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Parcoursup

Lycée : Petit manuel de choix des spécialités à l’usage des futurs candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes au Lycée et vous devez choisir 3 spécialités pour votre Première, puis seulement 2 pour votre Terminale. Ce choix va conditionner vos chances de poursuite d’étude dans l’enseignement supérieur. Ce petit guide a vocation d’expliquer comment.

Comment votre candidatures sera étudiée dans Parcoursup ?

Après votre Bac, pour poursuivre vos études dans l’enseignement supérieur, vous devrez utiliser la plateforme Parcoursup. Vous y indiquerez les formations que vous visez, puis remplirez un dossier un ligne. Ce dossier, vos notes, bulletins scolaires et appréciations de votre équipe pédagogique seront transmis à chacune de ces formations.

Ensuite, chaque formation classera les candidatures en fonction de ces éléments et vous serez admis seulement si votre classement le permet, et ce pour toutes les formations, y compris celles dites « non-sélectives ».

Malheureusement, les méthodes de classement de candidature diffèrent entre toutes les formations, y compris pour une même filière dans les établissement différents. De plus, ces méthodes, appelées parfois « algorithmes locaux », sont tenues secrètes. Vous n’avez donc aucun moyen de savoir précisément comment votre dossier sera examiné, et pas extension comment les spécialités que vous aurez choisi impacteront vos chances d’admission.

Cependant, une règle simple peut être établie : plus la formation que vous visez est sélective, plus le choix de vos spécialités aura de l’impact.

Comment peuvent être utilisées les spécialités dans les classements ?

Même si c’est techniquement possible, il est très peu probable que les spécialités soient ignorées dans les classements Parcoursup. Il y a deux façons de les prendre en compte :

  • les points bonus : dans cette approche, on va attribuer un certain nombre de points bonus à chaque spécialité, en fonction de son adéquation avec la formation supérieure. Par exemple, on va pouvoir ajouter 2 points à votre moyenne si vous avez pris des spécialités adaptées, ce qui vous fera passer devant les candidats qui ont la même moyenne mais pas les bonnes spécialités.
  • les spécialités obligatoires : dans cette approche, on va classer en premier toutes les candidatures qui ont pris les spécialités adaptées à la formation. Ainsi, quelle que soit votre moyenne, avec les bonnes spécialités, vous serez classé devant tous les candidats n’ayant pas ces spécialités.

Bien sûr, un mix des deux méthodes est parfaitement possible. Par exemple, on pourra classer en premier tous les candidats qui ont la spécialité A, puis ajouter 2 points à tous ceux qui ont la spécialité B.

Le choix des spécialités conditionne donc vraiment vos chances d’admission dans l’enseignement supérieur, au delà bien sûr du fait qu’elle vous prépare pédagogiquement à y réussir.

Concrètement, quelles spécialités choisir ?

Même si vous ne savez pas exactement comment les spécialités seront utilisées, les choix restent relativement logiques. Inutile d’espérer faire des études supérieures en sciences si vous n’avez pas pris la spécialité mathématiques.

Pour vous aider à choisir, vous pouvez consulter le site www.horizons2021.fr

En sélectionnant les spécialité à gauche, vous pourrez visualiser à droite vos avantages/handicaps indicatifs dans les classements Parcoursup : plus la filière est claire plus vous serez avantagé, plus elle est sombre plus vous serez handicapé dans les classements.

En consultant les sources du site, vous pourrez voir plus précisément les pondérations de chaque spécialité pour chaque filière. Pour rappel, ce sont seulement des indications, et en aucun cas la façon dont les candidatures seront réellement classées.

Pour quelques filières, vous pouvez aussi consulter les recommandations de L’Etudiant.

Diplômes universitaires de technologie (DUT)

Un travail conséquent a été fait pour identifier les spécialités adaptées à chaque filière des Institutes universitaires de technologie (IUT). Attention, ce document n’est ni officiel, ni contractuel. Comme toutes les informations ici, il est purement indicatif.

Pour bien interpréter ce tableau, il faut un peu traduire : « très adapté » = indispensable, « adapté » = pas éliminatoire, « complémentaire » = inutile pour candidater. Notez bien qu’il s’agit seulement des filières IUT, donc courtes et professionnalisantes, ce qui explique la colonne « Littératures, langues et cultures de l’antiquité ». Notez également la colonne « Mathématiques », qui reste la matière incontournable.

Prépas scientifiques

L’union des professeurs de classes préparatoires scientifiques indique qu’il faut « choisir trois spécialités scientifiques : Mathématiques, Physique-Chimie, et une parmi Numérique et sciences informatiques, Sciences de l’ingénieur, Sciences et vie de la terre ».

Première année commune aux études de santé (PACES)

Pour faire des études en santé, on sait seulement que la spécialité SVT va devenir « incontournable ».

Etudes scientifiques, Licences en particulier

La conférence des Doyens et Directeurs des UFR Scientifiques des Universités Françaises recommande « fortement à tous les lycéens qui envisagent des études scientifiques de choisir l’option “mathématiques” pour l’année de première » ainsi que « la conservation des mathématiques en terminale ».

La paire qui ferme le moins de portes est Mathématiques + Physiques Chimie, cependant un choix devra être fait entre Physique Chimie et SVT en terminale pour une poursuite d’étude en Sciences de la vie et/ou de la terre.

Faut-il changer de lycée pour obtenir une spécialité ?

Tous les lycées ne proposeront pas toutes les spécialités, et certaines spécialités ne seront disponibles qu’en changeant de lycée, voir d’académie. Vous pouvez consulter cette carte pour voir les spécialités offertes par les lycées.

Néanmoins, les spécialités les plus importantes seront probablement disponibles partout. Les spécialités plus rares seront moins avantageuses/handicapantes dans les classements Parcoursup. Changer de lycée pour cette seule raison ne semble pas, pour l’instant, recommandé.

Cependant, vous pouvez tout à faire prendre cette décision pour des raisons d’intérêt pédagogiques : si vous souhaitez absolument faire de l’informatique, pourquoi ne pas en faire tout de suite en allant dans un lycée qui propose cette spécialité ?

Gardez cependant en tête que les lycées sont de niveaux très différents : changer pour obtenir une spécialité au prix d’une baisse de niveau, tout comme choisir une option qui ne vous plait pas seulement pour changer de lycée, sont des choix qui doivent être scrupuleusement pesés. 

Faut-il choisir des spécialités dans deux domaines différents ou changer de spécialité entre la Première et la Terminale ?

Indécis, on peut être tenté de choisir des spécialités dans deux domaines différents, comme Arts et Sciences de l’ingénieur par exemple, ou de changer de spécialité. Du strict point de vue des chances d’admission dans l’enseignement supérieur, cela représentera un handicap certain. Cependant, d’un point de vue pédagogique, c’est un choix qui vous revient.

Le nouveau lycée vous offre plus de liberté, l’opportunité de construire votre parcours plus tôt… Mais cette liberté vient nécessairement avec les responsabilités afférentes : ces décisions qui vous sont demandées auront des conséquences.

Dont-on avoir peur ? Peut-on changer d’avis ensuite ?

Oui et non. Ce sont clairement des décisions importantes. Cependant, ce système est encore neuf, et jusqu’à présent le système de formation français tirait sa force de ses possibilités de ré-orientation, pour lesquelles nous avons, de loin, la première place mondiale. Ces possibilités de ré-orientation continueront de s’offrir à vous, y compris après votre admission dans l’enseignement supérieur.

De plus, l’Université reste encore très ouverte, et malgré ce que vous pourrez entendre, propose des formations d’excellente qualité. Quelles que soient les spécialités que vous choisirez, vous y aurez encore un large choix de formations.

Enfin, n’oubliez pas que les équipes pédagogiques sont là pour vous accompagner. Rapprochez-vous de vos enseignants pour recueillir leurs conseils puis forgez votre propre avis. Plus vous vous intéresserez à votre parcours, plus vos choix seront faciles à faire… Mais vous ne pourrez jamais contrôler totalement leurs conséquences. C’est peut-être votre premier choix d’adulte.

Parcoursup : Petit manuel de formulation des vœux à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes en Terminale cette année, et vous allez devoir bientôt formuler vos vœux d’admission dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup. Ce petit manuel a pour vocation de vous donner quelques indications relatives à la bonne utilisation des informations que vous trouverez sur cette plateforme, de vous proposer une méthode de définition et de hiérarchisation des vœux, et de dissiper les principales incertitudes qui entourent généralement ces vœux et leur traitement. 

Comment trouver les formations qui vous intéressent ?

Le site parcoursup.fr est un moteur de recherche des formations du supérieur qui vous permettra de faire une première sélection en fonction de vos préférences. Pour chaque formation, plusieurs rubriques permettent de s’informer.

Faut-il considérer la rubrique « Caractéristiques » ?

Les « attendus » sont des indications des prérequis nécessaires à la réussite dans une formation. Ils peuvent être intéressants pour « voir s’ils vous parlent ». Malheureusement, leur rédaction est souvent ambiguë au point où toute interprétation est impossible. Je suis, par exemple, bien incapable d’expliquer ce que signifie « Connaître les réalités culturelles » des attendus de ma propres formation. Enfin, les attendus ne sont pas les critères de sélection, qui eux sont tenus strictement secrets.

En clair, les « attendus » doivent être considérés comme une description de la formation, et non comme une façon de savoir si vous allez y réussir.

Faut-il considérer la rubrique « Examen des dossiers » ?

La rubrique « Examen du dossier » donne de vagues indications sur la façon dont les candidatures seront triées. La méthode exacte étant tenue secrète, et ne connaissant pas les dossiers des autres candidatures, ces informations vous seront de peu d’intérêt. Encore une fois, vous devez les considérez comme une description de la formation et non pour une évaluation de vos chances d’admission ou de réussite.

En outre, cette rubrique vous indiquera si une épreuve supplémentaire est prévue. De telles épreuves peuvent cependant être de simples tests de motivation (pour voir qui va faire le déplacement) ou relever d’une pratique commerciale (pour faire croire que vous êtes parfaitement adapté au cursus). Vous n’aurez aucun moyen de le savoir par avance, sinon le bouche-à-oreille.

