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Petits manuels

Lycée : Petit manuel de choix des spécialités à l’usage des futurs candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes au Lycée et vous devez choisir 3 spécialités pour votre Première, puis seulement 2 pour votre Terminale. Ce choix va conditionner vos chances de poursuite d’étude dans l’enseignement supérieur. Ce petit guide a vocation d’expliquer comment.

Comment votre candidatures sera étudiée dans Parcoursup ?

Après votre Bac, pour poursuivre vos études dans l’enseignement supérieur, vous devrez utiliser la plateforme Parcoursup. Vous y indiquerez les formations que vous visez, puis remplirez un dossier un ligne. Ce dossier, vos notes, bulletins scolaires et appréciations de votre équipe pédagogique seront transmis à chacune de ces formations.

Ensuite, chaque formation classera les candidatures en fonction de ces éléments et vous serez admis seulement si votre classement le permet, et ce pour toutes les formations, y compris celles dites « non-sélectives ».

Malheureusement, les méthodes de classement de candidature diffèrent entre toutes les formations, y compris pour une même filière dans les établissement différents. De plus, ces méthodes, appelées parfois « algorithmes locaux », sont tenues secrètes. Vous n’avez donc aucun moyen de savoir précisément comment votre dossier sera examiné, et pas extension comment les spécialités que vous aurez choisi impacteront vos chances d’admission.

Cependant, une règle simple peut être établie : plus la formation que vous visez est sélective, plus le choix de vos spécialités aura de l’impact.

Comment peuvent être utilisées les spécialités dans les classements ?

Même si c’est techniquement possible, il est très peu probable que les spécialités soient ignorées dans les classements Parcoursup. Il y a deux façons de les prendre en compte :

  • les points bonus : dans cette approche, on va attribuer un certain nombre de points bonus à chaque spécialité, en fonction de son adéquation avec la formation supérieure. Par exemple, on va pouvoir ajouter 2 points à votre moyenne si vous avez pris des spécialités adaptées, ce qui vous fera passer devant les candidats qui ont la même moyenne mais pas les bonnes spécialités.
  • les spécialités obligatoires : dans cette approche, on va classer en premier toutes les candidatures qui ont pris les spécialités adaptées à la formation. Ainsi, quelle que soit votre moyenne, avec les bonnes spécialités, vous serez classé devant tous les candidats n’ayant pas ces spécialités.

Bien sûr, un mix des deux méthodes est parfaitement possible. Par exemple, on pourra classer en premier tous les candidats qui ont la spécialité A, puis ajouter 2 points à tous ceux qui ont la spécialité B.

Le choix des spécialités conditionne donc vraiment vos chances d’admission dans l’enseignement supérieur, au delà bien sûr du fait qu’elle vous prépare pédagogiquement à y réussir.

Concrètement, quelles spécialités choisir ?

Même si vous ne savez pas exactement comment les spécialités seront utilisées, les choix restent relativement logiques. Inutile d’espérer faire des études supérieures en sciences si vous n’avez pas pris la spécialité mathématiques.

Pour vous aider à choisir, vous pouvez consulter le site www.horizons2021.fr

En sélectionnant les spécialité à gauche, vous pourrez visualiser à droite vos avantages/handicaps indicatifs dans les classements Parcoursup : plus la filière est claire plus vous serez avantagé, plus elle est sombre plus vous serez handicapé dans les classements.

En consultant les sources du site, vous pourrez voir plus précisément les pondérations de chaque spécialité pour chaque filière. Pour rappel, ce sont seulement des indications, et en aucun cas la façon dont les candidatures seront réellement classées.

Pour quelques filières, vous pouvez aussi consulter les recommandations de L’Etudiant.

Diplômes universitaires de technologie (DUT)

Un travail conséquent a été fait pour identifier les spécialités adaptées à chaque filière des Institutes universitaires de technologie (IUT). Attention, ce document n’est ni officiel, ni contractuel. Comme toutes les informations ici, il est purement indicatif.

Pour bien interpréter ce tableau, il faut un peu traduire : « très adapté » = indispensable, « adapté » = pas éliminatoire, « complémentaire » = inutile pour candidater. Notez bien qu’il s’agit seulement des filières IUT, donc courtes et professionnalisantes, ce qui explique la colonne « Littératures, langues et cultures de l’antiquité ». Notez également la colonne « Mathématiques », qui reste la matière incontournable.

Prépas scientifiques

L’union des professeurs de classes préparatoires scientifiques indique qu’il faut « choisir trois spécialités scientifiques : Mathématiques, Physique-Chimie, et une parmi Numérique et sciences informatiques, Sciences de l’ingénieur, Sciences et vie de la terre ».

Première année commune aux études de santé (PACES)

Pour faire des études en santé, on sait seulement que la spécialité SVT va devenir « incontournable ».

Etudes scientifiques, Licences en particulier

La conférence des Doyens et Directeurs des UFR Scientifiques des Universités Françaises recommande « fortement à tous les lycéens qui envisagent des études scientifiques de choisir l’option “mathématiques” pour l’année de première » ainsi que « la conservation des mathématiques en terminale ».

