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Parcoursup : le compte n’y est pas…

Enfin des chiffres concrets ! Le dossier de presse intitulé « Parcoursup 2018 au service de l’orientation et de la réussite des futurs étudiants » est un document clé pour évaluer les chances de réussite de la loi ORE.

DPparcoursup

Les principales informations sont ici, mais il reste nécessaire de faire un focus sur les moyens.

Focus sur les moyens

DPPSbudgets

Près de 8 millions d’euros dès 2018 pour reconnaître l’engagement pédagogique des enseignants-chercheurs et des personnels

PSDPbudgetTaches

Il s’agit de 7 841 661€ très exactement, attribués à « la mise en place de parcours personnalisés ou de l’examen pédagogique des vœux formulés par les candidats sur Parcoursup« . Ces moyens sont déclinés par université, par exemple l’Université de Strasbourg recevra 176 624€ pour ces tâches supplémentaires. Il faut noter que rien n’indique que ce financement sera pérenne.

Pour comprendre ces chiffres, on peut faire le calcul suivant : 8M€ de budget, 3 millions de vœux à étudier à l’Université, à 50€ l’heure complémentaire chargée : ce budget finance 3 minute de travail par dossier, pendant laquelle il faudra : lire les bulletins scolaires de première et terminale, le projet de formation motivé, les appréciations de la fiche avenir pour vérifier sa cohérence, vérifier la véracité des certificats fournis, décider des bonifications à appliquer et ajouter un commentaire qui pourra être consulté par le candidat. Cela sans compter l’indispensable phase de vérification/homogénéisation des décisions prises. C’est proprement impossible.

Sachant que ce financement ne couvre pas seulement l’étude des dossiers de candidatures, mais aussi la mise en place des parcours personnalisés, on peut affirmer que le compte n’y est pas.

Près de 33 millions d’euros pour les places supplémentaires en 2018 et 2019

PSDPmoyens

Il s’agit de 33 025 654€ très exactement et « 19 000 places auront ainsi été identifiées et financées pour accueillir davantage d’étudiants dans les formations du premier cycle à la rentrée. Elles témoignent de l’engagement du Gouvernement au service de l’accueil du plus grand nombre dans l’enseignement supérieur ». Encore une fois, rien ne dit que ce financement sera pérenne.

Pour comprendre ce chiffre, il faut encore faire un calcul : 33M€, à 11k€ l’année universitaire, cela fait environ 3000 places réellement financées, soit 15% des 19000 places annoncées. Là encore, on peut affirmer que le compte n’y est pas. Et il n’y est d’autant pas que les nouvelles mesures d’accompagnement doivent permettre un meilleurs passage en deuxième année, et donc une inflation des effectifs à moyen terme.

Conclusion

Avec moins de trois minutes financée par étude de dossier de candidature et un financement de seulement 15% des nouvelles places crées pour Parcoursup, le compte n’y est pas. Et avec un financement sur ces deux premières années de 63M€, on peut s’interroger sur la faisabilité d’atteindre, sur 5 ans, 500M€+450M€, soit presque 1Md€.

Enfin, il faut noter que ce dossier de presse annonce 1490 places dans le Grand-Est, ce qui confirme que le ministère a utilisé la méthode de calcul que j’expliquais dans « Parcoursup : Comment créer des places à l’Université (d’un coup de baguette magique) ? » : les créations de places annoncées se font donc bien indépendamment des moyens, comme du nombre de chaises et de profs.

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Commentaires (13)

  1. Alexandra

    Merci pour ce décryptage sur les moyens. Dans le dossier de presse, j’aime la conclusion de la page 7: fin de l’autocensure grâce à la meilleure information aux étudiants. Evidemment, quand on dit dans des attendus locaux qu’une formation représente « un travail à temps plein », on n’invite pas du tout les étudiants qui auraient à travailler pour se financer (46% des étudiants) à s’auto-censurer; quand des filières de sciences humaines (en tension, certes, comme le droit ou la psycho) ici ou là exigent un bon niveau en maths en tant que preuve du sens logique des lycéens, ça n’a rien à voir avec la volonté d’attirer des lycéens de filière scientifique, la voie royale qui mène à tout; ça ne va pas du tout encourager les autres à s’auto-censurer. La novlangue est une bien belle chose.
    Merci pour ce travail,
    A.

