Liberté, égalité, fraternité, un combat d’actualité …

L’article 2 de la Constitution française établit, sans ambiguïté aucune, la devise de la République : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Pourtant, l’espace public bruisse aujourd’hui d’appréciations diverses des conditions d’exercice de ces trois principes fondateurs, notamment à l’école (et à l’université). Qu’en dire dans l’espace limité d’un blog ? Pour quoi ne pas proposer une approche par quelques illustrations ….

La fraternité …

Sept universités sur 73 avaient décidé d’appliquer une hausse des frais d’inscriptions pour les étudiants « extra-communautaires ». L’université de Lille est de celles là. Quand le conseil constitutionnel rappelle la gratuité de l’enseignement supérieur, l’université se lance dans une dérisoire procédure de procrastination … oui euh ce n’est pas clair … on va voir … .En fait les responsables de l’université de Lille avaient choisi de jouer la carte du bon élève appliquant sans sourciller les consignes du gouvernement – accessoirement l’opportunité de conforter un peu mieux un équilibre budgétaire mal assuré, voire d’asseoir une image un peu écornée ? -. Où est la fraternité à l’université de Lille (comme dans les six autres naturellement) ? (plus d’info : https://www.lavoixdunord.fr/651755/article/2019-10-15/la-hausse-des-frais-d-inscription-pour-les-etudiants-etrangers-de-l-universite

L’égalité ?

En France, aujourd’hui le système scolaire est inégalitaire pour ses élèves, il n’y a que ceux qui ne veulent pas voir qui en douteraient. De l’intérieur même du ministère, le conseil national de l’évaluation du système scolaire démonte ce qu’il stigmatise comme une « fabrique des inégalités »

https://www.cnesco.fr/fr/inegalites-sociales/fabrique-des-inegalites-a-lecole/

L’inégalité concerne aussi les enseignants avec une politique salariale et des conditions d’exercice qui mériteraient pourtant d’être revues (on pourrait s’étonner que les syndicats ne s’y intéressent pas plus …). Par exemple pourquoi maintenir deux niveaux de recrutements pour le secondaire – CAPES/Agrégation – avec maintien de grilles salariales distinctes et quotités horaires d’enseignement différentes, corrélés à des concours aux profils académiques séparés, quand la mission d’enseignement est largement la même ?

Pourquoi les débuts de carrière (il s’agit aussi de l’attractivité immédiate de la profession) ne sont-ils pas financièrement défavorisés en Allemagne, au Danemark, en Espagne… alors qu’ils sont en France … pourquoi une telle stratégie (de Gribouille) ?

Pour une analyse plus complète, lire :

https://www.lemonde.fr/education/article/2019/10/15/notre-systeme-est-inegalitaire-pour-ses-eleves-il-en-va-de-meme-pour-les-salaires-des-enseignants_6015538_1473685.html

Et la liberté ?

Beaucoup se dit et s’écrit à propos du développement de la reconnaissance faciale qui signerait l’entrée dans une ère orwellienne d’un « tous pistés, tous notés, tous sanctionnés » ! Il est vrai que l’exemple de son actuelle banalisation en Chine ne rassure pas !

L’enjeu est pourtant d’abord celui de l’usage d’une technologie. C’est bien la marque de la démocratie de s’opposer par la loi aux éventuelles entreprises liberticides, c’est aussi la vertu du citoyen de ne pas inventer (céder à l’invention de) tel ou tel croquemitaine, c’est enfin la fonction de la CNIL au plan national, du règlement général sur la protection des données (RGPD) à celui de l’UE.

A l’inverse, agiter le croquemitaine c’est, sur ce sujet comme sur bien d’autres, mettre en doute l’idée que le progrès scientifique pourrait être aussi un progrès pour l’humanité et accréditer l’idée qu’au fond la science c’est dangereux !

Liberté, égalité, fraternité, c’est aussi une question d’éducation et d’instruction, de savoirs et de leur transmission. Les révolutionnaires de 89, dont l’évocation est aujourd’hui si promptement brandie en guise d’argument, l’avaient bien compris ; le projet pour l’école qu’ils portaient, visait l’accès à une connaissance du monde qui permette à chacun de devenir maître de lui-même et de son existence.

Condorcet qui prévoyait une école publique, laïque, gratuite et universelle, chargée de former des citoyens libres, égaux et fraternels, estimait d’ailleurs que l’enseignement des lois politiques et des sciences était du ressort de l’Etat, tandis que celui des lois divines regardait l’Eglise .

Alors que des confusions sont entretenues autour de la notion de laïcité, souvent sollicitée pour de médiocres causes, alors que l’on disserte à longueur de plateaux et de colonnes sur le « grand remplacement », que s’agitent les fantasmes identitaires, ou que l’arrivée dans l’espace public de « femmes voilées » interroge, ne pourrait-on pas examiner la formation offerte aux jeunes et à travers eux à l’opinion publique ? L’enjeu n’est pas celui de l’instruction et donc des savoirs transmis mais bien celui de l’éducation, cet ensemble de codes et de conduites qui font une société. Sans doute l’environnement familial y a sa part mais dans un pays qui s’affirme laïque, ne conviendrait-il pas de (au moins) mettre en débat l’opportunité d’un retour au principe républicain, qu’exprime la formule « fonds publics à l’école publique, fonds privés à l’école privée », de revenir sur l’abandon de la notion d’école publique comme ce creuset de l’intégration qu’elle fut, en un mot de se demander pourquoi le serment de Vincennes du 19 juin 1960 est aujourd’hui si largement ignoré (pour une première approche voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Serment_de_Vincennes ) alors qu’il engageait alors, solennellement, plus de 10 millions de citoyens pétitionnaires à « lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à l’abrogation » de la loi Debré de décembre 1959 qui institutionnalisa le financement public des écoles privées..

Certains diront que ce sera(it) là une manière de relancer « la guerre scolaire ». Refuser d’évoquer cette loi Debré comme un retour sur la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, en rendre impossible toute discussion ou contestation (l’épisode de la loi Savary en a témoigné) ne sont pourtant pas des signes forts pour la démocratie, ni pour la lutte contre les ségrégations.

Les « territoires perdus de la République » sont aussi (d’abord sans doute même) une affaire de mixité sociale et idéologique. Est-ce bien le rôle de l’Etat de financer les occasions de contourner l’hypothèse d’un lieu commun pour une commune formation ?

L’intolérance et la xénophobie ne sont-elles pas les fruits nauséeux du croisement des absences de respect de l’égalité avec la volonté de restreindre les libertés de certains, dans un grand déni de toute fraternité ?

 

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