Et maintenant, après les évaluations des idex et le rappel de l’objectif , on fait quoi ?

Le PIA, les idex ont nourri des analyses, suscité des adhésions, enclenché des rejets, mobilisé des bonnes volontés, crispé des oppositions … au fil des discours et des dossiers l’objectif de l’opération a, étrangement, été perdu de vue. Plus exactement, dans bien des cas, les projets nés des annonces se sont cristallisés sur les financements, ont fait bon marché de ce qui était ressenti comme des contraintes et donc négligé l’idée qu’il ne s’agissait pas d’attribuer des financements complémentaires mais bien de permettre un nouvel élan de l’enseignement supérieur, en lien avec un investissement d’argent public, attribué selon des critères fixés à l’avance.

Voilà maintenant que, sur son blog, le groupe Jean-Pierre Vernant dépeint le président du jury des idex comme « le chef d’un tribunal bureaucratique en charge de la destruction de l’Université ». Outre que la formule, lourde de connotations, est malheureuse, elle oublie ce point central qu’alors qu’un tribunal vous convoque devant lui, personne n’a jamais été contraint de rencontrer les membres du jury idex et que le « pouvoir » de ce jury n’est jamais que celui que lui donnent ceux qui le consultent.

Symétriquement il n’est pas injustifié de considérer que personne n’a obligé les responsables des idex, notamment de celles qui n’ont pas été confirmées, à renoncer aux engagements pris. Ainsi, pour mémoire, on peut peut-être rappeler qu’en septembre 2013, via un courrier des présidents des quatre universités qui l’animent, l’idex Sorbonne Paris Cité était engagée à réaliser la fusion de ces universités, pour le premier janvier 2016. Il se trouve qu’au printemps 2014, Marie-Christine Lemardeley mettait fin à son mandat de présidente en faveur d’un poste d’adjointe à la Maire de Paris et que, dès octobre 2013, Vincent Berger interrompait son second mandat à la tête de l’université, pour rejoindre le cabinet du président de la République. Depuis, la perspective d’une fusion a tellement été abandonnée que l’état actuel du dossier excluait tout changement institutionnel dans les six prochaines années, sans apporter plus de précisions.

De son côté Toulouse a opté pour une « université fédérale » ce qui, de fait, signifie un joyeux tout est dans tout alors que le projet IDEX annonçait une université de recherche intégrée. Marie-France Barthet, présidente de l’Université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées, annonce d’ailleurs fièrement ce droit à l’exception, « nous avions obtenu, avec les nouveaux présidents élus au printemps 2012, de pouvoir substituer le modèle de fusion par un modèle fédéral ». ainsi, alors que le jugement du jury avait été formé après examen d’un dossier de type A, avec fusion, voilà que, par une convention postérieure, négociée hors concertation avec le jury des idex, ce dossier s’était mué en un dossier B, sans fusion. Toutes les candidatures qui avaient été écartées, au motif que leur projet de gouvernance n’était pas suffisamment « robuste », auraient alors été fondées à porter recours contre une modification des conditions du concours. Le fabuliste évoqua naguère ces pratiques « Plusieurs se sont trouvés qui, d’écharpe changeants / Aux dangers, ont souvent fait la figue », ce n’est pas pour autant qu’il faille l’approuver, ni alors ni maintenant.

La tendance de l’époque étant à crier à l’attentat contre la démocratie dès qu’une minorité de circonstances n’est pas admise à imposer sa volonté, il y a quelque chose de rafraichissant à ce qu’un jury réuni pour évaluer divers projets d’idex constitués par des universitaires et assurer le suivi de celles des idex qui avaient été présélectionnées, ait su imposer tout au long de la procédure, le respect de l’objectif premier de l’opération. Cet objectif avait, ne l’oublions pas, été rappelé d’échéance en échéance, il s’agissait de veiller à ce que les divers projets sachent  « faire la preuve de la crédibilité de leur projet et de l’attteinte de l’objectif : constituer une université de recherche de rayonnement mondial disposant d’une puissance et d’un impact scientifique de tout premier plan dans une palette étendue de champs de la connaissance. » <pour plus d’informations, lire –ici– le texte intégral du communiqué>