Faut-il considérer la rubrique « Réussite / Débouchés »

Cette rubrique présente les possibilités de poursuite d’études et/ou débouchés professionnels de la formation. C’est à la fois une indication forte si vous avez déjà une profession en vue, et assez inutile si vous n’en avez pas encore une bonne idée. En revanche, il est fortement déconseillé de considérer la partie « données », dont les chiffres ne vous donneront aucune indication fiable : un taux de passage/réussite bas peut tout aussi bien indiquer des études difficiles qu’ennuyeuses ou encore l’absence de sélection à l’entrée ; un taux haut peut tout aussi bien indiquer un accompagnement pédagogique efficace que l’absence d’exigence pédagogique ou encore une sélection dure à l’entrée.

En outre, lorsque les données sont nationales, elles peuvent très fortement varier d’un établissement à l’autre. Les données sont donc non seulement inexploitables mais en plus parfois non fiables.

Faut-il considérer la rubrique « Contexte et chiffres » ?

Cette rubrique vous indiquera le nombre de places et le nombre de candidats dans la formation l’an dernier. Ces informations peuvent varier, notamment le nombre de candidats. Cependant, même sans variation, elle ne vous seront d’aucune utilité : vous n’avez aucune idée de comment vous serez classé, ni du nombre désistements qu’il y aura.

Le taux de candidats boursiers ou hors secteur n’est pas plus utile sans connaitre le nombre candidats concernés. Il est donc fortement conseillé d’ignorer ces informations.

Faut-il considérer les « Frais » ?

Oui. Les études peuvent coûter cher et représenter un investissement. Cependant, le marché des formations est très particulier : le coût n’y fait pas la valeur. En clair, ce n’est pas parce qu’une formation est plus chère qu’une autre qu’elle sera mieux pour autant. Les frais ne doivent donc pas être un critère d’adoption, mais un critère d’élimination si vos moyens ne suivent pas.

Quelle stratégie de formulation des vœux ?

En premier lieu, il convient d’éliminer toute stratégie qui viserait à augmenter vos chances pour une candidature précise. Vos vœux ne seront pas connus des formations qui classeront vos candidatures. Vous pouvez donc les formuler de la façon la plus sincère possible sans désagrément.

Quels sont les catégories de vœux ?

On peut grossièrement classer les vœux en trois catégories :

  • Les vœux de cœur : ce sont les formations que vous rêvez de faire, indépendamment de votre niveau ou de vos chances d’admission. Pour les sélectionner, il convient donc de ne considérer que votre envie et les contraintes matérielles (coût, facilité de logement et éloignement géographique), à l’exclusion de tous les autres critères de choix. 
  • Les vœux de raison : ce sont les formations que vous estimez pouvoir réussir et qui vous intéressent sans nécessairement vous faire rêver. Pour les sélectionner, il convient de vous baser sur vos résultats scolaires : ce sont les disciplines où vous êtes bons sans trop fournir d’effort.
  • Les vœux de sécurité : ces sont les formations où vous êtes quasiment certains d’être pris, dans une discipline que vous exploreriez volontiers. Il s’agira généralement d’une Licence dans l’université la plus proche, sur un intitulé qui vous attire (ou ne vous rebute pas), après avoir vérifié qu’elle n’était pas « en tension » (généralement : STAPS et psycho, éventuellement droit et PACES).

Veillez à avoir au moins 1 vœu dans chacune de ces catégories, quitte à piocher un peu au hasard si une catégorie ne vous inspire pas plus que ça. 

Comment hiérarchiser ses vœux ?

La hiérarchisation des vœux n’est plus obligatoire. Cependant, sans hiérarchisation, vous resterez en permanence dans le doute. Or, il est facile de hiérarchiser les vœux par catégorie : d’abord les vœux de cœur, ensuite les vœux de raison, enfin les vœux de sécurité. Inutile de hiérarchiser vos différents vœux dans chaque catégorie pour l’instant, vous pouvez attendre les réponses des formations.

Faut-il faire un surplus de vœux ?

A partir du moment où vous avez 1 ou 2 vœux de sécurité, il est inutile d’en faire plus. En conséquence, il est inutile de postuler à des formations dont vous savez pertinemment que vous ne voulez ou ne pouvez pas y aller. Cela concerne les « vœux multiples » pour les formations dites sélectives (prépa, DUT, BTS) : inutile de postuler dans toute la France si vous n’êtes pas réellement mobile géographiquement. Cela concerne aussi les vœux « au cas où », qu’on formule mais avec l’envie de les refuser.

Vous devez être conscient qu’à partir du moment où vous formulez un vœu, on pourra vous en imposer l’affectation sur le mode « à prendre ou à laisser ». En clair, vous risquez d’être considéré comme satisfait et sans possibilité de recours, mais avec une affectation trop loin de chez vous et sans possibilité de logement, ou dans une formation que vous n’avez vraiment pas envie de suivre, . 

Pour aller plus loin…

Comment évaluer vos chances de réussite dans une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chances de réussite. Les formations sélectives exigeantes n’arrivent jamais à un taux de 100% de réussite, ce qui prouve bien qu’on ne sait pas prédire la réussite des étudiants. De nombreux événements vont impacter vos études, qui n’ont a priori rien à voir avec vos études, et vous ne pouvez pas les connaitre à l’avance. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, un critère va lourdement peser : celui de devoir travailler pour financer vos études. Il s’agit là du premier critère d’échec dans les études. Pesez scrupuleusement votre motivation avant d’accepter une affectation qui vous obligerait à cumuler un emploi avec vos études. 

Enfin, vous devez être conscient que par réussite/échec, on entend « obtenir/rater le diplôme ». Or, échouer à un diplôme peut vous apporter beaucoup (par exemple par la découverte d’une autre discipline), et l’obtenir peut vous faire perdre beaucoup (par exemple par vous retrouver dans une voie qui vous ennuie).

Comment évaluer vos chances d’être admis à une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chance d’admission. Une formation peut sembler bouchée et en réalité être très fluide (beaucoup de candidats qui renoncent) comme sembler ouverte mais être en réalité bouchée (très peu de candidats mais qui acceptent). 

De plus, les critères de tri des candidatures sont tenus secrets, et vous ne connaissez pas les dossiers des autres candidats. En conséquence, tout pronostic de votre part serait illusoire. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, les journées portes ouvertes sont de très bonnes occasions de discuter de votre profil avec les équipes pédagogiques qui classeront les candidatures. C’est donc un moment privilégier pour obtenir quelques indications. De plus, l’expérience de vos enseignants et PsyEN pourra vous être utile. Ne considérez pas ces avis comme des certitudes, mais ne vous en privez pas non plus.

Est-ce que l’admission dans les formations dites « non-sélectives » est garantie ?

Non. Les formations dites « non-sélectives » classent les candidatures et les admissions sont limitées au nombre de places disponibles, exactement comme les formations dites « sélectives ». 

Il y a néanmoins deux différences : 
– si vous n’êtes pas suffisamment bien classé pour être admis, les formations dites « sélectives » peuvent vous répondre « non » tout de suite pour vous éviter d’attendre pour rien ;
– les formations dites « non-sélectives » peuvent vous imposer une mesure d’accompagnement « oui si », généralement selon votre filière d’origine. Cette mesure peut être une opportunité et/ou une contrainte, à vous d’en juger.

Est-ce que votre lycée d’origine va jouer dans vos chances d’admission ?

Vous n’avez aucune possibilité de le savoir : certaines formations « redressent » les notes en fonction du lycée d’origine, d’autres non, et elles n’ont aucune obligation de l’annoncer. En clair, votre lycée d’origine pourra jouer en votre faveur ou votre défaveur, mais vous ne pourrez jamais savoir dans quelles formations ni dans quelle mesure. 

Il convient donc d’ignorer cet aspect, et de rester conscient que si vous perdez d’un côté, vous gagnez forcément de l’autre. 

Faut-il utiliser la possibilité de discuter avec un « étudiant ambassadeur » ?

Des boites mails sont mises en place pour vous permettre de poser vos questions à des étudiants dans les formations que vous visez. Cependant, si certaines information obtenues ainsi seront très utiles, d’autres seront très trompeuses, ne serait-ce que par une forme inévitable d’incompréhension : vous ne connaissez pas votre interlocuteur, et il ne vous connait pas non plus. « J’ai des difficultés dans telle matière » n’aura pas du tout le même sens pour vous deux. Vous n’aurez donc aucun moyen d’évaluer la pertinence des informations ainsi obtenues.

Il convient donc, si vous utilisez cette possibilité, de prendre une distance critique avec les réponses qui vous seront apportées. 

Enfin… 

La plateforme Parcoursup est un formidable outil de recherche des formations du supérieur. Cependant, il ne remplacera jamais le bouche à oreille, les discussions avec le profs, CIO et les PsyEN et surtout les visites aux journées portes ouvertes. Les avis et conseils que vous recevrez de part et d’autres seront parfois contradictoires. C’est normal. Aucun n’a raison, aucun n’a tort : personne ne peut prédire votre avenir. A vous de vous débrouiller.

Lorsque c’est trop beau pour être vrai, c’est sans doute que ce n’est pas vrai. Les formations sont en concurrence pour recruter les meilleurs élèves ou pour remplir leurs places. Il peut donc arriver qu’elles embellissement la réalité. Une présentation sobre ne cherchant pas à vous séduire devrait retenir prioritairement votre attention.

Vos doutes ne se limiterons pas tous seuls (et ne seront jamais réduit à néant). Il est tout à fait normal de ne pas avoir de certitude sur son avenir, voire de n’avoir strictement aucune idée de ce que vous voulez faire. Plus vous vous intéresserez, moins vous resterez dans le doute, mais vous ne pourrez jamais rien prédire avec certitude pour autant.

Et le plus important : Vous n’êtes pas en train de jouer votre vie. Le système français est celui qui propose le plus de passerelles et de rebonds au monde. Engagez-vous dans une voie qui ne vous convient pas, et vous aurez de multiples occasions de vous réorienter. C’est au cours de vos études que votre parcours se fera, pas sur quelques clics sur Parcoursup.

Rapport au parlement du Comité Ethique et Scientifique de Parcoursup

Publié ce jour, le rapport au parlement du Comité Ethique et Scientifique de Parcoursup est une lecture indispensable pour saisir les enjeux de notre nouveau système d’orientation, et par extension d’éducation nationale.

Le rapport se pose d’entrée de jeu un cadre strict : celui de ne pas discuter des orientations et dispositions de la loi Orientation et Réussite des Etudiants. Lu en regard de ce cadre, il est le document le plus complet et le plus transparent sur Parcoursup produit à ce jour. Les auteurs ont pu accéder à des données précises et les ont analysées avec rigueur, notamment pour étudier l’impact des quotas. 