La paire qui ferme le moins de portes est Mathématiques + Physiques Chimie, cependant un choix devra être fait entre Physique Chimie et SVT en terminale pour une poursuite d’étude en Sciences de la vie et/ou de la terre.

Faut-il changer de lycée pour obtenir une spécialité ?

Tous les lycées ne proposeront pas toutes les spécialités, et certaines spécialités ne seront disponibles qu’en changeant de lycée, voir d’académie. Vous pouvez consulter cette carte pour voir les spécialités offertes par les lycées.

Néanmoins, les spécialités les plus importantes seront probablement disponibles partout. Les spécialités plus rares seront moins avantageuses/handicapantes dans les classements Parcoursup. Changer de lycée pour cette seule raison ne semble pas, pour l’instant, recommandé.

Cependant, vous pouvez tout à faire prendre cette décision pour des raisons d’intérêt pédagogiques : si vous souhaitez absolument faire de l’informatique, pourquoi ne pas en faire tout de suite en allant dans un lycée qui propose cette spécialité ?

Gardez cependant en tête que les lycées sont de niveaux très différents : changer pour obtenir une spécialité au prix d’une baisse de niveau, tout comme choisir une option qui ne vous plait pas seulement pour changer de lycée, sont des choix qui doivent être scrupuleusement pesés. 

Faut-il choisir des spécialités dans deux domaines différents ou changer de spécialité entre la Première et la Terminale ?

Indécis, on peut être tenté de choisir des spécialités dans deux domaines différents, comme Arts et Sciences de l’ingénieur par exemple, ou de changer de spécialité. Du strict point de vue des chances d’admission dans l’enseignement supérieur, cela représentera un handicap certain. Cependant, d’un point de vue pédagogique, c’est un choix qui vous revient.

Le nouveau lycée vous offre plus de liberté, l’opportunité de construire votre parcours plus tôt… Mais cette liberté vient nécessairement avec les responsabilités afférentes : ces décisions qui vous sont demandées auront des conséquences.

Dont-on avoir peur ? Peut-on changer d’avis ensuite ?

Oui et non. Ce sont clairement des décisions importantes. Cependant, ce système est encore neuf, et jusqu’à présent le système de formation français tirait sa force de ses possibilités de ré-orientation, pour lesquelles nous avons, de loin, la première place mondiale. Ces possibilités de ré-orientation continueront de s’offrir à vous, y compris après votre admission dans l’enseignement supérieur.

De plus, l’Université reste encore très ouverte, et malgré ce que vous pourrez entendre, propose des formations d’excellente qualité. Quelles que soient les spécialités que vous choisirez, vous y aurez encore un large choix de formations.

Enfin, n’oubliez pas que les équipes pédagogiques sont là pour vous accompagner. Rapprochez-vous de vos enseignants pour recueillir leurs conseils puis forgez votre propre avis. Plus vous vous intéresserez à votre parcours, plus vos choix seront faciles à faire… Mais vous ne pourrez jamais contrôler totalement leurs conséquences. C’est peut-être votre premier choix d’adulte.

Parcoursup : Petit manuel de formulation des vœux à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

Vous êtes en Terminale cette année, et vous allez devoir bientôt formuler vos vœux d’admission dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup. Ce petit manuel a pour vocation de vous donner quelques indications relatives à la bonne utilisation des informations que vous trouverez sur cette plateforme, de vous proposer une méthode de définition et de hiérarchisation des vœux, et de dissiper les principales incertitudes qui entourent généralement ces vœux et leur traitement. 

Comment trouver les formations qui vous intéressent ?

Le site parcoursup.fr est un moteur de recherche des formations du supérieur qui vous permettra de faire une première sélection en fonction de vos préférences. Pour chaque formation, plusieurs rubriques permettent de s’informer.

Faut-il considérer la rubrique « Caractéristiques » ?

Les « attendus » sont des indications des prérequis nécessaires à la réussite dans une formation. Ils peuvent être intéressants pour « voir s’ils vous parlent ». Malheureusement, leur rédaction est souvent ambiguë au point où toute interprétation est impossible. Je suis, par exemple, bien incapable d’expliquer ce que signifie « Connaître les réalités culturelles » des attendus de ma propres formation. Enfin, les attendus ne sont pas les critères de sélection, qui eux sont tenus strictement secrets.

En clair, les « attendus » doivent être considérés comme une description de la formation, et non comme une façon de savoir si vous allez y réussir.

Faut-il considérer la rubrique « Examen des dossiers » ?

La rubrique « Examen du dossier » donne de vagues indications sur la façon dont les candidatures seront triées. La méthode exacte étant tenue secrète, et ne connaissant pas les dossiers des autres candidatures, ces informations vous seront de peu d’intérêt. Encore une fois, vous devez les considérez comme une description de la formation et non pour une évaluation de vos chances d’admission ou de réussite.

En outre, cette rubrique vous indiquera si une épreuve supplémentaire est prévue. De telles épreuves peuvent cependant être de simples tests de motivation (pour voir qui va faire le déplacement) ou relever d’une pratique commerciale (pour faire croire que vous êtes parfaitement adapté au cursus). Vous n’aurez aucun moyen de le savoir par avance, sinon le bouche-à-oreille.

