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Projets d’arrêtés : il est venu le temps des Bachelors

Ils étaient fort attendus, les projets d’arrêtés réformant le premier cycle universitaire entrent maintenant en discussion au CNESER, au milieu de 21 textes. Le Projet d’arrêté portant réforme de la Licence professionnelle instaure une LP en trois ans (LP180) et supprime le DUT en l’incluant dans une LP180 appelée « Bachelor Universitaire de Technologie ». Le Projet d’arrêté relatif au cahier des charges des grades de Licence et de Master fait la part belle à la certification et permet que les grades universitaires puissent être accordée à d’autres diplômes, dont les Bachelors privés. 

Cet engouement soudain du ministère pour les Bachelors devrait abaisser les frontières entre formations publiques et privées, et ouvrir la voie à une restructuration totale du premier cycle de formation supérieure.

Textes intégraux

La Licence Pro en trois ans (LP180) et la fin du DUT

D’un côté, les universités pourront construire des parcours complets de Licence Pro, dès le bac, distincts de leurs Licences. Ces LP180 sont sans contraintes sur les admissions mais sans garantie d’heures d’enseignement. Seule l’insertion professionnelle est fixée par le texte (« au moins 50% », sans qu’ils soit expliqué comment une formation peut fixer un taux d’insertion professionnelle, ne décidant ni des emplois, ni des poursuites d’étude).

De l’autre, le DUT est réduit à un « diplôme intermédiaire » sans arrêté propre, octroyé seulement aux étudiants qui en font la demande. Les IUT devront donc construire des LP180 ayant pour « nom d’usage » « Bachelor Universitaire de Technologie » (BUT), mais qui sont avant tout des LP. Les BUT auront en théorie 1800 ou 2000 heures (dont « au moins 75% […] seront dirigées et encadrées », plus 600 heures de projets tuteurés, et la spécification CM/TD/TP disparait) mais des contraintes d’admission (« au moins 50%  » de bacs techno), et de réussite (« au moins 70% » des bacs techno admis), en plus du taux d’insertion professionnelle propre aux LP.

Enfin, alors que le DUT était essentiellement géré et évalué par le réseau national des IUT, le BUT sera géré au niveau local par les CFVU (qui définiront les 30% d’adaptation locale des enseignements, les modalités de contrôle des connaissances, et les passerelles) et évalué par l’HCERES.

Deux formations se retrouvent donc en concurrence sur le segment universitaire de l’insertion professionnelle à Bac+3, fixée à au moins 50% par le texte, mais pour des profils de bacheliers différents et avec des services différents.

Cela confirme l’hypothèse de la gestion des flux de bacheliers : ces réformes ne sont pas guidées par des considérations pédagogiques ou de formation de la population, mais par la seule urgence de fournir des filières aux différents profils de bacheliers à un coût adapté.

« C’est de surcroît une façon politiquement viable de prendre acte de la baisse du niveau du Bac, et en quelque sorte de pallier les lacunes du secondaire » – Philippe Aghion et Élie Cohen, Éducation et croissance, 2004.

Le DUT, droit au BUT.

Il est venu le temps des Bachelors

L’utilisation du « nom d’usage » « Bachelor Universitaire de Technologie » légitime un terme utilisé à l’étranger pour les diplômes de niveau Licence, mais sans aucune reconnaissance nationale. En effet, contrairement aux diplômes nationaux, les Bachelors ne sont soumis à absolument aucune régulation.

Son utilisation est à même d’induire une confusion dans l’esprit des familles, ce qui est sans doute la raison pour laquelle les écoles privées, parfois prédatrices, en abuse. On a d’ailleurs pu constater le goût pour cette confusion lorsque certaines écoles prétendent délivrer des “Mastères”, que les familles sont censées ne pas confondre avec les Masters.

Cette confusion est évidemment très efficace d’un point de vue commercial. Dans un marché où la réputation des formations publiques est très largement en deçà de leur qualité et performance réelles, des famille imaginent qu’un diplôme est appelé « Bachelor » sera nécessairement international, et puisque payant nécessairement d’une meilleure qualité. C’est objectivement faux.