Beaucoup trop long pour être entière résumé, on pourra cependant retenir quelques informations :

  • Un algorithme d’affectation n’est pas une solution à des problèmes structurels, tels que le manque de place dans les filières les plus demandées.
  • APB ne présentait pas réellement de problème structurel, mais des « « bricolages » divers et variés au fil des campagnes » (et du bashing) ont ruiné sa réputation à tel point qu’il n’était plus acceptable.
  • Sur le plan technique, la campagne s’est déroulée sans accroc ni bug majeur, ce qui témoigne de la compétence et de la mobilisation des membre de l’équipe de mise en oeuvre.
  • Parcoursup se distingue singulièrement des systèmes étrangers par la non hiérarchisation à priori des vœux des candidats, l’importance de « l’intervention humaine », son « calendrier qui se termine […] trois semaines après la rentrée universitaire« , ainsi que par l’absence de transparence sur les critères de classement des candidatures.
  • Si tous les bacheliers ont un droit théorique à une formation supérieure, une réelle sélection a été mise en oeuvre. Les territoires ont d’ailleurs établie leurs propres stratégies, qui se voit notamment dans les quotas de boursiers et de candidats hors académie.

Sélection

La sélection par filière se voit particulièrement bien sur la Figure 6 (p. 71) : on y voit clairement un détournement d’un flux étudiants des Licences vers les formations professionnalisantes courtes (BTS et DUT).

Un exemple de sélection territoriale se voit également très bien sur la Figure 14 (p. 93) : Paris a sensiblement réduit sa part dans les admissions (de 40% à 36%), répartissant le surplus sur Créteil et Versailles. La sectorisation en région Île-de-France vient d’ailleurs d’être supprimée, ce qui laisse désormais le champs libre à ces modifications.

Globalement, le rapport décrit bien comment les quotas ont été utilisés dans le cadre de ces transformations. Entre les lignes, les rapporteurs insistent sur la nécessité de limiter l’usage des quotas à cet effet, d’abord en les rééquilibrant puis en assurant leur transparence (Proposition 13, p. 94).

Transparence

Si les rapporteurs insistent sur le progrès incontestable que représente la publication de l’algorithme national Parcoursup et la création d’un traitement de données Parcoursup à des fins de recherche ORISUP, ils semblent regretter l’absence de transparence, notamment sur les quotas et les méthodes de tri des candidatures par les formations. Ils indiquent ainsi clairement que le « principe de transparence » est une des quatre conditions à l’acceptation d’une procédure « juste » par les citoyens.

A défaut de remettre en cause l’exception introduite dans la loi ORE pour (officiellement) « garantir la nécessaire protection du secret des délibérations« , les auteurs préconisent de rédiger un guide encadrant et publicisant la nature de ces méthode, ainsi que d' »inciter les établissements à élaborer un rapport annuel au rectorat rendant compte notamment des procédures locales (manuelles et informatiques) » (Proposition 5, p. 47). Il s’agit en effet des seules marges de manœuvre face au secret prévu par le Ministère.

Conclusion

En conclusion, les auteurs préconisent le développement du champ de recherche sur l’Enseignement supérieur, notamment en améliorant la collecte et l’accès aux données sur l’orientation et le devenir des bacheliers (Proposition 15, p. 107).

Il ne s’agit là que d’un petit échantillon des informations qu’on peut trouver dans ce rapport, aussi riche que détaillé. Ce billet n’en dispense donc en rien la lecture. Pour aller plus loin dans une ambiance plus décontractée, on pourra cependant aussi se reporter à mon fil twitter ou sa version déroulée.

Enfin, si les modifications introduites dans l’orientation par la loi ORE et son outil Parcoursup se voient déjà dans les statistiques d’admission dans l’enseignement supérieur, elles doivent avant tout être appréciées en regard de la réforme du Lycée qui se met en ce moment même en oeuvre. Le choix de spécialités par les lycéens et la spécialisation des lycées sur les territoires devraient en effet parfaitement s’articuler avec la double sélection montrée dans ce billet : à la fois par filière et par territoire.

 

La loi ORE : un formidable terrain d’étude pédagogique

Maintenant que les affectations sont (presque) finies dans l’enseignement supérieur, la communauté va pouvoir se concentrer sur le second volet de la loi Orientation et Réussite des Etudiants (ORE) : la réussite des étudiants, seul et unique objectif affiché de la réforme. Quelques minutes de travail par filière permettraient d’améliorer significativement ce volet. Pourtant, ce petit travail ne sera peut-être pas fait. Voilà comment.

Améliorer la réussite par l’orientation et l’acompagnement

L’amélioration de cette réussite s’appuie sur deux dispositifs : une meilleure orientation grâce à l’examen des dossiers de candidatures, et un meilleur accompagnement grâce aux mesures d’accompagnement personnalisé (ou « oui si »). L’absence quasi-totale de cadrage national en ce qui concerne ces deux dispositifs est très favorable à l’expérimentation et à la diversité des approches. En effet, chaque filière est totalement libre dans sa façon de classer les candidatures, comme dans l’élaboration des mesures d’accompagnement et la sélection des étudiants qui devront les suivre. La France est ainsi devenu un formidable terrain d’étude pédagogique : nous allons pouvoir, à l’échelle d’une nation, connaitre les techniques d’orientations et les mesures d’accompagnement qui fonctionnent et sous quelles conditions.

Cependant, faire émerger cette connaissance implique que soit, dès cette année, mise en oeuvre une méthode d’évaluation standardisée. Sans cette évaluation, nous commettrions la même erreur que pour le plan pour la réussite en Licence, dont aucun bilan n’a jamais été tiré et qui n’a jamais réellement permis de faire émerger de la connaissance à l’échelle nationale. Ce défaut de bilan explique en partie pourquoi la loi ORE en reprend encore les termes 10 ans plus tard.

Les connaissances à produire à l’échelle nationale

Dans l’idéal, il faudrait répertorier la totalité des techniques d’orientation, de sélection et d’accompagnement, et d’arriver à les caractériser en terme d’efficacité, sans manquer de les mettre en perspective avec les particularités locales et autres biais inévitables. Un tel travail serait profitable à l’ensemble de la communauté, en permettant à chaque formation d’améliorer ses propres procédures et pratiques, de découvrir de nouvelles idées, comme d’éviter les fausses bonnes idées qui sont légion dans le domaine.

C’est ambitieux. Trop sans doute, sauf à compter sur un important support du ministère. Il s’agit donc d’adopter une approche plus modeste.

Enquête de terrain ou statistiques nationales ?

Lorsqu’on en vient à l’enseignement, deux approches sont possibles.

D’une part, les enquêtes de terrain permettent d’avoir une vision fine, comprenant les trajectoires individuelles et prenant en compte les biais, mais limitée dans le temps et l’espace. Par exemple : [« Essai de mesure de l’efficacité différenciée d’un plan « Réussite en licence » selon les acquis initiaux des étudiants », Cathy Perret, Julien Berthaud et Stéphanie Benoist] ou [« L’Université n’est pas en crise. Les transformations de l’Enseignement supérieur : enjeux et idées reçues », Romuald Bodin et Sophie Orange].

D’autre part, les grandes enquêtes statistiques permettent de dégager des tendances et d’identifier des particularités, mais sans comprendre les biais, réalités locales et trajectoires individuelles. Par exemple: [Réussite et échec en premier cycle, note d’information MESR ] ou [Repères & références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche 2018, DEPP].

Pour caricaturer, on peut donc identifier des réalités à grande échelle mais sans les comprendre, ou les comprendre mais sans les identifier à grande échelle. Malheureusement, aucune de ces deux approches n’est satisfaisante

Statistiques nationales et enquêtes de terrain ciblées

Un enquête de terrain au niveau national étant impossible à mener, il faudra se limiter à une enquête statistique nationale, qui doit permettre d’identifier les filières qui ont obtenu des résultats particuliers. Cette identification permettra ensuite de mener des enquêtes de terrain ciblées, ou à défaut, d’obtenir des informations plus précises sur les mises en oeuvre qui ont conduit à des résultats remarquables.

Par chance, les statistiques nécessaires sont déjà disponibles ! En effet, les établissements font déjà remonter tous leurs taux de réussite au niveau national [#DataESR], déclinés en fonction du profil des étudiants. Il s’agit simplement de faire la même chose, mais décliné selon les filières et mesures d’accompagnement. Pour bien faire, il faudrait aussi simplement calculer le taux d’abandon, qui est une statistique dont dispose les établissements mais qui n’est pas remontée au national.

Très concrètement

Très concrètement, il suffirait donc que chaque filière fasse remonter, pour chaque parcours, ces trois informations :

  • Inscriptions : nombre d’inscrits dans la formation
  • Présences aux examens : nombre de présents aux examens (c’est la donnée manquante au niveau national)
  • Passages : nombre ayant validé leur année/semestre.

Ces trois informations permettent de calculer les :

  • Taux d’abandon = Présences aux examen / Inscription
  • Taux de réussite = Passages / Présences aux examen ou Passages  / Inscription

Pour démontrer la simplicité de ces informations, voici un document en ligne et une version téléchargeable (en version annualisée et semestrialisée), que tout un chacun peut réutiliser.

Ainsi, une comparaison entre les statistiques de cette année et celle de l’an dernier permettent d’identifier rapidement les techniques d’orientation, de sélection et d’accompagnement qui obtiennent des résultats hors du commun, dans la perspective de les étudier de plus près.

Si ces informations peuvent être facilement remontées au ministère et publiées en ligne, cela impliquera des délais prohibitifs, de l’ordre de deux ans. Or, c’est dès cette année qu’il nous faut des élément de décision, afin d’améliorer la rentrée prochaine. C’est pourquoi les établissements, au travers de leur commission de la formation (CFVU), devraient sans attendre mettre en place une telle collecte. Les premiers résultats peuvent être obtenus dès janvier prochain, à la fin du premier semestre, ce qui laisserait assez de temps pour préparer la rentrée de septembre 2019. La CPU pourrait également impulser cette action.

Quels sont les risques ?

Il existe donc un initiative qui ne coûte rien, qui est facile à mettre en œuvre et est indispensable pour progresser… Pourtant il est possible qu’elle ne soit pas concrétisée. Deux risques se font face :

D’un côté, il existe le risque de se diriger vers une réforme bancale, impossible à faire aboutir, faute de disposer des outils permettant de l’améliorer et d’en tirer le meilleur.

