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Projets d’arrêtés : il est venu le temps des Bachelors

Ils étaient fort attendus, les projets d’arrêtés réformant le premier cycle universitaire entrent maintenant en discussion au CNESER, au milieu de 21 textes. Le Projet d’arrêté portant réforme de la Licence professionnelle instaure une LP en trois ans (LP180) et supprime le DUT en l’incluant dans une LP180 appelée « Bachelor Universitaire de Technologie ». Le Projet d’arrêté relatif au cahier des charges des grades de Licence et de Master fait la part belle à la certification et permet que les grades universitaires puissent être accordée à d’autres diplômes, dont les Bachelors privés. 

Cet engouement soudain du ministère pour les bachelors devrait abaisser les frontières entre formations publiques et privées, et ouvrir la voie à une restructuration totale du premier cycle de formation supérieure.

Textes intégraux

La Licence Pro en trois ans (LP180) et la fin du DUT

D’un côté, les universités pourront construire des parcours complets de Licence Pro, dès le bac, distincts de leurs Licences. Ces LP180 sont sans contraintes sur les admissions mais sans garantie d’heures d’enseignement. Seule l’insertion professionnelle est fixée par le texte (« au moins 50% », sans qu’ils soit expliqué comment une formation peut fixer un taux d’insertion professionnelle, ne décidant ni des emplois, ni des poursuites d’étude).

De l’autre, le DUT est réduit à un « diplôme intermédiaire » sans arrêté propre, octroyé seulement aux étudiants qui en font la demande. Les IUT devront donc construire des LP180 ayant pour « nom d’usage » « Bachelor Universitaire de Technologie » (BUT), mais qui sont avant tout des LP. Les BUT auront en théorie 1800 ou 2000 heures (dont « au moins 75% […] seront dirigées et encadrées », plus 600 heures de projets tuteurés, et la spécification CM/TD/TP disparait) mais des contraintes d’admission (« au moins 50%  » de bacs techno), et de réussite (« au moins 70% » des bacs techno admis), en plus du taux d’insertion professionnelle propre aux LP.

Enfin, alors que le DUT était essentiellement géré et évalué par le réseau national des IUT, le BUT sera géré au niveau local par les CFVU (qui définiront les 30% d’adaptation locale des enseignements, les modalités de contrôle des connaissances, et les passerelles) et évalué par l’HCERES.

Deux formations se retrouvent donc en concurrence sur le segment universitaire de l’insertion professionnelle à Bac+3, fixée à au moins 50% par le texte, mais pour des profils de bacheliers différents et avec des services différents.

Cela confirme l’hypothèse de la gestion des flux de bacheliers : ces réformes ne sont pas guidées par des considérations pédagogiques ou de formation de la population, mais par la seule urgence de fournir des filières aux différents profils de bacheliers à un coût adapté.

« C’est de surcroît une façon politiquement viable de prendre acte de la baisse du niveau du Bac, et en quelque sorte de pallier les lacunes du secondaire » – Philippe Aghion et Élie Cohen, Éducation et croissance, 2004.

Le DUT, droit au BUT.

Il est venu le temps des bachelors

L’utilisation du « nom d’usage » « Bachelor Universitaire de Technologie » légitime un terme utilisé à l’étranger pour les diplômes de niveau Licence, mais sans aucune reconnaissance nationale. En effet, contrairement aux diplômes nationaux, les bachelors ne sont soumis à absolument aucune régulation. Certains sont accrédités par des organismes comme la CTI (Commission des Titres d’Ingénieur), mais pas tous : l’utilisation du terme « bachelor » en soi est absolument libre.

Son utilisation est à même d’induire une confusion dans l’esprit des familles, ce qui est sans doute la raison pour laquelle les écoles privées, parfois prédatrices, en abuse. On a d’ailleurs pu constater le goût pour cette confusion lorsque certaines écoles prétendent délivrer des “Mastères”, que les familles sont censées ne pas confondre avec les Masters.

On passe ainsi d’un système où :

  • « Licence » = public gratuit régulé
  • « bachelor » = débrouillez-vous pour savoir

à un système où :

  • « Licence » = de public gratuit régulé, à privé payant moins régulé
  • « bachelor » = de public gratuit régulé, à privé payant dérégulé

Ainsi, pour un « bachelor », les familles pourront avoir : un (ex-)DUT, une Licence++, une Licence–, un diplôme top niveau de polytechnique, un diplôme normal d’école de commerce, une formation pro de proximité ou une arnaque totale (liste non exhaustive).

Cette confusion est évidemment très efficace d’un point de vue commercial. Dans un marché où la réputation des formations publiques est très largement en deçà de leur qualité et performance réelles, des famille imaginent qu’un diplôme appelé « bachelor » sera nécessairement international, et nécessairement d’une meilleure qualité puisque payant. C’est objectivement faux : certains le sont, d’autres non. Il n’existe aucune garantie.

« Certains ont de la visibilité parce qu’ils sont bons en communication et ont des prix très élevés. »
(Laurent Champaney, vice-président de la Conférence des grandes écoles)

Des grades pour les gouverner tous

Le Projet d’arrêté relatif au cahier des charges des grades de Licence et de Master dispose que :

« Les grades universitaires peuvent également être accordés à d’autres diplômes délivrés au nom de l’Etat ou à des diplômes d’établissements publics ou privés, dès lors qu’ils contribuent aux objectifs du service public de l’enseignement supérieur définis à l’article L. 123 -­‐2 du code de l’éducation. Ces diplômes sont soumis soit à la réglementation nationale qui les définit , soit lorsqu’il s’agit de diplômes d’établissement par les règlements d’études publics arrêtés par les instances compétentes . »

Ainsi, pourront avoir le grade de Licence ou Master des diplômes qui ne sont pas des Licences ou des Masters : le ministère joue à plein sur la confusion entre les grades et diplômes, qui portent opportunément le même nom de Licence et Master.

Les diplômes d’établissements, donc payants, privés ou publics, vont donc gagner en légitimité ce que les diplômes d’Etat vont perdre à lisibilité. Un bachelor pourra se prévaloir du grade de Licence sans respecter l’arrêté Licence. Les universités pourront aussi développer leur propres bachelors sans perdre le grade de Licence, échappant ainsi aux cadrage nationaux et notamment à celui des frais d’inscription.