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  2. Lebreton

    Pour 50 euros de l’heure… je veux bien faire le job de sélection de dossier! Non sérieusement ça ne mérite pas plus de 20 euros de l’heure ce qui permet de rester 8 minutes par dossier… c’est déjà plus acceptable et faisable!

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    1. totocaca

      Le mieux serait de le sous-traiter en Roumanie ; pour 2 balles de l’heure, ils te torchent un dossier en 30 sec chrono ! Si y en a qui trouve moins cher, Bercy est preneur… Salut les nazes !

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  3. Julien Gossa (Auteur de l'article)

    Le coût de l’heure complémentaire fait, pour l’instant du moins, l’objet d’un cadrage national.
    Déjà que les docteurs qui font l’Université ne sont pas particulièrement bien payés en comparaison avec les autres pays, baisser encore leur rémunération ne me parait pas la meilleure des choses à faire.

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    1. Blabla

      Et en comparaison avec le salaire moyen en France ? Voire, plus près de vous, des personnels BIATSS de votre université ? Un peu de décence dans vos propos rendrait votre critique de Parcoursup un peu plus audible…

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      1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

        Merci de votre commentaire. Le salaire moyen net en France est de 2 250 € alors que le salaire des Maîtres de Conférences (MCF – classe normale) commence à 1812€ et termine à 3229€, et celui des IGR (BIATSS les plus proches en niveau de formation) commence à 1597€ et termine à 3129€. L’âge moyen d’embauche des MCF est de 33 ans. Le salaire des EC chute plus vite que celui des BIATSS en raison de leur faible indemnitaire, alors que seul ce type de rémunération est développe dans la fonction publique. Enfin, le salaire horaire des EC risque d’encore chuter dramatiquement avec la refont des services statutaire actuellement discuté au ministère.

        Voir les travaux de Nicolas Tentillier :
        http://nicolas.tentillier.free.fr/
        http://nicolas.tentillier.free.fr/Salaires/MCF_SMIC.jpg

        Je précise que tout ceci n’est en rien une revendication quelconque, encore moins du corporatisme. Je me contente de répondre aux questions qu’on me pose. Et si je devais avoir une revendication salariale, ce ne serait certainement pas sur mon salaire personnel, et ce ne serait certainement pas l’objet de mes travaux, qui pencheraient plutôt vers une mise en perspective des salaires avec l’attractivité des différents corps de métier, et rien d’autre.

        Ceci étant dit, votre commentaire est intéressant pour trois choses :
        – Au lieu de comparer le comparable (même catégorie, plusieurs pays) il oppose citoyens d’un même pays et corps d’une même fonction publique. C’est une stratégie managériale classique pour émietter le tissus social, précisément au moment où il faudrait le reconstruire.
        – Tout le monde sait bien que c’est tous les bas salaires qu’il faut rehausser, y compris dans la fonction publique. Comparer au pire plutôt qu’au meilleurs est également un stratégie managériale classique pour empêcher les gens d’aspirer à mieux, stratégie assez facile puisqu’il assez aisé de toujours trouver pire, et efficace puisqu’elle joue sur la peur du déclassement.
        – L’attaque sur la décence et l’audibilité est une stratégie de décrédibilisation classique sur un travail qui se veut éthique et au bénéfice de la communauté.

        Tout ça pour dire que je peux vous trouver des tonnes de PV où ces trois stratégies sont utilisées de concert pour ne pas parler du sujet, ce que vous faites.

        Et pour le Troll, je préfère twitter 😉
        Je vais donc ne plus publier de commentaires qui ne soient pas en rapport direct avec l’objet du billet, à savoir le financement du plan étudiant/loi ORE/Parcursup.