D’un autre côté, il existe un risque de découvrir que les bénéfices de la réformes sont faibles en regard de ses défauts, qu’elle est un échec, et non pas en raison d’un défaut de mise en oeuvre, mais d’un défaut structurel.

Ce sera aux acteurs des universités, du ministère aux équipes pédagogiques, en passant par la CPU et les CFVU, de peser le pour et le contre de ces deux risques et de prendre les décisions qui s’imposent.

Parcoursup : l’épreuve de vérité

Nous voici donc à la fin de la première phase principale de Parcoursup. Les bilans statistiques et chiffrés sont largement disponibles. On pourra se référer au dernier tableau de bord.

Pour faire la liste des points à améliorer (lenteur de l’affectation, stress dû aux réponses au fil de l’eau, précipitation de mise en oeuvre dangereuse, explicabilité insuffisante pour l’acceptabilité, prise en compte du handicap, difficulté de logement pour les réponses tardives…), on pourra se référer à l’audition publique intitulée “Les algorithmes au service de l’action publique : le cas du portail admission post-bac”, conduite par M. Cédric VILLANI, député, et M. Gérard LONGUET, sénateur, à laquelle participaient notamment des représentants de la CPU et de la DGSIP.

Cette audition étant datée de novembre 2017, on pourra se demander pourquoi seraient corrigées des erreurs qui auraient pu être évitées, mais nous allons plutôt nous pencher sur trois points qui questionnent la notion de vérité, si chère à nous autres universitaires.

«Le dernier mot au bachelier» et «aucun candidat à l’université ne recevra un « non »»

« Le dernier mot au bachelier » était un des piliers de la loi ORE, considéré comme un principe par la FAGE et consolidé par le SGEN-CFDT. Avec «Aucun candidat à l’université ne recevra un « non »», c’était un des slogans répétés à l’envie dans les médias et les réseaux sociaux.

On pouvait légitimement penser que ces principes garantissent que le choix de son orientation reviendra en dernier lieu au bachelier, au moins dans les filières non-sélectives de l’université. L’institution n’aurait alors qu’un rôle de conseil. Après tout, le sens de l’expression « avoir le dernier mot » n’est-il pas « avoir le pouvoir de décider en dernier ressort » ?

Or, la loi ORE dispose que « Le silence gardé par un établissement sur une candidature […] ne fait naître aucune décision implicite avant le terme de cette procédure« . En clair, c’est à partir d’aujourd’hui que les « en attente » se transformeront progressivement en « non ». Combien de candidats n’auront pas leur vœux préféré, y compris dans les Licences non-sélectives, y compris dans les filières qui ne sont pas en tension ? Combien de candidats n’auront pas, in fine, le dernier mot et recevront un « non » à l’université ? Voilà des chiffres qui mériteraient d’être publiés.

En réalité, il ne s’agissait pas d’un dernier mot dans la hiérarchie des choix, dominée essentiellement par l’institution, mais dans la temporalité des choix… Droit bien faible comparé à la publicité qui lui a été faite. On a d’ailleurs récemment pu entendre que plutôt « l’idée, c’était de redonner le dernier mot au lycéen, et lui permettre de choisir jusqu’au bout ». Mais choisir jusqu’au bout parmi quelles propositions ? Lorsque vous n’avez obtenu qu’un second choix : quitter la plateforme ou s’en contenter. Lorsqu’aucune ne vous est faites : quitter la plateforme ou continuer à espérer… On peinera à voir en quoi ces choix sont en faveur d’une meilleure orientation.

On peinera surtout à trouver de la franchise dans ces slogans. N’est-ce pas une façon d’écorner la vérité que de détourner le sens d’une expression comprise de tous pour nous faire dire, et donc nous faire comprendre, tout autre chose ?

«Accompagner vers la réussite l’ensemble des étudiants» et «créer des places supplémentaires»

L’ambition affichée de la loi ORE est d’organiser « un accompagnement vers la réussite pour l’ensemble des étudiants », ambition louable s’il en est. Même si on n’entend plus beaucoup parler du « contrat de réussite étudiant », et que les moyens sont bien faibles face à la hauteur des enjeux, au moins pourra-t-on peut-être compter sur des leviers positifs pour la réussite :

  • un affaiblissement du sentiment de « subir » les étudiants par les filières qui contrôlent désormais leur recrutement, au moins en partie ;
  • une meilleure connaissance des étudiants par leurs enseignants, grâce à l’étude des dossiers de candidature ;
  • la nécessité pour les établissements d’afficher des performances en hausse, et les incitation, y compris financières, qui l’accompagneront.

Parallèlement, il a été annoncé la création de places supplémentaires à l’université, d’abord à hauteur de 10.000, puis 22.000 et finalement 19.000. Ces places ont été créés essentiellement sans moyens supplémentaires, donc en rognant sur les marges de manœuvre, et cet ajustement final de 22.000 à 19.000 pourrait bien témoigner d’une saturation définitive du système universitaire à moyen constant.

Sauf qu’améliorer la réussite des étudiants consiste à réduire le taux d’abandon, donc augmenter mécaniquement le nombre d’étudiants. Addition faite de l’augmentations démographique, la situation pourrait très rapidement s’avérer critique. C’est très regrettable, mais l’université fonctionne aussi dans ses filières les plus sous-dotées parce que les amphis qui débordent se vident, parfois rapidement. Dans ces amphis, la tentation de « piscine » est grande, mais contraire au principe de réussite du plus grand nombre.

Il y a donc deux affirmations : faire réussir l’ensemble des étudiants, et accueillir tous les bacheliers. Et les deux sont incompatibles. Laquelle sera vraie et laquelle sera fausse ? Une seule chose est sûre, dans de nombreuses filières, il faudra choisir.

«Le secret des délibérations» et «les motifs pédagogiques»

Evitons le mot algorithme. Les recettes utilisées par les commissions d’examen des vœux pour trier les candidatures ont finalement été tenues secrètes.  Selon la loi ORE, « afin de garantir la nécessaire protection du secret des délibérations des équipes pédagogiques chargées de l’examen des candidatures […] les obligations […] sont réputées satisfaites dès lors que les candidats sont informés de la possibilité d’obtenir, s’ils en font la demande, la communication des informations relatives aux critères et modalités d’examen de leurs candidatures ainsi que des motifs pédagogiques qui justifient la décision prise. »

Les candidats n’ont donc eu aucun moyen de comprendre leur classement, et les recalés ont donc toute légitimité à être défiants. Des demandes d’information arrivent aux établissements. Nous ressortons les dossiers, et nous efforçons d’expliquer aux candidats qui en font la demande pourquoi ils n’ont pas été admis.

Mais plus de 6 millions de vœux ont été formulés sur Parcoursup cette année. Pour de très nombreux collègues, l’examen de dossiers de bacheliers était une première. L’absence de cadrage national sur les objectifs de cet examen n’aura pas aidé. A moins d’imaginer des universitaires infaillibles, il faut admettre que des erreurs ont nécessairement été commises, et en quantité probablement non négligeable. Des candidats valables ont forcément été écartés par erreur. Et certaines de ces erreurs vont être découvertes a posteriori.

Quelles options pour l’examinateur qui découvre, suite à une demande, une telle erreur ? L’avouer pourrait avoir des conséquences désastreuse, non seulement en terme d’organisation d’une admission tardive, de gestion d’un incident pour lequel rien n’est préparé, mais aussi en terme d’image ou de répercussion sur les autres candidats. Le réflexe sera inévitable : trouver des aspérités dans le dossier, pousser un peu la mauvaise foi sans trop se compromettre, et justifier malgré tout une décision qu’on aurait en réalité volontiers changée.

Parcoursup va contraindre des universitaires à s’arranger avec la vérité, la tordre, sinon la cacher purement et simplement. Pour un universitaire, il s’agit là d’une compromission de la pire espèce.

Cela fera une bonne question pour les conseils des universités, un bon sujet pour les formations d’éthique scientifique que se développent un peu partout, et il serait intéressant de connaitre les recommandations du Comité éthique et scientifique Parcoursup.

Parcoursup : Petit manuel de réponse aux propositions à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

Ce petit manuel s’adresse aux candidates et candidats dans l’enseignement supérieur, qui doivent aujourd’hui, au jour le jour, renoncer aux propositions qui leur sont successivement faites pour n’en garder qu’une seule en permanence, qui finira par devenir leur affectation finale. La procédure et le calendrier sont parfaitement décrits dans le Mode d’emploi de la phase d’admission du ministère, dont la lecture et la compréhension sont indispensables. En complément, cette FAQ est très bien faite. Ce manuel présente donc ce qui ne l’est pas ailleurs : Quelles sont les erreurs à éviter ? Quelles sont les différentes stratégies de réponses ? Comment interpréter les réponses pour bien faire son choix ?

Les erreurs à éviter

Principalement, quatre erreurs doivent être évitées :

Précipiter son choix sans être en pleine possession de toutes les informations.

Rien ne vous oblige à accepter définitivement la première proposition qui vous sera faite, y compris si toutes les autres voussemblent inaccessibles. Tant qu’une réponse formellement négative n’est pas donnée, renoncer à une proposition en attente n’apporte aucun avantage.

Oublier de répondre dans le délai prévu.

Une absence de réponse dans le délai prévu revient à un renoncement à toutes les propositions, y compris celles encore en attente, ainsi qu’à une sortie définitive du système. Cependant, un délai de 5 jours a été ajouté pendant lequel il est possible de revenir dans le système et de récupérer ses propositions en attente. Cela conduit malgré tout à la perte définitive de toutes les propositions déjà reçues.

Oublier de systématiquement stipuler que l’on souhaite conserver toutes les propositions encore « en attente ».

Cette maladresse peut coûter cher, en transformant une décision temporaire « faute-de-mieux pour l’instant » en décision définitive, alors que d’autres propositions plus intéressantes peuvent encore arriver. Tant que la procédure n’est pas finie, il n’existe strictement aucune certitude quant aux propositions en attente. Y renoncer sans raison n’apporte donc aucun avantage.

Refuser l’unique proposition qui vous est faite.

Cette décision vaut sortie du système et revient à renoncer à toutes ses propositions en attente. De plus, la commission rectorale chargée de trouver une place aux candidats sans affectation pourra, pour cette raison, refuser de traiter votre cas ou le juger moins prioritaire.

Que faire en cas d’erreur ?

