De l’utilité d’enseigner l’identité numérique dés le plus jeune âge …

Bonjour à tous

J’ai attendu pour ouvrir ce premier billet  car je voulais, après plusieurs années de suivi des environnements socio-numériques mettre en évidence combien il sera de plus en plus utile aujourd’hui de préserver son identité. En effet,  à l’heure ou nos réputations peuvent se faire et se défaire en un instant par mégarde, par méconnaissance des réseaux, voire encore par l’entrée et l’appartenance à des réseaux on a l’impression que toutes les interactions sur la toile et leurs impacts sur notre vie réelle restent trop souvent encore méconnues.

Nous avons l’impression pourtant au bout d’un moment  de vivre une vie virtuelle si nous sommes amenés à rentrer quotidiennement dans le flux des pratiques du Web 2.0.

Tôt ou tard il nous faudra réguler nous dit Alex Türk, ancien Président de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) dans un article de la revue SAVOIR  de l’URCEAS (1) de février 2013 (mensuel n°36); Il conviendra, en effet,  de plus en plus protéger le droit à la protection des données personnelles, protéger également tout ce qui touche à l’identité et à l’intimité des personnes. Ce qu’appelle Alex Türk notre sphère privée.

Je le répète donc souvent en cours et lors de conférences « Toute donnée personnelle peut devenir sur la toile une donnée intelligente pour certaines personnes mal intentionnées »

Du Web 1.0 au Web 4.0 : nos vies sont de plus intenses sur la toile

Nos étudiants trouvent cela souvent normal de s’exposer sur la toile de manière affective, ludique, participative, culturelle politique, … Ils  considèrent que la vie numérique n’est que la poursuite de la vie par d’autres moyens. Je leur donne raison de penser ainsi car « Internet n’est pas un monde à part déconnecté du réel » comme nous le précise l’article sur nos vies numériques de la Revue Sciences Humaines (2).

Pour bien comprendre ce positionnement des jeunes sur Internet il convient de rappeler dans quel contexte se déroule cette normalité et pourquoi nous en sommes arrivés là.

Le Web 1.0 (qualifié aujourd’hui de Web statique) nous a appris de 1993  à découvrir la toile et à stocker des images sur nos ordinateurs afin de les revoir plus tard voire de les oublier. Il existe des réservoirs de pages ou cimetières de pages Web non référencés par les moteurs de recherche actuels dont je reparlerai dans un prochain billet dédié au Web invisble.

C’est le haut débit qui nous a fait vite  passer au Web 2.0 dit Web social car il a donné dés les années 2000 du pouvoir aux internautes par l’avènement des blogs et autres espaces communautaires. Ces espaces, en déclin aujourd’hui avec l’arrivée d’autres réseaux sociaux nous font apprendre qu’avec Internet rien n’est jamais stabilisé. Nos institutions éducatives ont beaucoup à apprendre de cela car le même phénomène se produit avec les MOOC  aujourd’hui. « On a pourtant pas attendu les MOOC pour faire du E-Learning » nous précise si justement  Christine Vaufrey sur son blog Educpros (3).

Je me rappelle encore  en 2005 lors d’une présentation, j’évoquais le devenir des plateformes numériques d’apprentissage et il me semblait que je passais pour un « martien ». J’allais faire perdre aux enseignants un certain pouvoir autour du savoir. Ma volonté était déjà à l’époque de les préparer à devenir des facilitateurs d’apprentissage avec les TIC ou TICE. Tout le monde court aujourd’hui et nous sommes en plein dans le sujet. Le questionnement sur les MOOC arrive au moment où chacun de nos enseignants est en phase de devenir une plateforme à part entière.

Donc toujours cette impression que nous ne sommes pas en phase avec cette société immédiate.

Ceux qui s’y investissent aujourd’hui et je les encourage semblent redécouvrir ce qui existait déjà ou presque lorsqu’ils parlent d’innovation pédagogique. C’est sûrement le fait de veiller depuis 20 ans qui m’invite à parler ainsi car il est vrai que tout va plus vite pour tous et que l’on sent bien que plus rien ne sera comme avant en éducation. Seulement, le temps de penser et d’hésiter sur le changement à adopter, nos étudiants étaient déjà  des migrants du digital utilisant ce que je qualifie des prothèses cognitives bâties autour de réseaux collaboratifs pour apprendre ensemble,  avec d’autres ayant pris le même chemin.

Aujourd’hui, les outils sont là et c’est un atout pour l’enseignement. Cependant s’il faut et si l’on veut  enseigner par exemple avec les réseaux socio-techniques d’apprentissage que peuvent être Facebook, Twitter et les autres, ce qu’il me semble urgent avant tout c’est de faire connaître à nos jeunes l’envers de la toile et ses interactions entre ces espaces de réseautage.

Celles-ci  ne feront que grandir avec l’arrivée du Web 3.0 ou Web sémantique (de données) sur lequel nous sommes condamnés à devenir intelligents et malins tant la recherche pertinente sera difficile à mener à moins  de se contenter comme plus de 90 % de la première page de Google et de ses trois premiers résultats.

