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Hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires : une victoire à la Pyrrhus.

Résumé des épisodes précédents

Annoncée en novembre 2018, la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires est très vite identifiée comme objectivement contraire aux valeurs et intérêts des universités françaises [ref]. Au cours des négociations entre le ministère et les présidents d’universités, les valeurs ont progressivement disparue des considérations [ref]. Malheureusement, la ministre est restée totalement inflexible durant ces négociations, n’octroyant aux présidents pas plus que ce qu’il était prévu de leur octroyer dès le départ.

Au centre de ces négociations se trouvaient les quotas d’exonération, actuellement de 10%. Pour refuser la hausse réclamée par les présidents, la ministre affirmera devant le sénat : « Parce qu’elles n’auront pas mis en place un dispositif d’accueil, parce qu’elles n’auront pas travaillé suffisamment leur stratégie internationale, parce qu’elles n’auront pas passé les accords que nous souhaitons qu’elles passent, elles pourront décider d’exonérer ces étudiants.« .

Ainsi, la ministre assume que cette mesure n’a en réalité pas d’autre objectif que d’affaiblir l’autonomie politique des universités, sans aucune considération pour leurs valeurs. Elle affiche ainsi une victoire totale sur les présidents et la communauté universitaire. Mais n’est-ce pas là une victoire à la Pyrrhus ?

Pour le comprendre, il convient d’observer les effets d’une mesure politique sur cette communauté.

Les effets d’une mesure politique sur la communauté universitaire

Modèle

Pour observer les effets d’une mesure politique sur la communauté universitaire, on peut construire un modèle en trois niveaux : ministre, président d’université et universitaire. A chaque niveau, les acteurs ont un engagement vis-à-vis de la mesure : pour, contre, ou sans engagement. Entre chaque acteur s’installe un effet selon cet engagement : l’effet est positif lorsque les acteurs sont en accord, négatif lorsqu’ils sont en désaccord et neutre sinon.

Seule asymétrie, l’absence d’engagement de la part d’un président peut avoir un effet négatif sur les universitaires engagés contre la mesure (ils peuvent le lui reprocher), alors qu’elle n’aura pas d’effet sur les universitaires engagés pour (il n’y a rien à reprocher puisqu’une mesure portée par un ministre est adoptée par défaut).

Ce modèle est bien sûr très simplifié : il n’inclue pas les cadres intermédiaires (directeurs d’unité de recherche et de composante/UFR/département), ni le rectorat. Néanmoins les tendances restent identiques, hormis le fait qu’encore plus d’acteurs sont impactés. De plus, je ne dispose évidemment pas des mesures exactes des engagements de tous les acteurs. La suite doit donc être prise comme une simple illustration des possibles.

Les mesures normales

Pour les mesures normales, il y a généralement un sur-engagement favorable de la part des présidents, naturellement associés à leur conception. Il y a également une sur-représentation des universitaires sans engagement, n’étant pas directement concernés par la plupart des mesures et leur conception.

On est alors dans le cas « l’opposition s’oppose », et les effets sur la communauté sont très faibles. Il peuvent néanmoins être érodant selon le rythme des mesures, notamment pour l’opposition qui est naturellement plus sujette aux effets négatifs.

Cependant, la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires ne s’inscrit pas dans ce cas là, notamment par les oppositions qu’elle a suscité.

Les mesures contraires aux valeurs universitaires

Dans le cas de mesures manifestement contraire aux intérêts et valeurs universitaires, les présidents s’engagent naturellement contre, ou évitent de s’engager. Déchargés des tensions politiques avec le ministère, les universitaires s’engagent massivement contre. C’est ce qu’il s’est passé pour la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires.

Dans ce cas, on constate une sur-représentation des effets non-neutres : la communauté se retrouve en tension, divisée selon les positions des uns et des autres.

Mais ces effets ne valent que tant que la mesure n’est pas adoptée.

Les mesures contraires aux valeurs universitaires lorsqu’elles sont adoptées

Lorsqu’une mesure contraire aux valeurs universitaires est adoptée, l’effet positif observé entre les présidents et universitaires engagés contre cette mesure se retourne, au moins en partie, en effet négatif : les universitaires peuvent légitimement considérer que leur président n’a pas su défendre leurs valeurs et intérêts, ou pire soupçonner une duplicité.

Dans ce cas, les effets deviennent très majoritairement négatifs sur la commuté. On peut alors prévoir une victoire à la Pyrrhus : même si la mesure est adoptée, elle provoque de telles tensions dans la communauté que ses conséquences seront nécessairement négatives au global. D’abord, ces tensions conduisent à une dégradation des relations entre les présidents et la communauté, et donc à l’affaiblissement de leur capacité de gouvernement. Ensuite, elles affaiblissent l’engagement des universitaires dans la mise en oeuvre de la mesure, et plus généralement dans l’exercice de leur mission.

Dans un cas extrême, qui n’est pas à exclure dans le contexte actuel, ces tension peuvent également conduire à des ruptures : décrédibilisation des présidents, démissions officielles ou de fait des universitaires de leurs responsabilités. Car pour le fonctionnement des universités, le plus grand danger n’est pas la démission publique, mais les collègues qui « jettent l’éponge ». Combien sont-ils, ces collègues qui, face à la surdité du ministère et à la destruction de leurs valeurs, deviennent en pleine conscience des universitaires-zombies, continuant d’agir sans plus rien réclamer de meilleurs ?

Est-ce parce qu’on a peur de leur nombre qu’on ne mesure jamais l’engagement des universitaires dans l’orientation politique de leur communauté ? En tous cas, les participations aux élections et consultations inquiètent déjà tout le monde… Qu’en sera-t-il après l’adoption de cette mesure que personne ne défend vraiment ?

Hausse des frais d’inscription : sommes nous devenus des universitaires-zombies ?

« Ce n’est plus qu’une question de date », c’est par ces mots, ce 19 mars 2019, que le président de l’Université de Strasbourg annonçait sa décision de pleinement accepter la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires. Dès le lendemain, et dans la même discrétion, l’Université de Bordeaux semblait suivre. A n’en pas douter, toutes sont en train de suivre, au rythme des conseils d’administration.

Cet épisode participe d’une mise en oeuvre bien rodée des réformes des services publics :

  1. d’abord émergent dans la base des oppositions au principe même de la réforme [ref] ;
  2. ces oppositions sont ensuite intégrées par les directions dans un rapport de force servant à des négociations avec le ministère [ref] ;
  3. une fois ces négociations terminées, les directions ont pour charge d’annoncer l’acceptation du principe à la base [ref], éventuellement en laissant l’opposition locale porter les mauvaises nouvelles [ref].

Cette mécanique de réforme est efficace, mais met tous les corps en tension, les dresse les uns contre les autres. Et lorsque les mesures sont trop brutales, trop manifestement contraires aux valeurs et intérêts, le risque de fracture augmente. C’est ce type de fracture que l’on voit apparaître pour les frais d’inscription des étudiants extra-communautaires, mais aussi pour les grandes restructurations d’établissements, comme par exemple l’Université Paris-Saclay 2020.

Une réforme toute particulière…

Parmi les nombreuses réformes de l’ESR, la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers occupe une place particulière. Au moins à l’échelle de ma carrière, il n’y a pas eu de mesure aussi indiscutablement contraire aux valeurs et intérêts de l’Université française.

Du côté des intérêts, on n’essaye même plus d’affirmer que cette mesure apportera des moyens nouveaux après le courrier de la DGESIP indiquant qu’elle servirait à combler une baisse relative des dotations. Pire, on reconnait publiquement que cette mesure « risque d’organiser une sélection par l’argent, de mettre en danger certaines formations, de réduire l’influence de la France dans le monde » [ref]. L’Université ne gagnera donc rien, et en plus va perdre.

Mais c’est du côté des valeurs que cette mesure est la plus contraire aux fondements même de l’Université française :

  • Valeurs humanistes : la recherche, le partage et la diffusion du savoir, pour toutes et tous, en limitant l’accès au savoir pour les étudiants les plus pauvres.
  • Valeurs de la République Française : liberté, égalité, fraternité, en instaurant une inégalité en raison des origines, et en affaiblissant la fraternité entre les peuples et les nations.
  • Valeurs du service public : sans vénalité, hors du jeu de concurrence, en contraignant à la commercialisation des formations, et donc à la mise en concurrence pour attirer les étudiants capables de payer dans un objectif pécuniaire.

On pourrait en ajouter d’autres, comme l’attachement à la vérité, heurté par le nom même de la mesure (« Bienvenue en France » sonne comme une provocation aux oreille de beaucoup de collègues), ou encore la démocratie, la collégialité et l’indépendance, puisque cette mesure est imposée sans aucune concertation.

… dont on ne mesure pas les conséquences.

Alors il faut se poser la question… Et si les plus graves conséquences n’étaient pas sur l’attractivité internationale ou leur mise en concurrence des universités ? Si elles n’étaient même pas sur l’inévitable extension de ces droits au plus grand nombre ? Si ces conséquence étaient en réalité beaucoup plus lourdes, touchant à la nature même de l’Université française et aux équilibres qui la structurent…

Si nous acceptons cette mesure aussi manifestement contraire à nos intérêts… Si nous continuons à afficher des valeurs sans arriver à les respecter… Serons-nous alors encore des universitaires ? Serons-nous encore l’Université ?

Ne serions-nous pas en train de devenir des universitaires-zombies, cérébralement morts sans le savoir ?

 

Bonus : la position d’Eric Fassin, sociologue.

Les formidables opportunités de la loi de transformation de la fonction publique

La loi de transformation de la fonction publique va être très rapidement être adoptée en procédure accélérée. Il faut s’en féliciter, car elle représente de formidables opportunités pour les universités… et surtout leurs présidents, qui vont enfin pouvoir devenir pleinement de « vrais managers, de vrais chefs d’entreprise » !

Le titre II du projet de loi vise à développer les leviers managériaux pour une action publique plus efficace.

Il permet aux responsables publics d’exercer pleinement leurs missions d’encadrement. Il prévoit ainsi de nouveaux leviers permettant de répondre aux évolutions et transformations du service public en facilitant le recrutement des compétences nécessaires, en valorisant l’engagement professionnel des équipes et en accordant plus d’autonomie dans la procédure disciplinaire.

Des leviers agiles pour restructurer les collaborateurs

Bien sûr, il viendra tout de suite à l’idée ces (nombreux) collègues qui (il faut bien l’avouer) ne font pas correctement leur travail en usant de leur garantie de l’emploi, voire même à ces enseignants-chercheurs qui parfois usent de leur liberté et de leur indépendance pour n’en faire qu’à leur tête. Cette loi va (enfin) permettre de les pousser vers la sortie.

L’article 27 crée un « dispositif global d’accompagnement des agents dont l’emploi est supprimé dans le cadre de la restructuration d’un service ou d’un corps« . Néanmoins, il s’agit là d’un levier à large assiette (une masse d’arme), qui ne sera utile que pour organiser des plans de sauvegarde massif de l’emploi.

On lui préférera l’article 28, qui « entend doter l’administration d’un dispositif d’accompagnement des changements de périmètre des services publics qui s’opèrent notamment en confiant à une personne morale de droit privé tout ou partie des activités qui était assurée directement par l’administration« . Le service scolarité coûte cher dans votre établissement ? Pourquoi ne pas la confier à une personne morale de droit privé, qui s’en chargera bien mieux que votre administration ? Il faut espérer que cette disposition puisse être appliquée aux composantes, qui seraient ainsi enfin mise face à leurs responsabilités dans l’exercice (souvent dispendieux) de l’enseignement.

Mais la disposition la plus utile sera sans doute la rupture conventionnelle, instaurée par l’article 26. C’est un véritable scalpel permettant de retirer les cellules malignes du corps administratif. Combinée avec l’article 13, qui souligne l’importance « du critère de l’engagement professionnel et du mérite » dans « la détermination de la rémunération de tous les agents publics« , avec l’article 15, qui précise « les modalités d’abaissement d’échelon et de rétrogradation« , et avec l’article 3, qui supprime les CHSCT, mais aussi des disposition comme la suppression des 192h, il ne sera pas bien difficile de rendre la porte plus attirante que la chaise pour les collaborateurs indésirables.

Mais ces bâtons ne seraient rien sans une carotte.

Vers un financement moderne de la recherche

On ne compte déjà plus les collaborateurs dont les recherches ne sont plus financées. Ce sont généralement les recherches auxquelles on ne comprend rien et dont la valorisation est loin d’être évidente. L’efficacité du financement par appel à projet n’est donc plus à prouver, mais ce projet de loi présente une formidable opportunité pour réellement organiser la compétition entre les chercheurs. En effet, sans compétition pas de gagnants, et tout le monde aime les gagnants (alors que les perdants, pas trop, pour ceux-là, voir les levier agiles présentés précédemment).

Actuellement, les financements ont des durées longues, parfois jusqu’à 5 (cinq) ans ! Même si c’est généralement beaucoup moins, de telles durées sont incompatibles avec le monde moderne ! De plus, avec la concentration disciplinaire des financements, de très nombreux chercheurs travaillent exactement sur le même sujet. Lorsque plusieurs équipes sont ainsi en compétition, quelques mois suffisent à savoir qui va gagner. Le end-game s’éternise donc et représente un gâchis d’argent public.

L’article 8 « crée un nouveau type de contrat à durée déterminée au sein de la fonction publique, le contrat de projet« . Ce contrat de projet est formidable, car il prend fin « lorsque le projet ou l’opération se termine de manière anticipée ». La perspective d’une véritable agilité dans le financement de la recherche ?

Appels Nationaux à Projets Excellents (ANPE).

Dans les ANPE, une dizaine d’équipes sont mises en compétition sur un seul et unique sujet. Tous les six mois, une revue d’avancement permet de trier les projets par ordre de valorisation. La moitié des projets la moins bien évaluée est immédiatement arrêté, et les contrats de projet se concluent quasi-automatiquement.

On évite ainsi d’inutiles dépenses, dans une saine compétition entre les chercheurs, qui permet l’émergence naturelle des seuls Excellents !

Bien malheureusement, les syndicats (qui décidément ne comprennent rien à la modernité) ont obtenu que le contrat de projet ait une durée minimale d’un an. Il faudra donc attendre un temps encore bien trop long avant de trier les Excellents des autres, là où quelques semaines suffisent parfois (on ne va pas se le cacher, bien souvent on connait les Excellents avant même la rédaction de l’appel à projet).

Le chemin vers l’agilité est long et semé de disruptions, mais rien ne semble pouvoir ralentir la modernisation des Universités.

Bon premier avril à tout le monde. Ou pas.

La campagne d’emploi enseignants-chercheurs 2019 en chiffres

La campagne d’emplois enseignants-chercheurs (EC) synchronisée 2019 est ouverte. 1609 postes sont mis au concours, contre 1658 l’an dernier, que l’on peut examiner au regard de leur corps, section CNU et établissement.

Le corps d’un emploi d’EC) peut être Maître de conférence (MCF) ou Professeur des universités (PR), qui représente une promotion pour les MCF. Les sections CNU (Conseil national des universités) répartissent les emplois par discipline. Les établissements sont les universités et autres écoles dans lesquelles l’emploi est proposé.

Analyse par section CNU

L’analyse des emplois par CNU montre de très grande disparités : pour les MCF, de 77 emplois en section 06 (Sciences de gestion) à 0 en sections 36 (Terre solide : géodynamique des enveloppes supérieures, paléobiosphère) et 76 (Théologie catholique) ; pour les PR, de 39 en section 27 (Informatique) à 0 en sections 12 (Langues et littératures germaniques et scandinaves) et 13 (Langues et littératures slaves).

Cependant, une partie de la disparités provient de la disparité des effectifs dans chacune des sections (sur les effectifs de 2017, ceux de 2018 n’étant pas encore disponibles) :

Grâce à ces deux informations, on peut calculer deux indicateurs plus pertinents que le nombre d’emplois :

  • le taux de renouvellement : le nombre d’emplois MCF sur les effectifs totaux, indication du pourcentage des effectifs renouvelé ;
  • le taux de promotion : le nombre d’emploi PR sur les effectifs MCF, indication du pourcentage de MCF qui pourra être promu.

En plus d’une lecture en pourcentage, ces indicateurs fournissent une lecture en temps : le temps qu’il faudrait pour que les effectifs soient entièrement renouvelé, et le temps qu’il faudrait pour qu’un poste de PR soit proposé à tous les MCF. Ainsi, au rythme de recrutement actuel, il faudrait 17 ans pour renouveler entièrement la section 74, mais 395 ans pour la section 87 ; il y aurait un poste de PR par MCF tous les 17 ans en section 76, mais tous les 282 ans en section 32.

On peut également représenter ces disparités sur un plan. Pour filière en tension, j’ai retenu les sections 01, 02, 03, 16, 18, 70, 71 et 74, qui correspondent aux filières ayant dû faire des tirages au sort. C’est une approximation. On peut en conclure que les filières en tension son globalement mieux traitée, sans que ce soit décisif non plus.

Analyse par établissement

La même analyse peut être conduite par établissement, qui depuis le passage au responsabilités et compétences élargies définissent leur propre stratégie de recrutement. Les établissements proposant moins de 5 emplois ne sont pas tracés pour des raisons de lisibilités.

Ce qui permet de calculer les indicateurs :

On peut ainsi dresser un classement des établissements qui se renouvellent (ou croissent) le plus vite : à ce rythme de recrutement, il faudrait 12 ans pour renouveler les EC de l’Université de Guyane, mais 303 ans à l’Université de Bourgogne.

On peut également dresser le classement des établissements qui promeuvent le plus leur MCF : à ce rythme, il y a un poste de PR par MCF tous les 6 ans en moyenne à CentraleSupélec, et tous les 860 ans à l’Université Claude Bernard Lyon 1

Conclusion et avertissement

Si les emplois ne permettent pas réellement de prédire l’évolution des effectifs sans disposer des départs, ils permettent néanmoins de calculer deux indicateurs intéressants : le taux de renouvellement et le taux de promotions. Ces indicateurs peuvent se lire en pourcentage, mais aussi en temps. L’analyse de ces indicateur permet d’observer les tendances dans les sections CNU, mais aussi les stratégies des différents établissements du supérieur.

Attention tout de même, il ne s’agit pas d’un travail abouti, mais expérimental. La gestion des emplois est évidemment très complexe. Ces indicateurs sont donc à prendre pour ce qu’ils sont : de simples indicateurs, et en aucun cas une réalité de terrain. Notamment, il faut rester conscient qu’il ne s’agit de projections sur la seule base de la campagne de cette année. Or, les campagne d’emplois peuvent être très différentes d’une année sur l’autre.

Malgré les efforts de vérifications, ces chiffres ne sont pas à l’abri d’erreurs. N’hésitez pas à me signaler ce qui parait étrange. Sources est données sont disponibles ici.

Concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac : deux esquives majeures

Dans le cadre de la refonte totale du système d’orientation et de formation national, Frédérique Vidal (Ministre du MESRI) a commandé une concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac, rapportée par Rodolphe Dalle (directeur de l’IUT de l’université de Nantes et président de l’ADIUT) et  François Germinet (président de l’université de Cergy-Pontoise, président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU).

La fin de ce rapport présente 19 préconisations qui « n’engagent pas les membres de la concertation », dont les conséquences sont bien difficiles à saisir. On pourra lire l’analyse de Pierre Dubois « 1er cyle : un rapport insensé ».

En effet, dès l’introduction, les rapporteurs pointent l’impossibilité structurelle de la mission confiée à cette concertation, sans pour autant l’admettre ni la traiter comme un choix à faire.

« Il en ressort que l’on a besoin de tout mais également de son contraire : un système lisible mais diversifié, avec une bonne insertion, mais qui ménage la poursuite d’étude, avec une employabilité immédiate accrue, mais une forte capacité d’adaptabilité pour faire face à l’évolution des métiers.

Bref le souhait de plus de lisibilité globale et de flexibilité locale. Le défi consiste donc à combiner les deux ! »

Il d’agit donc de penser une évolution avec un objectif impossible à atteindre. Le défaut d’intelligibilité des conséquences des préconisations n’étonnera donc pas, mais il est accru par deux esquives majeures.

Première esquive : le rôle du diplôme dans l’insertion professionnelle

Lorsqu’on traite de formation et de professionnalisation, impossible de pas traiter du rôle du diplôme dans l’insertion sur le marché du travail. Si ce rôle est transversal dans le rapport, il est surtout traité comme une évidence, et dans des termes qu’il convient de questionner :

« Le diplôme reste le meilleur rempart contre le chômage. »

Passons sur le mot « meilleur », qui feint d’ignorer que le diplôme est loin d’être le facteur le mieux corrélé avec le chômage. L’utilisation du mot « rempart » renvoie à une protection collective contre le chômage, qui n’est prouvée par aucune étude fiable à ma connaissance. Le mot généralement utilisé est « bouclier », qui renvoie plutôt à une défense individuelle : plus un individu est diplômé, plus il est protégé du chômage, ce qui peut se vérifier statistiquement.

Cependant, cette sémantique de la protection/défense masque une réalité : diplômer un individu ne crée pas un emploi, mais lui confère un avantage compétitif sur le marché de l’emploi. Face à une offre d’emploi, le candidat qui a le meilleur diplôme a un avantage. En ce sens, le diplôme n’est pas un protection contre le chômage, mais une arme contre les concurrents dans l’insertion professionnelle.

De cette confusion dans les termes découle des passages à première vue étonnants dans le rapport :

« Il convient ainsi de mettre en regard la poursuite d’études encouragée à l’issue des filières courtes du besoin de recrutement des entreprises au niveau technicien supérieur (profession intermédiaire).
Ce faisant, le constat a été fait que notre système « dévalorise le bac +5 » en employant des cadres de ce niveau sur un emploi de type profession intermédiaire. Et il dévalorise les filières courtes en laissant accroire que seules les études longues comptent, et en les privant ainsi du succès même de leur formule : une formation pragmatique, efficace, et en prise avec le monde du travail. »

Ce qui est étonnant si on considère la formation comme une préparation à un métier, devient évident lorsqu’on considère le diplôme comme une arme contre ses concurrents dans un marché concurrentiel. La concurrence entre les individus « dévalorise » les formations aussi bien longues que courtes : peu importe ce que l’on apprend, le tout est de faire la course le plus en tête possible. 

