Pour les universités : des financements suffisants et efficacement mobilisés !

La fin d’année est aussi le moment des discussions budgétaires dans les établissements. Procédures et débats deviennent de plus en plus compliqués.

31 mai 2017, publication d’un rapport de la Cour des comptes identifiant six universités dans une situation financière « très dégradée », auxquelles s’ajoutent neuf autres dans une « situation dégradée » . https://www.lemonde.fr/universites/article/2017/06/06/la-cour-des-comptes-alerte-sur-la-situation-budgetaire-de-quinze-universites_5139682_4468207.html.

7 juin 2017, EducPros / L’étudiant cherche à établir la cause des déficits et donne la réponse à laquelle est parvenue la Cour des comptes : « Le prélèvement sur fonds de roulement ». Le paragraphe se poursuit en rappelant que, au cours de l’exercice 2015, 47 établissements ont été prélevés, pour un montant global de près de 100 millions d’euros (https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/la-cour-des-comptes-dresse-la-liste-des-universites-dans-le-rouge.html )

16 janvier 2018, le tribunal administratif de Paris enjoint le ministère de l’Enseignement supérieur de rembourser à l’université Paris 2, les 7,6 millions d’euros prélevés sur sa trésorerie en 2015.

2 mai 2018, le Ministère ayant fait appel de ce jugement, la Cour administrative d’appel lui donnera raison ( voir https://juricaf.org/arret/FRANCE-COURADMINISTRATIVEDAPPELDEPARIS-20180502-18PA0035018PA0035115121162 )

25 mai 2018, un nouveau rapport de la Cour des comptes alerte sur la situation budgétaire « très dégradée » de sept universités et d’une école d’ingénieur, soit « deux établissements de plus que l’an dernier ». https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/05/25/la-situation-budgetaire-de-sept-universites-inquiete-la-cour-des-comptes_5304679_4401467.html

La situation continue de se dégrader mais il n’y a aura pas de restitution de ces fonds de roulement … même si l’on peut hésiter à leur propos entre solidarité imposée et prime à la mauvaise gestion, même si Lille 2 avait été la deuxième université la plus ponctionnée (8 755 K€ … qui seraient bien utiles aujourd’hui!), même si les universités sont incitées à accueillir de plus en plus d’étudiants dans des situations de plus en plus difficiles (et ce n’est pas l’épisode Parcoursup qui permettra de voir les choses autrement ….)

A l’époque des prélèvement sur les fonds de roulement, l’argument avancé consistait à expliquer que les 100 millions issus de ces prélèvements, augmentés des 100 millions d’euros dégagés par l’Etat via l’achèvement d’un certain nombre d’opérations immobilières, dont Jussieu, permettraient de financer la création annuelle de 1000 emplois, notamment dans le cadre du plan « réussite en licence ». Il est malheureusement vite apparu qu’il n’y avait là qu’un jeu de bonneteau publicitaire. Ces « postes » ne sont en fait pas réellement des emplois mais de la masse salariale, mobilisée par bien des établissements pour faire face à leurs besoins globaux. (https://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/1-000-emplois-pour-les-universites-40-de-postes-geles-dans-les-facs.html ).

Prises au piège de l’insuffisance accumulée de leurs ressources, les universités pratiquent l’auto-mutilation. Le gel des postes est aujourd’hui devenu l’instrument privilégié pour assurer l’illusion d’une survie. Vraiment, est-ce là une politique ?

Quand et par qui cette dérive mortifère va-t-elle être dénoncée ?

Geler des postes, c’est non seulement renoncer à recruter pour une courte durée, mais bien diminuer le potentiel d’enseignement, de recherche et de développement des fonctions support. A qui profitent des reculs qui sont autant de négations de ce que sont les universités ?

Ne peut-on imaginer que la Conférence des Présidents d’Université dont le Président espère le renouvellement de son mandat, s’intéresse à des questions qui ont fondamentalement trait à l’avenir des établissements ?

Un exemple parmi beaucoup, quel avantage réel y a-t-il à laisser se multiplier les structures rendant illisibles les relations entre établissements, des universités aux ComUEs et leurs périmètres souvent improbables, des universités aux « universités-cibles », et retour sans doute… la boucle paradoxale infinie que décrivait Zénon a encore de beaux jours devant elle …

Dans toutes ces structures parasites n’y a-t-il pas des gisements d’emplois qui seraient mieux utilisés en étant (re)centrés sur les missions fondamentales des universités … qui n’ont jamais été l’alimentation forcenée d’usines à gaz … Et s’il faut geler des postes, pourquoi ne pas geler ceux des « structures », plutôt que ceux qui assurent la formation et la recherche ?

Les investissements d’avenir, initiés en 2010, sont toujours en cours en 2018. Les ComUEs sont une création de la loi relative à l’E.S.R. du 22 juillet 2013. L’émergence d’universités fusionnées, d’ IDEX puis d’ I-site est venue modifier (complexifier) encore le paysage (et peut-être -?- créer de nouvelles occasions de dépenses) … Tout cela ne mérite-t-il pas un examen global, notamment en matière de « bon emploi de l’argent public » ? N’est-ce pas là la mission de la Cour des comptes ? Ne serait-il pas légitime que la CPU s’appuie sur les rapports que la Cour ne manque pas de rédiger pour faire examiner la question des justes et judicieux financements des établissements ? Rappelons que la loi a prévu la certification des comptes des universités.

Sur ces bases, il devrait être facile de s’assurer de l’absence de dérives, de valider la création d’indicateurs chiffrés et rendus publics, aussi alors de montrer les insuffisances des dotations.

Serait-il alors inimaginable que les présidentes et présidents, forts d’être unis au sein de la CPU et dans le cadre du dialogue avec l’Etat (qui se dit) stratège prennent (vraiment) leurs responsabilités, dénoncent l’étouffement des universités et exigent une clarification des attentes et des projets puis que leurs financements soient effectifs ?

A moins, après avoir vu être ponctionnées celles qui pouvaient l’être, de se satisfaire (pour la majorité, il faut bien le dire) d’avoir pu échapper au passage du rabot, puis de contenter de gérer les déficits, sans oublier portant de donner le coup de menton d’une journée « fac morte » qui permettrait de montrer sa « détermination » et de construire un irréfutable moyen de « lutte ».

A moins encore, évidemment, de craindre que la contestation soit une manière de renoncer aux divers hochets de la fonction, une légion d’honneur, un poste (précisément) de président de COMUE, ou de recteur, ou encore de conseiller dans l’une ou l’autre des structures (encore!) qui font le charme de notre administration ….

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One Response to Pour les universités : des financements suffisants et efficacement mobilisés !

  1. NORAH GIRALDI DEI CAS

    Excellente analyse sur la situation de plus en plus lamentable et dangereuse dans laquelle se trouve l’université française, déjà bien en péril.

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