Si une de ces erreurs était commise, il convient de mettre sans délai un message dans la rubrique contact du site, et d’appeler  le numéro vert de Parcoursup : 0800 400 070. Il est préférable que l’erreur se fasse tôt le matin et en semaine, afin qu’elle puisse être corrigée rapidement, et surtout avant que d’autres candidats reçoivent les propositions refusées par erreur. Contacter directement le rectorat ou l’université peut également être envisagé. Si aucune démarche n’aboutissait, il resterait alors à saisir le médiateur de l’université. Un recours au tribunal administratif semble cependant exclu sur ces motifs, qui sont clairement prévus dans la loi.

Les stratégies de réponse

Il existe différentes stratégies de réponses, aucune n’étant globalement idéale.

A quel moment répondre ?

Chaque fois qu’une proposition vous est faite, vous disposez d’un certain délai de réponse : une semaine en début de procédure, et puis progressivement moins. Vous pouvez donc soit répondre tout de suite, soit attendre.

Individuellement, pour faire le meilleur choix, vous avez tout intérêt à répondre le plus tard possible. Plus vous attendez, plus vous recevrez de réponses, plus vous aurez d’informations pour faire votre choix. Attendre le dernier jour est donc la meilleure stratégie individuelle. Cependant, veillez à ne pas attendre les dernières heures, pendant lesquelles une saturation de la plateforme risque de vous faire perdre toutes vos propositions.

Individuellement, pour obtenir de nouvelles propositions plus rapidement, vous avez peut-être intérêt à répondre le plus tôt possible. Lorsque vous répondez, vous déclenchez un effet domino : votre place sera proposée au candidat suivant, qui répondra à son tour, ce qui libérera une place, ainsi de suite. Sans aucune garantie ni contrôle possible, il existe une possibilité que cet effet domino finisse par libérer une place pour vous. C’est un pari qui ne vous permettra pas d’obtenir de meilleures propositions, mais seulement peut-être de les obtenir plus vite.

Collectivement, vous avez tout intérêt à répondre le plus tôt possible. Plus vite vous renoncez à des propositions, plus vite elle seront proposées aux candidats suivants dans la liste d’attente. Rester en attente est un stress qui est loin d’être négligeable, notamment dans cette période de préparation du bac. Or, les moins bien classés sont également les lycéens les plus en difficulté. Occuper le moins longtemps possible les listes d’attente est donc un réel service que vous rendez à vos camarades les plus en difficulté.

Que répondre avec une proposition qui vous convient ?

En matière d’orientation, la certitude est l’exception. Etre confronté à des choix que vous ne maîtrisez pas totalement est donc parfaitement normal. Mais que faire lorsqu’une proposition semble vous convenir ?

Individuellement, pour faire le meilleur choix, vous avez tout intérêt à conserver toutes vos propositions en attente. Le faire ne comporte aucun désavantage pour vous, et vous permettra de gagner du temps et d’obtenir peut-être de nouvelles informations permettant d’affiner votre choix ou même d’en changer. N’oubliez pas que plus la filière est demandée, plus la liste d’attente est longue, plus la proposition est tardive. Ainsi, les propositions les plus intéressantes peuvent être les dernières à arriver.

Individuellement, pour obtenir de nouvelles propositions plus rapidement, vous avez peut-être intérêt à renoncer à certaines propositions en attente. Pour la même raison exposée auparavant, renoncer à certaines de vos propositions est un pari qui ne vous permettra pas d’obtenir de meilleures propositions, mais seulement peut-être de les obtenir plus vite, ce qui peut être important pour préparer votre rentrée dans les temps.

Individuellement encore, pour préparer votre rentrée si la formation implique un déménagement, vous avez peut-être intérêt à accepter définitivement la proposition au plus tôt. Donner une réponse définitive, et par là même être fixé.e sur votre destination au plus tôt, vous donnera un avantage dans la préparation de la rentrée. Cet avantage se retrouve notamment dans les demandes de logements CROUS ou dans la recherche des meilleures locations, ou encore dans l’accès aux meilleurs emplois étudiant.

Collectivement, vous avez tout intérêt à renoncer à vos propositions en attente. Pour la même raison exposée auparavant, renoncer à vos propositions en attente permettra de faire avancer plus vite les listes d’attente, en faveur de vos camarades les plus fragiles. Il sera à leur avantage de considérer le renoncement, au moins aux propositions en attente qui vous intéressent le moins.

L’interprétation des réponses

Interpréter les réponses et propositions sera un réflexe que vous ne pourrez éviter. Voici quelques informations pour mieux vous y retrouver, en fonction de la réponse qui vous est faite :

« Oui »

C’est la réponse la plus agréable et la plus difficile. Il est très agréable d’être admis quelque part, mais cela va vous demander de faire des choix : choix entre les différents « oui » bien sûr, mais aussi choix sur les propositions encore en attente, et le choix d’accepter définitivement la proposition, au détriment de toutes celles qui sont encore en attente.

« Non »

C’est la réponse la plus dure et la plus facile. Ce n’est jamais agréable de se voir opposer un refus, mais cela limite l’embarras de votre choix. Ce serait une erreur d’interpréter un « non » comme « vous n’avez pas le niveau pour réussir ». Dans la majeure partie des cas, il signifie en réalité « nous avons trop de candidats et pas assez de places, il est donc inutile d’attendre pour rien », sans aucune autre forme de considération.

« En attente »

C’est une réponse inconfortable. La patience est votre seule arme. Il faut rester conscient de deux choses.

D’abord, votre rang dans la file d’attente n’est pas un indicateur parfait de vos chances d’admission. Vous pouvez parfaitement être classé.e 300/400 et finir par être admis.e, notamment dans les filières non-sélectives, mais pas seulement ; ou bien être 10/300 et finalement ne pas être admis.e.

Le rang du dernier admis est un indicateur trompeur : c’est le rang de l’an dernier, et il y aura de très fortes fluctuations imprévisibles. Par exemple : l’affichage d’un rang élevé pourra conduire de nombreux candidats à se désister, ce qui augmentera mécaniquement ce rang.

Toute conclusion à propos de votre rang dans la file d’attente n’aurait aucune base rationnelle : renoncer à un vœu parce que vous estimez que vous êtes de toutes façons trop loin pour l’obtenir serait objectivement une erreur.

Ensuite, le classement des candidatures reste très aléatoire, et dépend beaucoup plus du nombre de candidatures et du nombre de places, que de votre profil. Votre rang dans la file d’attente est donc un très mauvais indicateur de votre niveau ou de vos chances de réussite. Ce n’est pas parce que vous êtes classé.e 300/400 que vous ne réussirez pas, et ce n’est pas parce que vous êtes classé.e 10/300 que vous réussirez. Là encore, toute conclusion n’aurait aucune base rationnelle : accepter une proposition en regard de votre classement ne vous apporte strictement aucun avantage en terme de réussite. Ce serait objectivement une erreur.

Enfin, vous avez la possibilité de demander des informations sur la façon dont vous avez été classé.e, afin de mieux comprendre comment vous avez été orienté.e. Il existe deux informations distinctes : d’abord les commentaires émis lors de l’évaluation de votre dossier personnel par la commission d’examen des vœux, ensuite l’algorithme local utilisé pour classer toutes les candidatures.

« Oui si »

Cette réponse indique qu’il vous sera imposé une mesure d’accompagnement. Cependant, il faut savoir que la plupart des commissions d’examen des vœux ont attribué ces « oui si » sans connaissance de leur nature ni de leur moyens. Parfois, vous bénéficierez réellement d’heures d’enseignement supplémentaires adaptées à votre profil, parfois au contraire vos enseignements de première année seront simplement étalés sur deux ans, réduisant au final le nombre d’heures de cours que vous aurez par an. Ce type de mesure peut être un facteur d’échec si vous n’avez pas une très bonne autonomie de travail.

Il est donc crucial de vous renseigner sur la nature et les moyens des mesures d’accompagnement imposées par ce « oui si », afin d’essayer d’évaluer si elle conviennent réellement à votre profil, car ces mesures peuvent en réalité aussi bien être des vecteurs de réussite que d’échec.

Toute interprétation du « oui si » est donc risquée : cette réponse peut aussi bien représenter un avis réservé sur vos chances de réussite, qu’un encouragement à rejoindre la filière. Malheureusement, il est difficile sinon impossible de savoir à l’avance de quel « oui si » il s’agit vraiment.

Pour conclure

Le fonctionnement de Parcousup est totalement nouveau, et, à ma connaissance, unique au monde. Nous ne disposons donc pas encore du recul et de l’expérience nécessaire pour évaluer les conséquences des différentes décisions que vous pouvez prendre. Les propositions que vous recevrez, et notamment votre rang dans les listes d’attente ou les « oui si », ne peuvent pas être interprétés de façon objectivement sûre. Il peut être préférable de totalement les ignorer pour baser votre choix uniquement sur votre envie, à l’exclusion de toute autre forme de considération. Il faut également garder en tête deux choses importantes.

Tout d’abord, Parcoursup est conçu comme un processus long. Il est tout à fait normal d’être en attente, y compris sur la totalité de ses vœux, y compris pendant longtemps. D’un point de vue scientifique, cela ne veut strictement rien dire sur vous, votre niveau, vos chances d’être admis et encore moins vos chances de réussite. La patience est votre seule arme. N’oubliez pas que l’accès à l’Université reste de droit pour tout titulaire d’un baccalauréat : en cas de refus au final de tous vos vœux, saisissez la commission rectorale sans la moindre hésitation, et soyez insistant pour obtenir une formation qui vous convient.

Ensuite, si vous postulez pour la première fois dans l’enseignement supérieur, ne cédez pas à la facilité de croire que vous êtes en train de jouer votre vie. Notre système de formation supérieure est vaste, divers, et (encore) en majorité conçu sur la réorientation. Les possibilités de rebondir sont nombreuses et accessibles, et l’Université reste encore ouverte à toutes et à tous. Vous n’aurez peut-être pas votre « choix du cœur », ni même votre « choix de la raison »… Mais une chose est sûre : vous n’avez encore strictement aucune idée de ce que vous allez trouver. Vous avez autant de chances de vous plaire dans un choix par défaut que d’être déçu.e dans votre choix prioritaire. Restez curieux.se, et vous serez toujours surpris.

Trouver sa voie, réussir ou rater sa vie, ne se fait pas sur un clic dans une interface. C’est un effort de tous les instants, et une plateforme d’accès à l’enseignement supérieur n’y changera rien.