Deuxième esquive : l’enseignement et l’éducation

Selon Jacqueline de Romilly dans Enseignement et éducation :

« L’enseignement désigne avant tout la transmission des connaissances intellectuelles ; le mot « éducation », qui a pu s’employer à propos d’animaux, désigne le fait de mener un être à l’accomplissement de ses qualités propres ; pour l’homme, ces qualités humaines concernent l’esprit, le caractère et l’aptitude à la vie en société. »

Même lorsqu’on traite avant tout de professionnalisation, oublier cet aspect ne permet pas de comprendre complètement les conséquences de transformations d’un système de formation. Les études ne sauraient, en aucun cas, se résoudre au simple apprentissage d’un métier ou à l’acquisition d’une qualification permettant d’entrer sur le marché du travail. Elles façonnent les individus, définissent leur comportement social et ainsi dessinent la société de demain, qu’on le veuille ou non.

Or, pas un mot ne transparaît dans ce rapport sur ces aspects, pourtant cruciaux. Les préconisations ne prennent ainsi jamais en compte l’impérieuse nécessité de former -peut-être même avant tout- des citoyens éclairés.

A trop esquiver…

En esquivant la question du rôle des diplômes et celle de la place l’enseignement et l’éducation, les rapporteurs esquivent en réalité la question principale qui devrait occuper les concertations sur l’enseignement supérieur et la professionnalisation : Quel doit être le rôle de l’enseignement supérieur dans une société ayant un chômage structurel de masse de 10% ?

Sans aborder cette question centrale, les rapporteurs donnent à lire un rapport et des préconisations confus sous l’angle de la pertinence pédagogique. En effet, comment expliquer, par exemple, la sortie à Bac+1, la réduction des poursuite d’étude ou encore l’affaiblissement de l’enseignement en DUT, sinon par la question : Comment diminuer les coûts de production d’une main d’oeuvre qualifiée ?

Au mieux, c’est une occasion ratée de repenser un système d’enseignement supérieur digne, émancipateur et adapté aux enjeux. Au pire, c’est le dessin des contours d’une formation supérieure purement utilitariste, se bornant à optimiser le placement des individus sur un marché du travail durablement saturé… Et de la société qui en découle.

Lycée : Petit manuel de choix des spécialités à l’usage des futurs candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes au Lycée et vous devez choisir 3 spécialités pour votre Première, puis seulement 2 pour votre Terminale. Ce choix va conditionner vos chances de poursuite d’étude dans l’enseignement supérieur. Ce petit guide a vocation d’expliquer comment.

Comment votre candidatures sera étudiée dans Parcoursup ?

Après votre Bac, pour poursuivre vos études dans l’enseignement supérieur, vous devrez utiliser la plateforme Parcoursup. Vous y indiquerez les formations que vous visez, puis remplirez un dossier un ligne. Ce dossier, vos notes, bulletins scolaires et appréciations de votre équipe pédagogique seront transmis à chacune de ces formations.

Ensuite, chaque formation classera les candidatures en fonction de ces éléments et vous serez admis seulement si votre classement le permet, et ce pour toutes les formations, y compris celles dites « non-sélectives ».

Malheureusement, les méthodes de classement de candidature diffèrent entre toutes les formations, y compris pour une même filière dans les établissement différents. De plus, ces méthodes, appelées parfois « algorithmes locaux », sont tenues secrètes. Vous n’avez donc aucun moyen de savoir précisément comment votre dossier sera examiné, et pas extension comment les spécialités que vous aurez choisi impacteront vos chances d’admission.

Cependant, une règle simple peut être établie : plus la formation que vous visez est sélective, plus le choix de vos spécialités aura de l’impact.

Comment peuvent être utilisées les spécialités dans les classements ?

Même si c’est techniquement possible, il est très peu probable que les spécialités soient ignorées dans les classements Parcoursup. Il y a deux façons de les prendre en compte :

  • les points bonus : dans cette approche, on va attribuer un certain nombre de points bonus à chaque spécialité, en fonction de son adéquation avec la formation supérieure. Par exemple, on va pouvoir ajouter 2 points à votre moyenne si vous avez pris des spécialités adaptées, ce qui vous fera passer devant les candidats qui ont la même moyenne mais pas les bonnes spécialités.
  • les spécialités obligatoires : dans cette approche, on va classer en premier toutes les candidatures qui ont pris les spécialités adaptées à la formation. Ainsi, quelle que soit votre moyenne, avec les bonnes spécialités, vous serez classé devant tous les candidats n’ayant pas ces spécialités.

Bien sûr, un mix des deux méthodes est parfaitement possible. Par exemple, on pourra classer en premier tous les candidats qui ont la spécialité A, puis ajouter 2 points à tous ceux qui ont la spécialité B.

Le choix des spécialités conditionne donc vraiment vos chances d’admission dans l’enseignement supérieur, au delà bien sûr du fait qu’elle vous prépare pédagogiquement à y réussir.

Concrètement, quelles spécialités choisir ?

Même si vous ne savez pas exactement comment les spécialités seront utilisées, les choix restent relativement logiques. Inutile d’espérer faire des études supérieures en sciences si vous n’avez pas pris la spécialité mathématiques.

Pour vous aider à choisir, vous pouvez consulter le site www.horizons2021.fr

En sélectionnant les spécialité à gauche, vous pourrez visualiser à droite vos avantages/handicaps indicatifs dans les classements Parcoursup : plus la filière est claire plus vous serez avantagé, plus elle est sombre plus vous serez handicapé dans les classements.

En consultant les sources du site, vous pourrez voir plus précisément les pondérations de chaque spécialité pour chaque filière. Pour rappel, ce sont seulement des indications, et en aucun cas la façon dont les candidatures seront réellement classées.

Pour quelques filières, vous pouvez aussi consulter les recommandations de L’Etudiant.

Diplômes universitaires de technologie (DUT)

Un travail conséquent a été fait pour identifier les spécialités adaptées à chaque filière des Institutes universitaires de technologie (IUT). Attention, ce document n’est ni officiel, ni contractuel. Comme toutes les informations ici, il est purement indicatif.

Pour bien interpréter ce tableau, il faut un peu traduire : « très adapté » = indispensable, « adapté » = pas éliminatoire, « complémentaire » = inutile pour candidater. Notez bien qu’il s’agit seulement des filières IUT, donc courtes et professionnalisantes, ce qui explique la colonne « Littératures, langues et cultures de l’antiquité ». Notez également la colonne « Mathématiques », qui reste la matière incontournable.

Prépas scientifiques

L’union des professeurs de classes préparatoires scientifiques indique qu’il faut « choisir trois spécialités scientifiques : Mathématiques, Physique-Chimie, et une parmi Numérique et sciences informatiques, Sciences de l’ingénieur, Sciences et vie de la terre ».

Première année commune aux études de santé (PACES)

Pour faire des études en santé, on sait seulement que la spécialité SVT va devenir « incontournable ».

Etudes scientifiques, Licences en particulier

La conférence des Doyens et Directeurs des UFR Scientifiques des Universités Françaises recommande « fortement à tous les lycéens qui envisagent des études scientifiques de choisir l’option “mathématiques” pour l’année de première » ainsi que « la conservation des mathématiques en terminale ».

La paire qui ferme le moins de portes est Mathématiques + Physiques Chimie, cependant un choix devra être fait entre Physique Chimie et SVT en terminale pour une poursuite d’étude en Sciences de la vie et/ou de la terre.

Faut-il changer de lycée pour obtenir une spécialité ?

Tous les lycées ne proposeront pas toutes les spécialités, et certaines spécialités ne seront disponibles qu’en changeant de lycée, voir d’académie. Vous pouvez consulter cette carte pour voir les spécialités offertes par les lycées.