Dans la même logique, les certifications aussi devraient pouvoir conférer les grades de Licence et de Master, et l’expression « diplôme ou certification » se retrouve dans tout le document :

« Article 1

Le cahier des charges définissant les critères pris en compte par le ministre chargé de l’enseignement supérieur lors de l’examen d’une demande visant à ce qu’un diplôme ou une certification confère le grade universitaire de licence ou de master est défini à l’annexe du présent arrêté »

Si l’abaissement de la frontière public-privé semble inévitable, tant entre les établissements qu’au sein des établissements publics, il ne s’agit pas pour autant d’une dérégulation. Il pourrait même s’agir au contraire d’une reprise en main par le ministère de tout l’enseignement supérieur. Il exige ainsi une transparence sur les cohortes :

« Quel que soit l’objectif visé prioritairement par la formation, un dispositif de  suivi de cohorte et d’insertion des diplômés est mis en place. »

On connait par ailleurs l’obsession de la ministre pour que toutes les formations, y compris privées, soient sur Parcoursup. Le Projet de loi de finances 2020 est d’ailleurs explicite : l’augmentation du financement privé s’accompagnera d’un renforcement des contrôles.

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L’Etat semble se donner les moyens de trier les formations privées, selon qu’il les reconnait ou pas, au même titre que les formations publiques, y compris si elles ne sont pas d’Etat. Le grade Licence/Master ne viendrait alors plus ni d’une exclusivité publique, ni du respect d’un arrêté, mais de cette reconnaissance. Ainsi, l’Etat se transforme en organisme certificateur, considérant les formations indifféremment de la nature de l’opérateur. 

Un scénario hypothétique

Ce flou autour des termes Licence et Master, pouvant être aussi bien des diplômes d’Etat régulés que des diplômes d’établissements privés ou des certifications, permet de tracer le scénario hypothétique suivant :

  1. Les écoles privées prédatrice se contentent du minimum pour monter des bachelors très loin de la qualité des Licences, mais délivrant un grade de Licence. Les frais d’inscription leur fournissent plus de moyens pour moins de dépenses, qui peuvent être avantageusement réinvestis dans le marketing à destination des familles. 
  2. Aux yeux des familles, ces bachelors semblent donc avantageux, ayant l’apparence d’un double diplôme. Les frais d’inscription peuvent donc apparaître comme un bon investissement, indépendamment de la qualité réelle du diplôme. Cela séduira aussi ceux sensibles à l’argument « ce qui est gratuit n’a pas de valeur », entretenus directement par le gouvernement notamment dans le plan #BienvenueEnFrance.
  3. La Licence, qui elle ne délivre pas le grade de bachelor, apparaît comme un simple diplôme et se retrouve naturellement affaiblie. Les établissements publics ont donc tout intérêt à développer leur propres bachelors. Mais plutôt que de simplement appeler leurs Licences ainsi, ils ont intérêt à développer leur propre offre de formation commerciale.
  4. L’approche par compétence permet de vendre des modules d’enseignement à la découpe, par « blocs de compétence », sous forme de D.U. additionnels au cursus traditionnel. Licence (pro) + D.U. forment alors un bachelor, payant mais représentant un avantage concurrentiel par rapport aux étudiants ayant une « simple » Licence.

Ainsi, on aura achevé de rendre floue la frontière entre formations privées dérégulées et payées par les familles, et formations publiques fortement régulées et payées par l’impôt. L’Etat conserve le contrôle sur cette dérégulation afin d’éviter que des pans entiers de bacheliers soient exclus du supérieur faute de places gratuites, ou que des branches professionnelles se retrouvent en famine de main d’œuvre formée faut de la rentabilité de la formation.

Mais quels sont les bénéfices attendus ?

  1. Rien n’indique que les formations publiques en sortent renforcées : le coût du marketing et la culture de la concurrence pèsera sur les formations publiques.
  2. Rien n’indique non plus que les formations privées en sortent gagnantes : la concurrence des formations publiques pèsera lourd, et peu d’écoles privées pourraient résister à une concurrence frontale face à une université déterminée à occuper le marché. De plus, le contrôle exercé par l’Etat pourrait bien conduire à un affaiblissement du secteur privé non reconnu par l’Etat. 
  3. Il est certain que les familles sortiront perdantes, avec une augmentation inévitables des frais et un abaissement structurel de la qualité. 

Au final, seul un gouvernement souhaitant « rééquilibrer l’effort des familles / effort de l’Etat » peut bénéficier de cette mesure, c’est-à-dire souhaitant diminuer les dotations provenant de l’impôt. C’est là une explication de cette restructuration du premier cycle : diminuer l’impôt tout en augmentant les charges des familles.

Une autre lecture ne doit pas être esquivée : celle de la restructuration des flux d’étudiants internes aux universités, entre insertion pro à bac+3, insertion pro à bac+5 et excellence académique. Ces trois voies ne représentant pas, aux yeux de notre gouvernement, des investissements aussi intéressants.

Pour aller plus loin…

Le mouvement est déjà lancé

Contraint par des moyens publics de plus en plus insuffisants, des formations universitaires diminuent progressivement leur nombre d’heures d’enseignement. Les mesures nationales manquent, mais certaines formations annoncent avoir diminué le nombre d’heures par ECTS (European Credit Transfer Scale) de 15% sur les deux dernières années. La matière pédagogique pour ces 15% existe, et un financement par les étudiants permettrait de la transmettre de nouveau.

Exemple notable : cette année, des Cursus Master Ingénierie (CMI) sont convertis en D.U. payants. Les étudiants en CMI suivent donc les cours normaux de Licence, mais payent des cours et avantages supplémentaires par rapport aux « simples Licences ».

D’un côté, les financements publics s’appauvrissent. De l’autre, le gouvernement ouvre des façons de commercialiser les formations. De façon mécanique, cela conduit à affaiblir les formations financées par l’impôt :

Parcoursup : les universités font leur marché

La question a été ouvertement posée

La question du conflit Licence/bachelor a été ouvertement posée. Mais plutôt que d’imposer aux écoles qui souhaitent délivrer des Licences un certain niveau de qualité garanti par le respect du cadrage national de l’arrêté, le ministère a fait le choix d’autoriser le grade de Licence aux bachelors. C’est un véritable désaveu de la CPU, mais aussi peut-être des grandes écoles. 