« Certains ont de la visibilité parce qu’ils sont bons en communication et ont des prix très élevés. »
(Laurent Champaney, vice-président de la Conférence des grandes écoles)

Des grades pour les gouverner tous

Le Projet d’arrêté relatif au cahier des charges des grades de Licence et de Master dispose que :

« Les grades universitaires peuvent également être accordés à d’autres diplômes délivrés au nom de l’Etat ou à des diplômes d’établissements publics ou privés, dès lors qu’ils contribuent aux objectifs du service public de l’enseignement supérieur définis à l’article L. 123 -­‐2 du code de l’éducation. Ces diplômes sont soumis soit à la réglementation nationale qui les définit , soit lorsqu’il s’agit de diplômes d’établissement par les règlements d’études publics arrêtés par les instances compétentes . »

Ainsi, pourront avoir le grade de Licence ou Master des diplômes qui ne sont pas des Licences ou des Masters : le ministère joue à plein sur la confusion entre les grades et diplômes, qui portent opportunément le même nom de Licence et Master.

Les diplômes d’établissements, donc payants, privés ou publics, vont donc gagner en légitimité ce que les diplômes d’Etat vont perdre à lisibilité. Un Bachelor pourra se prévaloir du grade de Licence sans respecter l’arrêté Licence. Les universités pourront aussi développer leur propres Bachelors sans perdre le grade de Licence, échappant ainsi aux cadrage nationaux et notamment à celui des frais d’inscription.

Dans la même logique, les certifications aussi devraient pouvoir conférer les grades de Licence et de Master, et l’expression « diplôme ou certification » se retrouve dans tout le document :

« Article 1

Le cahier des charges définissant les critères pris en compte par le ministre chargé de l’enseignement supérieur lors de l’examen d’une demande visant à ce qu’un diplôme ou une certification confère le grade universitaire de licence ou de master est défini à l’annexe du présent arrêté »

Si l’abaissement de la frontière public-privé semble inévitable, tant entre les établissements qu’au sein des établissements publics, il ne s’agit pas pour autant d’une dérégulation. Il pourrait même s’agir au contraire d’une reprise en main par le ministère de tout l’enseignement supérieur. Il exige ainsi une transparence sur les cohortes :

« Quel que soit l’objectif visé prioritairement par la formation, un dispositif de  suivi de cohorte et d’insertion des diplômés est mis en place. »

On connait par ailleurs l’obsession de la ministre pour que toutes les formations, y compris privées, soient sur Parcoursup. Le Projet de loi de finances 2020 est d’ailleurs explicite : l’augmentation du financement privé s’accompagnera d’un renforcement des contrôles.

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L’Etat semble se donner les moyens de trier les formations privées, selon qu’il les reconnait ou pas, au même titre que les formations publiques, y compris si elles ne sont pas d’Etat. Le grade Licence/Master ne viendrait alors plus ni d’une exclusivité publique, ni du respect d’un arrêté, mais de cette reconnaissance. Ainsi, l’Etat se transforme en organisme certificateur, considérant les formations indifféremment de la nature de l’opérateur. 

Un scénario hypothétique

Ce flou autour des termes Licence et Master, pouvant être aussi bien des diplômes d’Etat régulés que des diplômes d’établissements privés ou des certifications, permet de tracer le scénario hypothétique suivant :

  1. Les écoles privées se contentent du minimum pour monter des Bachelors très loin de la qualité des Licences, mais délivrant une Licence. Les frais d’inscription leur fournissent plus de moyens pour moins de dépenses, qui peuvent être avantageusement réinvestis dans le marketing à destination des familles. 
  2. Aux yeux des familles, ces Bachelors semblent donc avantageux, ayant l’apparence d’un double diplôme. Les frais d’inscription peuvent donc apparaître comme un bon investissement, indépendamment de la qualité réelle du diplôme. Cela séduira aussi ceux sensibles à l’argument « ce qui est gratuit n’a pas de valeur », entretenus directement par le gouvernement notamment dans le plan #BienvenueEnFrance.
  3. La Licence, qui elle ne délivre pas le grade de Bachelor, se retrouve naturellement affaiblie. Les établissements publics ont donc tout intérêt à développer leur propres Bachelors. Mais plutôt que de simplement appeler leurs Licences ainsi, ils ont intérêt à développer leur propre offre de formation commerciale.
  4. L’approche par compétence permet de vendre des modules d’enseignement à la découpe, par « blocs de compétence », sous forme de D.U. additionnels au cursus traditionnel. Licence (pro) + D.U. forment alors un Bachelor, payant mais représentant un avantage concurrentiel par rapport aux étudiants ayant une « simple » Licence.