Néanmoins, les spécialités les plus importantes seront probablement disponibles partout. Les spécialités plus rares seront moins avantageuses/handicapantes dans les classements Parcoursup. Changer de lycée pour cette seule raison ne semble pas, pour l’instant, recommandé.

Cependant, vous pouvez tout à faire prendre cette décision pour des raisons d’intérêt pédagogiques : si vous souhaitez absolument faire de l’informatique, pourquoi ne pas en faire tout de suite en allant dans un lycée qui propose cette spécialité ?

Gardez cependant en tête que les lycées sont de niveaux très différents : changer pour obtenir une spécialité au prix d’une baisse de niveau, tout comme choisir une option qui ne vous plait pas seulement pour changer de lycée, sont des choix qui doivent être scrupuleusement pesés. 

Faut-il choisir des spécialités dans deux domaines différents ou changer de spécialité entre la Première et la Terminale ?

Indécis, on peut être tenté de choisir des spécialités dans deux domaines différents, comme Arts et Sciences de l’ingénieur par exemple, ou de changer de spécialité. Du strict point de vue des chances d’admission dans l’enseignement supérieur, cela représentera un handicap certain. Cependant, d’un point de vue pédagogique, c’est un choix qui vous revient.

Le nouveau lycée vous offre plus de liberté, l’opportunité de construire votre parcours plus tôt… Mais cette liberté vient nécessairement avec les responsabilités afférentes : ces décisions qui vous sont demandées auront des conséquences.

Dont-on avoir peur ? Peut-on changer d’avis ensuite ?

Oui et non. Ce sont clairement des décisions importantes. Cependant, ce système est encore neuf, et jusqu’à présent le système de formation français tirait sa force de ses possibilités de ré-orientation, pour lesquelles nous avons, de loin, la première place mondiale. Ces possibilités de ré-orientation continueront de s’offrir à vous, y compris après votre admission dans l’enseignement supérieur.

De plus, l’Université reste encore très ouverte, et malgré ce que vous pourrez entendre, propose des formations d’excellente qualité. Quelles que soient les spécialités que vous choisirez, vous y aurez encore un large choix de formations.

Enfin, n’oubliez pas que les équipes pédagogiques sont là pour vous accompagner. Rapprochez-vous de vos enseignants pour recueillir leurs conseils puis forgez votre propre avis. Plus vous vous intéresserez à votre parcours, plus vos choix seront faciles à faire… Mais vous ne pourrez jamais contrôler totalement leurs conséquences. C’est peut-être votre premier choix d’adulte.

Hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers : fracture ouverte

Le 19 novembre 2018, le premier ministre annonçait la hausse des frais d’inscription des étudiants extra-communautaires. Si les premières réactions sont unanimes contre le principe même, les dernières positions, d’apparence plus dure, l’approuvent en réalité. Derrière une apparente unanimité, c’est une fracture profonde de notre système d’enseignement supérieur qui s’ouvre.

De la question du principe…

Les premières positions prises à la fin de l’année 2018, émanant de la communauté, étaient en effet très claires sur le refus du principe même de l’augmentation des frais d’inscription, et notamment différenciée, « jugée contraire au principe fondateur d’une université française ouverte à tous » [voir les listes CJC et SNESUP].

Montée en tension

Le 10 décembre 2018, un communiqué de la Conférence des présidents d’université (CPU) indique « il est urgent d’ouvrir la concertation ».

Le 11 décembre 2018, un courrier de la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (DGESIP) indiquait que cette hausse devait compenser le désengagement de l’Etat dans le financement des universités, provoquant « la colère de nombreuses équipes de direction ». Ce courrier restera secret.

Le 13 décembre 2018, le président de Paris-Nanterre

Le 13 décembre 2018, la CPU répondait par un nouveau communiqué indiquant que son conseil d’administration « ne se satisfera pas de simples corrections de formulation. Il attend des lettres à venir une évolution claire.».

Le 16 janvier 2019, la ministre de l’Enseignement supérieur recadrait sévèrement les présidents d’université devant le Sénat, évoquant le « devoir d’obéissance et le devoir de loyauté » de « tout fonctionnaire ».

Mais dès le 15 janvier 2019, des universités annoncent qu’elles ne mettrons pas en place les frais d’inscription, et le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur depuis.


… A la mise en œuvre.

Cependant, contrairement à ce qu’on peut lire dans la presse [ici ou ], des positions d’universités sont en réalité très loin d’être une opposition : Université Lumière Lyon 2 [communiqué 15/01/2019], Aix-Marseille Université [décision votée en CA 18/01/2019], Université Grenoble Alpes [presse (18/01/2019)] et Université de Strasbourg [communiqué du président 29/01/2019] indiquent en réalité ne pas appliquer la hausse des frais d’inscription « pour la rentrée 2019/2020 ».

On ne trouve aucune trace d’opposition au principe dans ces communiqués, dont peu sont disponibles en ligne. Au contraire, on regrette simplement le calendrier et les conditions de la mise en œuvre de la hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers.

Cette mesure se retrouve d’ailleurs presque mot-à-mot dans les actes du colloque annuel de la CPU « Autonomie des universités » dès 2001 [III.1.b Le financement des études par les étudiants étrangers, p.42].

Structuration des jeux de concurrence

Il apparaît donc que la sécurisation des recettes propres générées par la hausse différenciée des frais d’inscription soit à l’origine du rapport de force entre le Ministère et les universités… Mais qu’une seconde grille de lecture soit pertinente : celle des jeux de concurrence entre universités. Cette hausse touche en effet directement aux stratégies des établissements, dont la situation et les stratégies sont très hétérogènes [voir Frais de scolarité des étudiants étrangers : les budgets des universités menacés ?]. 

Certaines universités sortiront de cette mesure renforcées, et d’autres fragilisées. Puisque l’enjeu n’est plus la mesure en soi, n’est-ce pas là l’enjeu réel des négociations que les présidences d’universités appellent de leur vœux ?

Or, la carte des universités favorables à la mesure mais pas à ses conditions de mise en œuvre correspond assez bien à la carte de la Coordination des universités de recherche intensive françaises (CURIF), qui réunit les établissements visant un rayonnement international par la recherche. Ces établissements ne sont pas hostiles à une économie ouverte de la connaissance, mais sont les plus touchés par une modification du régime tarifaire des formations ouvertes à l’international.

Fracture

Une chose frappante est que la menace qui pèse sur le principe fondateur d’ouverture à toutes et tous, qui occupe essentiellement la base des universitaires, semble totalement éclipsée dans les négociation actuelles entre les dirigeants des universités.

Derrière cette question, c’est en réalité la question de la fracture de tout notre système universitaire qui se pose : fracture entre les établissements n’ayant plus d’intérêt commun ; fracture entre les universitaires n’ayant plus de principes communs.

Pendant que certains défendent un principe d’ouverture à toutes et tous, d’autres se positionnent politiquement dans l’ouverture d’un marché de la connaissance… Et ils ne se parlent même plus.

Annexe : analyse des positions des universités

Ce tableau réuni les positions publiques de présidence ou de Conseil d’administration que j’ai été en mesure de trouver sur les site officiel des universités. Le décalage, au cours du temps, de l’opposition vers la mise en œuvre y est bien visible. N’hésitez pas à me signaler toute autre position du même type.

 

Parcoursup : Petit manuel de formulation des vœux à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes en Terminale cette année, et vous allez devoir bientôt formuler vos vœux d’admission dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup. Ce petit manuel a pour vocation de vous donner quelques indications relatives à la bonne utilisation des informations que vous trouverez sur cette plateforme, de vous proposer une méthode de définition et de hiérarchisation des vœux, et de dissiper les principales incertitudes qui entourent généralement ces vœux et leur traitement. 