Faut-il considérer la rubrique « Réussite / Débouchés »

Cette rubrique présente les possibilités de poursuite d’études et/ou débouchés professionnels de la formation. C’est à la fois une indication forte si vous avez déjà une profession en vue, et assez inutile si vous n’en avez pas encore une bonne idée. En revanche, il est fortement déconseillé de considérer la partie « données », dont les chiffres ne vous donneront aucune indication fiable : un taux de passage/réussite bas peut tout aussi bien indiquer des études difficiles qu’ennuyeuses ou encore l’absence de sélection à l’entrée ; un taux haut peut tout aussi bien indiquer un accompagnement pédagogique efficace que l’absence d’exigence pédagogique ou encore une sélection dure à l’entrée.

En outre, lorsque les données sont nationales, elles peuvent très fortement varier d’un établissement à l’autre. Les données sont donc non seulement inexploitables mais en plus parfois non fiables.

Faut-il considérer la rubrique « Contexte et chiffres » ?

Cette rubrique vous indiquera le nombre de places et le nombre de candidats dans la formation l’an dernier. Ces informations peuvent varier, notamment le nombre de candidats. Cependant, même sans variation, elle ne vous seront d’aucune utilité : vous n’avez aucune idée de comment vous serez classé, ni du nombre désistements qu’il y aura.

Le taux de candidats boursiers ou hors secteur n’est pas plus utile sans connaitre le nombre candidats concernés. Il est donc fortement conseillé d’ignorer ces informations.

Faut-il considérer les « Frais » ?

Oui. Les études peuvent coûter cher et représenter un investissement. Cependant, le marché des formations est très particulier : le coût n’y fait pas la valeur. En clair, ce n’est pas parce qu’une formation est plus chère qu’une autre qu’elle sera mieux pour autant. Les frais ne doivent donc pas être un critère d’adoption, mais un critère d’élimination si vos moyens ne suivent pas.

Quelle stratégie de formulation des vœux ?

En premier lieu, il convient d’éliminer toute stratégie qui viserait à augmenter vos chances pour une candidature précise. Vos vœux ne seront pas connus des formations qui classeront vos candidatures. Vous pouvez donc les formuler de la façon la plus sincère possible sans désagrément.

Quels sont les catégories de vœux ?

On peut grossièrement classer les vœux en trois catégories :

  • Les vœux de cœur : ce sont les formations que vous rêvez de faire, indépendamment de votre niveau ou de vos chances d’admission. Pour les sélectionner, il convient donc de ne considérer que votre envie et les contraintes matérielles (coût, facilité de logement et éloignement géographique), à l’exclusion de tous les autres critères de choix. 
  • Les vœux de raison : ce sont les formations que vous estimez pouvoir réussir et qui vous intéressent sans nécessairement vous faire rêver. Pour les sélectionner, il convient de vous baser sur vos résultats scolaires : ce sont les disciplines où vous êtes bons sans trop fournir d’effort.
  • Les vœux de sécurité : ces sont les formations où vous êtes quasiment certains d’être pris, dans une discipline que vous exploreriez volontiers. Il s’agira généralement d’une Licence dans l’université la plus proche, sur un intitulé qui vous attire (ou ne vous rebute pas), après avoir vérifié qu’elle n’était pas « en tension » (généralement : STAPS et psycho, éventuellement droit et PACES).

Veillez à avoir au moins 1 vœu dans chacune de ces catégories, quitte à piocher un peu au hasard si une catégorie ne vous inspire pas plus que ça. 

Comment hiérarchiser ses vœux ?

La hiérarchisation des vœux n’est plus obligatoire. Cependant, sans hiérarchisation, vous resterez en permanence dans le doute. Or, il est facile de hiérarchiser les vœux par catégorie : d’abord les vœux de cœur, ensuite les vœux de raison, enfin les vœux de sécurité. Inutile de hiérarchiser vos différents vœux dans chaque catégorie pour l’instant, vous pouvez attendre les réponses des formations.

Faut-il faire un surplus de vœux ?

A partir du moment où vous avez 1 ou 2 vœux de sécurité, il est inutile d’en faire plus. En conséquence, il est inutile de postuler à des formations dont vous savez pertinemment que vous ne voulez ou ne pouvez pas y aller. Cela concerne les « vœux multiples » pour les formations dites sélectives (prépa, DUT, BTS) : inutile de postuler dans toute la France si vous n’êtes pas réellement mobile géographiquement. Cela concerne aussi les vœux « au cas où », qu’on formule mais avec l’envie de les refuser.

Vous devez être conscient qu’à partir du moment où vous formulez un vœu, on pourra vous en imposer l’affectation sur le mode « à prendre ou à laisser ». En clair, vous risquez d’être considéré comme satisfait et sans possibilité de recours, mais avec une affectation trop loin de chez vous et sans possibilité de logement, ou dans une formation que vous n’avez vraiment pas envie de suivre, . 

