Il s’agit de mettre les premiers pas dans les traces du programme annoncé

La page n’est déjà plus tout à fait blanche, l’ombre des plumes s’est rapprochée, l’occasion va venir de comparer ce qui a été annoncé et ce qui va s’écrire.

Dans son programme la nouvelle équipe présidentielle met en valeur des mesures pour l’Ecole, notamment en matière d’encadrement et de soutien aux élèves : dès la rentrée prochaine, douze élèves par classe en CP et CE1 dans les 6778 écoles de l’éducation prioritaire, rétablissement des études dirigées après la classe dans tous les établissements, une scolarité plus individualisée, adossée à des bilans personnalisés de la grande section de maternelle à la troisième et à des parcours individualisés au collège et au lycée.

Ces personnalisations iront de pair avec une autonomie accrue des établissements, en lien avec les communes pour le temps périscolaire ou selon leur propre initiative quant aux parcours bilingues et européens. De nouvelles formes d’organisation du temps scolaire seront permises par la réforme du baccalauréat en quatre matières.

Parallèlement les enseignants bénéficieront d’améliorations de leurs carrières, avec deux mesures fortes : formation en alternance à partir de la licence, affectation en zone d’éducation prioritaire d’enseignants ayant au moins 3 années d’expérience. Plus généralement, il s’agit d’assurer aux enseignants un meilleur accompagnement dès leur formation, qui se fera en alternance à partir de la licence.

Pour dire les choses avec une certaine brutalité, justifiée il est vrai, il s’agit de réagir au constat dressé par la relativement récente (2013, restitution en juin 2014) étude internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (Talis) (http://www.cnewsmatin.fr/france/2014-06-25/les-enseignants-francais-moins-evalues-et-formes-selon-locde-683187). « Les enseignants français sont un peu livrés à eux-mêmes », selon la formule d’Eric Charbonnier, expert de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Cette enquête montre l’isolement des enseignants français: ils sont huit sur dix à ne jamais observer les cours de leurs collègues pour s’en inspirer, contre moins de cinq sur dix, en moyenne, dans l’ensemble des pays étudiés. 70% expliquent que la visite de l’inspecteur tient lieu d’évaluation. Plus inquiétant encore, seulement 5% pensent que leur profession est « valorisée dans la société ». On se souvient, par comparaison, que, en Finlande, aux Pays-Bas, à Singapour ou au Canada entre 40% et 68% des enseignants estiment que la société valorise leur profession.

Là encore, pour dire les choses avec clarté, comme l’avait exposé Emmanuel Macron à l’issue de sa visite de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) est en jeu « la capacité collective que nous avons à re-projeter le pays vers son avenir, à lui redonner confiance en lui-même ».

 

Quant à l’enseignement supérieur, et le fait mérite d’être souligné, il est doté d’un ministère de plein exercice auquel est également attaché l’innovation, autre caractéristique significative.

Le programme annoncé met d’abord l’accent sur la double nécessité d’ « améliorer les conditions des étudiants« , et de leur « faciliter l’accès au logement » dans un plan d’investissement qui prévoit la construction de 60.000 logements étudiants et 20.000 pour les jeunes actifs ; « des logements accessibles sans dépôt de garantie, sans demande de caution, et pour un bail non renouvelable ». En même temps, il s’agira de mobiliser les bailleurs sociaux pour créer au sein du parc social des logements pour les jeunes, avec pour objectif 30.000 places supplémentaires ». Par ailleurs la Caisse nationale d’assurance maladie se verra confier la gestion du régime d’assurance maladie des étudiants », autre évolution significative..

S’agissant maintenant des cursus, sont souhaitées « plus de variété dans les formations de premier cycle » et 10.000 places supplémentaires dans des filières courtes professionnalisantes.

Une autre clef pour la réussite est montrée avec le développement de l’apprentissage aujourd’hui « cantonné à des filières très manuelles et très peu qualifiées ou qualifiantes. Il faut que l’apprentissage prenne aussi place dans l’université dans des formations nouvelles que nous allons développer », ceci dans un cadre d’un autonomie pédagogique accrue mais aussi plus d’autonomie de recrutement.

On le voit, pour que soit réunies ces conditions, l’un des enjeux sera très vite celui des financements, plus encore la sortie du dilemme impossible entre l’usage de la masse salariale, et sa réelle augmentation récente, pour ce à quoi elle est réputée servir, créer des emplois, et l’usage effectif qui en a été fait. Ce flou dans la stratégie, pour ne pas dire cette dérive perverse dont personne n’a tenté de dresser un bilan, ne pourra être prolongé, les besoins sont considérables en même temps pour la création de postes et pour satisfaire la variété des missions de l’université, comme pour assurer des budgets de progrès. Assurer l’équilibre des budgets, notamment des universités, en retardant la création des emplois nécessaires, c’est non seulement tricher, c’est nier aux formations supérieures la raison même de leur existence : la formation et la conduite d’actions de recherche et d’innovation.

Une intéressante question mérite d’être posée : faut-il vraiment persévérer dans la multiplication de structures dévoreuses de financements et d’emplois ?

En réponse-bilan, je note la sagesse du propos de l’ancienne ministre à propos des regroupements, « avec trois ans de recul, il faut sûrement simplifier certaines instances qui, à l’usage, paraissent trop lourdes : cela doit se faire sur le terrain, en concertation et à l’initiative des acteurs eux-mêmes. » Les partenariats avec les entreprise mais aussi les financements liés à la formation continue devront monter en puissance. Rappelons aussi, au passage, cette double déclaration de Geneviève Fioraso (voir interview publiée sur EducPros http://www.letudiant.fr/educpros/entretiens/g-fioraso-l-universite-ne-perd-pas-son-ame-en-travaillant-avec-les-entreprises.html) « On ne perd pas son âme en travaillant avec des entreprises ». « Il est également aberrant de constater que les universités ne bénéficient que de 4 % des 24 milliards de la formation continue ».

Voilà deux lignes de force qui méritent considération prospective.

Souhaitons enfin que les deux ministres aux responsabilités en matière de formation, de recherche et d’innovation sauront judicieusement mesurer les urgences, et, de leur connaissances du milieu et des enjeux, voire de la familiarité avec le domaine dont la tutelle vient de leur être confiée, déduire les manières d’impulser la forte évolution nécessaire tout en étant pour de bon à l’écoute des personnels alors qu’ils ont besoin de confiance, d’autonomie et de respect, plus que de nièmes réformes pilotées par le haut. Souhaitons aussi que la présence de deux ministres de plein exercice dédiés à l’enseignement, la recherche et l’innovation permettra des équilibres budgétaires à hauteur des nécessités.

 

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