« Il est temps de tout remettre à plat pour que le ministère tranche. »
(2016, J.-L. Salzmann, alors président de la CPU. )

En échange, le ministère fait miroiter un contrôle du grade par les « chefs de file » des regroupements universitaires, et une opportunité de grossir encore :

« 5– Inscrire son offre de formation dans la politique de site

Pour participer au développement de l’attractivité et du rayonnement des territoires au niveau local et régional, l’établissement développe des synergies avec ses partenaires, notamment par l’inscription dans une politique de site.

L’établissement présente la cohérence et la complémentarité du diplôme dont il souhaite qu’il puisse conférer le grade avec d’une part ses autres diplômes, notamment les diplômes nationaux pour lesquels il est accrédité, et d’autre part avec l’offre de formation des différents établissements du site. Il fait par ailleurs état despartenariats développés pour la mise en œuvre de la formation avec ses partenaires publics ou privés et autres collaborations qu’il entretient avec ces derniers : conventions, travaux de recherche, formations conjointes. »

Le rapport Biot-Lévy

Ce rapport, non public, identifie quatre alternatives : interdire l’usage de la dénomination bachelor, laisser faire, donner un contenu normé au bachelor, ou réguler la qualité des bachelors. Il opte pour cette dernière et propose trois modes d’action : inscription au RNCP, visa délégué à une conférence d’établissements, délivrance du grade de licence par une université dans le cadre d’une politique de site, ou directement par l’État selon un cahier des charges bien défini.

« La mission Lévy / Biot conduira à la reconnaissance du bachelor, comme formation post-bac aux droits d’inscription libres, en multipliera le nombre et en affaiblira d’autant plus la licence universitaire. Pauvre licence. Pauvre université publique. », Pierre Dubois : Faire mourir l’université à petit feu

« On voit sans peine, pour ces offreurs évoluant dans l’univers marchand, l’intérêt commercial qui résulte d’une captation d’élèves dès le post-bac », Jacques Biot et Patrick Lévy, via l’AEF : Bachelor : le rapport Biot-Lévy propose trois modes de reconnaissance possibles

Démarche qualité

7 –Mettre en œuvre une démarche qualité afin d’assurer l’amélioration continue de la formation

Des dispositifs d’évaluation de la formation sont mis en œuvre dans le cadre d’une démarche qualité au sein de l’établissement. Ils sont définis par l’établissement et procèdent notamment au moyen d’enquêtes régulières en cours et en fin de formation auprès des étudiants. Ils peuvent
faire appel à des experts extérieurs. […]

Aucun grade ne pourra être accordé en l’absence de cette démarche qualité.

Approche par compétences

Dans le cahier des charges pour les grades Licences et Master :

  • « Savoir » : 1 occurrence
  • « Connaissances » : 4 occurrences
  • « Compétences » : 11 occurrences

Dans l’Arrêté Licence pro :

« Article 11
Les parcours de formation sont structurés en blocs de compétences permettant la mise en place d’ensembles cohérents d’unités d’enseignement. Sont proposés aux étudiants des progressions pédagogiques adaptées qui prennent en compte leurs acquis antérieurs et leur
projet personnel et professionnel.

Les blocs de compétences de même que les unités d’enseignement sont capitalisables. »

A ma connaissance, aucune étude ne prouve l’efficacité de l’approche par compétences lorsqu’elle est imposée de façon massive. Il faut donc chercher l’explication ailleurs que pour des considérations pédagogiques.

Deux esquives majeures

Ces projets d’Arrêtés confirment les deux esquives majeures qui se dégageaient de la concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac : le rôle du diplôme dans l’insertion professionnelle, et le rôle de l’enseignement et de l’éducation.

Plutôt que de se demander « Quel doit être le rôle de l’enseignement supérieur dans une société ayant un chômage structurel de masse de 10% ? », ils se contentent de dire « Comment diminuer la dépense publique de production d’une main d’oeuvre qualifiée ».

Concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac : deux esquives majeures

 

Photo by JodyHongFilms on Unsplash

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Commentaires (28)

  1. zalewski-sicard

    Un lien vers les projets d’arrêté ?

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Je mettrais les liens dès qu’ils seront disponibles.

      Répondre
    2. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Je les ai mis en ligne.

      Répondre
  2. Lucas

    Pour les IUT, j’ai l’impression qu’on passe d’un modèle où les LP devraient préparer exclusivement à l’insertion pro, à un modèle où le BUT doit aussi préparer à des poursuites d’études. Par contre, je n’ai pas compris si le chiffre de 50% d’insertion professionnelle est à calculer sur les entrants en 1ère année, sur les diplômés en 2ème année, ou sur les diplomés en 3ème année. Si c’est la première hypothèse, il est possible que ça ne change finalement pas grand chose:
    – on continue de faire deux années de formation assez générale, plutôt sur des fondamentaux, en préparant ceux qui le souhaitent (et le peuvent) à une poursuite d’études jusqu’à bac+5 après le DUT;
    – pour les autres, ils font une 3ème année très professionnalisante (comme les LP aujourd’hui).
    Que dit précisément le projet d’arrêté là dessus ?

    Par ailleurs, j’ai l’impression que les BTS ont énormément à perdre avec cette réforme. Les IUT vont recruter plus de bacs techno tout en adaptant leurs programmes pour augmenter leur réussite, donc cela va priver les BTS de leurs meilleurs étudiants actuels qui iront plutôt en IUT. Et les possibilités de poursuites d’études pour leurs diplômés de BTS vont probablement se réduire aussi puisqu’il est probable que beaucoup de LP seront converties en 3e année de BUT, les équipes pédagogiques (et les capacités d’accueil) n’étant pas extensibles en IUT.

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    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Sur le papier, le BUT est une LP, avec le même soucis d’insertion pro. : pas de droit à la poursuite d’étude.
      « L’objectif d’insertion professionnelle des diplômés de licence professionnelle est être (sic) fixés (sic) au minimum à 50% et l’insertion est mesurée annuellement » : le BUT hérite de la règle de la LP, ni plus, ni moins.