Pour aller plus loin…

Comment évaluer vos chances de réussite dans une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chances de réussite. Les formations sélectives exigeantes n’arrivent jamais à un taux de 100% de réussite, ce qui prouve bien qu’on ne sait pas prédire la réussite des étudiants. De nombreux événements vont impacter vos études, qui n’ont a priori rien à voir avec vos études, et vous ne pouvez pas les connaitre à l’avance. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, un critère va lourdement peser : celui de devoir travailler pour financer vos études. Il s’agit là du premier critère d’échec dans les études. Pesez scrupuleusement votre motivation avant d’accepter une affectation qui vous obligerait à cumuler un emploi avec vos études. 

Enfin, vous devez être conscient que par réussite/échec, on entend « obtenir/rater le diplôme ». Or, échouer à un diplôme peut vous apporter beaucoup (par exemple par la découverte d’une autre discipline), et l’obtenir peut vous faire perdre beaucoup (par exemple par vous retrouver dans une voie qui vous ennuie).

Comment évaluer vos chances d’être admis à une formation ?

Vous n’avez strictement aucun moyen d’évaluer avec certitude vos chance d’admission. Une formation peut sembler bouchée et en réalité être très fluide (beaucoup de candidats qui renoncent) comme sembler ouverte mais être en réalité bouchée (très peu de candidats mais qui acceptent). 

De plus, les critères de tri des candidatures sont tenus secrets, et vous ne connaissez pas les dossiers des autres candidats. En conséquence, tout pronostic de votre part serait illusoire. Utiliser les nombreux indicateurs disponibles sur la plateforme Parcoursup à cette fin serait une grave erreur.

Cependant, les journées portes ouvertes sont de très bonnes occasions de discuter de votre profil avec les équipes pédagogiques qui classeront les candidatures. C’est donc un moment privilégier pour obtenir quelques indications. De plus, l’expérience de vos enseignants et PsyEN pourra vous être utile. Ne considérez pas ces avis comme des certitudes, mais ne vous en privez pas non plus.

Est-ce que l’admission dans les formations dites « non-sélectives » est garantie ?

Non. Les formations dites « non-sélectives » classent les candidatures et les admissions sont limitées au nombre de places disponibles, exactement comme les formations dites « sélectives ». 

Il y a néanmoins deux différences : 
– si vous n’êtes pas suffisamment bien classé pour être admis, les formations dites « sélectives » peuvent vous répondre « non » tout de suite pour vous éviter d’attendre pour rien ;
– les formations dites « non-sélectives » peuvent vous imposer une mesure d’accompagnement « oui si », généralement selon votre filière d’origine. Cette mesure peut être une opportunité et/ou une contrainte, à vous d’en juger.

Est-ce que votre lycée d’origine va jouer dans vos chances d’admission ?

Vous n’avez aucune possibilité de le savoir : certaines formations « redressent » les notes en fonction du lycée d’origine, d’autres non, et elles n’ont aucune obligation de l’annoncer. En clair, votre lycée d’origine pourra jouer en votre faveur ou votre défaveur, mais vous ne pourrez jamais savoir dans quelles formations ni dans quelle mesure. 

Il convient donc d’ignorer cet aspect, et de rester conscient que si vous perdez d’un côté, vous gagnez forcément de l’autre. 

Faut-il utiliser la possibilité de discuter avec un « étudiant ambassadeur » ?

Des boites mails sont mises en place pour vous permettre de poser vos questions à des étudiants dans les formations que vous visez. Cependant, si certaines information obtenues ainsi seront très utiles, d’autres seront très trompeuses, ne serait-ce que par une forme inévitable d’incompréhension : vous ne connaissez pas votre interlocuteur, et il ne vous connait pas non plus. « J’ai des difficultés dans telle matière » n’aura pas du tout le même sens pour vous deux. Vous n’aurez donc aucun moyen d’évaluer la pertinence des informations ainsi obtenues.

Il convient donc, si vous utilisez cette possibilité, de prendre une distance critique avec les réponses qui vous seront apportées. 

Enfin… 

La plateforme Parcoursup est un formidable outil de recherche des formations du supérieur. Cependant, il ne remplacera jamais le bouche à oreille, les discussions avec le profs, CIO et les PsyEN et surtout les visites aux journées portes ouvertes. Les avis et conseils que vous recevrez de part et d’autres seront parfois contradictoires. C’est normal. Aucun n’a raison, aucun n’a tort : personne ne peut prédire votre avenir. A vous de vous débrouiller.

Lorsque c’est trop beau pour être vrai, c’est sans doute que ce n’est pas vrai. Les formations sont en concurrence pour recruter les meilleurs élèves ou pour remplir leurs places. Il peut donc arriver qu’elles embellissement la réalité. Une présentation sobre ne cherchant pas à vous séduire devrait retenir prioritairement votre attention.

Vos doutes ne se limiterons pas tous seuls (et ne seront jamais réduit à néant). Il est tout à fait normal de ne pas avoir de certitude sur son avenir, voire de n’avoir strictement aucune idée de ce que vous voulez faire. Plus vous vous intéresserez, moins vous resterez dans le doute, mais vous ne pourrez jamais rien prédire avec certitude pour autant.

