Gouvernance et démocratie, le challenge du pilotage et le défi des votes, à Bordeaux, à Toulouse, à Paris …

A Bordeaux viennent de se dérouler les élections aux conseils de l’Université de Bordeaux (c’est à dire 3 de 4 universités de la ville). Le collège des enseignants autres que les professeurs a donné à l’opposition à la majorité sortante, plus de voix qu’à la – désormais ancienne- majorité (qui cette fois n’a obtenu que 348 voix contre 385 à la liste d’opposition, liste intersyndicale). Dans les 4 collèges électoraux, l’abstention est majoritaire avec cette conséquence que le président sortant s’il devrait en toute logique être élu, ne le sera qu’avec le soutien d’un enseignant sur quatre … Pourquoi pas, après tout … on se souviendra que le Président Pompidou n’avait été choisi que par un tiers des électeurs, c’était l’époque blanc-bonnet, bonnet-blanc ; le président Pompidou avait pourtant été président en toute légitimité, jusqu’à ce que la maladie le rattrape.

De plus, la loi, avec la pratique de la prime majoritaire, accorde une majorité d’apparence plus nette, 6+3 en face de 2+5. La liste « Avec Manuel Tunon De Lara, faire ensemble l’université de demain » obtient en effet 6 sièges, avec 71,5% des suffrages exprimés, 2 sièges vont à l’autre liste, créditée de 28,5% des suffrages exprimés, avec un taux de participation : 49,13%. Elle obtiendra 3 sièges en collège B, avec 47,5% des suffrages exprimés tandis que l’autre liste « Pour une université démocratique et solidaire » obtiendra 5 sièges, avec 52,5% des suffrages exprimés pour un taux de participation de 44,76%. N’en demeure pas moins troublant ce fait que l’argument fort en faveur de cette nouvelle université « complète », outre, bien entendu qu’il s’agissait d’un critère quasi-décisif pour l’obtention de l’idex, était qu’une tel établissement aurait des capacités accrues pour fixer un cap, adopter une stratégie et assurer un pilotage efficient. L’image renvoyée aujourd’hui est que si une tel niveau décisionnel existe, il est éloigné (coupé) de la base, tandis que rien ne garantit le développement d’une synergie entre pilotage politique et réalité de la vie universitaire. Pour ajouter au brouillage des cartes, ici comme dans les autres Régions, une ComUE poursuit ses activités, sans que la valeur ajoutée ainsi générée soit clairement manifeste … ce que le caractère distendu du périmètre, de Pau à La Rochelle en passant par la nouvelle université de Bordeaux mais aussi Bordeaux-Montaigne qui a tenu à rester à l’écart, ne peut que confirmer.

Sans entrer dans les options défendues par les diverses listes, on pourra remarquer qu’en ce qui concerne la ComUE, le dernier scrutin en date, du mardi 24 novembre 2015, a rassemblé, en collège A, 242 votants pour 1206 inscrits, et, en collège B, 577 votants pour 2674 inscrits. Le principe posé ici est de reconnaître le fait de voter comme significatif en soi, plus même que le fait de choisir, ou non, entre les listes. Pour les résultats complets, voir http://www.cue-aquitaine.fr/elections_reprCA_2015.html . Comme ses homologues dans les autres régions, il est de plus en plus évident que cette ComUE est là pour exister, beaucoup plus que pour faire

Toulouse a en commun avec Bordeaux d’avoir, assez tôt dans le processus devant mener à la création d’une nouvelle université, perdu en chemin l’un de ses partenaires … l’université dite Toulouse1, et plus volontiers aujourd’hui, Toulouse Capitole, et sa prestigieuse Ecole d’Economie, TSE. Là encore existe une ComUE, auto-transformée en Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées et dont les relations avec l’Université de Toulouse, notamment quant aux périmètres, ont évolué au fil du temps et surtout selon les contraintes annoncées par le jury menant à l’idex, d’abord attribué puis ajourné. Cette adresse http://universite-integree.univ-toulouse.fr/ est présentée comme celle qui expose et accompagne le processus de réflexion mis en place pour « envisager une refondation institutionnelle du site toulousain afin de construire une université intégrée de rang mondial et de regagner le label IDEX ».