      C’est sans doute le taux d’insertion pro. sur les diplômés. Selon cette note, on est à 90% d’insertion pro., ce n’est donc pas le problème. En revanche, le taux de poursuite d’étude explose, avec 36%. C’est sans doute ça qui est visé, une manière de dire « stop ».

      http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2018/29/4/NF_IP_version_LP_2018_1048294.pdf

      Je n’ai vu aucun signe que le BUT permettrait une meilleure poursuite d’étude que la LP, et il devrait permettrait moins de poursuite que le DUT (en raison de l’abaissement des exigences pédagogiques et du niveau de recrutement).

      Continuer de faire 2 ans généralistes sera possible, mais avec 30% d’heures de cours en moins (perte sèche + augmentation des projets tut’). En clair : on va devoir étaler le programme de DUT sur 3 ans, et baisser le niveau global en raison des règles de recrutement.

      En réalité, la structure 2+1 ans va rester dans les esprits quelques années, mais elle est si anecdotique dans le texte qu’elle devrait rapidement disparaître (« les IUT délivrent, au niveau intermédiaire et sur demande de l’étudiant le DUT qui correspond à l’obtention des 120 premiers crédits ECTS acquis. ». Et c’est tout)

      En clair : c’est la fin du DUT, et on utilise la structure IUT pour faire une LP pour les bacs technos.

      Et oui pour les BTS : à mon sens, le but de ces réformes est de remettre chacun « à sa place » : bac pro en BTS, bac techno en BUT, bac généraux distribués selon leurs spécialités et résultats entre BUT pour les plus faibles à prépa pour les plus forts.
      C’est cohérent avec l’esprit du gouvernement, les réformes du Lycée, et l’objectif d’adapter la dépense éducative au retour sur investissement.

      http://blog.educpros.fr/julien-gossa/2019/09/14/le-dut-droit-au-but/

      Répondre
      1. Lucas

        Attention, dans la note que tu cites, le taux d’insertion pro est calculé sur les diplômés ayant choisi d’intégrer le marché du travail, et à 18 mois. C’est pas pareil qu’un taux sur l’ensemble des diplômés et à 6 mois, par exemple.

        Sinon, j’ai un doute sur ton calcul du volume horaire.
        Sauf erreur, avec un DUT+LP actuels, on est par exemple à:
        DUT: 1800h présentiel + 300h projets tutorés
        LP: 450h présentiel + 150h projets tutorés (typiquement)
        total: 2250h présentiel + 450h projets tutorés = 2700h

        L’arrêté dit:

        « Le Bachelor Universitaire de Technologie comprend des activités de formation correspondant
        pour l’étudiant à l’équivalent de 2000 heures d’enseignement pour les spécialités du secteur
        d’activités « production », et de 1800 heures d’enseignement pour les spécialités du secteur
        d’activités « services », conformément à l’annexe du présent arrêté.

        En cohérence avec ses objectifs d’accueil, d’encadrement et de réussite, et afin de permettre
        une pédagogie innovante et différenciée, tout en laissant une large place au travail en mode
        projet et aux mises en situation, au moins 75% de ces activités de formation seront dirigées et
        encadrées. Aux enseignements en présentiel ou selon des modalités équivalentes s’ajoutent au
        total 600 heures de projets tutorés et entre 22 et 26 semaines de stages. »

        Je comprends ça comme:
        BUT = 2000h présentiel + 600h projets tutorés = 2600h
        Soit 10% d’heures en présentiel en moins (est-ce une mauvaise chose?) et plus de projets

        Tu comprends ça comme:
        BUT = 1400h présentiel + 600h projets tutorés = 2000h

        Qui a raison ? Ta version me parait vraiment énorme…

        Répondre
  3. Julien Gossa (Auteur de l'article)

    J’espère aussi avoir surestimé la perte d’heures. Mon calcul au doigt mouillé s’appuie sur les -10% du présentiel légal auquel s’ajoute les maquettes non-faites (ce qui semble être devenu la règle). Soit ça recadre les choses et on en profite pour faire vraiment 2000h de présentiel (mais il va falloir recruter), soit ça décadre les choses et les universités vont en profiter pour baisser les ressources (ce qui est cohérent avec la politique RH générale).

    La fin de la mention CM/TD/TP, qu’on avait dans l’ancien arrêté, ouvre alors à mon sens la voie pour des modules « innovants sous la contrainte » (cad encadrement light, à distance, etc… ce que j’emballe abusivement dans « projets tut' »). Si on empile tout ça, -30% entre l’ancien volume légal et le nouveau volume effectif ne me parait pas délirant.

    Mais oui, je compare des patates du XXe siècle avec des carottes du XXIe…

    Pour le taux d’insertion pro, j’ai bien vu ces subtilités, mais à mon avis elles n’ont aucune importance :
    – hors des détails techniques, il n’y a pas de problème d’insertion pro des LP, ça indique que ce n’est pas l’intention du texte ;
    – 50% me semble être un chiffre « comme ça » par ce qu’il est trop rond et qu’il n’a pas vraiment de pertinence d’une manière globale : il dépend trop des disciplines et bassins.

    A mon sens, le texte dit simplement : « il faut de l’insertion pro, et on vous reprochera les poursuites d’étude »… Tout comme les 50% de bac techno réussissant à 75% ne sont pas atteignables partout et donc disent en réalité « il faut prendre tous les bac technos et les diplômer ».

    C’est une intention plus qu’une contrainte technique effective… Mais les intentions sont aujourd’hui beaucoup plus puissantes que les contraintes techniques : ce sont elles qui prévalent lors des évaluations et des dialogues de gestion. En réalité, elles conditionnent beaucoup plus les moyens que ne le font les règles.

    Répondre
  4. Fabien Feschet

    Que contient « l’annexe du présent arrêté » ? Si les choses sont fixées comme avec l’arrêté de 2005, un simple tableau dans l’annexe règle la question…
    Le ministère a-t-il présenté une version provisoire de cette annexe ?

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      En tous cas, je n’ai rien vu passer de mon côté.

