De la non-bienfaisance des COMUE

Jusqu’ici le doute était permis quant à la justification des COMUE. Il leur était bien difficile de ne pas apparaître comme un de ces « machins » que, dit-on, de Gaulle brocarda naguère… une structure mise en place au profit de la diffusion des structures, une couche supplémentaire du mille-feuille, couteuse en frais de fonctionnement, gourmande en personnels, d’autant plus persuadée de son importance que les compétences à elles dédiées était peu nombreuses.

N’en reste pas moins que la loi Fioraso a mis de telles COMUE à la tête de « sites » dont le « périmètre » est la seule justification et l’unique « cohérence ».

Les COMUE, interlocutrices privilégiées de la tutelle, investies de la responsabilité de la « politique » des sites, chargées d’en penser puis d’en décliner la stratégie, étaient de fait mises en position de régenter l’espace dont elles s’étaient emparé.

Pour véritablement s’affirmer comme les stratèges souhaités, il reste aux COMUE à faire le preuve de leur efficacité, au delà de la capacité à structurer que la loi leur postule.

Une intéressante occasion de mesurer cette capacité, voire son efficience, dans le cadre de la mise en place d’une « politique de site », vient d’apparaître avec l’évaluation des mesures décidées dans le fil de l’orientation proposée par le rapport Juppé-Rocard, qui fonde le PIA et les Initiatives d’Excellence, soit le « financement d’opérations véritablement transformantes conduites par cinq à dix groupements d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche sélectionnés par un jury international ». En effet, à côté du jury international qu’il a mandaté pour évaluer les candidatures à la reconnaissance comme « Idex », le CGI a demandé à France Stratégie de constituer un comité d’experts chargé d’effectuer un examen indépendant des effets « à mi-parcours » du PIA. Un rapport a été rendu le 29 mars 2016. On trouvera le texte de ce rapport, consacré à la totalité du PIA mais où une large place est faite à l’enseignement supérieur (domaine qui représente 50 % de l’enveloppe totale du PIA), sur le site de France Stratégie (ici). Il est accompagné d’un document de synthèse et de propositions (ici).

Educpros en tire un article (ici) qui met en valeur les différences liées au statut du « porteur » du projet.

La différence de conduite et de résultat soulignée par les experts est tout à fait remarquable (et même surprenante comme le signale le rédacteur de l’analyse portée par Educpros) :

« De manière inattendue, ce sont trois grandes universités régionales (Bordeaux, Strasbourg et Aix-Marseille) qui ont tout à la fois fait preuve d’excellence, adopté une gouvernance efficace et entamé, voire conclu, le processus d’intégration-fusion. À l’inverse, les candidats naturels à l’excellence, regroupés autour de Normale Sup à Paris et des grandes écoles d’ingénieurs à Saclay, ont eu non seulement des difficultés à se regrouper et à formuler un projet, mais ils ne parviennent toujours pas à dessiner un chemin crédible vers la constitution d’universités de recherche« , estiment les experts. Et d’ajouter : « Entre ces deux cas, les regroupements d’universités parisiennes paraissent particulièrement laborieux« .

A y regarder un peu attentivement, l’opposition pourtant ne me semble pas être du type Paris/province, même si elle la recoupe, mais bien universités complètes fusionnées (Aix-Marseille, Bordeaux, Strasbourg) et structures ad hoc, nommées COMUE et étendues à tout le territoire. Se vérifie ce simple fait que s’il n’a pas été inventé de structure plus efficace que l’université, pour porter une stratégie de formation et de recherche, c’est sans doute parce qu’il n’y en a pas d’autre et que poser un chapeau sur des établissements demeurés autonomes ne leur ôte pas leur indépendance et leur capacité à vouloir défendre et protéger leurs intérêts.

On notera que ces  COMUE ne figuraient pas dans les premières évaluations menant au PIA et au statut d’Idex mais sont (miraculeusement) apparues après la première vague des idex et les « scandales » de la non sélection des établissements parisiens. On notera aussi que cette intervention directe de l’Etat ne s’est pas limitée à inventer les COMUE, mais a contribué plusieurs « prolongements » aux décisions du jury.

Les experts le signalent en ces termes :

«  Le gouvernement a presque toujours suivi les décisions du jury. Toutefois, il ne s’est pas contenté d’appliquer les décisions du jury : les projets HESAM et de Lyon, non retenus par le jury malgré une appréciation positive, se sont vu néanmoins allouer un soutien financier pendant trois ans, à hauteur respectivement de 27 et 18 millions d’euros ; dans le cas de Toulouse, la contractualisation a porté sur un projet qui ne correspondait pas au projet sélectionné par le jury ; enfin, le fait que l’université Paris 2 Panthéon-Assas se soit retirée de l’IDEX SUPER (Sorbonne Universités à Paris pour l’Enseignement et la Recherche) a conduit le gouvernement non pas à abandonner le projet mais seulement à réduire la dotation allouée » (bas de la page 4 du document de synthèse). De même, pour les experts a été « objectivement affaiblie l’incitation aux regroupements entre grandes écoles et universités ». (page 5) On peut sans doute supposer que ceci n’est pas sans lien avec la situation sur le plateau de Saclay …

 

Soyons clairs, les COMUE ont permis à certains d’afficher une unité justifiant une candidature à l’idex et sa validation, sans passer par la case fusion. Le seul hic, évidemment, est que dans ce cas c’est aussi (surtout) la case définition et adoption d’une stratégie commune qui n’est pas visitée.

Peut-être serait-il judicieux (outre que ce serait moral) que soit suivie la recommandation formulée par le comité que soient effectivement soutenus «  ceux qui jouent le jeu »

Ou alors qu’on change le jeu …

A tout le moins que les règles s’appliquent pareillement à tous et partout, ainsi de Toulouse à Lille … à moins que l’exemple de l’une serve à l’autre et permette de trouver une réponse « structurante » à la gestion d’un idex de périmètre restreint aux universités métropolitaines mais porté par une COMUE assemblant notamment les trois autres universités de la Région (enfin dans son ancienne définition) et l’Institut catholique de Lille. Il est à noter que cette réponse permettrait de résoudre une contradiction également associée au le plan Campus, lui aussi lié aux seules université lilloises, mais placé sous tutelle administrative de la COMUE.

 

 

 

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