Projets pour l’université et élections

Depuis de (trop) nombreuses semaines, plus rien n’est audible à l’exclusion de primaires dont le dénouement défie les pronostics et les attentes, voire les vraisemblances. A gauche, en favorisant un scénario de ré-invention de la gauche plutôt que d’ambition de remporter l’élection ; à droite, en couronnant un candidat que l’opinion sondagière n’avait pas annoncé et dont les contours, quoi qu’il en ait, s’effacent progressivement dans la brume des affaires. L’opinion publique qui, décidément, existe bel et bien, défait ainsi, à coup d’indignations, ce que l’apparence de froide rigueur des primaires avait tricoté.

A l’issue de ce détournement forcé, l’oeil ne découvre guère plus de clarté et de perspectives marquées dans le monde universitaire que dans le paysage politique.

Voyons pourtant quelques éventuelles saillances.

Un « cavalier » qui surgit de la nuit …

Pour tenter de sortir le projet toulousain de l’ornière, plus encore, pour venir au secours de l’aventure Paris-Saclay que le cour des comptes vient de diagnostiquer comme étant « dans l’impasse » (ici), la tutelle a tenté de relancer une opération « grand établissement », à la suite de ce qui avait été mis en place naguère pour fonder l’université de Lorraine. Le gouvernement a d’abord cherché à profiter de la discussion, au parlement, du projet de loi portant sur le « statut de Paris et l’aménagement métropolitain » pour déposer un amendement qui, selon les termes mêmes du texte, aurait facilité la possibilité pour les établissements membres d’une des formes de regroupement prévues dans la loi Fioraso, de « renforcer leur intégration pouvant aller jusqu’à la constitution, à terme, d’un seul établissement ». Cette proposition a finalement été retirée par le gouvernement alors qu’elle se situait pourtant dans le droit fil des recommandations du rapport de l’IGAENR sur lequel il me semblerait judicieux de revenir. En attendant, la chorégraphie qui l’emporte c’est un pas en avant, l’autre en arrière …

APB, trois lettres qui veulent dire « confusion » et « casse-tête »

L’acronyme semble a priori simple, APB c’est ce qui régule les Admissions Post Baccalauréat, les algorithmes le sont beaucoup moins, (lire, par exemple ici ) et finalement, la régulation des admissions reste complexe, elle aussi.

Gérer des admissions – si l’on met de côté la part importante des filières sélectives – c’est fluidifier le passage entre l’expression d’un vœu et l’inscription dans la filière souhaitée, sauf que cette gestion se double de fait d’une autre fonction qu’un biais ramène à la sélection. A partir du moment où n’existe pas de correspondance entre les demandes et les capacités d’accueil, la machine se retrouve bloquée par un retour nécessaire à des procédures de choix. Elle avait pourtant vocation à placer chaque demandeur dans la case ad hoc; en fait elle met surtout en évidence ce qu’il est convenu de nommer les filières en tension, et que la techno-langue a proposé de désigner sous l’expression traitement automatisé critérisé. Quelle que soit la formule, la réponse, tentée puis désavouée, dite du tirage au sort que le ministre avait pensé légaliser puis à laquelle il souhaite qu’il soit renoncé, pose en fait la question de la combinaison d’une orientation « plus fine » et d’une augmentation des capacités d’accueil. Naturellement, avec ces propositions, le ministre parle d’or (voir ici ) mais pas au point de dire « comment » ces pistes pourraient réellement être rendues envisageables …

C’est le retour de la chorégraphie « un pas en arrière, un pas en avant , et réciproquement» déjà évoquée … `la figure est d’autant plus confuse qu’elle marque, dans un cas comme dans l’autre, que l’hésitation plus que la résolution, domine les tactiques récentes, qu’il s’agisse du cavalier législatif envisagé dans le cas du « grand établissement », ou, pour sortir de l’injuste et absurde tirage au sort, le recours à des formules qui restent inapplicables sans moyens supplémentaires et/ou analyse prospective notamment sur les pré-requis, c’est à dire sur la continuité entre le diplôme couronnant un cycle et les exigences du cycle suivant.

vers quoi allons nous … au galop ?

La période est mal choisie pour hésiter … Il est désormais acquis que personne ne revendique l’héritage du quinquennat qui s’achève et qu’ainsi, à l’issue de la période électorale qui débutera le 23 avril, une volonté politique modifiée prendra le relais. Il fallait donc trancher vite sous peine de se condamner à atermoyer, ou se contraindre à prendre une décision dans l’urgence du calendrier des inscriptions, les phases d’admission via APB débutent en juin.

Tout cela n’empêche pas la parution d’un « livre blanc pour l’université et la recherche » qui préconise d’investir 10 milliards d’euros en dix ans. Ce pourrait être une cible ou du moins une étape vers une telle cible. L’investissement annoncé permettrait, disent les promoteurs de cette feuille de route, une croissance de dix points du PIB et la protection de 400 000 emplois face au risque de chômage et d’inactivité. (ici pour en savoir plus).

Cette feuille de route ambitieuse, forte de quelque 200 pages qui articulent les différentes stratégies nationales élaborées sous le quinquennat de François Hollande, à la suite de la loi Fioraso, arrive à la fin du mandat des élus actuels. Dans le contexte électoral, elle ne peut que s’adresser en fait au locataire de l’Elysée qui sera élu au printemps. Il va falloir dégager des priorités claires. Il va falloir que les candidats à la présidence intègrent le souci de l’université tandis qu’il appartient aux universitaires de veiller à l’image de l’université avec une efficacité suffisante pour intéresser les politiques.

Il est peu de pays où on envisagerait de développer des projets sans y associer l’université.

Outre ces échéances, l’urgence doit intégrer les contraintes économiques, notamment le fait que les sommes qu’il faut investir dans l’enseignement supérieur, devront croitre. Or, le coût nécessaire au développement de l’enseignement supérieur dépasse les moyens des finances publiques, il suffit pour s’en persuader d’observer la situation dans les établissements publics d’enseignement supérieur ou le récent rapport de la Cour de comptes « La comparaison de la situation française avec celle de ses voisins révèle le retard pris dans l’ajustement des finances publiques. […] »

Imagine-t-on accepter que la France renforce son retard ?

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