Parcoursup : les universités font leur marché

Et si la véritable évolution de Parcoursup était l’entrée des universités dans le marché de l’enseignement supérieur ?

C’est en tous cas l’idée qui est présentée par le président de l’Université de Poitiers Yves Jean : « Le Plan étudiants va créer un jeu de concurrence entre les universités ». Le sujet est d’ailleurs abordé ouvertement de temps à autres, par exemple : « comment l’équilibre offre-demande – autrement dit le marché du supérieur – a été reconfiguré par Parcoursup », ou encore « Comment la globalisation bouleverse l’université ».

Plutôt que se demander si, oui ou non, les universités devraient participer ouvertement à un marché de l’enseignement supérieur, regardons plutôt de quoi il s’agit, comment cela se passe, et quels sont les conséquences prévisibles à court terme.

Vers une concurrence pure et parfaite…

Un état de marché est défini par une concurrence se rapprochant le plus possible du concept théorique de « concurrence pure et parfaite » qui doit satisfaire cinq conditions :

  1. l’existence d’un grand nombre d’agents économiques indépendants les uns des autres : alors que les candidats sont naturellement indépendants, Parcoursup renforce l’autonomie des universités en permettant à chaque établissement et formation de développer sa propre stratégie de recrutement ;
  2. l’inexistence de barrières qui empêchent d’entrer et de sortir de ce marché : Parcoursup a vocation à intégrer toutes les formations du supérieur et intègre déjà de nombreuses formations privées, dont le développement est impressionnant ;
  3. la disposition d’une information parfaite et complète : Parcoursup améliore sensible l’information donnée aux lycéens, mais en fait aussi à la totalité des acteurs, qui pourront aussi se référer aux nombreux classements des formations et établissement (par exemple ici, ou , et même maintenant des méta-classements) ;
  4. l’homogénéité des produits : dans Parcoursup, toutes les formations sont vues sous l’angle des mêmes indicateurs clés, et l’arrêté Licence vise à créer un nouveau cadre à ces produits ;
  5. la mobilité des facteurs (capital, travail) qui concourent à la production des biens ou des services : même si ce n’est pas directement lié à Parcoursup, développer la mobilité dans l’enseignement supérieur est une priorité politique.

Le site Parcoursup fournit d’ailleurs un outil de recherche puissant dans lequel les formations ont chacune leur fiche produit :

… vue depuis les formations…

Au sein des universités, les formations sont pilotées sur la base de différents indicateurs clés de performance, appelés KPI (Key Performance Indicators), dont les principaux sont :

  • Taux de pression : mesure l’attractivité de la formation par un rapport entre le nombre de candidatures et la capacité d’accueil, 100% est une attraction maximum et 0% une attraction nulle (voir le classement national).
  • Taux de réussite  : mesure la réussite des étudiants par le rapport entre le nombre d’étudiants diplômés et les effectifs, 100% est une réussite totale et 0% un échec total.
  • Taux d’insertion : mesure l’insertion à la sortie de la formation par le rapport entre le nombre de diplômés et le nombre d’étudiants qui trouvent un emploi ou une poursuite d’étude, 100% une insertion de tous les étudiants et 0% une insertion nulle.

Au plus ces trois indicateurs sont élevés, au plus la formation sera considérée comme performante. Ils sont donc cruciaux dans les négociations qui président à la répartition des moyens au sein des universités : un poste d’enseignant sera plus volontiers attribué à une formation présentant des taux de pression, réussite et insertion élevés, qu’à une formation peu demandée, où les étudiants échouent ou se retrouvent au chômage. Cependant, les formations ont peu de prises sur ces indicateurs :

  • augmenter le taux de pression par la publicité comporte un coût non négligeable et les résultats dans le secteur public sont jusqu’ici peu probants ;
  • augmenter le taux de réussite peut se faire en baissant les exigences, mais cela conduit à une baisse des autres indicateurs, ou en améliorant l’enseignement, mais cela nécessite des moyens dont la perspective est politiquement écartée ;
  • l’insertion dépend essentiellement de facteurs extérieurs à la formation, comme le nombre d’emplois disponibles dans le secteur de la formation…

En revanche, Parcoursup permet maintenant de jouer sur un levier très efficace : la capacité d’accueil. Regardons, sur un cas concret, les effets qu’on peut en attendre.

L’impact de la capacité d’accueil sur les KPI

Soit une formation ayant 200 dossiers déposés, 100 candidats qui viendraient vraiment, 35 places en insertion potentielle et une répartition des effectifs comme suit :

  1. 15 candidat issus d’une filière montrant 90% de réussite ;
  2. 70 candidats issus d’une filière montrant 40% de réussite ;
  3. 15 candidats issus d’une filière montrant 10% de réussite.

On peut aisément calculer ses principaux indicateurs clés : 50% de taux de pression, environ 40% de taux de réussite et 80% de taux d’insertion.

En jouant sur sa capacité d’accueil grâce à un algorithme local qui classe les candidatures en fonction des taux de réussite de leur filière d’origine, la filière dispose d’un levier d’action direct sur ses KPI :

La réduction de la capacité d’accueil permet de réduire le nombre d’étudiants ayant peu de chance de réussite ainsi que le nombre de diplômés, et d’ainsi améliorer tous les indicateurs. On pourra d’ailleurs fixer cette capacité d’accueil en fonction d’un objectif particulier. Par exemple, 68 places permettront d’avoir 100% d’insertion, alors que 15 places permettront en plus d’avoir un taux de réussite de 90% :

Il faut noter ici que cette approche néglige d’autres effets de la réduction des effectifs, comme l’augmentation du taux d’encadrement, mais aussi la réduction des budgets alloués par l’université, qui sont souvent fonction du nombre d’étudiants. Cette réduction pousse naturellement à trouver d’autres sources de financement.

Au final, la réduction des capacités d’accueil est une réponse efficace aux manques de moyens. Indépendamment les unes des autres, toutes les formations ont donc intérêt à progressivement réduire leur nombre de places… D’où la nécessité d’une régulation.

… Mais sur un marché régulé…

Si Parcoursup est une avancée selon le cadre théorique d’un marché parfait, totalement dérégulé, et que le choix rationnel sur le plan économique pour une formation est de réduire sa capacité d’accueil, il existe donc un risque d’exclusion des étudiants les moins « rentables » du point de vue des KPI, notamment depuis que la baccalauréat n’est plus le seul critère pour intégrer une filière universitaire. C’est pourquoi il est nécessaire d’établir un organe régulateur avec des pouvoirs forts, notamment sur les acteurs publics.

C’est le rectorat qui a été choisi pour jouer ce rôle de régulateur, et c’est pourquoi le pouvoir de fixer les capacités d’accueil a été transféré des présidents d’université aux recteurs. C’est aussi pourquoi le rectorat a le pouvoir de fixer les quotas minimum de boursiers, ou encore les quotas maximum de candidats hors-académie, dont le pourcentage est l’indicateur principal d’attractivité.

Le site statistique.parcoursup.fr permet d’ailleurs de visualiser et comparer l’attractivité de chaque région, ville, établissement et formation. Par exemple, voici l’attractivité régionale de Panthéon Sorbonne et l’I.U.T de Saint Denis :

    

Ainsi, le rectorat est garant que les formations ne réduiront pas brusquement leur capacité d’accueil, tout en évinçant les candidats boursiers au profit des candidats hors académie afin d’avoir des effectifs rentables à tout point de vue. Notons que les formations privées ne sont pas soumises à cette régulation, ce qui constitue une imperfection du marché, tout comme la non transparence des algorithmes locaux, qui contrevient à la mise à disposition d’une information parfaite et complète. Cette non transparence de la recette pour sélectionner les meilleurs étudiants peut d’ailleurs aussi se comprendre sous l’angle du secret industriel.

Quoi qu’il en soit, l’accès à l’Université est garantie par la loi à tous les bacheliers, ce qui est un frein majeur à la concurrence entre les formations, même si Parcoursup leur permet aujourd’hui de sélectionner leurs étudiants. C’est pourquoi ce jeu de concurrence se fera plus aisément avec le développement de filières d’excellence.

… Qui crée donc sa propre concurrence en interne…

Les filières d’excellence, parfois appelées renforcées ou double-Licences par exemple, se sont largement développées ces dernières années. Si elles occupent le même marché que les filières normales, elle se caractérisent par une sélection accrue des étudiants, légitimée par des particularité pédagogiques souvent réelles. Pour la plupart sans assise légale avant la loi ORE, elles sont aujourd’hui de fait encouragées par Parcoursup. Si ce n’est pas déjà le cas, les filières normales, vouées à accueillir tous les candidats, vont donc être de plus en plus adossées à des filières d’excellence, vouées à accueillir les meilleurs de ces candidats.

Regardons l’impact d’une telle filière sur le cas concret exposé plus tôt.

L’impact d’une filière d’excellence sur une filière normale

Supposons que la régulation du rectorat empêche de baisser la capacité d’accueil de notre formation, rien n’empêche en revanche de créer en parallèle une filière d’excellence dont on contrôlera la capacité d’accueil. La sélection ne se fera donc pas à l’entrée de l’université, mais entre ces deux filières.

La filière d’excellence aura une rareté de places structurelle, donc une meilleur attractivité : le choix rationnel pour les candidats sera de demander les deux filières, et de prioriser la filière d’excellence. Cette dernière recrutera donc les meilleurs candidats, les autres iront dans la filière normale. On peut alors regarder l’évolution des KPI des deux filières selon la capacité d’accueil de la filière excellente :

Sans surprise, la filière excellente, par la simple sélection des meilleurs étudiants, aura des KPI très supérieurs à ceux de la filière normale. Avec une capacité d’accueil d’un groupe TP (15), son taux de réussite sera de 90% contre 35% en filière normale dont elle aura pris les meilleurs étudiants. Les taux de pression et d’insertion seront aussi de 95% et 100% contre moins de 60% et 70%. L’effet de l’augmentation des places dans la filières d’excellence peut rapidement s’avérer dévastateur sur la filière normale. En ouvrant un groupe TD (30), on pourra notamment remarquer l’écroulement du taux d’insertion de la filière normale, dont les diplômés auront un désavantage certains sur le marché du travail et de la poursuite d’étude comparé à ceux provenant de la filière d’excellence :

Lorsqu’on en viendra à discuter de la répartition des budgets au sein de l’université puis au sein de la composante, l’étude rationnelle des PKI conduira à privilégier la filière d’excellence, alors que c’est l’existence même de la filière d’excellence qui plombe les résultats de la filière normale.