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        1. Alexandra

          Bonjour,
          On peut ajouter sur ce sujet que les homologues des enseignants-chercheurs français à l’étranger sont payés plusieurs centaines de milliers de dollars par an (pour les Américains par exemple), mais que ça n’indique en rien qu’ils sont « meilleurs » (en termes de formation, les nôtres n’ont rien à envier aux US ou à la GB et nos doctorats valent les leurs). Simplement, il n’est pas possible de payer au salaire moyen ou juste au-dessus des gens qui ont eu à financer leurs études plusieurs dizaines de milliers de dollars par an – pour un doctorat, ça commence à chiffrer. Cela explique en partie les revenus des médecins US par exemple, et le fait qu’il est impensable d’instaurer dans ce pays un système de couverture maladie digne de ce nom, financé par l’Etat.
          Attendons octobre, que la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale réponde à la question de M. Le Vigoureux (député LREM) sur les frais d’inscription dans le Supérieur. Nous verrons alors combien les étudiants devront débourser (je mise sur 1000 euros/an pour commencer); et nous pourrons prendre les paris sur le rythme auquel les augmentations de cette contribution se feront pour rejoindre les excellents systèmes anglo-américains (entre 9.250£ et 52.000£ par an selon les années d’études – normales ou MBA Oxford par exemple; et souvent 30.000 dollars US par an au moins). En GB, ça a mis 12 ans) Et tout ça pour payer, non pas les profs (qui sont au contraire de plus en plus contractualisés, voire précarisés), mais des administrateurs et des campagnes de marketing.
          L’égal accès à une université gratuite est une condition essentielle de notre pacte social. C’est indispensable si on veut avoir des professionnels de haut niveau (profs, avocats, médecins, psychologues…) prêts à se consacrer à leur tâche pour tous et pour un salaire modeste au regard des standards étrangers.
          A.

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    2. P. Gambette

      Le cadrage national ne définit-il pas le coût d’une heure complémentaire _d’enseignement_ (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000019799436&dateTexte=20150725) ? Si oui, et que c’est l’heure de TD qui est prise pour référence, il me semble qu’une heure de TD en présentiel correspond à 1607/2/192 = 4,18 heures de travail au total. Ainsi, ce budget financerait non pas 3 minutes par dossier mais 12,5 minutes par dossier…

      Après, on peut s’étonner de la bizarrerie de moins rémunérer les heures complémentaires que les heures statutaires dans l’enseignement supérieur, mais c’est une autre question.

      Par ailleurs, je ne comprends pas non plus l’estimation de « 3 millions de vœux à étudier à l’Université ». Si l’on considère que ces financements supplémentaires correspondent au travail supplémentaire, c’est-à-dire qu’on n’en fait pas bénéficier les collègues impliqués dans des formations sélectives, qui faisaient déjà ce travail par le passé avec APB, il me semble que la page 6 du document évoque plutôt 32/100*6200000 = un peu moins de 2 millions de voeux pour les formations non sélectives. On passe donc à 18,5 minutes par dossier (auquel il faut en effet retirer le temps requis par d’autres tâches que la sélection des dossiers) ?

      Au-delà de ces calculs d’apothicaire qui reflètent bien mon masochisme d’enseignant-chercheur, peut-être dois-je conclure sur un autre aspect de la réforme qui demande des financements, et qui me semble bien plus important pour la rendre bénéfiques à certains étudiants : la mise en place des parcours de remédiation (liés à la réponse « oui si »). Les dernières nouvelles que j’ai vues passer sur le sujet ne sont pas enthousiasmantes (http://www.letudiant.fr/etudes/parcoursup/parcoursup-ce-qui-se-cache-derriere-le-oui-si-pour-entrer-en-licence.html) et je ne vois pas comment on peut imaginer mettre en place de tels parcours à moyens constants et sans recruter de titulaires supplémentaires, si l’on souhaite maintenir les capacités d’accueil.

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      1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

        Je vous remercie pour votre commentaire, dont je partage évidemment les questionnements.
        Si un lecteur non universitaire passe par ici, il faut qu’il sache que ce sont des questions très classiques, et qui valent la peine d’être posées.
        Je me les suis posées en rédigeant ce post, sans donner les détails de mes conclusions, je saisi donc l’occasion pour le faire.