Ainsi, on aura achevé de rendre floue la frontière entre formations privées dérégulées et payées par les familles, et formations publiques fortement régulées et payées par l’impôt. L’Etat conserve le contrôle sur cette dérégulation afin d’éviter que des pans entiers de bacheliers soient exclus du supérieur faute de places gratuites, ou que des branches professionnelles se retrouvent en famine de main d’œuvre formée faut de la rentabilité de la formation.

Mais quels sont les bénéfices attendus ?

  1. Rien n’indique que les formations publiques en sortent renforcées : le coût du marketing et la culture de la concurrence pèsera sur les formation publiques.
  2. Rien n’indique non plus que les formations privées en sortent gagnantes : la concurrence des formations publiques pèsera lourd, et peu d’écoles privées pourraient résister à une concurrence frontale face à une université déterminée à occuper le marché. De plus, le contrôle exercé par l’Etat pourrait bien conduire à un affaiblissement du secteur privé non reconnu par l’Etat. 
  3. Il est certain que les familles sortiront perdantes, avec une augmentation inévitables des frais et un abaissement structurel de la qualité. 

Au final, seul un gouvernement souhaitant « rééquilibrer l’effort des familles / effort de l’Etat » peut bénéficier de cette mesure, c’est-à-dire souhaitant diminuer les dotations provenant de l’impôt. C’est là une explication de cette restructuration du premier cycle : diminuer l’impôt tout en augmentant les charges des familles.

Une autre lecture ne doit pas être esquivée : celle de la restructuration des flux d’étudiants internes aux universités, entre insertion pro à bac+3, insertion pro à bac+5 et excellence académique. Ces trois voies ne représentant pas, aux yeux de notre gouvernement, des investissements aussi intéressants.

Pour aller plus loin…

Le mouvement est déjà lancé

Contraint par des moyens publics de plus en plus insuffisants, des formations universitaires diminuent progressivement leur nombre d’heures d’enseignement. Les mesures nationales manquent, mais certaines formations annoncent avoir diminué le nombre d’heures par ECTS (European Credit Transfer Scale) de 15% sur les deux dernières années. La matière pédagogique pour ces 15% existe, et un financement par les étudiants permettrait de la transmettre de nouveau.

Exemple notable : cette année, les Cursus Master Ingénierie (CMI) sont convertis en D.U. payants. Les étudiants en CMI suivent donc les cours normaux de Licence, mais payent des cours et avantages supplémentaires par rapport aux « simples Licences ».

D’un côté, les financements publics s’appauvrissent. De l’autre, le gouvernement ouvre des façons de commercialiser les formations. De façon mécanique, cela conduit à affaiblir les formations financées par l’impôt :

Parcoursup : les universités font leur marché

La question a été ouvertement posée

La question du conflit Licence/Bachelor a été ouvertement posée. Mais plutôt que d’imposer aux écoles qui souhaitent délivrer des Licences un certain niveau de qualité garanti par le respect du cadrage national de l’arrêté, le ministère a fait le choix d’autoriser le grade de Licence aux Bachelors. C’est un véritable désaveu de la CPU, mais aussi peut-être des grandes écoles. 

« Il est temps de tout remettre à plat pour que le ministère tranche. »
(2016, J.-L. Salzmann, alors président de la CPU. )

En échange, le ministère fait miroiter un contrôle du grade par les « chefs de file » des regroupements universitaires, et une opportunité de grossir encore :

« 5– Inscrire son offre de formation dans la politique de site

Pour participer au développement de l’attractivité et du rayonnement des territoires au niveau local et régional, l’établissement développe des synergies avec ses partenaires, notamment par l’inscription dans une politique de site.

L’établissement présente la cohérence et la complémentarité du diplôme dont il souhaite qu’il puisse conférer le grade avec d’une part ses autres diplômes, notamment les diplômes nationaux pour lesquels il est accrédité, et d’autre part avec l’offre de formation des différents établissements du site. Il fait par ailleurs état despartenariats développés pour la mise en œuvre de la formation avec ses partenaires publics ou privés et autres collaborations qu’il entretient avec ces derniers : conventions, travaux de recherche, formations conjointes. »

Le rapport Biot-Lévy

Ce rapport, non public, identifie quatre alternatives : interdire l’usage de la dénomination bachelor, laisser faire, donner un contenu normé au bachelor, ou réguler la qualité des bachelors. Il opte pour cette dernière et propose trois modes d’action : inscription au RNCP, visa délégué à une conférence d’établissements, délivrance du grade de licence par une université dans le cadre d’une politique de site, ou directement par l’État selon un cahier des charges bien défini.