      Répondre
  5. Jacques

    Je ne connaissais pas ces propos de Aghion et Cohen: « C’est de surcroît une façon politiquement viable de prendre acte de la baisse du niveau du Bac, et en quelque sorte de pallier les lacunes du secondaire ». C’est purement et simplement scandaleux, et ça l’est plus encore quand « en même temps » on prétend rivaliser avec les Oxford, Cambridge, Harvard. Sans parler de la question de l’insertion professionnelle: on ne peut insérer professionnellement que des étudiants qu’on a préalablement sélectionnés d’une manière impitoyable. Et même pour ceux-là les plans sociaux hebdomadaires montrent à quel point l’injonction d’insertion professionnelle relève du foutage de gueule, injonction acceptée docilement par les universitaires. Comment ose-t-on encore parler de « performance », d’efficacité etc. quand on voit l’ampleur des lacunes évoquées plus haut? Lacunes qui – en passant – se retrouvent ensuite dans le niveau des futurs enseignants que l’Université est supposée former. On n’a pas fini de mesurer les conséquences catastrophiques des reformes et autres pseudo-reformes qui nous tombent sur la gueule depuis une quinzaine d’années. L’Université française est devenue la risée du monde (supposé…) civilisé…

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    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Je partage votre réaction face à ce cynisme. Mais « en même temps » nous faisons tout pour rivaliser avec les grandes universités de recherche mondiale.
      Au colloque des universités fusionnées, les présidents parlent de « faire de l’Excellence tout en continuant d’assurer les missions de service public ». Il faut comprendre, construire une université à deux vitesses. L’une qui marche bien, bien dotée, avec des étudiants sélectionnés. Et l’autre qui se débat comme elle peut avec des élèves mal préparés par le secondaire… Exactement comme le fait déjà le Lycée aujourd’hui avec des élèves mal préparés par le collège.

      Répondre
  6. Jacques

    Oui c’est vrai. Mais n’oublions pas que les universitaires sont des (ex ?) premiers de la classe : briller pour avoir la meilleure note, c’est tout ce qu’ils savent faire. Alors évidemment, quand on leur tend la carotte de l’excellence, ils (en tous cas un certain nombre) foncent tête baissée…
    Ce que vous décrivez concernant l’Université à deux vitesses porte un nom : injonction contradictoire. On connaît les conséquences de ce genre d’injonctions dans les milieux professionnels où elles sont à l’oeuvre. Quant aux étudiants, soyons clairs : ils ne portent évidemment pas la responsabilité de l’entreprise de démolition systématique de l’école à laquelle se livrent les politiques depuis de nombreuses années – on laissera de côté le cas de l’UNEF, qui au moment de la LRU avait cru la jouer « malin » avec Pécresse, et qui aujourd’hui a beau jeu de jouer les vierges effarouchées devant les conséquences prévisibles de la LRU (sélection, augmentation des frais d’inscription, etc.). On ne parlera même pas du « nouveau bac » et des chamboulements qu’il induit, y compris dans l’organisation des études supérieures. Quand on voit que dans les écoles et les lycées les élèves sont soumis à des évaluations permanentes semaines après semaines, il nous vient une petite question : mais quand donc consacre-t-on du temps (et à quoi en sont réduits…) aux apprentissages disciplinaires ? Dans ce contexte, on peut manifester une certaine perplexité devant l’hystérie ambiante des « compétences », de l’ « innovation pédagogique » etc. etc., présentées comme la planche de salut de l’Université et de l’école…. alors même que nos amis canadiens – pour ne citer qu’eux – en reviennent…

    Répondre
  7. Paulo

    Fallait oser : appeler « Bachelor » ce qui n’est que la Licence Pro
    Rappel : la licence pro est la filière suivie par les meilleurs BTS d’une part, et par les plus mauvais DUT d’autre part (ceux n’ayant pas le niveau pour entrer en école d’ingénieurs).
    On se demande qui exactement cherche à créer la confusion : prendre le nom de « Bachelor » pour aller « droit au BUT », alors que ce nom de Bachelor est utilisé par les Grandes écoles soucieuses de fournir une formation correcte de niveau bac+3, dont beaucoup sont reconnues partout sauf en université -exclusion qui n’a strictement aucun intérêt.
    Mais en comparant les résultats en terme d’embauche et/ou poursuite d’études, on comprend pourquoi ce nouveau diplôme abandonne le nom de « licence » pour préférer celui de Bachelor.

    Il en va de même avec les master(e)s.
    Je cite « On a d’ailleurs pu constater le goût pour cette confusion lorsque certaines écoles prétendent délivrer des “Mastères”, que les familles sont censées ne pas confondre avec les Masters. »
    C’est un peu gonflé ! L’auteur ignore sans doute que les GE délivrent des masteres spécialisés (reconnus par la CGE) depuis 1986, tandis que les universités ne retiennent le « mastaire » que depuis 1999 (créé par Allègre) devenu « master » en 2002.
    Là encore, on peut comparer les résultats de ces formations avec les masters délivrés par les universités, pour comprendre qui avait intérêt à copier l’autre.

    Répondre
    1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

      Bonjour,

      Merci de votre commentaire. Je tenais à préciser que le monde des écoles n’est pas du tout monolitique : les écoles sont très hétérogènes, tout autant que la valeur de leurs diplômes. Il y a de très bons bachelors, mais aussi de très mauvais et même qui confinent à l’arnaque. Il y a des mastères reconnus par la CGE, qui sont les MS et MSc, mais il y a aussi les mastères tout court, utilisés hors de toute régulation, et pour lesquels il n’existe aucune garantie de qualité et aucun contrôle.

      Il ne s’agit donc pas de dire que tous les bachelors/mastères sont de mauvaise qualité, ce que je me suis bien gardé de faire. Mais il ne s’agit pas non plus de dire que tous les bachelors/mastères sont de bonne qualité, ce que l’on pourrait comprendre à la lecture de votre commentaire.

      Les utilisations de ces termes ne sont pas régulés, et il n’existe donc aucune garantie de qualité. Cela devrait être clairement affirmé aux familles.

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      1. Paulo

        Personne ne nie que l’on trouve de tout dans le monde des bachelor, y compris ce qui s’approche de l’arnaque.
        Que l’Etat à travers le ministère y mette bon ordre serait bénéfique pour tout le monde. Pour l’instant, il y a la CGE pour les écoles d’ingé et les accréditations internationales pour les écoles de commerce / management.

        Mais de là à affirmer que, je cite : « Les écoles privées se contentent du minimum pour monter des Bachelors très loin de la qualité des Licences », il y a un gouffre : celui de l’ignorance manifeste de ce qui se fait dans les Grandes Ecoles…
        ( Mais encore faudrait-il définir ce que l’on nomme « qualité » d’une licence : taux de réussite, taux et salaire d’embauche en sortie, taux de poursuite/réussite en master, autre ? )

        Mais mon propos était de réagir à l’accusation faite aux GE de tromper les familles en empruntant le vocable universitaire.
        Alors que l’histoire démontre que dans la vie réelle c’est exactement le contraire qui s’est passé :
        – les facs ont renommé des écoles d’ingénieur spécialisées, désormais baptisées « Polytechnique ». Cette année encore, des parents m’ont affirmé que leur fils venait d’intégrer X-Marseille… Et je ne parle pas des confusions sur le « concours commun Polytechnique », qui n’a évidemment rien de commun avec l’X, nommée « Ecole Polytechnique » … depuis 1794…
        – les GE délivraient des diplômes de masteres 15 ans avant que l’université ne songe à renommer ses DEA en « master » .
        – les GE délivrent depuis des décennies des diplômes « bachelor », parfaitement reconnus par les GE et au niveau européen (accréditations)

        => c’est donc une réelle habitude pour l’université que de reprendre à son compte les noms des diplômes utilisés par les GE bien avant elle. Affirmer l’inverse n’est pas conforme à la vérité. On ne copie que les meilleurs.

        Cela dit, concernant la transformation des DUT en BUT, sujet de cet article, je la vois surtout comme une ultime tentative de la fac de conserver ses meilleurs éléments.
        Car enfin, il n’est de secret pour personne qu’en sortie de DUT, les meilleurs dossiers fuient la fac et choisissent de poursuivre leurs études dans les meilleures grandes écoles. Il n’est qu’à fréquenter les forums de poursuite d’études organisés par les DUT pour l’observer. J’ose même prétendre qu’actuellement il est plus facile (moins sélectif) d’entrer dans une GE classée en TOP30 en venant de DUT qu’en venant de CPGE.
        Cela se fait au détriment des licence pro.
        Une fois encore, l’université copie ce qui fait la réussite des GE en reprenant le nom d’un diplôme parfaitement reconnu, et au niveau européen.

        A contrario des universitaires souvent très éloignés de la réalité, les entreprises connaissent très bien la valeur d’un Bachelor; comme elles connaissent celle d’une licence.
        Ce serait intéressant de pouvoir comparer les taux et niveaux d’embauche en sortie… si les facs acceptaient de les publier.
        Cela dit, on a quand même une petite idée des ces résultats comparés lors des réunions et AG d’un CFA du supérieur : LP vs bachelor, M2 vs école d’ingé ou management, y’a pas vraiment photo.

        Répondre
        1. Lucas

          Je pense qu’il y a un problème de terminologie. « Grande Ecole » est un terme très vague.
          – Il y a des écoles publiques et des écoles privées
          – Il y a des écoles publiques qui font partie d’une université (ex: Mines de Nancy), et des écoles publiques indépendantes (ex: Polytechnique), des écoles publiques qui font partie de COMUE.
          – Il y a des écoles publiques rattachées au MESRI, d’autres au ministère de l’industrie, d’autres aux deux (CentraleSupélec)
          – Il y a des écoles habilitées par la CTI à délivrer le titre d’ingénieur. D’autres qui ne le sont pas. (exemple pour les privées: EPITA / SUPINFO)

          J’ai l’impression que vous considérez que tout ce qui est une école et n’est pas rattaché à une université est une GE. Je pense qu’il y a beaucoup d’écoles dans ce cas qui ne se revendiquent pas comme GE.

          Je suis d’accord que la confusion entretenue sur le nom des écoles (ex: réseau polytech, Institut Polytechnique de Paris) n’est pas une bonne chose.

          Mais j’ai l’impression que le billet de Julien porte plus sur la confusion sur le nom du diplôme, que sur la confusion sur le nom de l’école.
          Et il me semble que Bachelor est pour l’instant plus utilisé par des écoles privées, mais je me trompe peut-être. Disons que ce n’est pas une raison pour ajouter à la confusion…

          Répondre
          1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

            Tout à fait, merci Lucas !

          2. Paulo

            Hum… sauf erreur, l’EPITA est habilitée par la CTI à délivrer le titre d’ingénieur diplômé
            (le titre d’ingénieur n’est, quant à lui, pas protégé… ).
            Concernant les écoles d’ingé, cela fait quand même plus de 240 écoles.
            Concernant les écoles de commerce et management, je m’en réfère aux accréditations internationales.
            Les banques des grands concours passés en sortie de CPGE et autres prépa HEC me semble également une référence.

            En effet les bachelors ne sont actuellement pas délivrés par des universités, mais par des écoles ( de commerce ou de management), qu’elles soient privées ou non n’est qu’un détail.

            Et en effet, il est malheureux que l’université ajoute à la confusion en retenant ce nom pour son nouveau diplôme de ce qui n’est finalement que sa licence pro.
            Cette confusion à venir qui pourrait abuser les familles est bien le fait de l’université, contrairement à ce qu’affirme l’article.

        2. Julien Gossa (Auteur de l'article)

          La phrase que vous citez (« Les écoles privées se contentent du minimum pour monter des Bachelors très loin de la qualité des Licences ») est extraite son contexte : une hypothèse pour l’avenir.

          Dans le texte, elle ne représente pas un jugement de valeur sur les bachelors existants, et encore moins ceux des GE (que je ne classe pas personnellement dans « écoles privées »).

          Mais je pense que vous le savez, puisque c’est la phrase juste avant qui l’indique.

          Quant à votre interprétation du BUT, elle est intéressante, mais n’est validée, à ma connaissance, par aucun information tangible, et va même plutôt à l’encontre de tout ce que j’ai pu lire, entendre et discuter sur le sujet.

          Ceci étant, si vous avez du concret, je suis preneur, votre perspective me paraissant plus riante que celle qui est déclarée à ce jour.

          Répondre
          1. Paulo

            Nous parlons donc des mêmes GE.