        A propos des 1heTD payée = 4,18 he travaillées.
        On peut aussi ne pas s’étonner de la bizarrerie des heures complémentaires rémunérées moins que les heures statutaires, et même moins que le smic horaire… Et réfuter tout simplement le calcul : ce dernier est issu d’un bricolage législatif sans rapport avec une quelconque réalité dans la réalisation de nos missions et il est bien évident que personne ne doit être payé en dessous du SMIC. Donc ce calcul est faux.
        On peut ajouter, qu’en bon administrateur -soucieux pas seulement du budget, mais aussi de la bonne marche de l’établissement- faire ce calcul revient à estimer de fait que le travail des collègues ne vaut même pas le smic. Après 10 ans de gel du point d’indice et d’effort de toute la communauté pour continuer à assurer les missions malgré tout, il faut être très précautionneux avec ces questions. La paille n’est pas loin de casser le dos du chameau.

        Pour ce qui est des filières qui triaient déjà.
        On pourrait pinailler en disant que ce qui est dit dans le DP ne concerne pas la « charge supplémentaire », mais simplement « l’examen des vœux ». Les collègues en filières sélectives examinent des vœux, il n’y aucune raison pour qu’ils ne soient pas rémunérés.
        Mais en bon administrateur -soucieux pas seulement du budget, mais aussi de la bonne marche de l’établissement- on doit se poser la question suivante :
        Quel va être l’impact sur les collègues de filières sélectives, qui ont examiné des centaines de dossiers sans rémunération particulière, d’apprendre que tel collègue à côté a été payé des dizaines d’heures pour seulement configurer la plateforme et se contenter du classement automatique sans ouvrir les dossiers ?
        Vous imaginez la réunion pédagogie ? Tel collègue qui dit que c’est inadmissible, tel autre qui dit qu’on l’a toujours fait, le troisième qui dit qu’il ne veut pas être payé pour trier les candidatures et le chef de dep’ qui se retrouve coincé au milieu de tout ça ?
        Ce serait très mauvais pour la bonne marche de l’établissement.

        Quant aux mesures d’accompagnement personnalisées…
        Il y a un réel risque d’aller au pire : Y mettre de force tous les bacs non généraux, en diminuant leur nombre d’heures pour pouvoir dédoubler leurs groupes puisqu’on est à moyen constant. Tout le monde sait bien que c’est voué à l’échec. On espère donc juste que ça découragera ces bacheliers très rapidement, sinon avant même le début de l’année, pour recycler les places pour des étudiants volontaires (condition indispensable à la réussite de ce type de parcours).
        Pire, pour faire ça, on va recycler des mesures d’accompagnement qui existaient déjà sur la base du volontariat. On va donc casser ce qui marche.

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  4. patapon

    N’oubliez pas qu’en 2017 le budget de l’enseignement supérieur a baissé de 331 millions d’euros.
    Ce « geste » de 33 millions paraît bien dérisoire en regard de la coupe budgétaire. Au final, l’université a perdu 300 millions d’euros sous Macron, pour des missions en hausse.
    S’il voulait tuer l’université publique, il ne s’y prendrait pas autrement.

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  5. PL

    Les 8 millions d’€ alloués au traitement des candidatures, tout le monde n’en verra pas la couleur. Par exemple, dans notre cas, notre université (qui fait partie des 10 les mieux dotées) pense fortement à ne rien reverser aux formations sélectives sous prétexte que ces formations sont déjà habituées à trier les candidatures. Les personnels faisaient sans jusqu’à maintenant, ils peuvent bien continuer, même si tout est plus complexe et prend plus de temps grâce à Parcoursup. Conséquence : exit les 17 départements d’IUT et leurs agents.
    Sur les 66 formations apparaissant sur le portail Parcousup, il reste alors 31 licences et 10 autres formations dont certaines sont sélectives. La somme totale se répartira donc principalement sur les 31 parcours de licence, ce qui fait plusieurs milliers d’€ par formation. Tant mieux pour les agents qui feront le boulot, ils le méritent. Mais voici comment créer une différence de traitement des agents réalisant une tâche équivalente au sein d’un même établissement.
    Maintenant, vu les choix fait par la direction de l’université, toute la somme reçue servira-t-elle vraiment à rémunérer les personnes qui seront en charge de l’études des candidatures dans les formations non sélectives? On peut se poser la question.
    Chaque université étant indépendante, cela sera certainement différent ailleurs. S’il y a d’autres témoignages…

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    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Pareil à l’Université de Strasbourg.

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