Présidentielles : urgence d’un projet pour l’enseignement supérieur

De droite, de gauche, ni droite ni gauche, quelle que soit la couleur politique qui les marque, les candidats à l’élection présidentielle, jusqu’ici, n’ont pas fait de l’université un sujet majeur. On pourrait dire aussi que, jusqu’ici, les universitaires ne sont pas parvenus à s’imposer comme un thème majeur dans les débats, ni de la primaire, ni en lien avec ce que nous savons des programmes.

Que l’essentiel des tenants du « système », pour reprendre l’expression stigmatisante à la mode, ait été formé dans des institutions d’enseignement supérieur autres qu’une université contribue sans doute à cet éloignement.

Le besoin de décisions fortes est pourtant bien réel et ne peut se satisfaire ni de la seule continuité avec ce qui avait été entrepris lors du quinquennat précédent , ni de mesures qui relèvent plus de la circumambulation que de la progression rectiligne.

Pour la continuité assumée, on pensera aux propos de Vincent Berger. Successivement président de Paris Diderot (mai 2009/octobre2013), rapporteur général des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, puis conseiller « Enseignement supérieur et recherche » auprès de François Hollande, il occupa plusieurs postes d’observation privilégiés. Il est donc particulièrement crédible lorsque, par exemple à l’occasion d’un discours tenu en octobre 2016, (colloque Institut Montaigne-Terra Nova), il souligne le consensus « droite-gauche » réalisé en matière d’enseignement supérieur et de recherche, au cours des vingt dernières années.

Un exemple récent illustrera l’art du trompe l’oeil et du voyage immobile. Lors de sa conférence de la rentrée 2016, le mardi 20 septembre, Thierry Mandon reconnaissait que cette rentrée n’était « pas celle dont on peut rêver ». L’enjeu est celui du « choc démographique » (32 400 étudiants complémentaires, en 2016, une progression de 42 000 étudiants en 2015 (ici) ou plus exactement des mesures à prendre pour l’accompagner.(ici pour en savoir plus)

Les propos du secrétaire d’Etat étaient fort sages et pertinents : « Le système, disait-il, ne peut, durablement, accueillir des progressions de cette envergure sans des changements profonds. »

Une fois venu le moment de préparer la rentrée 2017, celle qui devait marquer l’arrivée de « changements profonds », la décision phare est l’égalité de traitement entre les candidats réorientés et les néobacheliers … au risque d’engorger les filières en tension. L’inquiétude, immédiatement exprimée par les présidents d’université, est grande, notamment à Paris où la crainte est de voir « exploser le système et apparaître une grande insécurité sur l’admission des nouveaux étudiants à la prochaine rentrée. « 

Si, du côté du secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur, une telle vision « alarmiste » n’est pas partagée c’est notamment en se mettant à l’abri des 100  millions d’euros ajoutés au budget de l’université cette année « pour répondre à l’afflux de nouveaux étudiants ». La recevabilité de l’argument est néanmoins largement diminuée par le contexte. Les universités sont déjà « dans la tourmente financière » comme le soulignait Le Monde dans sa rubrique Campus en octobre 2016 qui titrait : « Plusieurs universités bouclent difficilement leurs budgets, avec de nouveaux plans d’économies contestés.» (ici pour en savoir plus)

En février 2017, le même journal reprend le sujet et explique que « confrontées au boom démographique, avec 30 000 étudiants de plus par an, et à une progression de leurs charges, de nombreuses universités mettent en place des mesures de restriction pour tenter de rester à l’équilibre (ici pour en savoir plus).

Les incertitudes réelles concernent moins les capacités d’accueil que les missions d’accueil données aux divers établissements d’enseignement supérieur. Que pour certains l’accès soit sélectif par concours, sur dossier pour d’autres, via un numérus clausus pour une troisième catégorie, n’est jamais qu’une ruse qui masque mal l’absence de politique concertée quant à l’accès à une formation supérieure en France et la fonction sociale qui lui est dévolue, toute ensemble et secteur par secteur. On notera en passant que ceci ne se résume pas au quinquennat qui s’achève même si certaines assurances donnent envie d’être plus exigeants à son égard.

 

Au moment où il s’agit de fixer un cap pour cinq nouvelles années, où il est devenu patent que la gestion des difficultés et des défis, soit, au mieux en appliquant la politique de l’autruche, au pis en poursuivant et aggravant la politique précédente ne mène qu’à l’approfondissement du grand découragement qui a gagné les personnels. Les urgences programmatiques ne relèvent pas d’un listing de propositions à l’image d’une lettre au père Noël mais bien d’une prise de conscience publique conduisant à la définition de quelques lignes stratégiques fortes quant aux attentes globales de la nation envers ce qu’elle finance (en partie et insuffisamment – ne l’oublions pas), certes, mais aussi une confiance faite aux universitaires eux-mêmes quant à leur organisation.

Aujourd’hui l’enseignement supérieur en France c’est tout l’inverse de ce qui est nécessaire

l’autonomie … est pilotée par le haut,

la coopération territoriale … a engendré des monstres bureaucratiques dont l’unique acharnement a été d’éloigner les décisions des établissements et des enseignants-chercheurs

la simplification du millefeuille s’est révélée, une fois encore, incantatoire

la fragmentation de l’enseignement supérieur entre diverses catégories d’établissements et de missions, se poursuit, singulièrement de façon à ce que le budget de chacun ne soit pas le budget de tous et que la « marque » portée par certains ne s’étende en rien aux autres et qu’ainsi, il n’y ait pas de stratégie commune.

Pourtant, à y réfléchir, la définition d’une stratégie pour l’enseignement supérieur rencontre trois défis majeurs :

celui de son projet, (de l’articulation et l’explicitation de ses missions, et d’abord dans une formation de la jeunesse qui ne se décline pas d’abord en une succession de portes si difficiles à même entre-bailler, et le développement de la recherche, notamment de ses liens avec les mondes de l’entreprise comme de la formation)

celui des financements (de la dette, de son remboursement mais aussi de la gestion de la dépense publique et de ses justifications)

celui de l’autonomie (où l’on retrouve la capacité d’initiative, d’innovation et d’accueil, à côté des mesures de retour à la démocratie universitaire et aux libertés académiques).

Trois défis qui sont ceux du pays dans son ensemble et qui appellent à un développement autre du politique … projet, explicitation, justification, autonomie mais aussi mesure des financements …

L’avenir commence aujourd’hui, il faut juste le prévoir.

 

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