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Parcoursup est-il « grippé » ?

A quelques jours de la fin de la procédure d’affectation Parcoursup, moins de 500.000 candidats ont accepté définitivement une proposition, plus de 167.000 ont quitté la plateforme, 35.000 attendent encore au moins une proposition et plus de 85.000 ont une proposition mais ne l’ont pas définitivement confirmée [Tableau de bord du 27/08/2018].

Sur le dernier mois, les évolutions ont été marginales [Tableau de bord du 27/07/2018], laissant penser que Parcoursup est « grippé », notamment parce que seule une moitié des candidats en classe prépa ont acceptés définitivement leur proposition.

D’après Frédérique Vidal, cette lenteur s’explique par l’accompagnement des étudiants… On peine à voir en quoi être en attente de la décision des autres candidats représente un accompagnement constructif… D’autres acteurs pensent que cette lenteur est due au comportement irrationnel des candidats, qui conserveraient inutilement des vœux en attente, essentiellement par curiosité, malgré la communication de plus en plus menaçante du ministère

Parcoursup serait donc bloqué en raison du comportement imprédictible et irrationnel des candidats ?

Ce n’est pas l’avis de Claire Mathieu, conceptrice de Parcoursup :

En réalité, au contraire d’APB, Parcoursup est fondamentalement conçu de telle façon à ce que des candidats restent en attente jusqu’à la fin de la procédure. Il est donc tout à fait normal qu’autant de candidats n’aient pas encore confirmé leur proposition et que les formations ne soient pas certaines de leur recrutement.

Comment se comporte Parcoursup dans un cas trivial ?

Pour bien comprendre, supposons 300 candidats à 3 formations F0, F1 et F2, ayant 100 places chacune. Supposons que tous les candidats classent ces trois formations de façon identique : F0 préférée à F1 et F1 préférée à F2 ; et que les trois formations classent aussi les candidats de façon identique, de C0 à C299. Il s’agit d’un cas caricatural, mais assez représentatif de ce qu’on peut observer dans un domaine fermé, par exemple les prépas : meilleure prépa nationale (F0), meilleure prépa locale (F1), prépa locale accessible (F2).

Il s’agit surtout d’un cas trivial, dont la solution est évidente : les cents premiers candidats, C0 à C99, iront dans la formation F0 ; les cents suivants, C100 à C199, iront en F1 ; et les cents derniers, C200 à C299, iront en F2. N’importe quel algorithme d’affectation doit pouvoir traiter ce cas sans problème. APB le faisait d’ailleurs très bien en annonçant cette affection dès le premier jour.

Supposons un comportement parfaitement rationnel des candidats : ces derniers ne démissionnent que de leurs vœux moins appréciés et confirment définitivement seulement leur premier vœu. Sur les trois premières semaines (délais initial de réponse), Parcoursup se comporte alors ainsi :

Semaine 1
Candidats Formation F0 Formation F1 Formation F2
C0-C99 Proposition Proposition Proposition
C100-C199 En attente En attente En attente
C200-C299 En attente En attente En attente
Semaine 2
Candidats Formation F0 Formation F1 Formation F2
C0-C99 Confirmation Démission Démission
C100-C199 En attente Proposition Proposition
C200-C299 En attente En attente En attente
Semaine 3
Candidats Formation F0 Formation F1 Formation F2
C0-C99 Confirmation Démission Démission
C100-C199 En attente Proposition Démission
C200-C299 En attente En attente Proposition

 

A partir de là, Parcousup n’évoluera plus. On peut alors constater qu’il faut 3 semaines à Parcoursup pour arriver à l’affectation triviale, mais surtout que les deux tiers des candidats sont toujours en attente de meilleurs vœux, tout comme les deux tiers des formations n’ont aucune confirmation définitive. En effet, seul le groupe C0-C99 est sûr d’avoir obtenu son meilleurs choix. Les deux autres groupes restent, sincèrement, dans l’espoir d’obtenir une meilleurs proposition. C’est cette situation que décrivait Claire Mathieu : l’affectation est finie, mais ni les candidats, ni les formations ne le savent.

Personne ne peut le savoir, puisqu’un désistement dans F0 déclenchera une réaction en chaîne. Les candidats doivent rester en attente. C’est ce qui est prévu comme le comportement normal.

« It’s not a bug, it’s a feature. »

Il n’y a donc absolument rien d’étonnant à ce que 85.000 candidats n’aient pas encore confirmé leur proposition. Il y a fort à parier qu’ils ne le feront jamais, sinon par dépit. Il ne s’agit pas d’un bug, ou d’un grippage, de la plateforme, et encore moins d’un comportement irrationnel des candidats, mais du fonctionnement fondamental de Parcoursup.

En réalité, les comportement irrationnels (tels que des candidats du groupe C200-C299 qui démissionnent de F0 et F1) améliorent plutôt les performances de la plateforme, en augmentant artificiellement le nombre de confirmations.

En revanche, on peut se demander quel est l’intérêt de laisser ainsi des candidats en attente de vœux qu’ils n’auront jamais. C’est un parfait exemple de transparence cruelle. APB cachait aux candidats leur rang dans les file d’attente. On sait maintenant pourquoi.

Bien sûr, on ne manquera pas de chercher un moyen d’améliorer cet aspect. Il existe : rétablir la hiérarchisation des vœux. En réalité, cela reviendrait à rétablir APB. Il est donc peu probable que ça arrive. Nous continuerons donc à avoir des C100 et des C200… Premiers refusés sur liste d’attente. Et nous continuerons à le leur dire, sans aucune raison objective valable.

Mais c’est à ce prix que, sans dire « non », les filières non sélectives peuvent laisser certains de leurs candidats en attente pour toujours… Et donc sélectionner. C’est à ce prix qu’on aura mis fin au « scandale du tirage au sort ».

Chacun voit le scandale à sa porte.

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