Selon le journal Le Monde du 30 septembre, le projet de loi prévoyant la possibilité pour les universités de recourir au vote électronique pour les élections étudiantes a provoqué des réactions virulentes : « entrave à la démocratie » pour le SNESUP, tandis que pour l’UNEF, Valérie Pécresse « risque d’être l ‘Ali Bongo de la démocratie universitaire »…
Loin de tout jugement passionnel, ces invectives m’ont rappelé une expérience de la démocratie, telle que certains la conçoivent, mais en entreprise, cette fois.
C’était il y a près de trente ans, dans l’usine du Bourget d’Alstom (devenue depuis une superbe friche industrielle, mais cela est sans rapport…). La direction de l’établissement avait proposé d’introduire, grande innovation pour l’époque, l’horaire variable. Les fabrications de turbine à cycle de production longs pouvaient parfaitement s’adapter à ce qui pouvait être considéré comme une avancée pour les salariés.
Devant la division syndicale, la CFDT qui contrôlait les bureaux étant favorable et la CGT qui régnait sur les ateliers, fortement défavorable. La raison en était simple : un étalement des horaires d’entrée et de sortie du personnel ne pouvait qu’entraîner une surconsommation d’heures de délégation syndicale pour les nombreuses distributions de tracts aux portes de l’établissement.
Organisation d’un référendum et résultat apparemment sans appel : 55% de votes favorables au projet. Mais avec 45%, on sait être majoritaire ! La direction s’est retrouvée face à un chantage : vous déclarez que le projet n’a pas rassemblé une majorité suffisante, ou nous mettons les ateliers en grève.
Que croyez-vous qu’il arriva : l’horaire fixe s’est perpétué jusqu’à la liquidation de l’usine.
Alors pourquoi voudriez-vous que l’on facilite la vie des étudiants, quand on connaît les affres des campagnes sur les camps et la consommation de temps au détriment de l’étude, des loisirs ou du travail salarié ?
Le syndicalisme français est bien malade et les salariés de France Telecom, pour ne citer qu’eux, peuvent le déplorer. Mais tant que l’intérêt nombriliste des syndicats prévaudra sur les avantages qu’ils pourraient obtenir pour leurs mandants, aucun progrès n’est envisageable.
Et tant pis si l’on propage et accroît ainsi la désyndicalisation et l’isolement dans les générations futures.
JL Bernaudin






Pour le thème du vote électronique pour les étudiants, la Gaïa Universitas y a consacré un billet récemment. Il s’en est suivi une longue discussion avec un militant anti-vote électronique, discussion qui d’ailleurs n’est pas terminée. Ce militant m’a expliqué qu’effectivement aucun progrès n’est envisageable. C’est déprimant. Vous pouvez lire tout ceci ici: http://rachelgliese.wordpress.com/2009/10/03/le-vote-electronique-a-l%e2%80%99universite/
J’ai bien peur que vous ne compariez des choux et des carottes. Le vote électronique a fait, et fait toujours, l’objet de nombreuses recherches
L’ASTI, fédération de 30 associations professionnelles et scientifiques d’informaticiens (plus de 5000 membres dont de nombreux chercheurs) a été très claire sur le sujet :
« l’ASTI recommande que [...] pouvoirs publics, partis politiques et société civile ne recourent en aucune manière au vote électronique anonyme »
http://asti.asso.fr/archives/archives-2007/communique-vote-electronique
Si l’on avait demandé aux maçons leur avis sur l’amiante dans les années 60, ils se seraient probablement prononcé en faveur de ce nouveau matériau d’isolation…
Signer et FAIRE SIGNER la pétition nationale pour le maintien du vote papier
http://www.ordinateurs-de-vote.org/Comment-agir.html
Peut-être faudrait-il rappeler qu’une des bases de la démocratie est que l’on peut vérifier la validité du scrutin (recomptage des bulletins), ce que ne permet pas le vote électronique : on confierait les clés de la démocratie à quelques spécialiste de la crypto … Non merci !
Selon moi, il y a deux catégories de gens qui ont peur de la démocratie en ligne. (1) ceux qui ont peur des dysfonctionnements informatiques (bogues et intrusions malfaisantes). A cette catégorie on peut conseiller d’éviter de prendre l’avion, le train ou d’utiliser une voiture, bref d’éviter tout ce qui peut fonctionner avec de l’informatique. On ne sait jamais, un accident est si vite arrivé. (2) Ceux qui ont peur que la démocratie en ligne bouleverse les équilibres existants : par exemple on a pu voir que les syndicats sont très peu ouverts sur ce sujet. Ils sont les premiers à contester cette possibilité supplémentaire de démocratie, qui pourtant dans certains cas pourrait éventuellement apporter un surplus de votants, ce qui n’est pas négligeable quand on connaît, par exemple, le taux de participation lamentable du vote étudiants à l’université. Mais les syndicats savent mobiliser leur troupes pour voter, et voient d’un œil méfiant une nouvelle population de votants que pourrait ramener la démocratie en ligne.