Le pouvoir de choisir, un retour sur Parcoursup

Pour avoir su mettre un terme à la pratique du tirage au sort, Parcoursup a triomphé de APB. Première victoire : à l’annonce du dispositif Parcoursup, les lycéens ne sont pratiquement pas descendus dans la rue. La proposition peut être renversée et se lire ainsi, c’est d’abord la lassitude et la défiance envers APB qui a permis à Parcoursup une installation pas trop chaotique.

Ce n’est sans doute pas suffisant pour décerner un brevet d’efficience à ce même Parcoursup. Il faut pourtant reconnaître que le cadeau était bien emballé :

L’idée forte était de mettre fin à l’injustice d’un tirage au sort, de redonner aux usagers le dernier mot quant à leurs choix d’orientation, de restituer une liberté de construire un projet personnel et professionnel.

La maîtrise des recrutements était rendue aux filières ; celles-ci allaient avoir une meilleure connaissance d’étudiants dont elles avaient étudié les dossiers de candidature.

L’hésitation dans ce récit renvoie à l’incertitude fondamentale d’un dispositif qui vise à donner « une » place à chaque candidat mais n’optimise pas (nécessairement) le lien entre cette place et le premier choix du candidat/ de la candidate. Les choix n’étant pas hiérarchisés par leurs auteurs, la logique de l’épuisement de listes d’attente est le moteur de Parcoursup. A cela s’ajoute un ralentissement du temps d’affectation qui ne favorise pas la maitrise des échéances par les candidats.

Sur ces points on consultera l’analyse de Julien Gossa (http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2018/03/13/alice-et-bob-sont-dans-parcoursup/ ) et on y ajoutera le fait qu’alors que lorsque la rentrée s’est faite, le « fameux » épuisement des listes d’attente était loin d’être atteint. Cette difficulté est propre à Parcoursup ; elle avait été soulignée très en amont dans la procédure (voir ce signalement qui remonte à octobre 2017 : http://ingenuingenieur.blog.lemonde.fr/2017/10/31/comment-le-nouveau-systeme-apb-risque-daugmenter-considerablement-les-listes-dattente/ )

L’intention politique immédiate de limiter les errements de APB, notamment le tirage au sort, est atteinte. Pour autant, la bonne marche de l’attelage défini par la loi ORE, volonté d’orientation ET amélioration de la réussite des étudiants, n’est pas assurée. Comment combiner la contrainte à accepter un second (troisième …) choix et l’encouragement de la réussite ?

Comme à la plupart des projets de ces dernières années, imposés aux universités plutôt qu’élaborés avec elle, il manque à Parcoursup une clarification de la mission de l’université, celle que lui assignent la société et les élus qu’elle se donne. Il faudra que vienne une simplification de la dualité université / autres filières d’enseignement supérieur pour que se mette en place une approche réfléchie de la sélection / orientation. Ceci permettrait peut-être de prendre en compte l’évolution actuelle des élèves (et leurs parents) qui aujourd’hui privilégient les filières sélectives. Il faudra se demander pourquoi. Il faudra aussi expliciter les parcours. Pour quels emplois une (grande, voire prestigieuse) Ecole offre-t-elle le meilleur parcours de formation ? Et pour quels autres le passage par une formation universitaire, c’est à dire qui associe recherche et formation, sera-t-il véritablement une voie d’excellence ?

D’autres interrogations devront aussi être abordées. Ainsi, celles qui ont trait à une autre forme de dualité, entre le public et le privé. Un article, récemment paru dans The Conversation, revendique cette prise en compte de l’enseignement privé supérieur, notamment sur la base des flux. L’affirmation est aussi une comparaison :   » L’enseignement supérieur privé accueille aujourd’hui près d’un étudiant sur cinq. Ses effectifs ont en effet bondi entre 1998 et 2016, avec un bond de 220 000 inscriptions – soit une croissance de 88%, contre 14% dans l’enseignement public. » (pour le document complet, voir : https://theconversation.com/debat-lenseignement-superieur-prive-un-mal-necessaire-104202 )

Cette évolution conduit à une autre piste de réflexion : L’université est-elle en train de rejoindre un marché ? Si oui est-elle réellement insérée dans un système de « concurrence parfaite » quand on sait les diverses distorsions ou le fait que les formations possibles ne sont pas toutes accessibles depuis Parcoursup ? Les deux questions suivantes seront alors celles de la dualité masquée Parcoursup vs hors-Parcoursup, mais aussi celle de l’amélioration apportée (ou non) si l’université (l’enseignement supérieur en France) « rejoint un marché » ? Là encore on pourra se reporter à l’analyse (convaincante) de Julien Gossa : http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2018/05/25/parcoursup-les-universites-font-leur-marche/

 

Pour en revenir à l’immédiate expérience de Parcoursup, on constatera que le dispositif a su proposer une formule, séduisante et efficace, du dernier mot laissé au candidat, mais aussi que la pratique a montré que ce respect d’un dernier mot trouve sa limite dans ce fait qu’il ne s’agit pas d’un dernier mot dans une hiérarchie des choix, mais d’un dernier mot défini au fil d’une temporalité des choix (et des refus)… Que reste-t-il de la notion de choix dans un système où rapidement l’enjeu devient celui d’une « répartition des restes » où, en dernière instance, les formations sans contraintes d’accueil explicites se retrouveront toujours à accueillir ceux qui leurs sont affectés, ainsi en commission rectorale.

Ne faudra-t-il pas un jour interroger la contradiction entre « accueillir tous les étudiants » et « faire réussir tous les étudiants » ? et dans ce cadre définir les missions (contradictoires) entre les différentes offres proposées en France comme les chemins différents à parcourir pour les atteindre ?

Au cœur des débats devraient figurer des interrogations dont il s’agit de ne pas confondre les termes : comment arrive-t-on dans l’enseignement supérieur, quels sont réellement les parcours d’accès au supérieur et comment y réussit-on ?

Ceci pourrait aussi s’exprimer en revenant sur une anecdote récente : pour un diplômé en horticulture, est-ce que « réussir » c’est obtenir un métier dans le secteur de l’horticulture ou avoir acquis la compétence permettant de « traverser la rue » pour trouver un emploi dans l’une des filières professionnelles qui sont en attente de candidatures. La médiatisation polémique a occulté la question, il serait pourtant bon d’en considérer la pertinence.

Les parcours de réussite sont à la fois individuels et socialement constatés (et orientés mais c’est un autre débat).

 

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