Et le plus important : Vous n’êtes pas en train de jouer votre vie. Le système français est celui qui propose le plus de passerelles et de rebonds au monde. Engagez-vous dans une voie qui ne vous convient pas, et vous aurez de multiples occasions de vous réorienter. C’est au cours de vos études que votre parcours se fera, pas sur quelques clics sur Parcoursup.

Parcoursup : Petit manuel de réponse aux propositions à l’usage des candidats à l’enseignement supérieur

Ce petit manuel s’adresse aux candidates et candidats dans l’enseignement supérieur, qui doivent aujourd’hui, au jour le jour, renoncer aux propositions qui leur sont successivement faites pour n’en garder qu’une seule en permanence, qui finira par devenir leur affectation finale. La procédure et le calendrier sont parfaitement décrits dans le Mode d’emploi de la phase d’admission du ministère, dont la lecture et la compréhension sont indispensables. En complément, cette FAQ est très bien faite. Ce manuel présente donc ce qui ne l’est pas ailleurs : Quelles sont les erreurs à éviter ? Quelles sont les différentes stratégies de réponses ? Comment interpréter les réponses pour bien faire son choix ?

Les erreurs à éviter

Principalement, quatre erreurs doivent être évitées :

Précipiter son choix sans être en pleine possession de toutes les informations.

Rien ne vous oblige à accepter définitivement la première proposition qui vous sera faite, y compris si toutes les autres voussemblent inaccessibles. Tant qu’une réponse formellement négative n’est pas donnée, renoncer à une proposition en attente n’apporte aucun avantage.

Oublier de répondre dans le délai prévu.

Une absence de réponse dans le délai prévu revient à un renoncement à toutes les propositions, y compris celles encore en attente, ainsi qu’à une sortie définitive du système. Cependant, un délai de 5 jours a été ajouté pendant lequel il est possible de revenir dans le système et de récupérer ses propositions en attente. Cela conduit malgré tout à la perte définitive de toutes les propositions déjà reçues.

Oublier de systématiquement stipuler que l’on souhaite conserver toutes les propositions encore « en attente ».

Cette maladresse peut coûter cher, en transformant une décision temporaire « faute-de-mieux pour l’instant » en décision définitive, alors que d’autres propositions plus intéressantes peuvent encore arriver. Tant que la procédure n’est pas finie, il n’existe strictement aucune certitude quant aux propositions en attente. Y renoncer sans raison n’apporte donc aucun avantage.

Refuser l’unique proposition qui vous est faite.

Cette décision vaut sortie du système et revient à renoncer à toutes ses propositions en attente. De plus, la commission rectorale chargée de trouver une place aux candidats sans affectation pourra, pour cette raison, refuser de traiter votre cas ou le juger moins prioritaire.

Que faire en cas d’erreur ?

Si une de ces erreurs était commise, il convient de mettre sans délai un message dans la rubrique contact du site, et d’appeler  le numéro vert de Parcoursup : 0800 400 070. Il est préférable que l’erreur se fasse tôt le matin et en semaine, afin qu’elle puisse être corrigée rapidement, et surtout avant que d’autres candidats reçoivent les propositions refusées par erreur. Contacter directement le rectorat ou l’université peut également être envisagé. Si aucune démarche n’aboutissait, il resterait alors à saisir le médiateur de l’université. Un recours au tribunal administratif semble cependant exclu sur ces motifs, qui sont clairement prévus dans la loi.

Les stratégies de réponse

Il existe différentes stratégies de réponses, aucune n’étant globalement idéale.

A quel moment répondre ?

Chaque fois qu’une proposition vous est faite, vous disposez d’un certain délai de réponse : une semaine en début de procédure, et puis progressivement moins. Vous pouvez donc soit répondre tout de suite, soit attendre.

Individuellement, pour faire le meilleur choix, vous avez tout intérêt à répondre le plus tard possible. Plus vous attendez, plus vous recevrez de réponses, plus vous aurez d’informations pour faire votre choix. Attendre le dernier jour est donc la meilleure stratégie individuelle. Cependant, veillez à ne pas attendre les dernières heures, pendant lesquelles une saturation de la plateforme risque de vous faire perdre toutes vos propositions.

Individuellement, pour obtenir de nouvelles propositions plus rapidement, vous avez peut-être intérêt à répondre le plus tôt possible. Lorsque vous répondez, vous déclenchez un effet domino : votre place sera proposée au candidat suivant, qui répondra à son tour, ce qui libérera une place, ainsi de suite. Sans aucune garantie ni contrôle possible, il existe une possibilité que cet effet domino finisse par libérer une place pour vous. C’est un pari qui ne vous permettra pas d’obtenir de meilleures propositions, mais seulement peut-être de les obtenir plus vite.

Collectivement, vous avez tout intérêt à répondre le plus tôt possible. Plus vite vous renoncez à des propositions, plus vite elle seront proposées aux candidats suivants dans la liste d’attente. Rester en attente est un stress qui est loin d’être négligeable, notamment dans cette période de préparation du bac. Or, les moins bien classés sont également les lycéens les plus en difficulté. Occuper le moins longtemps possible les listes d’attente est donc un réel service que vous rendez à vos camarades les plus en difficulté.

Que répondre avec une proposition qui vous convient ?

