2030 : Delphi et Cyprian citoyens « augmentés » de Hauts de France hyperconnectés ont survécu au phénomène de disruption de notre société

Je veux  ici vous faire partager un article que j’avais écrit pour la Revue anniversaire des 25 ans d’ « AUTREMENT DIT » il y a quelques semaines.

(On y évoque la projection de deux jeunes ayant survécu à la disruption de notre société…)
Janvier 2030 : le monde a profondément changé pour Delphi et Cyprian qui font, désormais, partie des 8 milliards d’humains connectés. Comme  les chercheurs et autres « tendanceurs » l’avaient annoncé, quinze ans plus tôt, notre société est devenue une cybersociété où chacun a compris que ses actes, pensées, mouvements étaient, depuis bien longtemps, stockés sur des serveurs dans un monde entièrement digitalisé.

Plongés dans un nouvel âge de l’humanité nos deux jeunes sont entourés de robots, machines et autres systèmes intelligents. Ces derniers ont pris place et se sont totalement intégrés à leur vie personnelle et professionnelle.  Sûrs de vivre centenaires, grâce aux progrès technologiques rendus possibles par les progrès réalisés dans la cybersanté, ils savent qu’ils vivront plus longtemps que leurs parents car ils pourront se le permettre. L’un travaille dans les médias sociaux et l’autre dans la cybersécurité, deux marchés dans l’économie européenne à l’aube
de 2030.

Cette assurance de longue vie résulte du « Tsunami numérique » qui a vu, au début de la décennie 2020, de nouvelles applications et de nouveaux services pratiquement rayer de la carte le concept de troisième âge. La révolution transhumaniste, la techno-médecine ainsi que l’ubérisation du monde sont passés par là. Une déferlante qui n’est pas sans soulever des questions morales, éthiques fondamentales comme cette question des « bébés sur mesure » à laquelle toute une génération « bo-bo » adhère sans, apparemment, se poser trop de questions.

Mais la santé n’est pas le seul domaine où Cyprian et Delphi se distinguent de leurs parents et grands-parents. Leurs manières de vivre, de communiquer, de travailler et d’apprendre ont, elles aussi, profondément été modifiées. Plus rien de comparable avant l’époque du numérique. Comme est loin de leur mémoire celle du maître d’école dans sa classe, détenteur du savoir absolu.

Delphi, et Cyprian, jeune couple français, tous deux issus de la fin de la génération “Digital Natives” sont de ce monde hyperconnecté. La première génération de ce que certains ont caractérisé de “digiborigénes” et, pour le reste, des humains augmentés (Cyborgs). Il ont appris très jeunes à vivre dans une société où il faut faire avec les risques du terrorisme, la surveillance généralisée, l’identité virtuelle, l’ubiquité mais aussi le… réel.

L’indélébilité de leurs données en ligne

Alors qu’en 2015 plus de 75 % des jeunes ne pouvaient s’imaginer un monde sans le web, ces deux jeunes adultes ne se posent même plus la question de la culture numérique. Elle s’est ancrée de manière transparente dans leur vie. Ils ont appris à coder au collège et savent comment monter une application, la coupler et l’adapter à leur mode de vie.  Ils ont une culture ouverte et en réseau de l”information ainsi qu’une culture de l’information dont ils maîtrisent l’abondance et la sérendipité. Ils ont, aussi, pris conscience que pendant des années ils ont confié volontiers leurs données personnelles afin de contribuer à l’expansion du monde de la consommation digitale qui, à l’aide de calculateurs de plus en plus puissants et autres algorithmes les ont construit et les gouvernent aujourd’hui. Ils sont donc  préparés  à  l’indélébilité  de leurs données en ligne.

Ils maîtrisent dorénavant les profondeurs du Net et savent cartographier leur ADN numérique où se retrouvent toutes les “gâchettes” sur lesquelles ils ont appuyé plus jeunes dans leur pérégrination sur la toile. Notre couple, comme beaucoup d’autres de leur âge, a, en effet, déjà essuyé les plâtres d’un scandale de détournement de leur privée suite à des traces laissées sur la toile.

Google, Apple, Amazon banalisés

Initiés, dés l’enfance, à la culture des écrans avec leurs tablettes et phablettes, ils sont équipés chez eux de murs tactiles, d’écrans que l’on déroule en fonction des usages.
Leur progéniture pourra bientôt, grâce au doigt numérique, écrire et projeter sur les murs des textes et images pour les partager avec d’autres enfants, voire se faire corriger par l’enseignant qui a, enfin, compris que les lieux d’apprentissage étaient multiples.
Terminé l’âge des (pico) et des (vidéo) projecteurs, nous sommes bien dans le réel de ces deux jeunes fraîchement unis via le réseau. Réseau dont on ne sait plus ce qu’il a encore à voir avec son ancêtre Internet.  Facebook, fondu dans la masse des outils, est devenu une simple plateforme de base au même titre que tous les autres géants de l’internet de la décennie 2010 : Google, Apple, Amazon décriés alors comme des aspirateurs et pilleurs de données.

Des robots (Bots) se sont, depuis longtemps, appuyé sur l’intelligence artificielle pour proposer des articles de presse ou des offres commerciales au sein d’applications de messagerie comme Facebook. les rendant par là même transparentes. L’inbound marketing, cette stratégie marketing qui avait le vent en poupe depuis 2015 a disparu.
Cette méthode consistait à attirer l’internaute au sein de ses propres espaces, principalement grâce à du contenu, pour tenter de lui vendre des produits, de la culture, des informations. Le Data Marketing a vécu après avoir, depuis longtemps, remplacé la publicité.

De même, la culture de l’essai-erreur (ex : learning by doing) dont se targuait l’innovation pédagogique basée sur les nouvelles approches du savoir à travers les TIC, au début des années 2010, est pour Delphi et Cyprian, renvoyée aux calendes grecques.
Un quotidien dans le flux des NBIC et de la disruption

La vague de la robotique, de la génomique, des big data, de la cyberguerre et de la Blockchain (la technologie derrière le bitcoin) ont aussi créé des gagnants et bien des perdants, au sein de chaque nation sur l’échiquier mondial. Mais, chaque jour, Delphi et Cyprian, bien installés dans leur profession profitent de l’économie collaborative et et Cyprian, bien installés dans leur profession profitent de l’économie collaborative et de son ubérisation.  Qu’il s’agisse du transport, d’achats ou encore de leurs activités personnelles et professionnelles, ils évoluent dans le flux des NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Cognitivisme).  Ils travaillent maintenant la moitié de leur temps en télétravail via un télérobot qui leur permet de participer à une réunion à Tokyo le matin et à une autre à Chicago le soir, sans quitter leur domicile.

Mais le quotidien de Cyprian et Delphi, tout le monde ne le partage pas. D’autres, par contre, sont demeurés les laissés pour compte de cette société hyperconnectée occupant d’autres métiers condamnés par la généralisation des robots dont ils sont entourés dans la rue comme au bureau. Certains de ces robots ont même pris le parti, depuis quelques années, de se répandre dans le grand public auprès des plus âgés en devenant des robots-infirmiers. L’emploi en 2025 repose donc sur le taux d’acceptation et la fabrication de robots.

 

Patron de sa propre santé

En 2030, chaque cerveau humain est interconnecté, entre et avec l’Internet.  Il se base sur des mécanismes biologiques et technologiques. Des capteurs individuels et l’intelligence artificielle fait de chaque citoyen le « patron de sa propre santé ». Le décodage génomique permet aussi  de mieux prévenir les maladies. Les robots réalisent des opérations de chirurgie avec une précision sans égale et à moindre coût dans le même temps où les grands médecins sont capables de faire pousser un organe de remplacement sans avoir à attendre la mort d’un éventuel donneur.

Les sciences de la nature sont désormais des e-sciences et les disciplines d’érudition se sont mutées en « humanités numériques ». Les « Google Glass » trop en avance en 2014 font leur retour avec d’autres équipements et la technologie a totalement perturbé des industries comme la grande distribution, l’immobilier, le voyage, le spectacle et, fondamentalement, la communication entre les humains.
Le téléphone de Delphi vient juste de sonner pour lui rappeler son rendez-vous chez le dentiste. Elle ne perdra pas de temps dans les embouteillages grâce à sa voiture autonome disposant de ses propres voies de circulation. Google, qui était précurseur, s’est vu rejoindre en ce domaine par Apple, Uber, Tesla, Bolloré et de nouveaux constructeurs qui ont progressivement pris le dessus sur les producteurs traditionnels n’ayant pas pris ce virage de la voiture autonome 10 ans plus tôt.
En lisant le journal sur son mur  de salon Cyprian apprend  même qu’en 2035, on prévoit 54 millions de véhicules autonomes en circulation. Il pense à son fils qui n’aura pas à subir l’épreuve du permis de conduire et à ses parents qui, eux, avaient profité de la conduite accompagnée mais avaient eu bien du mal à repasser l’examen du code de la route suite à un retrait de permis pour excès de vitesse en ville. Et quand bien même ils ne disposeraient pas de ce petit bijou de voiture, la vie leur est facilitée par l’offre de partage de véhicules que la ville voulue « intelligente » leur met à disposition à l’aide des technologies d’information urbaines instantanées.