Comment trouver les formations qui vous intéressent ?

Le site parcoursup.fr est un moteur de recherche des formations du supérieur qui vous permettra de faire une première sélection en fonction de vos préférences. Pour chaque formation, plusieurs rubriques permettent de s’informer.

Faut-il considérer la rubrique « Caractéristiques » ?

Les « attendus » sont des indications des prérequis nécessaires à la réussite dans une formation. Ils peuvent être intéressants pour « voir s’ils vous parlent ». Malheureusement, leur rédaction est souvent ambiguë au point où toute interprétation est impossible. Je suis, par exemple, bien incapable d’expliquer ce que signifie « Connaître les réalités culturelles » des attendus de ma propres formation. Enfin, les attendus ne sont pas les critères de sélection, qui eux sont tenus strictement secrets.

En clair, les « attendus » doivent être considérés comme une description de la formation, et non comme une façon de savoir si vous allez y réussir.

Faut-il considérer la rubrique « Examen des dossiers » ?

La rubrique « Examen du dossier » donne de vagues indications sur la façon dont les candidatures seront triées. La méthode exacte étant tenue secrète, et ne connaissant pas les dossiers des autres candidatures, ces informations vous seront de peu d’intérêt. Encore une fois, vous devez les considérez comme une description de la formation et non pour une évaluation de vos chances d’admission ou de réussite.

En outre, cette rubrique vous indiquera si une épreuve supplémentaire est prévue. De telles épreuves peuvent cependant être de simples tests de motivation (pour voir qui va faire le déplacement) ou relever d’une pratique commerciale (pour faire croire que vous êtes parfaitement adapté au cursus). Vous n’aurez aucun moyen de le savoir par avance, sinon le bouche-à-oreille.

Faut-il considérer la rubrique « Réussite / Débouchés »

Cette rubrique présente les possibilités de poursuite d’études et/ou débouchés professionnels de la formation. C’est à la fois une indication forte si vous avez déjà une profession en vue, et assez inutile si vous n’en avez pas encore une bonne idée. En revanche, il est fortement déconseillé de considérer la partie « données », dont les chiffres ne vous donneront aucune indication fiable : un taux de passage/réussite bas peut tout aussi bien indiquer des études difficiles qu’ennuyeuses ou encore l’absence de sélection à l’entrée ; un taux haut peut tout aussi bien indiquer un accompagnement pédagogique efficace que l’absence d’exigence pédagogique ou encore une sélection dure à l’entrée.

En outre, lorsque les données sont nationales, elles peuvent très fortement varier d’un établissement à l’autre. Les données sont donc non seulement inexploitables mais en plus parfois non fiables.

Faut-il considérer la rubrique « Contexte et chiffres » ?

Cette rubrique vous indiquera le nombre de places et le nombre de candidats dans la formation l’an dernier. Ces informations peuvent varier, notamment le nombre de candidats. Cependant, même sans variation, elle ne vous seront d’aucune utilité : vous n’avez aucune idée de comment vous serez classé, ni du nombre désistements qu’il y aura.

Le taux de candidats boursiers ou hors secteur n’est pas plus utile sans connaitre le nombre candidats concernés. Il est donc fortement conseillé d’ignorer ces informations.

Faut-il considérer les « Frais » ?

Oui. Les études peuvent coûter cher et représenter un investissement. Cependant, le marché des formations est très particulier : le coût n’y fait pas la valeur. En clair, ce n’est pas parce qu’une formation est plus chère qu’une autre qu’elle sera mieux pour autant. Les frais ne doivent donc pas être un critère d’adoption, mais un critère d’élimination si vos moyens ne suivent pas.

Quelle stratégie de formulation des vœux ?

En premier lieu, il convient d’éliminer toute stratégie qui viserait à augmenter vos chances pour une candidature précise. Vos vœux ne seront pas connus des formations qui classeront vos candidatures. Vous pouvez donc les formuler de la façon la plus sincère possible sans désagrément.

Quels sont les catégories de vœux ?

On peut grossièrement classer les vœux en trois catégories :

  • Les vœux de cœur : ce sont les formations que vous rêvez de faire, indépendamment de votre niveau ou de vos chances d’admission. Pour les sélectionner, il convient donc de ne considérer que votre envie et les contraintes matérielles (coût, facilité de logement et éloignement géographique), à l’exclusion de tous les autres critères de choix. 
  • Les vœux de raison : ce sont les formations que vous estimez pouvoir réussir et qui vous intéressent sans nécessairement vous faire rêver. Pour les sélectionner, il convient de vous baser sur vos résultats scolaires : ce sont les disciplines où vous êtes bons sans trop fournir d’effort.
  • Les vœux de sécurité : ces sont les formations où vous êtes quasiment certains d’être pris, dans une discipline que vous exploreriez volontiers. Il s’agira généralement d’une Licence dans l’université la plus proche, sur un intitulé qui vous attire (ou ne vous rebute pas), après avoir vérifié qu’elle n’était pas « en tension » (généralement : STAPS et psycho, éventuellement droit et PACES).

Veillez à avoir au moins 1 vœu dans chacune de ces catégories, quitte à piocher un peu au hasard si une catégorie ne vous inspire pas plus que ça. 

Comment hiérarchiser ses vœux ?

La hiérarchisation des vœux n’est plus obligatoire. Cependant, sans hiérarchisation, vous resterez en permanence dans le doute. Or, il est facile de hiérarchiser les vœux par catégorie : d’abord les vœux de cœur, ensuite les vœux de raison, enfin les vœux de sécurité. Inutile de hiérarchiser vos différents vœux dans chaque catégorie pour l’instant, vous pouvez attendre les réponses des formations.

Faut-il faire un surplus de vœux ?

A partir du moment où vous avez 1 ou 2 vœux de sécurité, il est inutile d’en faire plus. En conséquence, il est inutile de postuler à des formations dont vous savez pertinemment que vous ne voulez ou ne pouvez pas y aller. Cela concerne les « vœux multiples » pour les formations dites sélectives (prépa, DUT, BTS) : inutile de postuler dans toute la France si vous n’êtes pas réellement mobile géographiquement. Cela concerne aussi les vœux « au cas où », qu’on formule mais avec l’envie de les refuser.

Vous devez être conscient qu’à partir du moment où vous formulez un vœu, on pourra vous en imposer l’affectation sur le mode « à prendre ou à laisser ». En clair, vous risquez d’être considéré comme satisfait et sans possibilité de recours, mais avec une affectation trop loin de chez vous et sans possibilité de logement, ou dans une formation que vous n’avez vraiment pas envie de suivre, . 

Pour aller plus loin…

Comment évaluer vos chances de réussite dans une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chances de réussite. Les formations sélectives exigeantes n’arrivent jamais à un taux de 100% de réussite, ce qui prouve bien qu’on ne sait pas prédire la réussite des étudiants. De nombreux événements vont impacter vos études, qui n’ont a priori rien à voir avec vos études, et vous ne pouvez pas les connaitre à l’avance. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, un critère va lourdement peser : celui de devoir travailler pour financer vos études. Il s’agit là du premier critère d’échec dans les études. Pesez scrupuleusement votre motivation avant d’accepter une affectation qui vous obligerait à cumuler un emploi avec vos études. 

Enfin, vous devez être conscient que par réussite/échec, on entend « obtenir/rater le diplôme ». Or, échouer à un diplôme peut vous apporter beaucoup (par exemple par la découverte d’une autre discipline), et l’obtenir peut vous faire perdre beaucoup (par exemple par vous retrouver dans une voie qui vous ennuie).

Comment évaluer vos chances d’être admis à une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chance d’admission. Une formation peut sembler bouchée et en réalité être très fluide (beaucoup de candidats qui renoncent) comme sembler ouverte mais être en réalité bouchée (très peu de candidats mais qui acceptent). 

De plus, les critères de tri des candidatures sont tenus secrets, et vous ne connaissez pas les dossiers des autres candidats. En conséquence, tout pronostic de votre part serait illusoire. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, les journées portes ouvertes sont de très bonnes occasions de discuter de votre profil avec les équipes pédagogiques qui classeront les candidatures. C’est donc un moment privilégier pour obtenir quelques indications. De plus, l’expérience de vos enseignants et PsyEN pourra vous être utile. Ne considérez pas ces avis comme des certitudes, mais ne vous en privez pas non plus.

Est-ce que l’admission dans les formations dites « non-sélectives » est garantie ?

Non. Les formations dites « non-sélectives » classent les candidatures et les admissions sont limitées au nombre de places disponibles, exactement comme les formations dites « sélectives ». 

Il y a néanmoins deux différences : 
– si vous n’êtes pas suffisamment bien classé pour être admis, les formations dites « sélectives » peuvent vous répondre « non » tout de suite pour vous éviter d’attendre pour rien ;
– les formations dites « non-sélectives » peuvent vous imposer une mesure d’accompagnement « oui si », généralement selon votre filière d’origine. Cette mesure peut être une opportunité et/ou une contrainte, à vous d’en juger.

Est-ce que votre lycée d’origine va jouer dans vos chances d’admission ?

Vous n’avez aucune possibilité de le savoir : certaines formations « redressent » les notes en fonction du lycée d’origine, d’autres non, et elles n’ont aucune obligation de l’annoncer. En clair, votre lycée d’origine pourra jouer en votre faveur ou votre défaveur, mais vous ne pourrez jamais savoir dans quelles formations ni dans quelle mesure. 

Il convient donc d’ignorer cet aspect, et de rester conscient que si vous perdez d’un côté, vous gagnez forcément de l’autre. 

Faut-il utiliser la possibilité de discuter avec un « étudiant ambassadeur » ?

Des boites mails sont mises en place pour vous permettre de poser vos questions à des étudiants dans les formations que vous visez. Cependant, si certaines information obtenues ainsi seront très utiles, d’autres seront très trompeuses, ne serait-ce que par une forme inévitable d’incompréhension : vous ne connaissez pas votre interlocuteur, et il ne vous connait pas non plus. « J’ai des difficultés dans telle matière » n’aura pas du tout le même sens pour vous deux. Vous n’aurez donc aucun moyen d’évaluer la pertinence des informations ainsi obtenues.

Il convient donc, si vous utilisez cette possibilité, de prendre une distance critique avec les réponses qui vous seront apportées. 

Enfin… 

La plateforme Parcoursup est un formidable outil de recherche des formations du supérieur. Cependant, il ne remplacera jamais le bouche à oreille, les discussions avec le profs, CIO et les PsyEN et surtout les visites aux journées portes ouvertes. Les avis et conseils que vous recevrez de part et d’autres seront parfois contradictoires. C’est normal. Aucun n’a raison, aucun n’a tort : personne ne peut prédire votre avenir. A vous de vous débrouiller.

Lorsque c’est trop beau pour être vrai, c’est sans doute que ce n’est pas vrai. Les formations sont en concurrence pour recruter les meilleurs élèves ou pour remplir leurs places. Il peut donc arriver qu’elles embellissement la réalité. Une présentation sobre ne cherchant pas à vous séduire devrait retenir prioritairement votre attention.

Vos doutes ne se limiterons pas tous seuls (et ne seront jamais réduit à néant). Il est tout à fait normal de ne pas avoir de certitude sur son avenir, voire de n’avoir strictement aucune idée de ce que vous voulez faire. Plus vous vous intéresserez, moins vous resterez dans le doute, mais vous ne pourrez jamais rien prédire avec certitude pour autant.

Et le plus important : Vous n’êtes pas en train de jouer votre vie. Le système français est celui qui propose le plus de passerelles et de rebonds au monde. Engagez-vous dans une voie qui ne vous convient pas, et vous aurez de multiples occasions de vous réorienter. C’est au cours de vos études que votre parcours se fera, pas sur quelques clics sur Parcoursup.

Combien coûte une formation universitaire (et par extension celle des étudiants étrangers) ?

Image chapeau du site officiel du ministère.

Le 19 novembre 2018, le Premier Ministre Edouard Philippe a présenté la stratégie nationale d’attractivité des étudiants internationaux baptisée “Bienvenue en France”. Un de ses piliers est l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires. Malgré la surprise de la communauté universitaire, il s’agit d’une très ancienne revendication de la Conférence des Présidents d’Université (voir p. 37 et 42 des actes du colloque CPU 2001).

Selon le site officiel du gouvernement : “Vous êtes un étudiant non-européen […] l’Etat français prendra en charge les deux tiers du coût de votre formation

Le montant de vos frais de scolarité sera de :

  • 2 770 euros pour une année en cycle de Licence 
  • 3 770 euros pour une année en cycle Master
  • 3 770 euros pour une année en cycle de Doctorat”

Le coût de ces formations seraient donc de 8310€ en Licence, et de 11310€ en Master et doctorat. Cependant, cette affirmation s’appuie sur une confusion entre dotation des établissements et coût des formations. En réalité, le coût d’une formation universitaire peut être grossièrement estimé en moyenne à 3750€… Mais cette somme est nécessairement surestimée et cache des disparités difficiles à prendre en compte. Au final, personne ne sait calculer précisément le coût d’une formation universitaire…

Essayons quand même de le faire.

Peut-on calculer le coût par la dotation en fonction des missions ?

La première approche pour calculer le coût des formations universitaires est de partir de la dotation nationale et d’identifier la partie employée à la formation.

D’après les chiffres clés de l’ESR, la “dépense moyenne par étudiant en 2016” est effectivement de 11510€. Mais comme son nom l’indique, ce chiffre correspond à la dépense pour l’enseignement supérieur (30,3 en Md€), divisé par le nombre d’étudiants inscrits (2,68M). Il masque donc notamment toutes les disparités entre les différents établissement : les universités ne sont pas dotées de la même façon que les écoles d’ingénieur par exemple, mais les universités elles-mêmes ne sont pas toutes dotées de la même façon.

En prenant seulement la dotation et les étudiants des universités, on obtient environ 12Md€ pour 1,6M d’inscrits, soit 7500€ par étudiants… Mais cette mesure est également fausse : contrairement à la plupart des établissements d’enseignement supérieur, les universités ont six grandes missions, dont une seule est l’enseignement. La ventilation de la dotation entre ces différentes missions revient à l’établissement, en fonction de ses stratégies propres.

Les universités définissent donc une clé de répartition interne, qui tourne autour de 50% enseignement / 50% recherche. On peut alors grossièrement estimer le coût d’une année de formation universitaire à la moitié de 7500€, soit 3750€ par étudiant. Cependant, cette clé n’est pas calculée, mais décidée arbitrairement pour des raisons comptables, elle varie d’un établissement à l’autre et ignore 4 des 6 missions. Cette estimation grossière est donc encore largement surestimée, et il est difficile de faire plus précis.

Pour expliquer cette difficulté, on peut citer le cas des enseignants-chercheurs. Ils exercent toutes les missions des universités, mais sans avoir d’obligations horaires globales ni de suivi de leurs activités.

Le calcul par mission devient alors rapidement impossible puisqu’on se confronte à des services et personnels “mutualisés”, qui exercent plusieurs missions, sans forcément que ce soit quantifié, ni quantifiable.

Peut-on calculer le coût par les missions en fonction de la dotation ?

Une autre approche consiste à commencer par quantifier la mission d’enseignement, pour ensuite remonter à son coût. Les universités cherchent depuis longtemps à calculer le coût de leur offre de formation (appelé C.O.F.), notamment pour appuyer les arbitrages budgétaires internes.

Mais de nombreux facteurs entrent en compte, par exemple : le nombre d’étudiants et la taille des groupes, la nature des enseignements (cours magistral, travaux dirigés, travaux pratiques, projets tuteurés, tutorat…), le nombres d’heures de formation (1500h sur 3 ans pour une Licence, 1800h sur 2 ans pour un DUT), le salaire des enseignants (qui dépend des statut, ancienneté et dispositions particulières), le coût en matériel pédagogique (des ordinateurs pour l’informatique, du matériel de laboratoire et des fluides pour la chimie, des fluides, des sorties pour l’archéologie.), etc.

Ce n’est qu’un échantillon des facteurs qui impactent le coût d’une formation. Ajoutons la mutualisation des enseignements et la “personnalisation des parcours” voulue par la loi ORE, et on réalise que chaque étudiants a des heures d’enseignement différenciées dans un contexte d’encadrement différencié. Ajoutons aussi tous les coûts qui ne sont pas directement liés à une heure d’enseignement (administration, factures, etc), et calculer précisément le coût de chaque formation en partant des heures d’enseignement devient quasiment impossible.

Quelles économies par l’éviction d’étudiants (étrangers) ?

Le chiffre de 11k€ par étudiant comme coût de la formation est donc largement abusif, notamment à l’université. Mais quelles économies peut-on fait en évinçant un étudiant (étranger) d’une formation ?

Hé bien, parfois, pratiquement aucune. En effet, les étudiants sont la plupart du temps en groupe, ce qui implique des effets de seuil. Si vos salles comportent 30 places, et que vous avez 26 étudiants, en accueillir 4 de plus ne coûtera pratiquement rien en terme d’enseignement. Cela augmentera la charge des enseignants, mais à l’université le paiement de cette charge est forfaitaire, par exemple la correction des copies n’est pas spécifiquement rémunérée. En accueillir un 5ème, en revanche, peut conduire à doubler le coût en raison du dédoublement du groupe.

On voit par cet exemple que le coût de la formation d’un individu est encore plus difficile à calculer que le coût d’une formation, qui n’est déjà pourtant pas vraiment calculable à l’Université. C’est donc l’offre et la demande qui fixeront le prix des formations universitaires, et en aucun cas leur coût réel et précis. C’est d’ailleurs une des façons de comprendre comment le prix des formations pour les étudiants étrangers a été fixé.

Ce prix du marché est également la seule explication valable pour expliquer la différence de tarif entre une Licence et un Master, et surtout un Doctorat, qui lui ne coûte pratiquement rien à l’université en terme de formation.

Rapport au parlement du Comité Ethique et Scientifique de Parcoursup

Publié ce jour, le rapport au parlement du Comité Ethique et Scientifique de Parcoursup est une lecture indispensable pour saisir les enjeux de notre nouveau système d’orientation, et par extension d’éducation nationale.

Le rapport se pose d’entrée de jeu un cadre strict : celui de ne pas discuter des orientations et dispositions de la loi Orientation et Réussite des Etudiants. Lu en regard de ce cadre, il est le document le plus complet et le plus transparent sur Parcoursup produit à ce jour. Les auteurs ont pu accéder à des données précises et les ont analysées avec rigueur, notamment pour étudier l’impact des quotas. 

Beaucoup trop long pour être entière résumé, on pourra cependant retenir quelques informations :

  • Un algorithme d’affectation n’est pas une solution à des problèmes structurels, tels que le manque de place dans les filières les plus demandées.
  • APB ne présentait pas réellement de problème structurel, mais des « « bricolages » divers et variés au fil des campagnes » (et du bashing) ont ruiné sa réputation à tel point qu’il n’était plus acceptable.
  • Sur le plan technique, la campagne s’est déroulée sans accroc ni bug majeur, ce qui témoigne de la compétence et de la mobilisation des membre de l’équipe de mise en oeuvre.
  • Parcoursup se distingue singulièrement des systèmes étrangers par la non hiérarchisation à priori des vœux des candidats, l’importance de « l’intervention humaine », son « calendrier qui se termine […] trois semaines après la rentrée universitaire« , ainsi que par l’absence de transparence sur les critères de classement des candidatures.
  • Si tous les bacheliers ont un droit théorique à une formation supérieure, une réelle sélection a été mise en oeuvre. Les territoires ont d’ailleurs établie leurs propres stratégies, qui se voit notamment dans les quotas de boursiers et de candidats hors académie.

Sélection

La sélection par filière se voit particulièrement bien sur la Figure 6 (p. 71) : on y voit clairement un détournement d’un flux étudiants des Licences vers les formations professionnalisantes courtes (BTS et DUT).

Un exemple de sélection territoriale se voit également très bien sur la Figure 14 (p. 93) : Paris a sensiblement réduit sa part dans les admissions (de 40% à 36%), répartissant le surplus sur Créteil et Versailles. La sectorisation en région Île-de-France vient d’ailleurs d’être supprimée, ce qui laisse désormais le champs libre à ces modifications.

Globalement, le rapport décrit bien comment les quotas ont été utilisés dans le cadre de ces transformations. Entre les lignes, les rapporteurs insistent sur la nécessité de limiter l’usage des quotas à cet effet, d’abord en les rééquilibrant puis en assurant leur transparence (Proposition 13, p. 94).

Transparence

Si les rapporteurs insistent sur le progrès incontestable que représente la publication de l’algorithme national Parcoursup et la création d’un traitement de données Parcoursup à des fins de recherche ORISUP, ils semblent regretter l’absence de transparence, notamment sur les quotas et les méthodes de tri des candidatures par les formations. Ils indiquent ainsi clairement que le « principe de transparence » est une des quatre conditions à l’acceptation d’une procédure « juste » par les citoyens.

A défaut de remettre en cause l’exception introduite dans la loi ORE pour (officiellement) « garantir la nécessaire protection du secret des délibérations« , les auteurs préconisent de rédiger un guide encadrant et publicisant la nature de ces méthode, ainsi que d' »inciter les établissements à élaborer un rapport annuel au rectorat rendant compte notamment des procédures locales (manuelles et informatiques) » (Proposition 5, p. 47). Il s’agit en effet des seules marges de manœuvre face au secret prévu par le Ministère.

Conclusion

En conclusion, les auteurs préconisent le développement du champ de recherche sur l’Enseignement supérieur, notamment en améliorant la collecte et l’accès aux données sur l’orientation et le devenir des bacheliers (Proposition 15, p. 107).

Il ne s’agit là que d’un petit échantillon des informations qu’on peut trouver dans ce rapport, aussi riche que détaillé. Ce billet n’en dispense donc en rien la lecture. Pour aller plus loin dans une ambiance plus décontractée, on pourra cependant aussi se reporter à mon fil twitter ou sa version déroulée.

Enfin, si les modifications introduites dans l’orientation par la loi ORE et son outil Parcoursup se voient déjà dans les statistiques d’admission dans l’enseignement supérieur, elles doivent avant tout être appréciées en regard de la réforme du Lycée qui se met en ce moment même en oeuvre. Le choix de spécialités par les lycéens et la spécialisation des lycées sur les territoires devraient en effet parfaitement s’articuler avec la double sélection montrée dans ce billet : à la fois par filière et par territoire.