Le calendrier des expertises idex font que l’université de Toulouse est également confrontée en cette période à des logiques de vote. Une consultation des personnels puis un vote en Conseil d’administration ont recueilli les avis de la communauté de Toulouse 2, Jean-Jaurès quant à la participation au nouveau dossier idex et par là même à la fusion avec Toulouse 3, Paul Sabatier.

Le vote des personnels et usagers a été on ne peut plus clair. Le projet de relance du dossier idex a été repoussé par 68 % des personnels et 92% des voix des étudiants. Forte de ce scrutin, une intersyndicale exige du président Daniel Lacroix et des membres du conseil d’administration de l’université Jean-Jaurès « le retrait de ce projet dans les plus brefs délais, dès la séance du CA de mardi matin, 9 heures ». (plus d’informations ici http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/idex-etudiants-et-personnels-de-toulouse-2-disent-non-au-projet-d-universite-integree.html. La logique « idex » déjà affaiblie par le renoncement de Toulouse-Capitole est donc en difficulté accrue, d’autant que le temps presse, le dossier idex devant être envoyé le 18 décembre, au plus tard.

Le Conseil d’Administration a été réuni le mardi 12 décembre, dans les locaux du rectorat. Le résultat finalement obtenu, partage des voix (17 vs 17) et décision en faveur de la fusion prise grâce à la voix prépondérante du président, ne semble pas le plus propre à faciliter le travail qui reste à accomplir, notamment pour associer les personnels, ceux qui auront à faire fonctionner la nouvelle université. Le processus enclenché permettra peut-être de stabiliser l’expertise du dossier idex, consolidant alors le projet Toulousain, même lesté par le retrait d’une des universités du site ; encore faudra-t-il que le jury soit convaincu par une gouvernance établie à l’issue d’un processus dont beaucoup contesteront la légitimité.

A Paris, un troisième vote, moins conflictuel a eu lieu récemment, là encore en lien avec les projets idex, mais aussi en lien avec l’évolution d’un projet de regroupement ayant néanmoins rétréci au fil de son histoire. Si la désignation de Jean Chambaz a confirmé les prévisions (voir http://www.letudiant.fr/educpros/nominations/jean-chambaz-elu-president-de-sorbonne-universite.html , elle marque aussi la fin de bien des hésitations quant aux configurations envisagées au fil du temps. Seules demeurent en piste les anciennes Paris 4 et Paris 6, désormais fusionnées sous l’intitulé Sorbonne Université. Ceci n’empêche pas, du moins pour l’instant, la poursuite d’une ComUE Sorbonne-UniversitéS, l’ajout du « S » étant discriminant s’il n’est ni facteur de lisibilité ni signe de clarification des partages de compétence et des éventuelles subsidiarités.

Une telle sortie de crise n’aura pas été connue par Sorbonne-Paris-Cité en dépit d’un projet régulièrement redessiné (voir http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/universite-paris-sorbonne-cite-un-nouveau-projet-se-dessine-sans-paris-3.html ).

Ces divers exemples, chacun ayant sa spécificité, à tout le moins interrogent la reconfiguration du paysage universitaire, menée « au canon » par le président Sarkosy qui ne supporta pas la place médiocre occupée par la France dans les divers rankings, puis qui sera, disons, « accompagnée » au cours du quinquennat suivant où l’on ajoutera de la complexité et de l’inertie, en inventant des regroupements à géométrie et surtout à efficience variables, même si ces ComUEs ont aussi fourni quelques (largement illusoires) lieux de pouvoir et de (plus réelles) occasions de prébendes.

Le retour sur ces dossiers n’est pas aujourd’hui à l’ordre du jour ministériel et on peut le comprendre puisque le moment des expertises du jury idex est revenu. Cela posé dès les retours du jury connus, en mars 2018 donc,il ne faudra pas tarder à revenir sur les acquis comme sur les difficultés, notamment ne pas croire que les « regroupements » sont effectifs alors que bien des établissements restent sur le côté et que rien n’est dit des relations entre ComUEs et Universités nouvelles fusionnées. Il y faudra surtout le double courage de réfléchir à l’enseignement supérieur dans sa logique d’ensemble, public, privé, écoles, universités, d’une part, de mesurer pleinement le rôle néfaste qu’y jouent les diverses formes de ségrégation qui y sont à l’oeuvre, d’autre part. Le prochain billet reviendra sur ces questions.

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