« La mission Lévy / Biot conduira à la reconnaissance du bachelor, comme formation post-bac aux droits d’inscription libres, en multipliera le nombre et en affaiblira d’autant plus la licence universitaire. Pauvre licence. Pauvre université publique. », Pierre Dubois : Faire mourir l’université à petit feu

« On voit sans peine, pour ces offreurs évoluant dans l’univers marchand, l’intérêt commercial qui résulte d’une captation d’élèves dès le post-bac », Jacques Biot et Patrick Lévy, via l’AEF : Bachelor : le rapport Biot-Lévy propose trois modes de reconnaissance possibles

Démarche qualité

7 –Mettre en œuvre une démarche qualité afin d’assurer l’amélioration continue de la formation

Des dispositifs d’évaluation de la formation sont mis en œuvre dans le cadre d’une démarche qualité au sein de l’établissement. Ils sont définis par l’établissement et procèdent notamment au moyen d’enquêtes régulières en cours et en fin de formation auprès des étudiants. Ils peuvent
faire appel à des experts extérieurs. […]

Aucun grade ne pourra être accordé en l’absence de cette démarche qualité.

Approche par compétences

Dans le cahier des charges pour les grades Licences et Master :

  • « Savoir » : 1 occurrence
  • « Connaissances » : 4 occurrences
  • « Compétences » : 11 occurrences

Dans l’Arrêté Licence pro :

« Article 11
Les parcours de formation sont structurés en blocs de compétences permettant la mise en place d’ensembles cohérents d’unités d’enseignement. Sont proposés aux étudiants des progressions pédagogiques adaptées qui prennent en compte leurs acquis antérieurs et leur
projet personnel et professionnel.

Les blocs de compétences de même que les unités d’enseignement sont capitalisables. »

A ma connaissance, aucune étude ne prouve l’efficacité de l’approche par compétences lorsqu’elle est imposée de façon massive. Il faut donc chercher l’explication ailleurs que pour des considérations pédagogiques.

Deux esquives majeures

Ces projets d’Arrêtés confirment les deux esquives majeures qui se dégageaient de la concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac : le rôle du diplôme dans l’insertion professionnelle, et le rôle de l’enseignement et de l’éducation.

Plutôt que de se demander « Quel doit être le rôle de l’enseignement supérieur dans une société ayant un chômage structurel de masse de 10% ? », ils se contentent de dire « Comment diminuer la dépense publique de production d’une main d’oeuvre qualifiée ».

Concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac : deux esquives majeures

 

Photo by JodyHongFilms on Unsplash

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Commentaires (11)

  1. zalewski-sicard

    Un lien vers les projets d’arrêté ?

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Je mettrais les liens dès qu’ils seront disponibles.

      Répondre
    2. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Je les ai mis en ligne.

      Répondre
  2. Lucas

    Pour les IUT, j’ai l’impression qu’on passe d’un modèle où les LP devraient préparer exclusivement à l’insertion pro, à un modèle où le BUT doit aussi préparer à des poursuites d’études. Par contre, je n’ai pas compris si le chiffre de 50% d’insertion professionnelle est à calculer sur les entrants en 1ère année, sur les diplômés en 2ème année, ou sur les diplomés en 3ème année. Si c’est la première hypothèse, il est possible que ça ne change finalement pas grand chose:
    – on continue de faire deux années de formation assez générale, plutôt sur des fondamentaux, en préparant ceux qui le souhaitent (et le peuvent) à une poursuite d’études jusqu’à bac+5 après le DUT;
    – pour les autres, ils font une 3ème année très professionnalisante (comme les LP aujourd’hui).
    Que dit précisément le projet d’arrêté là dessus ?

