Contre l’obscurantisme, affirmer la liberté d’expression

Le vendredi 16 octobre 2020, un professeur est assassiné par un terroriste. Le meurtrier décapite sa victime puis diffuse une photo sur twitter.

La sidération est immense. A la hauteur d’une violence qui veut imposer la terreur et faire régner des interdits, notamment dans les enseignements.

Au delà du crime, l’agression de Samuel Paty a été voulue comme un exemple. Elle affirme une opposition absolue aux valeurs qui fondent notre république alors que, dans la constitution qui l’organise, elle reprend la Déclaration des droits de l’Homme du 26 août 1789, « Nul homme ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses […] ». Elle définit la France comme étant « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale qui assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion et qui respecte toutes les croyances ».
S’y est ajoutée la loi du 21 juillet 1881 sur la liberté de la presse qui s’applique plus généralement à toute forme d’expression, et a définitivement aboli le délit de blasphème, même dans sa forme sécularisée d’atteinte à la morale religieuse.

Ces dispositifs doivent être sans cesse rappelés. Ils marquent une obligation de respect envers les croyances, comme envers les opinions, même religieuses. La réponse à la crise actuelle n’est donc pas à chercher du côté de la justice qui a déjà fort à faire à ajuster les sanctions à opposer à de tels actes.
En revanche, la dramatisation du conflit avec les lois de la république que vient de souligner sa conjonction avec l’outrance des propos du président turc, place le débat au plan des idées, celles de l’humanisme, celles des Lumières.

La première étape de cette lutte est sans doute de comprendre, de rappeler à ceux qui en bénéficient, que la liberté d’expression comme les autres libertés, les autres avancées de la démocratie ont été une conquête que la philosophie des Lumières a accompagnée, et que c’est exactement cela : une conquête, qui demeure récente, n’a pas toujours été facile et demeure fragile. Il a fallu la révolution française pour les affirmer. Le 1er juillet 1766 encore, pour ne pas avoir accepté de se découvrir lors du passage d’une procession, le chevalier de la Barre a été jugé, décapité puis brûlé. Au cours du procès, on réclama l’arrestation de Voltaire, en tant qu’il serait l’instigateur de cette « profanation ». Il dût alors chercher asile auprès de Frédéric II.

Une seconde consiste à mettre en garde ceux qui dénoncent les « mythes » du progrès et de l’égalité, portés par les Lumières, au motif que leur développement n’est pas linéaire, ceux qui s’acharnent contre une philosophie des Lumières qui aurait légitimé une « domination occidentale » sur le monde, ceux qui voudraient que les savoirs soient relativisés comme élitistes, au profit du savoir-être et des compétences.

Une troisième, enfin, inclut le refus de l’intimidation à coups de culpabilisations et de retournements victimaires, au profit de la construction d’espaces critiques d’où sont bannies les violences et où la raison et l’expérience arbitrent les débats.

Dans cet affrontement, la responsabilité de l’université, de ceux qui à tous les stades de l’enseignement public expliquent et défendent la liberté de conscience est grande. Leur rôle est essentiel. Les adversaires de la liberté, particulièrement la liberté d’expression, ne s’y trompent d’ailleurs pas.

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