Pour un « droit au silence » des puces

La précision des modèles prédictifs a, elle aussi, été améliorée et fait l’objet d’une guerre de l’information multipolaire. C’est le cas des compagnies d’assurances qui surveillent les actes de vie quotidienne du couple et les alertent sur les conséquences de certains comportements – manque de sommeil, soirée trop arrosée.. – pouvant engendrer des problèmes de santé. Tout se recoupe et s’interconnecte ainsi autour d’une informatique quantique, qui a pris ses repères en 2030, avec des implications pour la recherche scientifique fondamentale et la cryptographie.

Il en va de même pour les réseaux socio-techniques qui aidaient jadis chaque individu à se rapprocher d’autres utilisateurs. En 2030, ces réseaux prennent le contrôle à distance des appareils domestiques de Delphi et Cyprian s’ils le décident. A défaut, ils peuvent demander un droit au silence des puces; à haute fréquence omniprésentes dans leur matériel électroménager ou autre. Ils perdront, alors, tous les atouts de ces objets connectés qui leur permettent, par exemple, de gérer les courses à distance, de contrôler la maison, voire encore de vérifier la référence d’un produit, d’un vêtement, d’une taille au sein même d’un magasin pour gagner du temps. Une marche arrière difficile mais que certains réfractaires ou intolérants au « tout contrôlé » décident
d’adopter !
Dans la rue et dans la vie de tous les jours leurs deux Smartphones repliables comme des mouchoirs sont devenus des récepteurs et des sources d’information dans les villes dites « intelligentes » envoyant et recevant en permanence des données vers les systèmes de ces mêmes villes intelligentes. En déroulant son écran souple et fin sur le mur  comme il le fait pour écrire avec son crayon magique, Cyprian apprend, justement, par une chaîne d’information qu’un groupe de militants a communiqué de fausses  informations hors des réseaux traditionnels et des chaines gouvernementales pour poursuivre des objectifs progressistes, déstabilisateurs ou encore criminels au-delà des frontières géopolitiques.

Une réalité et des capacités « augmentées »…

Ce monde dans lequel nous faisons évoluer Delphi et Cyprian en 2030 est, bien sûr, une projection. Mais, selon le rapport Global Trends 2030 qui vient d’être publié début 2016, la tendance la plus radicale de la révolution de notre société ces quinze prochaines années concerne la modification et l’augmentation des capacités humaines offertes par la technologie et l’évolution transhumaniste disruptive qui viendra bouleverser les grilles d’analyse usuelles. Cette évolution soulèvera de nombreux problèmes éthiques notamment pour tout ce qui touche au développement de l’intelligence artificielle et son intégration dans notre vie quotidienne avec le risque réel que nous devenions des sortes de Cyborgs.
Les implants cérébraux font, déjà l’objet de prévisions claires et précises. Les interfaces « neuro-cloud » viendront combler les déséquilibres d’information et de calcul existant entre le cerveau humain et les systèmes cybernétiques. Ces neurotechnologies pourraient accroître de manière disruptive certaines capacités humaines et faire émerger de nouvelles fonctionnalités biologiques. L’œil et la vision humaine profiteront de ces augmentations. Des implants rétiniens permettront une vision nocturne et donneront accès aux spectres de lumières inaccessibles chez l’homme de 2015. Les progrès réalisés en chimie des neurostimulants augmenteront nos capacités de mémorisation, d’attention, de vitesse de réaction et de réalisation.
Les systèmes de réalité augmentée devraient améliorer notre compréhension des phénomènes complexes réels.

… qui posent de grandes questions éthiques et sociales

Mais, soyons conscients que les déséquilibres d’accès à ces progrès et améliorations de notre vie quotidienne pourraient être – et seront, sans doute – à l’origine de violentes turbulences, et de conflits si rien n’est mis en place pour réguler et encadrer les technologies impliquées. Le risque principal résulte d’une société clivée, à deux niveaux, formée d’une part des individus ayant accès aux technologies d’augmentation et profitant pleinement des améliorations et, d’autre part, des laissés pour compte technologiques, « non augmentés » pour lesquels l’écart des capacités se creusera à mesure que le progrès avance.

Cette asymétrie n’est pas tenable et nécessitera probablement une stricte surveillance des gouvernements et une régulation méthodique des technologies d’augmentation. La convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC) devrait induire des progrès scientifiques collatéraux importants, comme ceux du stockage de l’énergie avec des batteries longue durée, ceux de l’interfaçage biologique-silicium, ou encore ceux de l’électronique biocompatible flexible

Prévoir, Préparer, Prévenir

On ne doit pas douter une seconde de l’utilité d’un tel rapport sur 2030 lorsqu’il s’agit de prévoir les changements disruptifs, de préparer les gouvernants et les décideurs aux impacts d’une technologie exponentielle et de prévenir les futures crises liées à ces changements violents. L’évolution de la technologie, notamment de la robotique prouve que tout ce qui a été dit plus haut arrivera. La seule question est quand ? Et comment l’intégrer raisonnablement dans l’évolution d’une société humainement respectable et responsable.

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