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Parcoursup : petit manuel de tri des candidatures à l’usage des enseignants du supérieur

“L’algorithme local”, c’est toi.

La réforme Parcoursup impose aux enseignants des filières non sélectives de trier les dossiers des bacheliers candidats. Ce tri soulève des inquiétudes légitimes : Quels sont ces mystérieux “algorithmes développés par les établissements” dont parle la Ministre ? La mise en demeure de la CNIL sur APB sera-elle suivie  d’effet ? Combien de temps va prendre l’évaluation des dossiers à la  DSI et aux enseignants ? Les lettres de motivation, pardon les “projets de formation motivés”, seront-ils vraiment lus ? Un coach orientation est-il vraiment indispensable ?

Finalement, la page Admission postbac est-elle réellement définitivement tournée ?

C’est l’occasion de partager l’expérience acquise en IUT, filière sélective, où nous avons l’habitude de traiter un grand nombre de dossiers et surtout de les classer. L’objet de ce billet est de donner quelques astuces pour évaluer les candidatures dans l’objectif de maximiser la réussite des étudiants recrutés.

Il est important de noter que la suite est issue d’une expérience particulière, le DUT, dans une filière particulière, l’informatique. Tout ne saurait revêtir un caractère général.

APB est mort, vive APB ?

APB était constitué d’un algorithme central d’affectation des bacheliers, qui est remplacé par un système interactif dans Parcoursup. Mais APB c’était aussi une interface d’aide à la décision, qui permettaient aux équipes pédagogiques de trier les dossiers de candidatures. Il est peu probable que cette interface soit substantiellement modifiée car c’est une machinerie complexe et qui fonctionnait bien. C’est donc de cette partie là que nous allons discuter.

Si tous les documents officiels ont été effacés du portail principal post-bac, on peut encore trouver un petit manuel technique fourni par l’académie de Nantes qui montre les différentes fonctionnalités de cette interface et comment les utiliser. Les images utilisées ici en sont issues.

Les “algorithmes développés par les établissements” : de simples moyennes pondérées.

Première étape pour classer un millier de dossiers de candidatures : calculer une moyenne pondérée unique, qui permettra de faire un premier tri grossier. C’est indispensable face à un tel volume d’information. Pour ce faire, l’interface permet de déclarer un coefficient pour chaque matière de chaque année. On va par exemple pouvoir mettre toutes les matières à 1, sauf Mathématiques de terminale à 10 et Mathématique de première à 5.

Ce jeu de coefficients peut être défini indépendamment pour chaque filière du bac. Mais on peut également ajouter des bonus/malus en valeur absolue en fonction de la filière, ce afin d’interclasser les dossiers si l’on estime, par exemple, que 11 de moyenne dans telle filière n’est pas équivalent à 11 dans telle autre.

apb1

Pour le premier classement, il est inutile de se lancer dans un système de pondération complexe. Il parait raisonnable d’identifier quelques matières critiques et de leur donner une forte pondération pour toutes les filières générales. Il faudra aussi un jeu de pondération pour les bac techno et pro, qui ont des matières particulières.

À l’issue de la première expérience, il sera possible de chercher des corrélations entre les notes du lycée et les taux de passage/redoublement/abandon pour tenter d’obtenir un jeu de pondération plus précis. Cependant, nous n’y sommes pas arrivés : statistiquement, la seule corrélation solide se limite à la note de Math de terminale, ce que nous avons refusé de faire.

En revanche, le bonus/malus en fonction de la filière est très délicat à fixer. Les différences entre bacs rendent très difficile l’interclassement. Les taux précis de réussite par filière, souvent évoqués, ne disent rien sur les chances de réussite individuelle des candidats. Il faudra donc au début se résoudre à fixer une valeur arbitraire, et la compenser par l’examen individuel du dossier, puis affiner la valeur arbitraire avec l’expérience.

L’examen individuel des dossiers

Une fois la moyenne unique calculée, tous les dossiers se retrouvent triés automatiquement. C’est là que les choses difficiles commencent, car il faut regarder tous les dossiers, un par un, pour :

  • vérifier la moyenne calculée automatiquement : il peut par exemple manquer des notes, ce que le système détecte mais qui nécessite une intervention manuelle ;
  • ajouter des bonus/malus manuels en fonction des pièces jointes (voir plus loin) ;
  • forcer la moyenne à une note arbitraire : 0 pour signifier “à absolument ne pas prendre” (erreur d’orientation), 20 pour “à absolument prendre” (certitude de réussite ou pari, malgré les notes) ou encore une note décidée pour interclasser un dossier qui n’est pas évaluable selon la procédure standard.

apb2

Les bonus/malus manuels sont des points ajoutés ou enlevés à la moyenne unique. De fait, ils vont faire monter/descendre le dossier dans le classement effectué automatiquement. Ces points sont donc inutiles pour les candidatures dont le classement de base implique une certitude dans l’admission ou un refus. Cependant, il faut tout de même les regarder rapidement, surtout les certitude de refus, pour détecter d’éventuels cas particuliers ou erreur de moyenne.

En revanche, les bonus/malus sont fondamentaux pour les dossiers qui sont dans une zone d’incertitude. Cette zone dépend fortement du contexte, et ne peut être connue qu’empiriquement, tout comme le nombre de points maximal à appliquer à la moyenne pondérée brute. Il est donc indispensable d’étudier les recrutements d’une année sur l’autre pour savoir quels sont les dossiers qui doivent être fouillés en profondeur, et combien de points doit représenter le bonus/malus.

Organisation

L’examen individuel des dossiers est une tâche très lourde, impossible sans y associer la totalité de l’équipe pédagogique. Il faut donc fixer un quota de dossiers par enseignant titulaire, et prévoir que quelques enseignants en fassent plus pour rattraper ceux qui en feront moins.

L’interface permet de se connecter avec des identifiants individuels, ce qui permet de savoir qui a étudié quel dossier pour obtenir d’éventuelles précisions. Utiliser un identifiant commun est donc à proscrire. Ceci étant dit, étudier des dossiers à plusieurs est difficile et nécessite un cadrage pour limiter la subjectivité. C’est ce que nous allons voir dans la suite.

Examen des bulletins scolaires

Globalement, les bulletins sont peu utiles. Les appréciations des enseignants sont souvent trop peu unanimes pour en tirer de réelles conclusions. Le même élève va être attentif dans un cours et indiscipliné dans l’autre. “Des progrès formidables en musculation” ne dit pas grand chose sur les chances de réussite dans un parcours en informatique, mais “n’écoute pas en cours” n’en dit pas plus, car on ne sait pas si l’élève devenu étudiant ne se passionnera pas soudainement.

Ceci dit, si l’équipe pédagogique accorde de l’importance à la discipline scolaire, il est possible de définir un bonus/malus en fonction des appréciations de comportement, pour favoriser les élèves studieux ou défavoriser les élèves perturbateurs.

Reste la question qui fâche : faut-il regarder le lycée d’origine (qui est écrit partout) ? La réponse vaudrait un billet complet.

Examen des avis de poursuite d’étude

Consacrés avec la “fiche avenir”, les avis de poursuite d’étude sont notoirement inutiles lorsqu’il s’agit d’évaluer les chances de réussite d’une candidat. Il est tout simplement impossible pour une équipe pédagogique du lycée de connaître les dizaines de milliers des filières universitaires, alors qu’un même bachelier a des chances de réussite différentes d’un établissement à l’autre, d’un département à l’autre. Comment espérer cela des enseignants du secondaire, alors-même qu’aucun universitaire ne connait la totalité des formations suffisamment pour savoir si un bachelier peut y réussir. En réalité, nous n’arrivons même pas à produire des “attendus” clairs et précis, évaluables, pour nos propres formations.

Ajoutons que d’un lycée à l’autre, d’une classe à l’autre, les recommandations peuvent varier du tout au tout pour des profils d’élève très similaires. Enfin, il arrive ponctuellement de tomber sur des dossiers à refuser avec certitude, conclu par “favorable” pour votre filière, ce qui ruine nécessairement la crédibilité globale du dispositif.

Sur cet aspect, on peut recommander de contrôler la pertinence des avis de la “fiche avenir” avec les taux de réussite réels, et en cas d’inadéquation, même pour un seul étudiant, de ne simplement pas regarder ces avis. Le pendant est une recommandation auprès des équipes pédagogiques du secondaire de ne pas perdre du temps à faire une chose impossible.

Examen du C.V.

Les C.V. des lycéens sont globalement tous identiques, et relativement vides, ce qui n’a rien d’étonnant. On peut considérer que c’est un exercice important pour s’insérer dans la vie professionnelle, mais en ce qui concerne l’évaluation des chances de réussite d’un bachelier dans une filière universitaire, sauf cas particuliers, les C.V. n’apportent rien de très pertinent, surtout depuis qu’ils sont normalisés par le formulaire de saisie sur la plateforme.

Si avis de poursuite d’étude et C.V. ne sont pas directement pertinents, on peut tout de même les intégrer dans des points d’appréciation globale, qui permettent une marge de subjectivité à l’examinateur. Reste à décider de l’importance de cette subjectivité dans la totalité des points de bonus/malus.

Examen du “projet de formation motivé”

Le projet de formation motivé est décrit ainsi sur la plateforme Parcoursup : “Exposez les raisons pour lesquelles vous souhaitez être candidat à cette formation et cette spécialité. Décrivez votre projet. Indiquez les raisons qui motivent ce choix d’orientation, les qualités indispensables, vos forces pour réussir, ainsi que vos points faibles”. Cette description est strictement identique à celle de la lettre de motivation sur APB. Néanmoins, les candidats devraient être limités à 1500 caractères sur Parcoursup.

D’expérience, et sauf formations particulières, les lettres de motivation sont globalement inutilisables pour évaluer les chances de réussite d’un étudiants. En premier lieu, elles sont extrêmement stéréotypées. Peut-être est-ce en lien avec la multiplications des ateliers de rédaction de lettre de motivation, ou celle des sites de conseil en ligne présentant des informations terriblement génériques. Peut-être est-ce aussi dû à une stratégie d’optimisation qui consiste à bien travailler un patron de lettre de motivation générique, déclinée sommairement pour chaque candidature, plutôt qu’à faire de multiples lettres spécifiques moins bien travaillées.

Ensuite, il est impossible de savoir si une lettre de motivation est réussie grâce à la motivation, ou grâce à des compétences en conviction. En réalité, la lettre de motivation n’évalue que la capacité à rédiger une lettre de motivation, ce qui, dans la plupart des cas, ne donne aucune indication sur les chances de réussite universitaire. Nous avons pu le constater, et c’est pourquoi, dans nos demandes, nous avons remplacé la lettre de motivation par une pièce complémentaire.

Examen des pièces complémentaires

Suite au constat d’inutilité des lettres de motivations, nous avons décidé de les remplacer par un questionnaire ciblant les choses que nous cherchions dans ces lettres. Grossièrement, nous sommes partis sur l’idée que les candidats étaient motivés à suivre notre formation (ils candidatent après tout), mais qu’ils pouvaient se tromper à propos de cette formation. C’est donc ce que nous avons cherché à identifier, avec un questionnaire vérifiant les connaissances du candidat concernant notre formation (et en aucun cas les connaissances sur notre discipline).

Par exemple : “Parmis les matières suivantes, lesquelles ont le plus d’importance dans notre formation : base de données, graphisme, droit… ?”. Cela permet de savoir si le candidat sait qu’en DUT informatique, il y a du droit mais pas de graphisme. Nous demandons également au candidat s’il est venu à notre journée “portes ouvertes”, quelles sont ses réalisations particulières dans notre discipline, et d’expliquer son parcours s’il est atypique.

En fait, nous demandons explicitement les choses que nous attendons de trouver dans une lettre de motivation. Et pour chaque réponse significative, nous ajoutons un certain nombre de points bonus. Petite astuce : les candidats qui ne répondent pas au questionnaire n’ont manifestement pas lu les instructions pour candidater, ce qui évalue très bien leur motivation.

A noter que si cette approche a permis de simplifier et objectiver, et donc harmoniser, l’examen des dossiers, nous n’avons pas pour autant observé d’amélioration des taux de réussite. De plus, son intégration dans Parcoursup semble plus difficile que dans APB.

Décompte des points bonus

Une fois chaque partie évaluée, l’examinateur doit compter le nombre de points bonus/malus et l’appliquer à la moyenne pondérée, ce qui va faire monter ou descendre la candidature dans le classement. Il y a également un champ “commentaire”, qui permet de laisser des notes aux autres examinateurs, pour expliquer un traitement particulier ou demander un deuxième avis, par exemple.

Cette saisie peut-être source d’erreur si votre système de bonus/malus est trop compliqué. Par exemple, si vous évaluez 27 critères pour définir un bonus entre 0 et 2 points, le calcul de tête va être difficile. C’est pourquoi on peut recommander d’avoir un système de bonus/malus simple. Par exemple : 10 critères à 0,1 point, en évitant les points négatifs, pour un bonus/malus entre 0 et 1 point.

Vérification

Lorsqu’on enchaîne les examens de dossiers, on commet rapidement des erreurs : les pièces sont nombreuses et souvent sans surprise, la monotonie tue l’attention. Imaginez une pile de copies à corriger qui ne seraient même pas dans votre discipline. Ajoutons également les sensibilités personnelles des examinateurs incapables de se contrôler (personnellement, si je vois “jeux vidéo” écrit quelque part et “malin mais pénible” sur les bulletins, je mets  ultra-favorable partout sans réfléchir… Et ça ne marche pas tout le temps).

C’est pourquoi il faut un vérificateur, infaillible de préférence, pour systématiquement contrôler et harmoniser les évaluations de ses collègues. Ce vérificateur devra également traiter une part des dossiers, afin de comprendre ceux des autres. La tâche est telle que prévoir deux collègues n’est pas de trop, mais il faut qu’ils soient prêts à réellement travailler ensemble.

Finalisation

Une fois tous les mails de rappel envoyés, le rush pour terminer les centaines de dossiers restants, la vérification de tous les cas particuliers, il n’y a plus qu’à envoyer définitivement le classement. Après quoi, plus rien n’est modifiable. Pensez à exporter le classement et toutes les données, ce qui permettra d’affiner la méthode de tri d’une année sur l’autre.

Pour assumer tout ce traitement, on peut recommander de désigner un responsable Parcoursup par diplôme et, vu la charge, de faire inscrire cette responsabilité dans les référentiels d’activité des établissements.

Conclusion

Deviner les candidats qui vont réussir un diplôme est une chose difficile, sinon impossible. Tout au plus pouvons-nous essayer d’arranger un classement pour que les candidats qui connaissent la formation soient favorisés. Dans les faits, il est même impossible de refuser un candidat qui se trompe manifestement d’orientation s’il a les notes nécessaires, y compris dans les filières sélectives. Mais cet arrangement est long, fastidieux, et bien souvent son étude à posteriori, confronté aux réussites réelles, ne démontre pas une efficacité vraiment très supérieure à un simple tri des notes sans étude de dossier.

En ce qui concerne la constitution du dossier de base (bulletins scolaires, C.V. et lettre de motivation), l’expérience montre qu’elle est inappropriée à l’évaluation des chances de réussite dans la plupart des filières universitaires. Pour les filières où ces pièces revêtent de l’importance, la normalisation imposée par la plateforme limite leur intérêt, au point qu’il faudrait tout de même les ajouter en pièces complémentaires. C.V. et lettre de motivation devraient donc être en fait des exceptions, et on peut recommander aux équipes qui comptent réellement étudier les dossiers de réfléchir en premier lieu à un questionnaire précis permettant au moins de simplifier et objectiver l’examen des dossiers.

Si Parcoursup devait vraiment s’adapter à l’évaluation des chances de réussite des candidats, il faudrait d’une part supprimer les pièces par défaut, et d’autre part développer une interface permettant d’évaluer simplement et sans risque d’erreur les réponses au questionnaire proposé par l’équipe pédagogique.

Reste un question fondamentale : Est-ce que l’examen des dossiers cherche à évaluer les chances de réussite du candidat, ou son mérite à intégrer la formation ? Entre un candidat très méritant mais ayant peu de chances de réussir et un candidat dé-méritant mais ayant de grandes chances de réussir, qui vaut-il mieux admettre ? C’est une question très concrète, au cœur des processus de sélection et d’orientation, à laquelle le ministère aurait dû répondre. En cela, la réforme Parcoursup est une occasion ratée de se poser les bonnes questions.

 

Enfin, malgré un réel travail pour améliorer notre recrutement, nous n’avons jamais réussi à réellement améliorer les taux de réussite. Les étudiants restent imprédictibles, et c’est heureux. De plus, il est difficile de voir comment définir des “mesures d’accompagnement personnalisées” sur la base d’un dossier de candidature Parcoursup. Au mieux peut-on définir une fourchette arbitraire de notes ou considérer la filière du bac, mais cela n’a rien de personnalisé. En soi, Parcoursup n’est donc pas une mesure en faveur de la réussite des étudiants, la page APB n’est tournée qu’en façade, et on est loin de “remettre de l’humain” dans la procédure d’affectation.

En revanche, l’étude des dossiers est une charge plus que conséquente, qui s’applique aujourd’hui à tous les enseignants du supérieur. Or, le problème principal est celui de l’encadrement des cours et de la disponibilité des enseignants qui croulent déjà sous les charges diverses et subissent une pression constante à la publication. On peut se demander comment réduire encore le temps consacré à l’enseignement va améliorer les conditions d’étude et la réussite des étudiants.

 

Bonus 1 : vertu du classement inversé des candidatures

Curiosité de Parcoursup, il serait à l’avantage de tous les candidats que les filières non-sélectives rendent un classement strictement inverse à celui des résultat scolaires. En effet, la nouvelle procédure d’affectation va avoir un effet pervers : supposons une filière non-sélective avec une capacité d’accueil de 100 places ; supposons qu’elle reçoive 500 candidatures, triées essentiellement en fonction des notes ; les 100 premiers recevront donc un “oui”, et les 400 autres “en attente” le temps que les “oui” se décident. La filière étant non-sélective, le dernier des 500 candidats devra être admis, il va pourtant rester “en attente” le temps que tous les autres devant lui se désistent, ce qui est inutilement anxiogène.

Les filières non sélectives devraient donc rendre un classement strictement inverse aux résultats scolaires, de façon à ce que le dernier des bacheliers obtienne le plus rapidement possible un “oui” pour une filière qui de toutes façons devra l’accepter. C’est, à ce stade, le seul moyen d’éviter des lycéens allant à leurs épreuves du bac en n’ayant que des vœux “en attente”, avec un  impact évidemment négatif sur leur motivation.

Bonus 2 : résumé des recommandations

  • Désigner un responsable Parcoursup, chargé d’organiser la procédure et d’affiner la procédure d’évaluation au fil des années (et demander l’ajout de cette charge dans les référentiels d’activités).
  • Se répartir les dossiers équitablement, mais charger le responsable Parcoursup de contrôler et d’harmoniser les évaluations.
  • Travailler empiriquement et sur la durée, en définissant une pondération et des bonus/malus arbitraires la première année, archiver les classements et les confronter systématiquement aux passage/redoublement/abandon de chaque candidat admis pour affiner les pondérations initiales au fil des années.
  • Garder le système de bonus/malus le plus simple possible pour éviter les erreurs.
  • Ignorer les pièces par défaut qui ne permettent pas d’évaluer les chances de réussite universitaire, et définir son propre questionnaire ciblé précisément sur ce que vous souhaitez évaluer.
  • Décider collectivement de prendre en compte ou d’ignorer le lycée d’origine.
  • Se contenter du classement automatique sans étude du dossier pour les filières non sélectives qui ne proposent pas de mesures d’accompagnement.
  • Rester conscient qu’évaluer avec certitude les chances de réussite ou le mérite réel est impossible, et que tout ce travail se résume à détecter les erreurs d’orientation, les cas particuliers et les paris.

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Commentaires (24)

  1. yann Bisiou

    Très intéressante tribune et très intéressant retour d’expérience. Je doute, à vous lire, de la reproductibilité de l’expérience IUT dans le cas de Parcoursup. Vous soulignez la lourdeur de la tâche et la nécessité de mobiliser toute l’équipe pédagogique. Or ce sera difficile à faire dans les universités pour deux raisons:
    1° le taux de contractuels d’enseignement est très élevé dans les licences et ils n’ont pas à participer à cette sélection (sauf rémunération spécifique)
    2°Les enseignants-chercheurs n’ont pas à participer non plus à cette sélection (sauf rémunération spécifique). L’article 7, I, 1° du décret 84-431 du 6 juin 1984 précise en effet que « Ces services d’enseignement s’accompagnent de la préparation et du contrôle des connaissances y afférents ».

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Le taux de contractuels est également élevé en IUT (on vise 1/3 des heures faites par des intervenants extérieurs, en plus des ATER et missionnés) et les EC participent au processus gratuitement… En revanche, il est vrai que les IUT ont un taux de PRAG/PRCE (enseignants à plein temps) supérieur aux composantes générales (quoi que ça aussi est en train de changer, la secondarisation du supérieur est en marche).

      Et pourtant, mobiliser toute l’équipe pédagogique est déjà difficile (impossible) en IUT, tant la tâche est rébarbative (et un peu inutile aussi). Mais seul ou à deux, la tâche est proprement inaccessible.

      Très clairement, ça va être dur pour pas mal de collègues, surtout ceux qui y croient.

      Répondre
  2. JM Soule

    Complément (?)

    Extraire le fichier des données pour travailler en local sous Excel
    Écrire son propre algorithme.

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Ca doit être possible… Mais je ne vois vraiment pas ce qu’on peut y gagner : L’algorithme sera de toutes façons un tri… Et Parcoursup/APB permet de déjà faire ça très bien.
      Il faut voir qu’on parle de plusieurs dizaines de notes par candidat, ça risque d’être cauchemardesque à gérer à la main… Sans parler qu’ensuite il faut tout remettre dans Parcoursup/APB…

      Répondre
      1. PL

        Bonjour,
        pour info, responsable recrutement depuis maintenant 10 ans dans un Département d’IUT, et donc en charge d’APB et maintenant de Parcoursup, c’est exactement ce que je fais. Je ne me sers pas du tout du module d’aide à la décision qui pose certains problèmes insolubles, mais d’une extraction des données que je traite sous excel de manière automatisée. Je trouve cette méthode plus sûre, et cela me permet d’introduire d’autres critères que les notes.
        Mais je suis d’accord avec beaucoup de vos propos, en particulier sur le fait que ce classement est plus un tri des dossiers, grâce auquel on arrive tout de même à voir un lien avec la réussite des étudiants.
        J’ai aussi exactement les mêmes conclusions que vous sur le traitement des lycées d’origine évoqués dans un autre article, et sur le désarroi des parents à ce sujet.
        Concernant votre Bonus 2, je vois que nous arrivons tous aux mêmes conclusions. En effet, c’est exactement ce que nous avons mis en place avec les chargés de recrutement des autres Départements de notre IUT.
        Enfin, pour ceux qui sont au fait de toutes ces questions, il est clair que cette réforme Parcoursup passe à côté de beaucoup de points importants, et que son but est de supprimer l’algorithme de traitement automatique présent dans APB pour les formations non sélectives. Par « Remettre de l’humain dans la procédure », il faut en réalité comprendre introduire la validation du tri des dossiers par un responsable dans les formations non sélectives (car cela était déjà le cas dans nos formations sélectives), et ainsi rendre impossible tout recours administratif de la part des candidats. Plutôt que de s’attaquer de front au problème du passage du secondaire au supérieur et des questions sur la sélection des candidats mises à jour par APB, on a choisi la voie administrative plus rapide et plus facile. Et c’est vraiment dommage.

        Répondre
        1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

          Bonjour,
          Et merci beaucoup pour toutes ces informations complémentaires !

          En utilisant un autre système de tri que celui prévu, n’avez-vous pas peur d’être obligée de devoir en publier les détails ?
          On entend même que l’obligation irait jusqu’au « code source »… C’est à dire en l’occurrence la totalité de vos formules excel…

          Répondre
          1. PL

            Mes formules excel ne sont que la traduction des critères que nous avons choisis au sein du Département pour le classement des dossiers. Il n’y a rien de secret. Je les explique lorsqu’on me les demande lors de nos portes ouvertes ou sur des salons. S’il fallait donner les formules, cela ne me pose aucun problème, pour peu que la personne qui en ferait la demande les comprenne.

          2. Julien Gossa (Auteur de l'article)

            Le soucis est que la demande des « algorithme locaux » viendra essentiellement de candidats non-admis et prêt à contester plus qu’à comprendre…
            Je pense notamment aux bonus/malus forcément subjectifs sur les CV et lettres de motivation.
            Ces bonus/malus peuvent être considérés comme obligatoires par le ministère, sous pression de la CNIL qui refuse un traitement entièrement automatisé des informations. Or, comme il sont nécessairement subjectifs, ils sont contestables…

            Je crains qu’avec les nouvelles règles, tout le système de sélection, qu’on utilisait sans problème jusqu’ici, devienne contestable, sinon illégal.

        2. miage

          Comment rentrez vous ensuite votre classement EXCEL->parcourtS ?

          Merci

          Répondre
          1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

            Pour les détails techniques, je vous propose de contacter votre responsable Parcoursup local.
            La ministre a annoncé que les personnels étaient formés, alors ça ne devrait pas poser trop de problèmes.

  3. Pierre Gervais

    Très intéressant, merci. Mais j’ai un doute sur le Bonus 1, le « classement inversé ». En effet, pour autant que je sache, les « filières non-sélectives » sont des mythes: elles sont en effet limitées par le nombre de place assises (la « capacité d’accueil »). J’ai cru comprendre qu’une fois cette capacité d’accueil atteinte, une filière saturée « désaccepte », si je puis dire, les candidatures acceptées mais surnuméraires, qui repartent dans la machine. Bon nombre de filières en tension sont en réalité non sélectives, et c’est bien le problème… que Parcoursup ne résout pas! Mais en tout état de cause, si effectivement après x candidatures acceptées les autres sont rejetées, le classement inverse préconisé ici devient très peu intéressant…

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Merci de votre commentaire !
      Effectivement, les candidatures sur-capacitaires dans les filières non-sélectives (expression surréaliste) sont mise « en attente » le temps que les candidats mieux placés se désistent.
      Dans les filières non-sélectives-mais-en-tension-donc-sélectives, des candidatures resterons « en attente » pour toujours, et il ne faut surtout pas faire un classement inversé.
      Dans les autres filières, la capacité d’accueil est supérieure au nombre étudiants qui viendront, donc tout le monde sera sélectionné, et là on peut faire un classement inversé.

      Remarquez que ce « bonus » n’est pas une réelle recommandation. Il permet juste d’illustrer un des nombreux travers de Parcoursup : même ceux qui sont sûrs d’être admis risquent de rester « en attente » de longues semaines.

      Répondre
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  9. Pierre Dubois

    Je n’avais pas lu ton billet vraiment très intéressant et argumenté. Je viens de faire un lien à partir de mon blog et de citer deux extraits https://histoiresduniversites.wordpress.com/2018/04/23/parcoursup-petit-manuel-de-tri/

    Question complémentaire. Situation fin avil pour le traitement des dossiers pour le dUT informatique dans ton département. Combien de candidats ? Quelle capacité d’accueil ? Le tri a commencé : des choses différentes que ce que tu as décrit dans ta chronique ?

    Et surtout : quel est le temps total qui va être consacré à ce tri ? Bonne semaine et à bientôt

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Finalement, nous en sommes à 1501 candidatures confirmées, soit presque le double de l’an dernier. Comme depuis 2011 (je pense) la capacité d’accueil n’a pas bougée : autour de 100 places.

      Il y a peu de changements au final, surtout des ennuis techniques, des choses qu’on pouvait faire auparavant et qu’on ne peut plus maintenant, mais qui ne changent rien au fond, comme l’impossibilité de donner des malus.

      Il y a aussi des changements sur la notation automatique de la fiche avenir, qui est un vrai danger, ou la gestion des quotas qui pose plein de questions.

      Quant au temps, manifestement notre IUT n’aura pas d’heures attribuées pour ça, au contraire des autres composantes, ce qui va encore être source de problème. On va faire ce qu’on peut, sans compter.

      Répondre
      1. PL

        Pour apporter un autre témoignage, toujours d’un département d’IUT, effectivement, pour les formations sélectives, je pense qu’aucune d’entre elle ne va révolutionner la manière dont elle triait les dossiers auparavant, méthode affinée au fil du temps pendant de nombreuses années parfois. Mais comme dit précédemment, il faut adapter cette méthode aux nouvelles contraintes techniques et légales. Et ceci prend un temps fou! (sans aucune attribution d’heure évidemment, je ne pense pas que le ministère ne se soucie des petites mains qui doivent assurer la mise en place des grandes décisions).
        Au final, alors que le maitre mot de Parcoursup était de remettre de l’humain dans la procédure, c’est en réalité tout le contraire. Le moindre critère d’évaluation d’un dossier doit être justifié, quantifié, pondéré dans un algorithme local porté à la connaissance de la CNIL (qui peut mandater des contrôles au sein des formations), à tel point qu’à mon sens, la procédure ne laisse plus du tout de place à la subjectivité d’un être humain, mais devient robotisée. On se demande si à terme, le but n’est pas de déposséder les formations de leur recrutement. Tout ceci dans le but qu’un candidat déçu puisse plus facilement faire un recours administratif.
        En définitive, pour les responsables recrutement en charge de tout cela, cela engendre du temps supplémentaire passé au détriment de notre mission d’enseignement, mais aussi une responsabilité devant la loi et donc un risque encouru si nous utilisons mal la procédure. Et pour nous mettre en confiance, voici la consigne émise par le service juridique de notre université : « Les frais de justice engendrés par un recours administratif seront refacturés à la formation fautive ». Mais pour éviter la faute, on attend la formation juridique du personnel qui doit appliquer la loi, mais qui n’est en général qu’un enseignant…
        Bref, a mon sens, le seul gagnant de la procédure Parcoursup est le ministère qui grâce à la loi se décharge de la responsabilité éventuelle de recours sur les formations qui appliqueront mal la loi (et les avocats qui s’engouffreront dans la brèche), sans résoudre le problème du nombre de places et de la sélection à l’université.

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  10. Julien Gossa (Auteur de l'article)

    Merci de nouveau de votre commentaire, que je partage en tous points.

    Le passage sur les frais de justice fait froid dans le dos… Auriez-vous une délibération ou quoi que ce soit d’officiel l’actant ?

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    1. PL

      Non, pas de document officiel actant cette décision. C’est une information émanant du service juridique de l’université que la direction de l’IUT nous a fait redescendre par mail.
      Nous allons donc essayer de ne pas faire de faute. Mais si cela arrivait, alors nous verrons. J’espère qu’on n’ira pas reporter la faute jusqu’au bas de l’échelle hiérarchique avec retenues sur salaire des enseignants fautifs!!!

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      1. PL

        Afin de lever toute ambiguïté, je précise que la direction de l’IUT nous soutient, trouve tout ceci aberrant, et joue parfaitement son rôle. Ce sont des directives qui émanent de la direction de l’université, pas de l’IUT.

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