tout comme leurs parents. »

« il ne faut pas négliger l’hypothèse voulant que les demandes incessantes de changement adressées au milieu scolaire aient créé du stress et de la résistance, diminué le sentiment d’efficacité des enseignants et influencé indirectement la qualité de l’enseignement et de l’encadrement des élèves. »

« Ce rapport a ainsi permis de répondre de manière exhaustive à la question de départ, qui était la suivante : dans quelle mesure l’application du PDF permet-elle aux élèves d’accroître leur engagement dans leurs apprentissages, d’acquérir les connaissances disciplinaires attendue s et de développer les compétences visées ainsi que d’améliorer leur réussite scolaire ? La majorité des différences observées entre les élèves du Renouveau Pédagogique et ceux qui n’y ont pas été exposés nous indiquent que, contre toute attente, le Renouveau Pédagogique n’a engendré que peu ou pas d’effets positifs chez les élèves. Comme mentionné auparavant, les tailles des effets négatifs sont parfois modestes, mais même faibles, ces effets sont contraires à ce que les décideurs souhaitaient en implantant cette réforme du système éducatif. Même s’il faut se donner du temps pour voir les effets d’une réforme, les résultats nous indiquent qu’il importe de suivre la situation de près, notamment pour les garçons, les élèves de milieux défavorisés et les élèves à risques »

Ce rapport, n’est pas ignoré en France, ainsi un récent article du magazine « Le Point » (11/03/2016- ici) en rend compte ; déjà le 5 février 2015, le « café pédagogique » qui traite de l’actualité pédagogique sur internet consacrait un de ses « expresso » (ici) à ce rapport et donc cette réforme.

Pour user à mon tour d’une prudente litote je dirai que, pour des raisons variées et parfois contradictoires, la réforme en cours en France ne fait pas l’unanimité. Dans ce contexte, pourquoi ignorer l’expérience canadienne ?

On aimerait penser que le temps de Voltaire et de son dédain pour les « arpents de neige » soit révolu et qu’un réel profit puisse être tiré de l’expérience canadienne, d’autant plus qu’elle est menée avec un maximum de précautions et d’observations scientifiques.

L’urgent de l’école de la République passe par un retour de la confiance entre ses acteurs, par sa réévaluation, y compris dans la considération, pas par une « refondation » techniciste qui fait la part trop belle aux dogmatismes, tellement qu’aucune expertise du projet et de ses résultats n’est annoncée.

 

3 Comments

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3 Responses to Vous avez dit « réussite éducative » ? Le contre-exemple du Canada.

  1. Mohr

    Une petite erreur, mais qui a du poids quand même : ce sont 3724 jeunes qui ont été évalués et non 724, ce qui rend l’étude plus sérieuse.

  2. Prière de noter qu’au Canada il n’y a pas de Ministère de l’Éducation Nationale, tout se tient au niveau provincial, il y a donc autant de ministères que de provinces…

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