TROP d’étudiants de licence à l’université !

Le couple « hausse des effectifs / insuffisance des moyens » formule une de ces idées « simples » qui bloquent les débats. Il rejoint ainsi les mobilisations « faciles » autour de la « sélection » et d’un « droit » d’accès à l’université.

Le récent classement QS en France insiste sur la dégradation du taux d’encadrement dans vingt-trois des trente-cinq établissements français classés. Il souligne, aussi, une situation très contrastée : « PSL et Polytechnique sont parmi les vingt-cinq établissements du monde ayant le meilleur taux d’encadrement ».

Ceci renforce évidemment le tissage de ces inégalités fortes qui marquent le système de l’enseignement supérieur français. Un récent rapport, informé et explicite, < https://hal-univ-diderot.archives-ouvertes.fr/hal-01520905/document> le souligne (une fois encore). Disons, pour faire vite, qu’il montre comment les étudiants des universités ont statistiquement 1,6 fois moins de chances d’être issus de familles de cadres que les étudiants entrant en CPGE, et entre 1,5 et 2 fois plus de chances d’être issus de familles d’employés et d’ouvriers.

A côté de cette inégalité qui reprend la situation décrite depuis plus de 50 ans ! (Les Héritiers, Bourdieu Passeron 1964) s’accentue une autre forme de distorsion, des encadrements et de leurs taux.

L’université -et Parcoursup n’évite pas cette dérive, et peut-être même, on le verra « à l’usage », la renforce-t-elle – devient de plus en plus le lieu d’aboutissement de ces candidats à une formation de premier cycle dans le supérieur qui ont été refusés dans les diverses formations sélectives.

La paupérisation de l’université est alors inéluctable, à deux niveaux. L’université est acculée à une situation telle qu’elle accueille la grande majorité des étudiants alors qu’elle souffre d’un sous-financement criant par rapport aux CPGE et grandes écoles. Le rétablissement d’une parité a ainsi pu être estimé à hauteur d’une réévaluation de la dépense par étudiant à l’université d’environ 30 à 50  %. Tout le monde sait parfaitement que ceci n’est au mieux qu’un rêve ou un slogan pour manifestations ritualisées. Pendant ce temps, l’université s’appauvrit de ce que les « meilleurs » et même une majorité des « bons » étudiants se détournent d’elle et donc de la forme d’enseignement privilégié partout où se croisent l’enseignement et la recherche, occasion d’une fertilisation croisée essentielle et pourtant insuffisamment centrale en France.

Parcoursup ne faisant pas intervenir la notion de « préférence » des étudiants, laissant simplement le « dernier mot » leur revenir, c’est aux établissements de choisir, renforçant l’importance des choix stratégiques des établissements.

Il appartient alors aux universités de veiller à ne pas transformer la notion de capacité d’accueil en instrument politique assurant « malgré tout » un accès « universel » à l’université. Le piège est d’autant plus redoutable que, dans la majorité des cas, ceux qui frappent à la porte de l’université le font par défaut, après s’être vu refuser l’accès à d’autres formations (les réponses à Parcoursup montrent la progression des vœux en faveur des formations à accès sélectif, y compris, pour ceux qui le peuvent, celles où la sélection se fait par l’argent).

Trois recommandations pourraient accompagner ce changement de stratégie décisif où les premiers cycles universitaires cesseraient d’être ces ogres dévoreurs de « moyens » au détriment des second et troisième cycles.

Développer des voies alternatives d’accès aux formations supérieures. Par « alternatives » on entend non pas « inférieures » mais telles que le couple enseignement/recherche n’y est pas privilégié. La décision d’augmenter le nombre des classes de BTS et de renforcer la formation professionnelle va dans ce (bon) sens.

Veiller à diminuer la charge de travail administratif (charges de gestion, réponses aux appels à projets ….) qui pèse sur les enseignants-chercheurs à un point tel qu’il est devenu habituel de la compenser par des décharges d’enseignement ce qui naturellement est une négation de la notion même d’enseignant-chercheur, outre que ces décharges contribuent à la dégradation des taux d’encadrement, notamment en éloignant les meilleurs chercheurs de l’enseignement !

Cesser de donner la priorité au « premier cycle ». Et c’est naturellement là qu’est l’essentiel. Pour cela, il faudra avoir le courage de le dire : OUI il y a trop d’étudiants dans les premiers cycles des universités et ils y connaissent des taux d’échec aussi impressionnants qu’inutiles. NON ces taux d’échec ne sont pas liés à la nécessité de pédagogies différentes ou une augmentation drastique de moyens, parce que OUI les étudiants en échec à l’université sont (souvent ? presque toujours?) ceux qui ont été en échec dans les procédures en amont, qu’on les nomme procédures d’orientation ou modalités de sélection. En même temps il faut aussi comprendre que OUI il n’y a pas assez d’étudiants dans les niveaux master/doctorat, c’est à dire ceux qui manifestent l’adossement de l’enseignement à la recherche, autrement dit qui sont proprement universitaires.

Ainsi énoncées ces propositions feront frémir certains qui pourtant admettent le système CPGE/Ecole, voire la fonction de tri des PACES (et qui souvent les mettent à profit pour leurs enfants). C’est pourtant ce qui, sous de formes variées, se pratique ailleurs qu’en France.

(pour en savoir plus sur le rapport QS on pourra consulter https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/06/06/classement-des-universites-qs-2019-la-france-poursuit-son-recul_5310783_4401467.html )

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

Filed under Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *