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Des canons du Vieux Port à la communication des projets de fusion

Le Vieux Port de Marseille a ceci de particulier que les canons des forts Saint-Jean et Saint-Nicolas, qui se devinent sur cette photo des membres de la CURIF, sont tournés non pas vers l’extérieur, la mer, mais vers l’intérieur, la ville. Louis XIV, paraît-il, les aurait fait tourner ainsi pour contrôler la cité.

CurifVieuxPort

La première chose qui marque en découvrant le site de l’Université Paris 2019 est la qualité de la chartes graphique. Mais on peut également noter l’absence l’information utile à la communauté pour comprendre le projet. On peut notamment regarder la page “Ensemble bâtissons l’Université de Paris”, dont la seule infographie est un calendrier, et qui ne contient strictement aucune information permettant de se forger un avis éclairé sur le bien-fondé du projet.

Cela peut paraître étonnant mais un document est intéressant pour comprendre : le site de promotion de la fusion ayant aboutie à l’Université de Strasbourg, première université fusionnée. C’était en 2008, ce qui permet de mesurer les évolutions des sites web en 10 ans.

Des canons tournés vers la cité…

On peut y découvrir un “mode d’emploi” de la “stratégie de communication”, annonçant dès le titre “Des stratégies de communication conçues dans l’optique de faciliter l’adhésion des acteurs”. On peut y lire en introduction “La communication en appui du changement a été perçue par les présidents et le comité de pilotage comme stratégique dans le projet, en tant qu’instrument de facilitation de l’adhésion des communautés au projet” et en conclusion “Alimentée dans ses contenus par une analyse des résistances et des freins, elle doit montrer les bénéfices attendus pour chacun”.

De façon explicite, la communication est conçue comme un outil au service des promoteurs du projet pour convaincre la communauté de son bien fondé. Ce document montre l’absence totale d’intention de fournir une information objective, comprenant avantages et opportunités, comme inconvénients et risques. Seuls les bénéfices doivent être mis en valeur. Il s’agit donc en aucun cas de fournir des éléments de compréhension permettant à a communauté de se forger un avis éclairé

Il faut alors se demander s’il est souhaitable qu’une communauté dépense une partie de ses moyens pour être convaincue plutôt qu’informée ?

…Pour contrôler la cité.

Malheureusement, une université n’est pas une cité, et nous ne sommes plus dans une monarchie de droit divin. Aussi cette stratégie a une limite : celle de l’adhésion au projet des personnels, et notamment des enseignants-chercheurs. Libres et indépendants, ils sont par nature plus difficile à rallier.

On peut ainsi remarquer que les enseignants-chercheurs ont aujourd’hui presque totalement disparu du rapport d’auto-évaluation du contrat de site de l’Université de Strasbourg. Hormis les points techniques, ils n’apparaissent que lorsqu’on observe leur manque d’adhésion à différents pans du projet.

On peut d’ailleurs lire dans le PV du congrès ayant étudié ce rapport d’auto-évaluation : M. LE PRÉSIDENT confirme qu’il a été difficile de mobiliser les collègues pour la construction du site, considérant que c’était encore un organe de plus. L’objet manquait d’attractivité, de lisibilité et de réalité.[…]”.

Au final, il faut se demander si employer une technique visant uniquement à convaincre et non pas à informer ne limite pas in fine l’adhésion de la communauté au projet, et donc son succès, voir sa raison d’être.

Il faut également se demande si cette approche ne relève pas d’une forme de défiance des promoteurs du projet envers la communauté, si informer objectivement n’est pas perçu comme une perte de temps sinon un risque, mais également si ces promoteurs ne se privent pas ainsi d’avis qui auraient pu bénéficier au projet.

“Marseille sera toujours Marseille” (E. Todd)

Pour conclure, comme une université n’est pas Marseille et les services de communication ne sont pas des canons, on ne peut qu’encourager les promoteurs de projets de fusion à avoir le courage d’abandonner l’outil communication au profit d’une présentation objective des avantages et opportunités mais aussi des inconvénients et risques de leur projet.

Ainsi, le projet pourra être soumis à l’approbation de la communauté, éclairée sur son choix, ce qui lui donnera toute sa force s’il est adopté. Et s’il ne l’est pas, rien n’est perdu, car le projet ne pourra de toutes façons pas aboutir au delà des apparences. Même une fois lancé, il n’obtiendra jamais l’adhésion des membres qui sont censés le faire vivre.

Bonus 1 : Escalade de l’engagement

Le service communication est le premier service fusionné des trois ex-universités strasbourgeoises. Cet investissement a été préalable à toute fusion réelle, ainsi qu’à la définition de nombreux aspects concrets du projet.

On peut se demander si cet investissement n’a pas mis ses promoteurs dans une escalade de l’engagement, interdisant tout retour en arrière, qui ne pourrait être perçu que comme un échec et un gâchis des efforts déjà fournis.

Bonus 2 : Petite devinette à propos de la communication des présidences d’université

Lors de la mise en oeuvre du RIFSEEP à l’Université de Strasbourg, réforme en profondeur du système de prime des personnels administratifs, sujet hautement sensible :

  1. la présidence a informé directement l’ensemble des personnels afin de les tenir pleinement informés.
  2. la présidence n’a pas informé les personnels, puisque c’est le travail des syndicats de donner les mauvaises nouvelles.
  3. la présidence n’a pas informé les personnels pour ne pas encombrer leur boite mail.

Ceux qui devinent gagnent un extrait de PV !

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