            Je n’ai bien entendu aucun document concret à fournir à l’appui de cette thèse…

            Mais contestez-vous le fait que la majorité des meilleurs élèves préfèrent aller en CPGE, prépa HEC,et même en DUT, plutôt qu’entrer en L1 ?
            Qu’il en va de même pour les meilleurs DUT, qui préfèrent aller en grande école plutôt qu’en licence pro ?

            est-il donc si improbable que les responsables universitaires au ministère, constatant cette fuite des cerveaux, cherchent à l’endiguer ?
            est-il donc si improbable qu’ils n’aient trouvé comme moyen pour y parvenir qu’un simple changement de nom d’un diplôme, un peu comme ces écoles de troisième ou quatrième zone se sont refait une façade en prenant celui de « Polytech-Trifouillis les oies » ?
            ( Notez que c’est efficace, comme l’a démontré encore dernièrement des surprenantes évolutions dans les classements publiés chaque année. )

            De mon côté, je ne comprends pas votre explication de cette évolution, je vous cite :
             » ces réformes // sont guidées // par la seule urgence de fournir des filières aux différents profils de bacheliers à un coût adapté. »

            Il n’y a en effet pas de nouvelle filière créée pour un nouveau profil : le DUT existait en 2 ans, qui pouvait se poursuivre par une licence pro
            Ce DUT disparait pour laisser place à une licence pro de 3 ans.
            RIEN ne change dans le schéma de formation
            sauf le nom du diplôme…

            S’il s’agissait d’adapter le niveau des DUT et de leur recrutement à la baisse générale du niveau des bacheliers, il suffisait de laisser faire comme on le fait depuis longtemps, non ?
            Mais je n’ai peut être pas compris…

            Pour ma part, je reste sur des questions :

            – quid des BTS, qui pouvaient intégrer les licences pro ? le pourront ils toujours ? ce qui impliquerait le maintien du niveau actuel des LP… pas glop pour les bons dossiers qui allaient en DUT.

            – quelle sera l’attitude des GE ingé, qui actuellement recrutent des milliers de jeunes titulaires de DUT -et parmi les meilleurs, Télécom Paritech par exemple- dans leur formation par apprentissage ?
            Vont-ils les recruter après Bachelor et les intégrer dans leur M1 (ie 2ème année d’école) ? mais le programme de 1A d’une GE n’a strictement rien à voir avec le contenu d’une 3A de LP…
            Vont-ils continuer leur recrutement à bac+2 comme actuellement en DUT ? ce serait désavouer ouvertement les universités et sa formation Bachelor… or la CTI est un organe fortement politique très puissant….
            Je n’en ai aucune idée, mais ce sera intéressant à suivre car c’est à mes yeux ce qui situera la valeur de ce nouveau « Bachelor »….

            PS : Il ne me semble pas que les GE de commerce (qu’elles soient privées ou consulaires) cherchent à donner un « grade » à leur Bachelor : pour quelle raisons se mettraient-elles ce boulet aux pieds ?
            Un titulaire de Bachelor de HEC n’a que faire du grade de licence : il poursuit en GE (ou même en université) s’il le souhaite, ou trouvera une embauche sans aucun souci dans le cas contraire (et par expérience, cela se fait avec un contrat d’embauche dépassant celui de bonnes écoles d’ingé ! )

          2. Julien Gossa (Auteur de l'article)

            Je ne pense pas que nous parlions des mêmes écoles. Vous semblez vous focaliser GE/Commerce, qui est un domaine très particulier et que je connais peu. Mais beaucoup d’autres formations existent, dans tous les autres domaines en fait.

            Vous semblez avoir une grille de lecture Ministère+université vs. GE, qui ne me semble pas forcément pertinente, notamment parce que je ne vois pas beaucoup de traces d’un support du ministère envers le modèle universitaire actuel (c’est même plutôt le contraire).

            Notamment, je n’ai jamais lu nulle part une quelconque volonté d’améliorer le recrutement en L1. Le soucis pour le ministère est que les bacheliers trouvent une place (c’est raisonnable), pas que telle ou telle formation recrute mieux ou moins bien (ce qui n’aurait pas de sens en terme d’accueil de tous les bacheliers). Il n’y a d’ailleurs eu aucune éviction suite à Parcoursup/ORE, qui pourtant, sur le papier, le permet.

            Lorsqu’on parle de fuite des cerveaux, on parle bac+5 ou +8, certainement pas bac+1. C’est d’ailleurs là que l’effort LPPR est fait.

            Quant au DUT, je vous invite à vous informer, nous ne changeons pas seulement le nom, mais : le volume horaire, les programmes, la méthode pédagogique, le recrutement, la finalité, l’évaluation et l’accréditation. Du DUT, il ne restera que les murs et les enseignants (dont certains devront certainement partir du fait des changement horaires).
            Bien sûr, le processus de mise en œuvre va amoindrir cette transformation totale, mais l’intention ministérielle est absolument claire : le but est de s’occuper des bacheliers qui n’auront plus un parcours adapté à la poursuite d’étude (et certainement pas de concurrencer quiconque, bien au contraire).

        3. Julien Gossa (Auteur de l'article)

          Détail, mais les taux d’insertion professionnelle dans le public sont tous publics et publiés, contrairement bien sûr aux écoles privées.

          C’est même un des points positifs de la réformes des grades, que ceux qui y prétendent publient leurs chiffres.

          Ceci étant, je n’ai encore rien vu passer qui interdirait à une école privée lambda de délivrer des bachelors sans grade. Et comme personne ne comprend rien aux grades, la confusion restera pleine et entière.

          Répondre
  8. Paulo

     » Mais n’oublions pas que les universitaires sont des (ex ?) premiers de la classe : briller pour avoir la meilleure note, c’est tout ce qu’ils savent faire. »

    Faux.
    Depuis des décennies, les premiers de la classe vont en classes préparatoires aux concours des grandes écoles (CPGE) : filière la plus sélective.
    Le DUT est une autre filière très sélective choisie par ceux qui n’ont pas accès à la prépa, et qui ont été refusés aux écoles à prépa intégrée.

    Répondre
  9. paulo

    @Julien,

    Effectivement, je ne connais et ne parle que des GE auxquelles on accède généralement par une CPGE, éventuellement en post bac, et qui recrutent aussi en bac+2 (DUT voire BTS) : soit donc toutes les écoles d’ingé, sauf X , Ponts et Mines Paristech..
    Accessoirement, on peut connaitre leurs résultats dans les publications régulières des classements opérés par diverses revues.