… Porté par les meilleures intentions.

Il ne faudra pas ici s’imaginer des universitaires ravis de se lancer avec fougue dans le jeu de la concurrence entre universités, composantes, filières et donc collègues et étudiants. Cependant, il existe de très nombreuses motivations pédagogiques, parfaitement légitimes, au développement des filières d’excellence. On cherchera pas exemple à éviter que les meilleurs étudiants s’ennuient ou se détournent de nos filières, à proposer un accompagnement plus adapté aux étudiants les plus en difficulté, à rehausser le moral des enseignants en leur permettant d’enseigner des programmes expérimentaux dans des groupes plus réduits, ou encore à redorer le blason de la discipline.

En réalité, les raisons ne manquent pas pour développer les filières d’excellence, et elles sont toutes bonnes. En revanche, il ne faudrait pas pour autant négliger ou minimiser l’impact de cette concurrence sur les filières normales, par exemple en invoquant une forme de théorie du ruissellement supposant que la filière normale pourrait également profiter de cette concurrence.

Conclusion

Parcoursup et la loi ORE renversent le paradigme d’affectation des lycéens dans l’enseignement supérieur : alors qu’APB visait d’abord à satisfaire les vœux des candidats avec le baccalauréat pour seul critère, Parcousup vise en premier lieu à permettre aux formations de choisir leurs étudiants en fonction de critères secrètement choisis. Ce nouveau pouvoir met de fait les formations en concurrence pour obtenir les meilleurs candidats. Ces meilleurs candidats conduisent mécaniquement à de meilleurs indicateurs clés de performances, qui eux-même conduisent à des arbitrages budgétaires plus favorables ainsi qu’à une meilleure attractivité de la formation, qui elle-même conduit à une concurrence accrue entre les candidats pour obtenir cette formation, qui conduit ensuite à une plus grande concurrence entre les filières…

Ce cercle, vertueux pour certains, vicieux pour d’autres, ne peut se faire qu’au détriment des formations réellement ouvertes, dont les indicateurs clés de performances sont nécessairement impactés, ne serait-ce que la fuite des meilleurs candidats et la façon dont sont fait les arbitrages budgétaires au sein des universités.

Parcoursup est en réalité un formidable outil de mise en concurrence des filières sur un marché de l’enseignement supérieur ouvert, qui accélère naturellement le développement d’études supérieures universitaires « à plusieurs vitesses ». C’est là la stricte loi du marché. Mais il faut aussi se rappeler que le seul objet d’un marché est de fixer le juste prix d’un bien ou d’un service. 

Et dans l’Université, les petits poissons mangent les grands… 

Parcoursup : Tirage au sort, fin ou généralisation ?

La fin du tirage au sort est l’argument principal motivant la réforme de l’accès à l’Université… Mais dans quelle mesure s’affranchit-on du sort avec Parcoursup ?

Selon le CRTL, le sort est un « hasard auquel on se remet pour effectuer un choix, pour décider de l’issue d’une affaire ». Le tirage au sort à l’entrée de l’Université était en ce sens clair : on s’en remettait au hasard pour classer les candidatures. Pour l’éviter, l’outil d’aide à la décision de Parcoursup permet de faire un classement qui repose sur deux critères quantitatifs fournis par défaut : la moyenne pondérée des notes de contrôle continu du lycée, et la fiche avenir.

Analyse du classement par la moyenne des notes de contrôle continu

Il s’agit là de l’élément principal de classement des candidatures, et sans doute le plus solide. Personne ne niera la différence de niveau entre un candidat ayant 18 et un ayant 3. Mais en réalité, aucune formation ne recrute que des candidats ayant 18 et ne refuse que des candidats ayant 3. Il faut donc étudier la pertinence du classement pour les candidats entre ces deux extrêmes.

Considérons les notes de contrôle continu comme objectives et pertinentes, mais reconnaissons qu’il faut leur considérer une marge d’erreur : deux candidats strictement identiques qui rendraient les mêmes copies aux mêmes professeurs n’obtiendraient pour autant pas exactement les mêmes notes… Et ces notes seraient encore plus différentes avec des examens différents, des correcteurs différents, dans des classes ou des lycées différents…

Une étude menée par Florent Tétard montre, sur un échantillon de 12000 lycéens, que la marge d’erreur peut être très grande : par exemple, ceux ayant 11 en contrôle continu peuvent obtenir aussi bien 3 que 18 à l’épreuve du bac.

Mais prenons les choses dans l’autre sens, par exemple avec les données des candidats au DUT informatique où j’enseigne. L’échantillon a été réduit aux candidats de série S afin d’éliminer les biais dus aux différentes filières, soit 874 candidats. On peut alors se poser la question : Quelle marge d’erreur est nécessaire pour faire un classement solide ?

Distribution des moyennes

Sur nos 874 candidats, nous allons, grossièrement, initialement en appeler 90. Ces 90 candidats seront donc admis d’office, et au delà, les admissions se feront par désistement. Ainsi, à partir du rang 91, le classement prend de plus en plus d’importance pour l’admission ou non du candidat… Jusqu’au rang du dernier admis, où chaque place compte.

La moyenne du dernier admis d’office est de 14,140. Donc plus la moyenne du candidat s’éloigne de 14, plus son admission devient incertaine. Or, l’étude de la distribution des moyennes montre que la densité des candidats augmente très vite en dessous de 14 : c’est 15% de nos candidats qui ont une moyenne entre 13 et 14, et presque un quart entre 12 et 13, et encore presque un autre quart entre 11 et 12 :  

Écarts entre les moyennes des candidats successifs

Plus l’écart entre les moyennes de deux candidats est faible, et plus la marge d’erreur doit être faible pour assurer la pertinence du classement. Mais l’étude de l’écart entre les moyennes des candidats successifs montre qu’au plus on s’éloigne du dernier candidats admis d’office (marqué avec une barre verticale), au moins l’écart qui sépare les candidats successif est significatif :

Lorsqu’on regarde la distribution de ces écarts, on réalise que la précision de Parcoursup, qui va pourtant jusqu’au millième de point, n’est même pas encore suffisante puisque pratiquement 10% des candidats successifs ne sont pas départagés. Presque 12% sont départagés par 0,001 point et 0,002 points, et presque 10% par 0,003 points… En tout, ce sont 74% des candidats successifs qui sont départagés par moins de 0,01 point, c’est à dire une valeur qui n’est même pas visible sur les bulletins scolaires (les 1% de candidatures départagées par plus de 0,1 point ne sont pas tracées) :

Proportion de candidats confondus en fonction de la marge d’erreur

On peut également s’affranchir des candidatures successives et étudier, en fonction de la marge d’erreur, la proportion de candidats confondus et leur nombre, c’est à dire ceux dont l’écart de moyenne est inférieur à la marge d’erreur :

  • Avec une marge de 0,001 points, presque trois quarts des candidats sont parfaitement départagés, mais encore plus d’un quart sont confondus avec jusqu’à 5 autres candidats.
  • Avec 0,01 point (marge du bulletin scolaire), plus que 10% des candidats sont parfaitement départagés, et plus d’un quart sont confondus avec jusqu’à 10 autres candidats.
  • Si on augmente encore la marge d’erreur à 0,1 point, une écrasante majorité des candidats se confondent avec 45, et même 90 autres, c’est à dire avec la moitié, ou la totalité, du nombre de candidats qui seront finalement admis.
  • Finalement, avec une marge d’erreur de 0,5 point, qui parait pédagogiquement raisonnable, plus des trois quarts des candidats sont confondus avec plus de candidats que nous n’avons de places. Certains sont même confondus avec 238 autres candidats, c’est à dire plus de 2,6 fois notre nombre de places. 

Conclusion sur le classement par la moyenne des notes de contrôle continu

La majorité des candidats sont reçus par désistement. Cependant, on constate que la pertinence de leur classement nécessiterait un marge d’erreur de l’ordre du millième de point, voire inférieure. En réalité, pour cette majorité de candidats, l’écart entre les moyennes est très largement inférieur à une marge d’erreur raisonnable. Le classement des candidatures devient alors essentiellement dû au hasard, donc s’apparente à du tirage au sort.

Analyse de la prise en compte de la Fiche Avenir

Concrètement, l’interface de Parcoursup ressemble à la capture ci-après. La « note finale » est celle qui sert au classement. Elle est calculée à partir de la moyenne des notes de contrôle continu, de la « note fiche avenir », et des éléments examinés par la commission d’examen des vœux. La note de la fiche avenir est calculée au millième à partir des « valeurs sur 20 » que l’outil d’aide à la décision encourage à attribuer aux appréciations des enseignants du lycéen.

Le graphique ci-dessous compare le classement fait à partir des notes de contrôle continu, avec le classement fait à partir de la moyenne entre ces notes et celles de la fiche avenir. Chaque point représente un candidat en fonction de son rang dans les deux classements : les premiers du classement sont en bas à gauche. La diagonale départage les candidats qui gagnent des place (en dessous) ou en perdent (au dessus). Les barres verticales et horizontales indiquent le rang du dernier admis d’office.

On constate que le classement peut être substantiellement modifié par la prise en compte de la fiche avenir : sur les 874 places, les candidats gagnent ou perdent en moyenne plus de 120 places, et jusqu’à 577 places pour le cas extrême. 30% des candidats admis d’office sont même différents d’un classement à l’autre. Par exemple, le candidat au rang 34 passera, avec la prise en compte de la fiche avenir, au rang 293 : au lieu d’être admis d’office, il devra espérer que plus de 200 candidats se désistent devant lui.

Conclusion sur la fiche avenir

Selon la configuration, la prise en compte de la fiche avenir n’est donc pas un simple ajustement, mais bien un bouleversement du classement. Ce bouleversement repose entièrement sur la pertinence des appréciations formulées. Mais l’expérience montre que les candidats peuvent parfaitement avoir un avis « Très satisfaisant » alors que leur échec est une quasi-certitude. En réalité, si les enseignants du lycée peuvent forger leur avis sur une bonne connaissance du lycéen, il n’est pas raisonnable de leur imposer de connaitre les 13000 formations proposées dans Parcoursup, ni même les appréciations données à des lycéens équivalents dans tous les lycées de France. Un même candidat peut donc en réalité avoir des avis très différents.