En matière d’orientation, la certitude est l’exception. Etre confronté à des choix que vous ne maîtrisez pas totalement est donc parfaitement normal. Mais que faire lorsqu’une proposition semble vous convenir ?

Individuellement, pour faire le meilleur choix, vous avez tout intérêt à conserver toutes vos propositions en attente. Le faire ne comporte aucun désavantage pour vous, et vous permettra de gagner du temps et d’obtenir peut-être de nouvelles informations permettant d’affiner votre choix ou même d’en changer. N’oubliez pas que plus la filière est demandée, plus la liste d’attente est longue, plus la proposition est tardive. Ainsi, les propositions les plus intéressantes peuvent être les dernières à arriver.

Individuellement, pour obtenir de nouvelles propositions plus rapidement, vous avez peut-être intérêt à renoncer à certaines propositions en attente. Pour la même raison exposée auparavant, renoncer à certaines de vos propositions est un pari qui ne vous permettra pas d’obtenir de meilleures propositions, mais seulement peut-être de les obtenir plus vite, ce qui peut être important pour préparer votre rentrée dans les temps.

Individuellement encore, pour préparer votre rentrée si la formation implique un déménagement, vous avez peut-être intérêt à accepter définitivement la proposition au plus tôt. Donner une réponse définitive, et par là même être fixé.e sur votre destination au plus tôt, vous donnera un avantage dans la préparation de la rentrée. Cet avantage se retrouve notamment dans les demandes de logements CROUS ou dans la recherche des meilleures locations, ou encore dans l’accès aux meilleurs emplois étudiant.

Collectivement, vous avez tout intérêt à renoncer à vos propositions en attente. Pour la même raison exposée auparavant, renoncer à vos propositions en attente permettra de faire avancer plus vite les listes d’attente, en faveur de vos camarades les plus fragiles. Il sera à leur avantage de considérer le renoncement, au moins aux propositions en attente qui vous intéressent le moins.

L’interprétation des réponses

Interpréter les réponses et propositions sera un réflexe que vous ne pourrez éviter. Voici quelques informations pour mieux vous y retrouver, en fonction de la réponse qui vous est faite :

« Oui »

C’est la réponse la plus agréable et la plus difficile. Il est très agréable d’être admis quelque part, mais cela va vous demander de faire des choix : choix entre les différents « oui » bien sûr, mais aussi choix sur les propositions encore en attente, et le choix d’accepter définitivement la proposition, au détriment de toutes celles qui sont encore en attente.

« Non »

C’est la réponse la plus dure et la plus facile. Ce n’est jamais agréable de se voir opposer un refus, mais cela limite l’embarras de votre choix. Ce serait une erreur d’interpréter un « non » comme « vous n’avez pas le niveau pour réussir ». Dans la majeure partie des cas, il signifie en réalité « nous avons trop de candidats et pas assez de places, il est donc inutile d’attendre pour rien », sans aucune autre forme de considération.

« En attente »

C’est une réponse inconfortable. La patience est votre seule arme. Il faut rester conscient de deux choses.

D’abord, votre rang dans la file d’attente n’est pas un indicateur parfait de vos chances d’admission. Vous pouvez parfaitement être classé.e 300/400 et finir par être admis.e, notamment dans les filières non-sélectives, mais pas seulement ; ou bien être 10/300 et finalement ne pas être admis.e.

Le rang du dernier admis est un indicateur trompeur : c’est le rang de l’an dernier, et il y aura de très fortes fluctuations imprévisibles. Par exemple : l’affichage d’un rang élevé pourra conduire de nombreux candidats à se désister, ce qui augmentera mécaniquement ce rang.

Toute conclusion à propos de votre rang dans la file d’attente n’aurait aucune base rationnelle : renoncer à un vœu parce que vous estimez que vous êtes de toutes façons trop loin pour l’obtenir serait objectivement une erreur.

Ensuite, le classement des candidatures reste très aléatoire, et dépend beaucoup plus du nombre de candidatures et du nombre de places, que de votre profil. Votre rang dans la file d’attente est donc un très mauvais indicateur de votre niveau ou de vos chances de réussite. Ce n’est pas parce que vous êtes classé.e 300/400 que vous ne réussirez pas, et ce n’est pas parce que vous êtes classé.e 10/300 que vous réussirez. Là encore, toute conclusion n’aurait aucune base rationnelle : accepter une proposition en regard de votre classement ne vous apporte strictement aucun avantage en terme de réussite. Ce serait objectivement une erreur.

Enfin, vous avez la possibilité de demander des informations sur la façon dont vous avez été classé.e, afin de mieux comprendre comment vous avez été orienté.e. Il existe deux informations distinctes : d’abord les commentaires émis lors de l’évaluation de votre dossier personnel par la commission d’examen des vœux, ensuite l’algorithme local utilisé pour classer toutes les candidatures.

« Oui si »

Cette réponse indique qu’il vous sera imposé une mesure d’accompagnement. Cependant, il faut savoir que la plupart des commissions d’examen des vœux ont attribué ces « oui si » sans connaissance de leur nature ni de leur moyens. Parfois, vous bénéficierez réellement d’heures d’enseignement supplémentaires adaptées à votre profil, parfois au contraire vos enseignements de première année seront simplement étalés sur deux ans, réduisant au final le nombre d’heures de cours que vous aurez par an. Ce type de mesure peut être un facteur d’échec si vous n’avez pas une très bonne autonomie de travail.

