A marche différenciée …

Qu’on la nomme débat d’idée, conflit idéologique ou guerre culturelle, l’exposition contradictoire de points de vue opposés, est dans la nature même de la démocratie. Vouloir limiter cette pratique, chercher à la nier, c’est renoncer, même en partie, à l’héritage démocratique qui est le notre, alors qu’il est loin d’être partagé par tous les pays, tous les gouvernements, tous les systèmes. Il est facile de dénoncer l’esprit des Lumières lorsqu’on est protégé par cette liberté d’expression qu’elles ont fait triompher et répandue partout où l’occasion en a été fournie. Que tout n’ait pas été parfait, qu’avec la liberté et la démocratie soient aussi introduites des forces dissonantes fait sans doute partie de l’histoire ; c’est pourtant une toute autre affaire lorsque, par le biais de discours réputés « postcolonialistes », les sociétés démocratiques occidentales se voient convaincues de «racisme systémique» tandis que se nouent d’étranges alliances stratégiques, voire des convergences électorales et que, au nom d’un passé, on se rend complice des intimidations d’aujourd’hui et de l’exceptionnalisme moral parfois mis en avant pour les justifier.
Même incomplètes, les libertés voulues par les Lumières comme fondamentales pour la démocratie, reposent sur le principe essentiel de leur garantie par les institutions. Ce qui était révolutionnaire alors (et sous bien des aspects l’est encore aujourd’hui) était la rupture avec la suprématie de la loi religieuse. Le débat qui se déploie dans les crises actuelles, repose non sur telle ou telle autre croyance, telle ou telle religion mais exactement sur la relation entre loi des hommes et loi divine avec ce complément qui fait, notamment de la France, un Etat laïc, où chacun est libre de choisir la loi divine qui lui convient et de la respecter dans ses pratiques privées tandis que les conduites publiques, les options de la vie civile demeurent régies par les institutions de la République, en bref la Constitution. Une fois ce principe posé, il n’est plus besoin de ces « lois de guerre » que certains, conjuguant histérisation, déni et myopie coupable, appellent de leurs vœux en ignorant (?) que rompre avec les « lois de la paix », c’est déposséder les juges et rompre avec l’Etat de droit. Instaurer de telles loi d’exception ce serait aussi empêcher de faire société, encourager encore plus la défiance qui, pourtant, déjà, mine nos démocraties.

Dans un tel contexte, pourquoi la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche éprouve-t-elle une impérieuse nécessité à « répondre » à son collègue du gouvernement, ministre de l’Education et à évoquer « l’héritage précieux » qu’est l’université, « la liberté institutionnalisée, dans nos territoires et dans les esprits ». La définition de principe est certes exacte et très importante, il est juste et bon de la rappeler, cela n’empêche pas, comme la ministre elle-même le signale dans cette même tribune que « les derniers mois avant le confinement ont été marqués par des conférences perturbées ou annulées au nom de telle ou telle cause », et que diverses pratiques d’intimidation dont le premier degré est l’autocensure, s’installent dans des établissements d’enseignement supérieur. Il semble important que soit dite et non refoulée cette réalité que, sous-couvert de liberté d’expression, au nom d’un « décolonialisme », certaines dérives de fait sont à constater et que cela est dangereux !
Par ailleurs s’il s’agit de défendre l’université, son enseignement, la recherche qui y est menée, la ministre pourrait peut-être ne pas oublier que les relations entre les universités (on disait facultés) et la République n’ont pas toujours été sereines, ainsi lorsque le décret de la Convention nationale du 15 septembre 1793 supprime les universités, jugées trop proches de l’Eglise, pour les remplacer par des « écoles spéciales ». Il faut bien voir là l’origine du redoublement écoles/universités qui crée tant de confusions en France, y compris aujourd’hui quand les CPGE restent ouvertes quand l’enseignement à distance est devenu de rigueur à l’université ! Est-il nécessaire d’établir ainsi une sorte de « supériorité » du système des concours qui nécessiterait un travail encadré en vue de la production du chef d’oeuvre final, préalablement élaboré de khôlle en khôlle, tandis qu’un travail qui conduit « seulement » à un  examen qui attestera d’une acquisition de compétences, pourrait se contenter d’un suivi discontinué et à distance ?
On pourrait ajouter à cette première distinction, le cas des BTS, autre forme des formations post-bac qui n’est pas invitée à un enseignement à distance quand les étudiants des IUT le sont …
On pourrait surtout, sans attendre, s’interroger sur la validation de ces études, sur les modalités des contrôle dont certains réclament déjà qu’ils soient organisés « à distance ». Toute improvisation serait préjudiciable, pourtant des partiels sont déjà en cours, la session de fin de semestre va intervenir en janvier …
Qu’adviendra-t-il dans l’avenir post-covid qui finira bien par s’imposer, de l’attractivité respective des formations dont on aura choisi de préserver l’essence par le « présentiel » et de celles que l’on aura contraintes à aller butiner le savoir qu’elles pourront, pourvu que ce soit à distance ? N’y a-t-il pourtant pas là un beau sujet d’exercice pratique à mener en commun par nos ministres qui auraient alors également pu traiter le cas concret de la forme qui sera donnée aux épreuves, le jour où elles se tiendront, d’autant que si les (glorieux) concours sont attendus pour juste avant l’été et que des mesures avaient déjà été déployées pour la session 2020, une part des (non-essentiels ?) examens sont prévus pour la fin du semestre … ce qui à l’université signifie en janvier alors que tout indique qu’alors, la pandémie ne sera pas (encore) jugulée (et que certains étudiants font monter la pression pour avoir des examens « à distance »)…

Un traitement différencié est aussi une forme de séparatisme et l’inégalité des chances aussi une violence.

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