Le Web 2.0 aura  tellement  apporté son flux d’informations par le biais des échanges et des applications qu’on pourrait imaginer une saturation du cyberespace et la nécessité de stocker nos données très vite sur une informatique en nuages (Cloud Computing).

Ne parlons pas trop  du Web 4.0 ou de l’Interbnet des  objets connectés qui ne fera qu’accentuer la continuité de stockage de nos données sur des espaces partageables et en interaction avec tout objet ou application de notre environnement. Nous savons très bien que lorsque nous changeons de téléphone ou de smartphones nous migrons l’existant de nos données ou application pour profiter de l’évolution des technologies…

L’identité numérique en question.

L’identité numérique est devenue une problématique phare dont la littérature en ligne se multiplie et provoque une prise de conscience progressive d’une activité en ligne et de ses conséquences sur l’E-réputation.
La puissance des réseaux sociaux, le recours systématique aux moteurs de recherche, la « googlisation » des candidats par les recruteurs… Le phénomène prend de l’ampleur et les bad buzz, s’ils ne sont pas représentatifs de la réalité, font peur …

De nombreux synonymes sont aujourd’hui évoqués autour de l’identité numérique et il est de plus en plus courant d’entendre citer ceux d’E-réputation, de cyber-réputation, de web-réputation, de  réputation numérique, ou encore de Social Networking.
En parlant de l’E-réputation, on évoque un néologisme cristallisant une réalité déjà existante depuis quelques années. Selon les usagers, on dit de l’e-réputation d’une personne ou d’une organisation qu’elle est constituée par l’ensemble des avis diffusés sur les réseaux numériques, notamment Internet (le phénomène existait déjà sur Minitel !).
Sur Internet, le phénomène de l’e-réputation est essentiellement lié à la recherche d’informations ciblées grâce aux moteurs de recherche. De sorte que les avis les mieux référencés sont ceux qui portent le plus en vertu du fait que l’internaute moyen s’aventure rarement au-delà des 10 à 30 premiers résultats.

Selon le consultant Fred Cavazza (4), « L’identité numérique d’un individu est composée de données formelles (coordonnées, certificats…) et informelles (commentaires, notes, billets, photos…). Toutes ces bribes d’information composent une identité numérique plus globale qui caractérise un individu, sa personnalité, son entourage et ses habitudes.
•Ces petits bouts d’identité fonctionnent comme des gènes : ils composent « l’ADN numérique d’un individu. ».

Nous avons chacun une visibilité sur la toile, c’est ce qu’appelle Dominique Cardon le « Design de la visibilité (5) ».

Sur ces deux axes, il est possible de projeter trois modèles de visibilité, auxquels s’ajoutent deux modèles émergents. Ces modèles correspondent aux différentes formes d’éclairage que les plateformes réservent à l’identité des participants et à leur mise en relation.

http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2008/01/cardon02.JPG

La confidentialité est une illusion sur la toile

Sachez le, vos données sont stockées dans de gigantesques bases de données.  Vous n’êtes pas forcément à la source de ces données car vos proches dans leurs pérégrinations numériques peuvent être amenés à parler de vous sans que vous vous en rendiez compte.
Qui a déjà demandé à Facebook de lui fournir les infos qu’ils détenaient sur eux ?
N’allez pas plus loin que les presque 10 millions d’utilisateurs de Gmail en France qui en discutant au centre de l’écran peuvent voir à droite que les messages publicitaires sont en rapport avec leurs messages et il n’y a pas que Gmail qui fait cela. Votre traçage existe bien et l’on sait de quel site vous venez et on ne vous affichera jamais deux fois la même publicité.

En « likant »  vous accroissez le risque d’exploitation de votre identité numérique et c’est alors que tout devient complexe car vous êtes peut-être aussi sur Twitter, Linkedin, Viadéo, …  Et si quelqu’un vous écrit de Facebook en évoquant le fait qu’il sera absent pour une réunion car retenu à l’aéroport pour retard, regardez bien le lieu d’accès à Facebook car votre identité sera liée à votre position !

Vous aimez aussi partager vos goûts musicaux sur Youtube, Deezer, Spotify mais ce n’est pas mieux car ces sites sont connectés à des réseaux sociaux de type Facebook qui à la fin vous font tourner la tête tant ils sont interconnectés.  Un jour quelqu’un vous dira qu’il suit votre activité musicale mais pourra aussi suivre votre activité sur Youtube…

Je reviendrai sur toutes ces astuces et dérives qu’il convient de maîtriser à l’ère numérique.

Voici pour commencer quelques outils pour débuter à scruter la toile autour de votre identité numérique.

http://www.123people.com

http://www.webmii.com/

http://www.youseemii.fr/

http://www.facesearch.com/

 

A bientôt pour en savoir plus encore !!

Jean-Paul Pinte

1 Union Régjonale des Centres d’Etude et d’Action Sociales du Nord- Pas de Calais

2 Nos vies numériques, Revue Sciences Humaines, Août – septembre 2011, n°229

3 http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/05/16/non-le-e-learning-nest-pas-ne-en-2011/

4 http://www.fredcavazza.net/

5 http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/

 

 

 

 

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