Il est donc crucial de vous renseigner sur la nature et les moyens des mesures d’accompagnement imposées par ce « oui si », afin d’essayer d’évaluer si elle conviennent réellement à votre profil, car ces mesures peuvent en réalité aussi bien être des vecteurs de réussite que d’échec.

Toute interprétation du « oui si » est donc risquée : cette réponse peut aussi bien représenter un avis réservé sur vos chances de réussite, qu’un encouragement à rejoindre la filière. Malheureusement, il est difficile sinon impossible de savoir à l’avance de quel « oui si » il s’agit vraiment.

Pour conclure

Le fonctionnement de Parcousup est totalement nouveau, et, à ma connaissance, unique au monde. Nous ne disposons donc pas encore du recul et de l’expérience nécessaire pour évaluer les conséquences des différentes décisions que vous pouvez prendre. Les propositions que vous recevrez, et notamment votre rang dans les listes d’attente ou les « oui si », ne peuvent pas être interprétés de façon objectivement sûre. Il peut être préférable de totalement les ignorer pour baser votre choix uniquement sur votre envie, à l’exclusion de toute autre forme de considération. Il faut également garder en tête deux choses importantes.

Tout d’abord, Parcoursup est conçu comme un processus long. Il est tout à fait normal d’être en attente, y compris sur la totalité de ses vœux, y compris pendant longtemps. D’un point de vue scientifique, cela ne veut strictement rien dire sur vous, votre niveau, vos chances d’être admis et encore moins vos chances de réussite. La patience est votre seule arme. N’oubliez pas que l’accès à l’Université reste de droit pour tout titulaire d’un baccalauréat : en cas de refus au final de tous vos vœux, saisissez la commission rectorale sans la moindre hésitation, et soyez insistant pour obtenir une formation qui vous convient.

Ensuite, si vous postulez pour la première fois dans l’enseignement supérieur, ne cédez pas à la facilité de croire que vous êtes en train de jouer votre vie. Notre système de formation supérieure est vaste, divers, et (encore) en majorité conçu sur la réorientation. Les possibilités de rebondir sont nombreuses et accessibles, et l’Université reste encore ouverte à toutes et à tous. Vous n’aurez peut-être pas votre « choix du cœur », ni même votre « choix de la raison »… Mais une chose est sûre : vous n’avez encore strictement aucune idée de ce que vous allez trouver. Vous avez autant de chances de vous plaire dans un choix par défaut que d’être déçu.e dans votre choix prioritaire. Restez curieux.se, et vous serez toujours surpris.

Trouver sa voie, réussir ou rater sa vie, ne se fait pas sur un clic dans une interface. C’est un effort de tous les instants, et une plateforme d’accès à l’enseignement supérieur n’y changera rien.

Parcoursup : petit manuel de tri des candidatures à l’usage des enseignants du supérieur

“L’algorithme local”, c’est toi.

La réforme Parcoursup impose aux enseignants des filières non sélectives de trier les dossiers des bacheliers candidats. Ce tri soulève des inquiétudes légitimes : Quels sont ces mystérieux “algorithmes développés par les établissements” dont parle la Ministre ? La mise en demeure de la CNIL sur APB sera-elle suivie  d’effet ? Combien de temps va prendre l’évaluation des dossiers à la  DSI et aux enseignants ? Les lettres de motivation, pardon les “projets de formation motivés”, seront-ils vraiment lus ? Un coach orientation est-il vraiment indispensable ?

Finalement, la page Admission postbac est-elle réellement définitivement tournée ?

C’est l’occasion de partager l’expérience acquise en IUT, filière sélective, où nous avons l’habitude de traiter un grand nombre de dossiers et surtout de les classer. L’objet de ce billet est de donner quelques astuces pour évaluer les candidatures dans l’objectif de maximiser la réussite des étudiants recrutés.

Il est important de noter que la suite est issue d’une expérience particulière, le DUT, dans une filière particulière, l’informatique. Tout ne saurait revêtir un caractère général.

APB est mort, vive APB ?

APB était constitué d’un algorithme central d’affectation des bacheliers, qui est remplacé par un système interactif dans Parcoursup. Mais APB c’était aussi une interface d’aide à la décision, qui permettaient aux équipes pédagogiques de trier les dossiers de candidatures. Il est peu probable que cette interface soit substantiellement modifiée car c’est une machinerie complexe et qui fonctionnait bien. C’est donc de cette partie là que nous allons discuter.

Si tous les documents officiels ont été effacés du portail principal post-bac, on peut encore trouver un petit manuel technique fourni par l’académie de Nantes qui montre les différentes fonctionnalités de cette interface et comment les utiliser. Les images utilisées ici en sont issues.

Les “algorithmes développés par les établissements” : de simples moyennes pondérées.