    Par ailleurs, j’ai l’impression que les BTS ont énormément à perdre avec cette réforme. Les IUT vont recruter plus de bacs techno tout en adaptant leurs programmes pour augmenter leur réussite, donc cela va priver les BTS de leurs meilleurs étudiants actuels qui iront plutôt en IUT. Et les possibilités de poursuites d’études pour leurs diplômés de BTS vont probablement se réduire aussi puisqu’il est probable que beaucoup de LP seront converties en 3e année de BUT, les équipes pédagogiques (et les capacités d’accueil) n’étant pas extensibles en IUT.

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    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Sur le papier, le BUT est une LP, avec le même soucis d’insertion pro. : pas de droit à la poursuite d’étude.
      « L’objectif d’insertion professionnelle des diplômés de licence professionnelle est être (sic) fixés (sic) au minimum à 50% et l’insertion est mesurée annuellement » : le BUT hérite de la règle de la LP, ni plus, ni moins.

      C’est sans doute le taux d’insertion pro. sur les diplômés. Selon cette note, on est à 90% d’insertion pro., ce n’est donc pas le problème. En revanche, le taux de poursuite d’étude explose, avec 36%. C’est sans doute ça qui est visé, une manière de dire « stop ».

      http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2018/29/4/NF_IP_version_LP_2018_1048294.pdf

      Je n’ai vu aucun signe que le BUT permettrait une meilleure poursuite d’étude que la LP, et il devrait permettrait moins de poursuite que le DUT (en raison de l’abaissement des exigences pédagogiques et du niveau de recrutement).

      Continuer de faire 2 ans généralistes sera possible, mais avec 30% d’heures de cours en moins (perte sèche + augmentation des projets tut’). En clair : on va devoir étaler le programme de DUT sur 3 ans, et baisser le niveau global en raison des règles de recrutement.

      En réalité, la structure 2+1 ans va rester dans les esprits quelques années, mais elle est si anecdotique dans le texte qu’elle devrait rapidement disparaître (« les IUT délivrent, au niveau intermédiaire et sur demande de l’étudiant le DUT qui correspond à l’obtention des 120 premiers crédits ECTS acquis. ». Et c’est tout)

      En clair : c’est la fin du DUT, et on utilise la structure IUT pour faire une LP pour les bacs technos.

      Et oui pour les BTS : à mon sens, le but de ces réformes est de remettre chacun « à sa place » : bac pro en BTS, bac techno en BUT, bac généraux distribués selon leurs spécialités et résultats entre BUT pour les plus faibles à prépa pour les plus forts.
      C’est cohérent avec l’esprit du gouvernement, les réformes du Lycée, et l’objectif d’adapter la dépense éducative au retour sur investissement.

      http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2019/09/14/le-dut-droit-au-but/

      Répondre
      1. Lucas

        Attention, dans la note que tu cites, le taux d’insertion pro est calculé sur les diplômés ayant choisi d’intégrer le marché du travail, et à 18 mois. C’est pas pareil qu’un taux sur l’ensemble des diplômés et à 6 mois, par exemple.

        Sinon, j’ai un doute sur ton calcul du volume horaire.
        Sauf erreur, avec un DUT+LP actuels, on est par exemple à:
        DUT: 1800h présentiel + 300h projets tutorés
        LP: 450h présentiel + 150h projets tutorés (typiquement)
        total: 2250h présentiel + 450h projets tutorés = 2700h

        L’arrêté dit:

        « Le Bachelor Universitaire de Technologie comprend des activités de formation correspondant
        pour l’étudiant à l’équivalent de 2000 heures d’enseignement pour les spécialités du secteur
        d’activités « production », et de 1800 heures d’enseignement pour les spécialités du secteur
        d’activités « services », conformément à l’annexe du présent arrêté.

        En cohérence avec ses objectifs d’accueil, d’encadrement et de réussite, et afin de permettre
        une pédagogie innovante et différenciée, tout en laissant une large place au travail en mode
        projet et aux mises en situation, au moins 75% de ces activités de formation seront dirigées et
        encadrées. Aux enseignements en présentiel ou selon des modalités équivalentes s’ajoutent au
        total 600 heures de projets tutorés et entre 22 et 26 semaines de stages. »

        Je comprends ça comme:
        BUT = 2000h présentiel + 600h projets tutorés = 2600h
        Soit 10% d’heures en présentiel en moins (est-ce une mauvaise chose?) et plus de projets

        Tu comprends ça comme:
        BUT = 1400h présentiel + 600h projets tutorés = 2000h

        Qui a raison ? Ta version me parait vraiment énorme…

        Répondre
  3. Julien Gossa (Auteur de l'article)

    J’espère aussi avoir surestimé la perte d’heures. Mon calcul au doigt mouillé s’appuie sur les -10% du présentiel légal auquel s’ajoute les maquettes non-faites (ce qui semble être devenu la règle). Soit ça recadre les choses et on en profite pour faire vraiment 2000h de présentiel (mais il va falloir recruter), soit ça décadre les choses et les universités vont en profiter pour baisser les ressources (ce qui est cohérent avec la politique RH générale).

