Convergence

La loi « Orientation et réussite des étudiants » met en avant la notion de « prérequis » pour l’accès aux filières de l’enseignement supérieur, autrement dit elle vise à faire établir les compétences qui sont nécessaires pour suivre l’enseignement dans ces filières et surtout y avoir une perspective raisonnable de succès

Une telle évaluation de pré-requis rencontre deux types majeurs de difficultés et donc d’oppositions.

Pour certains, il s’agit d’une sélection, entreprise diabolique qu’il faut à tout prix repousser, par principe.

Pour d’autres, examiner ces candidatures est une tâche chronophage qui ne peut être assurée dans l’état actuel des moyens alloués.

Pourtant, l‘accès sur examen de dossiers, voire sur concours, a été mis en place dans bien des filières, classes préparant aux BTS, entrées en IUT, classes préparatoires, d’autres filières sélectives encore, notamment les écoles privées ; on notera à ce propos que les frais de scolarité des plus chères peuvent dépasser les 10.000 € par an, une forme particulière de sélection, par l’argent.

Le fait est que près de la moitié des étudiants du supérieur y ont été admis à l’issue d’un processus de sélection et surtout que les autres, pour la plupart, ne rejoignent les université que par défaut. Les oppositions à de tels dispositifs demeurent pourtant fort discrètes … Il y a dans tout cela une insupportable hypocrisie mais plus encore de graves erreurs d’appréciation, soulignées par bien des observateurs.

Ainsi, Jean Tirole rappelle qu’en France « l’université a des boulets aux pieds », face « aux grandes écoles, hautement sélectives, mieux dotées, et agiles grâce à une gouvernance plus souple » tandis qu’on exige d’elles qu’elles « accomplissent l’impossible et parviennent à enseigner dans le même programme à des étudiants à la préparation très hétérogène ». Peut-être plus gravement encore, selon le prix Nobel d’économie, le dispositif en place en France « échoue dans sa promotion de l’égalité des chances et ne prépare pas le pays à la transition économique des années à venir ». <https://www.lesechos.fr/politique-societe/emmanuel-macron-president/0301590768563-ce-que-le-prix-nobel-jean-tirole-preconise-a-macron-2170734.php>

De son côté le sociologue Camille Peugny analyse un « système des classes prépas et des grandes écoles <qui> constitue l’exemple type de la manière dont fonctionne notre système éducatif, qui se donne comme mission première de sélectionner une petite élite destinée à occuper les positions sociales les plus favorables ». Il rappelle d’ailleurs les chiffres qui montrent comment « le plus grand nombre est sacrifié, au nom de la sélection d’une petite élite ». L’argumentation est imparable : « On demande aux universités d’absorber la massification scolaire ? Alors qu’on leur donne des moyens identiques voire supérieurs à ceux des prépas ! Ce n’est pas normal qu’un élève de prépa coûte 50 % plus cher qu’un étudiant de l’université. Il faudrait aussi le même taux d’encadrement à la fac. Les prépas ont des effectifs de 30 élèves, contre des amphis de 150 ou 200 étudiants en première année de licence. Or, ceux-ci demandent plus d’attention, car ils sont moins préparés aux études supérieures. » <http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/04/22/c-est-a-l-universite-qu-on-peut-uvrer-pour-la-reussite-de-tous_5288925_4401467.html>

Gaspard Koenig confirme que « notre système hyper sélectif d’un côté, hyper égalitaire de l’autre, entretient la reproduction sociale », tout en s’avérant trop souvent incapable, sélection ou pas, de garantir la maîtrise de l’orthographe aux bacheliers (et au delà) qui y sont formés … <http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/04/18/31003-20180418ARTFIG00296-niveau-catastrophique-et-bureaucratie-pourquoi-j-ai-fui-l-universite-francaise.php>

A une époque où la convergence est devenue une notion clef de la rhétorique dominante, ne pourrait-on prendre en compte la convergence des analyses ?

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