    Que je sache, quand vous avez parlé des bachelors et masteres en affirmant que leur qualité était très en dessous d’une licence, vous n’avez pas fait de distinction ni précisé de quelles écoles « privées » vous parliez.
    En GE ingé et commerce, cela représente quand même quelques centaines d’établissements. La plupart des écoles de commerce/management délivrent des bachelors, la plupart des écoles d’ingé délivrent des masteres.
    Je vous invite à vous informer sur leur niveau réel, à commencer par Toulouse Business School, puisque vous la citez :
    http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/info/palmares-des-bachelors-du-parisien-etudiant-le-classement.html

    Si je parle de la fuite des cerveaux en bac+2, c’est qu’elle existe : certes ils ne quittent pas la France (pas encore), mais ils quittent l’université, au détriment de ses diplômes (en l’occurrence ici celui de licence pro).
    J’ai participé pendant des années aux forums poursuite d’études dans des dizaines d’IUT différents (de Grenoble à La Rochelle, en passant par Toulouse ou Marseille…) , et les jeunes futurs diplômés croisés à ces moments étaient tous les têtes de classe. J’en ai déduis que ne vont en LP aujourd’hui que ceux qui n’ont pas le dossier suffisant pour intégrer une grande école d’ingé : corrigez moi si je fais erreur..

    J’ai bien lu que vous alliez devoir remettre à jour le programme, les horaires, etc….
    Il me semble que certains PPN de DUT commencent un peu à dater (ceux que je connais datent de 2013, dans des domaines en constante évolutions technologiques). Une mise à jour ne me parait pas scandaleuse. En GE, cela se fait en continu, chaque année.

    Mais je parlais du schéma général de formation, c’est à dire l’ensemble des filières de formation proposées en post bac, avec les passerelles, etc. Il existait un magnifique schéma le représentant, publié dans les PPN je crois, mais je ne le retrouve pas.
    A ce niveau, schéma général, je ne perçois pas d’évolution notable : un diplôme bac+3 remplacera un diplôme bac+2 et sa formation de licence. La seule révolution, titre de votre article : le nom de Bachelor remplacera celui de LP.

    Je ne parviens pas à comprendre votre affirmation : « le but est de s’occuper des bacheliers qui n’auront plus un parcours adapté à la poursuite d’étude  »
    de quels bacheliers parlez-vous exactement ?
    parce que selon moi, les élèves qui seraient allés en DUT (puis seraient allés en LP ou pour les meilleurs GE) iront désormais en Bachelor. Quelle différence ?
    Je vois le contraire : une fermeture de porte pour les élèves qui pour diverses raisons (niveau scolaire ou social) n’auraient pu faire qu’un bac+2, ceux-là devront renoncer à ce bachelor. Ils se dirigeront vers le BTS alors qu’ils auraient pu faire un DUT. Une autre porte fermée, peut-être : l’accès à la LP pour les BTS ?

    Répondre
    1. Paulo

      Je me réponds à moi-même, ayant trouvé les infos manquantes ici : « https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/le-dut-en-trois-ans-devrait-voir-le-jour-a-la-rentree-2021.html »
      extraits :

      – « le diplôme devrait être plus accessible, car l’idée est de « décompresser » le programme de deux ans sur trois ans »
      OK il s’agit donc d’adapter/ baisser le niveau pour accueillir des élèves d’un niveau plus faible qu’à ce jour…

      – « L’objectif de ce diplôme en trois ans est aussi de favoriser les passerelles entrantes et sortantes, du bac+1, 2 et 3. S’ils s’inscriront bien à ce nouveau diplôme en trois ans sur Parcoursup, les étudiants se verront toujours remettre un diplôme au bout de deux ans (un DEUST en fac, un DUT en IUT). Une demande notamment formalisée par les écoles d’ingénieurs, qui recrutent des étudiants diplômés de DUT. Dans la même logique, les étudiants pourront aussi intégrer la formation en cours de route. »

      est ma réponse quant à l’attitude des GE recruteuses des bons dossiers…

      => Vous aviez donc entièrement raison, et j’étais totalement dans le faux en donnant bien trop d’ambition aux décideurs…
      Je plains les profs de DUT…

      Répondre
      1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

        Vous m’avez devancé dans votre réponse, j’allais vous dire que vous aviez raison : mon texte n’est pas clair sur ce que le terme « école » recoupe dans certaines de ses parties. Je vais le clarifier dès que possible, et pour préciser, je pense à ça :
        https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/montpellier/montpellier-supinfo-est-elle-devenue-campus-fantome-1776027.html

        Répondre
        1. Paulo

          Je ne connaissais pas.

          Une très rapide recherche avec les mots clés « SUPINFO CTI  » ou « SUPINFO CGE » informe immédiatement que :
          SUPINFO n’est pas pas habilitée par la CTI ,
          n’est pas membre de la CGE,
          n’a qu’une seule fiche inscrite au RNCP
          n’apparait pas dans les classements d’écoles d’ingé ( logique : ne peut pas délivrer de titre d’ingénieur diplômé ).
          est portée 8ème dans un classement qui met EPITA en major (!) (Cela dit, il faut être conscient que les entreprises ont besoin de « pisseurs de code », et que cela convient à certains jeunes. )

          Je n’ai pas poussé plus loin mes investigations.

          Bien sûr que l’on peut trouver ce genre de choses, y compris des gens qui acceptent de payer 3 années d’études par avance (!!).
          On trouve aussi des diplômes universitaires qui se monnayent : faut-il évaluer toutes les facs à partir de ce cas ?

          Répondre
          1. Julien Gossa (Auteur de l'article)

            Non, mais en l’occurrence il ne s’agit pas d’évaluer les facs, mais de réguler le marché de la formation post-bac par la refonte des grades, et donc des termes et de leur compréhension par les familles.

            La CTI et les grades échappent à beaucoup de familles, mais Supinfo délivre des bachelors… Et les IUT délivreront aussi des bachelors. Saisir la différence entre les deux va être cotton.

            C’était le seul sens de mon propos (qu’il faut donc que j’améliore).

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