    La fin de la mention CM/TD/TP, qu’on avait dans l’ancien arrêté, ouvre alors à mon sens la voie pour des modules « innovants sous la contrainte » (cad encadrement light, à distance, etc… ce que j’emballe abusivement dans « projets tut' »). Si on empile tout ça, -30% entre l’ancien volume légal et le nouveau volume effectif ne me parait pas délirant.

    Mais oui, je compare des patates du XXe siècle avec des carottes du XXIe…

    Pour le taux d’insertion pro, j’ai bien vu ces subtilités, mais à mon avis elles n’ont aucune importance :
    – hors des détails techniques, il n’y a pas de problème d’insertion pro des LP, ça indique que ce n’est pas l’intention du texte ;
    – 50% me semble être un chiffre « comme ça » par ce qu’il est trop rond et qu’il n’a pas vraiment de pertinence d’une manière globale : il dépend trop des disciplines et bassins.

    A mon sens, le texte dit simplement : « il faut de l’insertion pro, et on vous reprochera les poursuites d’étude »… Tout comme les 50% de bac techno réussissant à 75% ne sont pas atteignables partout et donc disent en réalité « il faut prendre tous les bac technos et les diplômer ».

    C’est une intention plus qu’une contrainte technique effective… Mais les intentions sont aujourd’hui beaucoup plus puissantes que les contraintes techniques : ce sont elles qui prévalent lors des évaluations et des dialogues de gestion. En réalité, elles conditionnent beaucoup plus les moyens que ne le font les règles.

    Répondre
  4. Fabien Feschet

    Que contient « l’annexe du présent arrêté » ? Si les choses sont fixées comme avec l’arrêté de 2005, un simple tableau dans l’annexe règle la question…
    Le ministère a-t-il présenté une version provisoire de cette annexe ?

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      En tous cas, je n’ai rien vu passer de mon côté.

      Répondre
  5. Jacques

    Je ne connaissais pas ces propos de Aghion et Cohen: « C’est de surcroît une façon politiquement viable de prendre acte de la baisse du niveau du Bac, et en quelque sorte de pallier les lacunes du secondaire ». C’est purement et simplement scandaleux, et ça l’est plus encore quand « en même temps » on prétend rivaliser avec les Oxford, Cambridge, Harvard. Sans parler de la question de l’insertion professionnelle: on ne peut insérer professionnellement que des étudiants qu’on a préalablement sélectionnés d’une manière impitoyable. Et même pour ceux-là les plans sociaux hebdomadaires montrent à quel point l’injonction d’insertion professionnelle relève du foutage de gueule, injonction acceptée docilement par les universitaires. Comment ose-t-on encore parler de « performance », d’efficacité etc. quand on voit l’ampleur des lacunes évoquées plus haut? Lacunes qui – en passant – se retrouvent ensuite dans le niveau des futurs enseignants que l’Université est supposée former. On n’a pas fini de mesurer les conséquences catastrophiques des reformes et autres pseudo-reformes qui nous tombent sur la gueule depuis une quinzaine d’années. L’Université française est devenue la risée du monde (supposé…) civilisé…

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Je partage votre réaction face à ce cynisme. Mais « en même temps » nous faisons tout pour rivaliser avec les grandes universités de recherche mondiale.
      Au colloque des universités fusionnées, les présidents parlent de « faire de l’Excellence tout en continuant d’assurer les missions de service public ». Il faut comprendre, construire une université à deux vitesses. L’une qui marche bien, bien dotée, avec des étudiants sélectionnés. Et l’autre qui se débat comme elle peut avec des élèves mal préparés par le secondaire… Exactement comme le fait déjà le Lycée aujourd’hui avec des élèves mal préparés par le collège.

      Répondre

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