La décision du jury confirme ce projet d’idex comme étant bien un projet d’ensemble. Au-delà des trois dossiers qui ont été considérés comme définitivement validés, pour certaines idex le jury a estimé possible, malgré des insuffisances, qu’elles parviendraient sans doute, in fine, à « transformer l’essai ». Il ne reste donc que Toulouse et Sorbonne Paris Cité « tout simplement été stoppés », pour qui le jury a considéré « l’objectif Idex impossible à atteindre sans une dynamique toute nouvelle et des mesures de rupture. » L’important est de comprendre que la dynamique nouvelle attendue passe « simplement » par une rupture avec les pratiques en cours et la poursuite de la logique initiale.

Libre à qui voudra de trouver que l’objectif est médiocre, voire « destructeur », encore faudrait-il argumenter. Il faut pourtant aussi se dire que puisque l‘enjeu est une dotation en argent public, il n’est pas tout à fait inadmissible que la distribution d’argent public se fasse selon des critères convenus dont il doit être possible de rendre compte ? après tout, il y a même une juridiction ad hoc pour s’en assurer, cela s’appelle la Cour des comptes …

Libre aux mêmes ou à d’autres de penser que chercher à sortir de « l’exception française » est une erreur et donc d’y voir une « défaite », voire plus précisément, comme le fit un article du Monde (voir ici), de croire qu’avec cette décision « l’un des pans de la politique de la droite sur l’enseignement supérieur vient de subir un sérieux revers ». Est-ce bien sérieux ? D’ailleurs, une fois les projets reconduits sous la mandature suivante, à qui attribuer l’échec ?

La question se pose d’autant plus que l’intention du PIA rejoint ce que visait « l’initiative régionale et fédérale d’encouragement à l’excellence pour la recherche et la science dans l’enseignement supérieur allemand » lancée chez nos voisins en 2005. Il s’agit de donner à l’enseignement supérieur la cohérence, l’efficacité et surtout, l’attractivité qui lui manquent, notamment envers les étudiants formés hors des frontières du pays.

Avec ce choix courageux de maintenir l’obligation de respecter l’objectif c’est la question de la politique à construire et à suivre qui se pose, il ne suffit pas de dire « non ». L’ordre du jour, on pourrait dire l’objectif politique, est désormais d’avoir une stratégie, l’expliquer, y faire adhérer et l’appliquer, pour de bon.

Ce défi apparait étrangement inhabituel dans un monde politique si habitué à opposer des slogans, des principes et des choix pourvu que la cohérence idéologique l’emporte et que chaque « camp » conforte son identité. N’est-ce pourtant pas une demande de recours à d’autres voies qui s’exprime et cherche à la capacité à faire de la politique autrement ?

Il est temps de rompre avec les logiques rad-soc et les aphorismes prêtés à Henri Queuille, cet autre corrézien, notamment celui qui voudrait que « La politique n’est pas l’art de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »

Poser des questions et travailler à leur apporter des réponses est une bonne pratique. La mettre en œuvre est une des conditions d’exercice de la démocratie et de rejet des populismes. C’est sans doute aussi une condition de survie de nos sociétés. Une année nous sépare de la prochaine échéance électorale.

Be Sociable, Share!

1 Comment

Filed under Non classé

One Response to Et maintenant, après les évaluations des idex et le rappel de l’objectif , on fait quoi ?

  1. Vaillant

    J’aime beaucoup cette formule qui dit bien les choses: « La tendance de l’époque (est) à crier à l’attentat contre la démocratie dès qu’une minorité de circonstances n’est pas admise à imposer sa volonté. » C’est ce qu’on vit de plus en plus tous les jours, les minorités qui ne visent qu’à bloquer prenant de plus en plus d’essor que ce soit autour des raffineries de pétrole ou ailleurs! On reste debout, mais on a le sentiment que le pays vacille sous les coups de butoir
    des minorités.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *