ORIENTER ? la REUSSITE des ETUDIANTS dépend d’abord du « passé scolaire »

La deuxième phase de la loi Orientation et Réussite des Etudiants définit l’organisation des enseignements, particulièrement la modularisation des parcours et la mise en place de nouvelles modalités de compensation des notes et de contrôle des connaissances. Ces organisations seront décidées à l’échelle des établissements, renforçant ainsi l’autonomie des universités.

Les adversaires de la loi, comme de l’autonomie déplorent notamment le manque de cadrage national (Snesup) et donc le fait que « désormais chaque formation s’organisera comme elle veut ». L’UNEF qui s’associe à ce regret, condamne en outre une « organisation d’une seconde chance » qui désormais  «  dépendra de la bonne volonté et de l’interprétation qu’en feront les équipes pédagogiques ». De son côté le SGEN s’inquiète de ce que l’Etat puisse perdre son caractère de « stratège ».

Se pose aussi l’éternelle question des moyens alloués.

Des sous ! « Un peu plus de tout » ne devrait faire de mal de mal à personne, n’est-ce pas …

La sagesse de Monsieur Prudhomme a depuis longtemps montré ses limites, dans le cas précis il importe de montrer combien ses effets sont pernicieux

Il y a d’abord l’inversion de la question précédente. Charger la seule université de contraintes et d’accueil sans entraves, c’est oublier combien les moyens qui lui sont affectés sont tellement plus faibles que ceux consacrés aux autres structures d’enseignement supérieur.

Pourtant la question décisive reste « des sous ! » surement mais pour faire quoi ?

S’il s’agit « simplement » de mettre plus d’enseignants pour accompagner des étudiants ou accroître le nombre des heures d’enseignement, il n’est pas certain que cela suffise, et même, disons le autrement, si cela devait suffire cela se saurait ….

Il existe en effet de ces réalités qu’un saupoudrage indistinct de moyens ne pourra pas contourner. En premier vient le milieu socio-culturel d’origine des étudiants. Une autre donnée est apparue qui mérite l’attention. Comme le rapporte le journal Le Monde, qui cite une étude parue dans la revue Economie et statistique de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la réussite des étudiants dans le supérieur, « dépend en partie du niveau acquis à la fin de l’école primaire » ce qui conduit à constater que, sans doute, « l’obtention de la licence dépend à la fois du passé social et du passé scolaire » mais que la mesure des effets de chaque paramètre pris séparément démontre que c’est « le passé scolaire qui joue le plus ».

Vrai levier mais aussi redoutable mise en accusation

L’idée que l’école en France est inégalitaire n’est pas neuve et divers rapports suites aux enquêtes PISA l’ont largement fait connaître. Encore faut-il (enfin!) l’admettre officiellement et donc trouver les moyens d’y remédier.

Précisément à propos de remède, l’étude de l’INSEE pourrait bien permettre de déverrouiller certaines portes, lorsqu’elle expose que « une bonne entrée dans les savoirs élémentaires annule quasiment le désavantage des étudiants issus des classes populaires ».

L’enjeu n’est certes pas de nier la détermination sociale mais bien d’interroger la manière dont l’institution scolaire la traite, comment elle transmet (ou pas, actuellement plutôt ne transmet pas) les savoirs scolaires. « Seule une pédagogie de l’exigence intellectuelle « s’obligeant à tout en faveur de tous » (Bourdieu) peut démocratiser la réussite… », pour citer encore cette étude qu’il faut lire ainsi que les divers renvois complémentaires annoncés dans l’article paru à son propos dans le journal Le Monde

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/06/21/reussite-en-licence-le-passe-scolaire-joue-plus-que-l-origine-sociale_5319187_4401467.html

on trouvera l’étude complète dans le numéro 499 de Economie et Statistique, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3546914?sommaire=3546921

Ainsi donc « des sous pour l’université » oui, bien sur, et les chantiers sont vastes, bâtiments à rénover, accueils des étudiants, nouvelles dépenses d’outils pédagogiques, plus généralement de digitalisation, financements de la recherche, recrutements d’enseignants-chercheurs de fait de plus en plus concurrentiels… la demande de moyens est naturellement croissante mais pas pour mettre un autre cautère sur la même jambe de bois en chargeant l’université et les universitaires de missions qui ne sont pas les leurs. L’Orientation et la Réussite des étudiants ça s’est joué d’abord bien AVANT l’entrée à l’université, AVANT l’arrivée dans l’enseignement supérieur.

Cela signifie aussi qu’il va bien falloir traiter une situation où le Bac 2018 connait 36 000 candidats de plus qu’en 2017, pour 19 000 places créées dans le supérieur ! Il ne suffit ni de créer encore des places complémentaires ou d’attribuer des crédits d’heures complémentaires, ni de compter sur les universités pour se « débrouiller » pour faire face et attendre l’ « évaporation » de tous ceux qui se seront découragés. C’est d’un tout autre système d’enseignement qu’il est besoin où la transmission des savoirs est efficace et pratiquée au moment adapté aux parcours et aux réalités variables de publics divers.

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