Le bouleversement du classement par la prise en compte de la Fiche Avenir nécessiterait une marge d’erreur impossible à assurer. Cette modification du classement relève donc plus du sort que du parcours du candidat.

Les choix des commissions d’examen des vœux

Pour rester la plus neutre possible, l’étude jusqu’ici n’a pas utilisé de pondération particulière. Or, dans chaque formation, une commission d’examen des vœux doit fixer de nombreuses pondérations : pour la moyenne des notes de contrôle continu, pour les notes et la pondération de la fiche avenir, et pour les notes et pondérations des élément à examiner.

Il n’existe aucun cadrage national. Aussi ce jeu de pondération peut changer du tout au tout pour les 13000 formations de Parcoursup, y compris pour un même diplôme, y compris selon la filière d’origine du candidat. En clair, un même candidat pourra ne pas être classé du tout selon les mêmes règles d’une formation à l’autre. Et il n’existe aucun moyen de connaitre ces règles à l’avance. Et même si cette pondération améliore la pertinence du classement dans son ensemble, elle ne peut pas s’affranchir des marges d’erreurs démontrée ci-dessus. La chance jouera donc à plein. Encore une fois, le classement ne dépendra donc pas seulement du candidat, mais aussi énormément du sort.

Conclusion

On a ainsi montré que la majorité des candidats ne peuvent pas réellement se distinguer les uns des autres uniquement par leur dossier Parcoursup. En réalité, les marges d’erreur des notes ne peuvent pas être inférieures à l’écart entre les moyennes des candidats, dont la majorité est de l’ordre du millième de points. De plus, les outils d’aide à la décision, très faciles à utiliser mais difficile à maîtriser, peuvent réellement bouleverser le classement de façon imprévisible. Enfin, les règles d’examen des 13000 formations de Parcoursup étant différentes et non divulguées, un même candidat pourra en réalité être classé de façon totalement différente selon où il postule, et sans aucun moyen de le prévoir. En conséquence, pour la majorité des candidats, la décision d’admission s’apparente en réalité plus à un forme de tirage au sort qu’à une sélection juste et éclairée.

Piste d’explication

Il est a ce stade important de donner une piste d’explication de la source de ce tirage au sort. En réalité, les notes de contrôle continus et appréciations sont des outils formidables. Les notes permettent d’objectiver beaucoup de choses, comme la maîtrise d’une notion, l’évolution d’un élève, ou son niveau dans sa classe. Les appréciations de la fiche avenir donnent un avis sur un projet. Ces choses permettent à l’élève de se situer et à l’enseignant de s’adapter.

En revanche, ces notes et appréciations sont de très mauvais outils pour classer les candidatures : données dans des contextes différents, par et pour des personnes différentes, pour des finalités différentes aussi, elles sont globalement sans pertinence lorsqu’il s’agit de les comparer les unes aux autres, et encore moins au millième de point près. Les notes ne contrôle continu ne peuvent pas être utilisées comme les résultats d’une épreuve de concours, pas plus que les appréciations ne peuvent être utilisées comme les résultats d’une audition. En utilisant ces notes et appréciations à contre emploi, non seulement nous commettons une erreur de raisonnement, mais en plus nous prenons le risque de modifier leur sens et leur finalité dans l’enseignement secondaire, sans doute au détriment de leur utilité première.

Parcoursup : le compte n’y est pas…

Enfin des chiffres concrets ! Le dossier de presse intitulé « Parcoursup 2018 au service de l’orientation et de la réussite des futurs étudiants » est un document clé pour évaluer les chances de réussite de la loi ORE.

DPparcoursup

Les principales informations sont ici, mais il reste nécessaire de faire un focus sur les moyens.

Focus sur les moyens

DPPSbudgets

Près de 8 millions d’euros dès 2018 pour reconnaître l’engagement pédagogique des enseignants-chercheurs et des personnels

PSDPbudgetTaches

Il s’agit de 7 841 661€ très exactement, attribués à « la mise en place de parcours personnalisés ou de l’examen pédagogique des vœux formulés par les candidats sur Parcoursup« . Ces moyens sont déclinés par université, par exemple l’Université de Strasbourg recevra 176 624€ pour ces tâches supplémentaires. Il faut noter que rien n’indique que ce financement sera pérenne.

Pour comprendre ces chiffres, on peut faire le calcul suivant : 8M€ de budget, 3 millions de vœux à étudier à l’Université, à 50€ l’heure complémentaire chargée : ce budget finance 3 minute de travail par dossier, pendant laquelle il faudra : lire les bulletins scolaires de première et terminale, le projet de formation motivé, les appréciations de la fiche avenir pour vérifier sa cohérence, vérifier la véracité des certificats fournis, décider des bonifications à appliquer et ajouter un commentaire qui pourra être consulté par le candidat. Cela sans compter l’indispensable phase de vérification/homogénéisation des décisions prises. C’est proprement impossible.

Sachant que ce financement ne couvre pas seulement l’étude des dossiers de candidatures, mais aussi la mise en place des parcours personnalisés, on peut affirmer que le compte n’y est pas.

Près de 33 millions d’euros pour les places supplémentaires en 2018 et 2019

PSDPmoyens

Il s’agit de 33 025 654€ très exactement et « 19 000 places auront ainsi été identifiées et financées pour accueillir davantage d’étudiants dans les formations du premier cycle à la rentrée. Elles témoignent de l’engagement du Gouvernement au service de l’accueil du plus grand nombre dans l’enseignement supérieur ». Encore une fois, rien ne dit que ce financement sera pérenne.

Pour comprendre ce chiffre, il faut encore faire un calcul : 33M€, à 11k€ l’année universitaire, cela fait environ 3000 places réellement financées, soit 15% des 19000 places annoncées. Là encore, on peut affirmer que le compte n’y est pas. Et il n’y est d’autant pas que les nouvelles mesures d’accompagnement doivent permettre un meilleurs passage en deuxième année, et donc une inflation des effectifs à moyen terme.

Conclusion

Avec moins de trois minutes financée par étude de dossier de candidature et un financement de seulement 15% des nouvelles places crées pour Parcoursup, le compte n’y est pas. Et avec un financement sur ces deux premières années de 63M€, on peut s’interroger sur la faisabilité d’atteindre, sur 5 ans, 500M€+450M€, soit presque 1Md€.

Enfin, il faut noter que ce dossier de presse annonce 1490 places dans le Grand-Est, ce qui confirme que le ministère a utilisé la méthode de calcul que j’expliquais dans « Parcoursup : Comment créer des places à l’Université (d’un coup de baguette magique) ? » : les créations de places annoncées se font donc bien indépendamment des moyens, comme du nombre de chaises et de profs.

IA for Parcoursup : l’orientation des bacheliers enfin révolutionnée !

Hier soir était l’échéance pour la confirmation des voeux des bacheliers sur la plateforme Parcoursup. Les enseignants du supérieur peuvent maintenant accéder aux dossiers de candidature à leur formation et apprécier les modifications apportées à l’outil d’aide à la décision d’APB.

La grande surprise est l’apparition d’un module “IAforParcoursup”, qui permet enfin d’utiliser les dernières avancées disruptives dans les domaines du Deep Learning et du Big Data pour un recrutement 4.0.

Cedric

Le paramétrage est très simple et guidé pas-à-pas par un assistant, Cédric, fort utile. La première étape consiste juste à choisir quel type de recrutement on souhaite effectuer :

  • “Filière d’excellence” pour avoir une sélection assez agressive ;
  • “Filière sans sélection sociale” pour éviter tous les critères reconnus comme des biais de sélection sociale ;
  • “Filière impopulaire” pour remplir les rangs à tout prix.

C’est très simple, et mes premiers essais sont très concluants : tous les élèves issus de filières défavorisés qui n’ont pas un profil exceptionnel sont bien filtrés avec la première option ; la deuxième annule la quasi totalité des critères de sélection et notamment le Lycée d’origine, donc les notes de contrôle continu et appréciations ; enfin, la troisième fait un classement inversé des candidatures.

Un deuxième ensemble de paramètres permet d’aller plus loin dans la configuration de l’IA de sélection :

  • “Prédire les performances scolaires” permet de savoir non seulement les étudiants qui vont réussir, mais aussi les mentions qu’ils vont obtenir ;
  • “Prédire le parcours universitaire et professionnel” permet de savoir si les étudiants vont se réorienter ou poursuivre leurs études, jusqu’à quel niveau d’étude et dans quelle filière, et même de savoir dans quel type d’entreprise ils seront recrutés et à quel niveau de salaire ;
  • “Prédire les événements extra-scolaires” permet de prendre en compte tout ce qui impacte les études sans être scolaire : synergies de groupe, liaisons et ruptures amoureuses, événements familiaux, déprimes, soucis de santé, découverte de l’autonomie, sortie d’un jeux vidéo particulièrement prenant, résultats sportifs des équipes nationales et locales, etc.

J’ai pu essayer ces différentes prédictions sur les cohortes précédentes, et, même si ce n’est pas aussi impressionnant que le tri des candidatures, force est de constater que ça marche assez bien : 63% des couples et ruptures de nos étudiants ont été détectés avec succès, et 43% des autres événements personnels. Pour l’instant, IA for Parcoursup se limite à la fouille des profils publics des réseaux sociaux. Nul doute qu’il sera grandement amélioré lorsqu’on aura accès au profils et conversations privées. Une négociation entre le ministère et Facebook est en cours en ce sens.

En revanche, 98% des prédictions de poursuite d’étude sont justes, et 84% des embauches et niveau de salaire. C’est très intéressant, puisque si ces prédictions se confirment, dans quelques années il sera possible d’embaucher directement les bacheliers dans la bonne entreprise, au bon niveau de salaire. L’Université pourrait ainsi faire de substantielles économies en n’ayant plus à prodiguer des cours (dont la plupart sont inutiles, il faut bien l’avouer) pour remplir sa mission d’insertion professionnelle.

 

remetterdelhumain

Enfin, il a été ajouté une fonctionnalité optionnelle mais essentielle pour les enseignants qui souhaitent “remettre de l’humain” dans leur procédure de recrutement : un bouton très efficace a été ajouté à cet effet. Cliquer dessus pour chaque dossier prend du temps (1495 fois pour nous cette année quand même !), mais on peut limiter la charge de travail en distribuant cette tâche entre les membres de l’équipe pédagogique. C’est en tous cas un bien faible prix à payer pour conserver notre conscience pédagogique !