Éduquer après les attentats dans une société disruptive ?

Les technologies n’ont pas forcément permis de développer tous leurs atouts dans nos sociétés et au lieu d’en profiter pleinement tout en apprenant les uns des autres on y parle plus volontiers aujourd’hui de djihadisme, de violence que d’engagement dans de véritables valeurs qui pourraient nous faire agir pour apporter un monde meilleur.

Tout va de plus en plus vite nous le constatons chaque jour et la situation ne va pas s’améliorer dans ce monde émietté.

Personne ne sait plus non plus où il va dans ce monde complexe où les crises se conjuguent à tous les domaines (écologie, géopolitique, sociale, …)  et où  tout est devenu complexe.

Dans le domaine de la physique nucléaire, de la magnétohydrodynamique et de la physique des plasmas on appelle depuis longtemps disruption l’apparition brutale d’instabilités magnétohydrodynamiques dans la chambre de confinement.

Ce phénomène  appelé disruption ressemble beaucoup à ce que vit notre société et notre monde vit aujourd’hui. il y a en effet depuis quelques années comme une cassure, une brisure qui fait que nos systèmes sociaux arrivent toujours trop tard pour s’emparer des évolutions technologiques.

 

 

Il semblerait aussi que ce phénomène se produise aujourd’hui lorsque l’on parle de changement ou d’innovation dans les domaines de l’éducation, de la politique ou du renseignement. A chaque fois qu’il se déroule de nouveaux évènements on remet toujours en cause les méthodes utilisées en tentant de réajuster la situation et  l’on constate le plus souvent un véritable décalage avec la réalité.

Les évènements tragiques de Nice le 14 juillet 2016 sont là pour nous le démontrer une fois de plus. Les modes opératoires des terroristes évoluent au fur et à mesure qu’on les renseigne sur la façon dont ils sont surveillés !. Et tout ceci fait le lit du terrorisme…

Le ministre de l’Intérieur soulignait à  cet  effet que l’attentat perpétré à Nice le 14 Juillet était « un attentat d’un type nouveau » parce que son auteur n’était pas connu des services de police pour son adhésion à l’idéologie islamiste, parce « qu’il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement » selon les témoignages recueillis et enfin en raison du « mode de commission de son crime odieux » qui n’a impliqué ni arme lourde, ni explosif. Ne sachant plus bien on a pourtant cru  jusqu’à la revendication de Daech par son agence AMAQ, à l’acte isolé d’un déséquilibré. Faut-Il y croire car l’Etat Islamique n’a encore jamais fait une revendication opportuniste ?

La région de Nice compte énormément de cas de radicalisation suivis par la cellule préfectorale et beaucoup de départs ont lieu de cette région. On voit bien aujourd’hui que cette donnée n’est plus un indicateur pertinent car beaucoup d’entre les terroristes n’ont jamais mis un pied en Syrie. On peut s’attendre à des attaques similaires qui nous présenteront alors d’autres profils et d’autres vocations pour leurs acteurs. De tout cela il faut en parler dés le plus jeune âge avec les élèves car, sachez le, nous allons en prendre pour 5O ans !

Pour cette rentrée scolaire (1)  la focalisation se fait sur la surveillance de plus de 30 000 établissements et par une mobilisation de 3000 gendarmes de la réserve mise en place à cet effet. A  l’approche des partielles dans chaque parti politique on s’empresse aussi de faire les meilleures propositions pour la présidentielle 2017. On parle aussi de former à la signalisation de la radicalisation.

Tout cela est encore bien loin des actions qu’il conviendrait de mettre en place. Comme la Réserve Citoyenne de l’Education Nationale qui ne semble pas avoir porté ses fruits. Je n’ai à mon niveau en tant que membre de cette réserve eu que deux demandes venant d’enseignants du primaire devant faire face à des questionnements sérieux avec leurs élèves autour de l’usage des réseaux sociaux et du comment parler du terrorisme par exemple.

Au niveau de l’éducation un certain nombre d’actions s’imposent avec urgence. Notamment apprendre aux élèves à se construire librement une identité (numérique ou pas) et à se donner les moyens de changer ce monde grâce à des clés, voire encore mieux des outils pour leur vie. Les parents doivent aussi faire parti de ce collectif de facilitateurs et de médiateurs d’apprentissage (même s’ils sont souvent démunis) pour éclaircir au mieux le futur de leurs jeunes.

Les enseignants n’ont pas à mon sens toute la formation nécessaire ni les compétences pour développer chez les jeunes une certaine attention qui leur permettrait de distinguer le grain de l’ivraie tout en développant la translittératie numérique : savoir sélectionner de manière critique des documents. Il faut dire qu’ils n’ont pas été aidés au moment où il le fallait dans la crise des savoirs qui est venu se mélanger à celle de l’autorité. Certains se sont même trouvés désemparés quelques jours après les attentats de 2015. Il  nous faudra attendre sûrement la prochaine génération d’enseignants pour voir se redessiner un semblant de redressement. Pour leurs recherches et travaux à mener  avec leurs élèves tout un pan de la société est passé  à côté de cette économie de l’attention voire une écologie de l’attention, faute d’être aveuglés par l’immédiateté et la facilité d’outils comme Google, véritable nuage de fumée informationnel pour qui n’en connait pas les méandres.

Il faut redonner du sens à tout cela, recréer du liant par des pratiques collaboratives que certains enseignants adeptes des TICE ont déjà commencé à développer il y a quelques années. Partageons leurs expériences, décloisonnons les savoirs en instaurant des liens plus proches entre les enseignements. Expliquons aux élèves le sens du pourquoi on s’ intéresse à ce que l’on vit et les répercussions immédiates et à venir pour l’être humain. Il y a de quoi innover dans toutes les matières avec des élèves souvent riches en idées et des débats philosophiques doivent trouver leur place  autour de toutes ces problématiques sans oublier bien sûr la dimension d’enseignement du risque proprement dit.

La démocratie passe par la pédagogie nous dit Philippe Meirieu dans un ouvrage qui sort ce 25 août 2016. Il nous invite à recréer du commun dans l’école et à ne pas enseigner les savoirs comme des croyances !

 

(1)  http://www.education.gouv.fr/cid105657/securite-des-ecoles-colleges-et-lycees-discours-de-najat-vallaud-belkacem.html

 

 

Be Sociable, Share!

Commentaires fermés sur Éduquer après les attentats dans une société disruptive ?

Filed under Non classé

Comments are closed.