Première étape pour classer un millier de dossiers de candidatures : calculer une moyenne pondérée unique, qui permettra de faire un premier tri grossier. C’est indispensable face à un tel volume d’information. Pour ce faire, l’interface permet de déclarer un coefficient pour chaque matière de chaque année. On va par exemple pouvoir mettre toutes les matières à 1, sauf Mathématiques de terminale à 10 et Mathématique de première à 5.

Ce jeu de coefficients peut être défini indépendamment pour chaque filière du bac. Mais on peut également ajouter des bonus/malus en valeur absolue en fonction de la filière, ce afin d’interclasser les dossiers si l’on estime, par exemple, que 11 de moyenne dans telle filière n’est pas équivalent à 11 dans telle autre.

apb1

Pour le premier classement, il est inutile de se lancer dans un système de pondération complexe. Il parait raisonnable d’identifier quelques matières critiques et de leur donner une forte pondération pour toutes les filières générales. Il faudra aussi un jeu de pondération pour les bac techno et pro, qui ont des matières particulières.

À l’issue de la première expérience, il sera possible de chercher des corrélations entre les notes du lycée et les taux de passage/redoublement/abandon pour tenter d’obtenir un jeu de pondération plus précis. Cependant, nous n’y sommes pas arrivés : statistiquement, la seule corrélation solide se limite à la note de Math de terminale, ce que nous avons refusé de faire.

En revanche, le bonus/malus en fonction de la filière est très délicat à fixer. Les différences entre bacs rendent très difficile l’interclassement. Les taux précis de réussite par filière, souvent évoqués, ne disent rien sur les chances de réussite individuelle des candidats. Il faudra donc au début se résoudre à fixer une valeur arbitraire, et la compenser par l’examen individuel du dossier, puis affiner la valeur arbitraire avec l’expérience.

L’examen individuel des dossiers

Une fois la moyenne unique calculée, tous les dossiers se retrouvent triés automatiquement. C’est là que les choses difficiles commencent, car il faut regarder tous les dossiers, un par un, pour :

  • vérifier la moyenne calculée automatiquement : il peut par exemple manquer des notes, ce que le système détecte mais qui nécessite une intervention manuelle ;
  • ajouter des bonus/malus manuels en fonction des pièces jointes (voir plus loin) ;
  • forcer la moyenne à une note arbitraire : 0 pour signifier “à absolument ne pas prendre” (erreur d’orientation), 20 pour “à absolument prendre” (certitude de réussite ou pari, malgré les notes) ou encore une note décidée pour interclasser un dossier qui n’est pas évaluable selon la procédure standard.

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Les bonus/malus manuels sont des points ajoutés ou enlevés à la moyenne unique. De fait, ils vont faire monter/descendre le dossier dans le classement effectué automatiquement. Ces points sont donc inutiles pour les candidatures dont le classement de base implique une certitude dans l’admission ou un refus. Cependant, il faut tout de même les regarder rapidement, surtout les certitude de refus, pour détecter d’éventuels cas particuliers ou erreur de moyenne.

En revanche, les bonus/malus sont fondamentaux pour les dossiers qui sont dans une zone d’incertitude. Cette zone dépend fortement du contexte, et ne peut être connue qu’empiriquement, tout comme le nombre de points maximal à appliquer à la moyenne pondérée brute. Il est donc indispensable d’étudier les recrutements d’une année sur l’autre pour savoir quels sont les dossiers qui doivent être fouillés en profondeur, et combien de points doit représenter le bonus/malus.

Organisation

L’examen individuel des dossiers est une tâche très lourde, impossible sans y associer la totalité de l’équipe pédagogique. Il faut donc fixer un quota de dossiers par enseignant titulaire, et prévoir que quelques enseignants en fassent plus pour rattraper ceux qui en feront moins.

L’interface permet de se connecter avec des identifiants individuels, ce qui permet de savoir qui a étudié quel dossier pour obtenir d’éventuelles précisions. Utiliser un identifiant commun est donc à proscrire. Ceci étant dit, étudier des dossiers à plusieurs est difficile et nécessite un cadrage pour limiter la subjectivité. C’est ce que nous allons voir dans la suite.

Examen des bulletins scolaires

Globalement, les bulletins sont peu utiles. Les appréciations des enseignants sont souvent trop peu unanimes pour en tirer de réelles conclusions. Le même élève va être attentif dans un cours et indiscipliné dans l’autre. “Des progrès formidables en musculation” ne dit pas grand chose sur les chances de réussite dans un parcours en informatique, mais “n’écoute pas en cours” n’en dit pas plus, car on ne sait pas si l’élève devenu étudiant ne se passionnera pas soudainement.

Ceci dit, si l’équipe pédagogique accorde de l’importance à la discipline scolaire, il est possible de définir un bonus/malus en fonction des appréciations de comportement, pour favoriser les élèves studieux ou défavoriser les élèves perturbateurs.

Reste la question qui fâche : faut-il regarder le lycée d’origine (qui est écrit partout) ? La réponse vaudrait un billet complet.

Examen des avis de poursuite d’étude

Consacrés avec la “fiche avenir”, les avis de poursuite d’étude sont notoirement inutiles lorsqu’il s’agit d’évaluer les chances de réussite d’une candidat. Il est tout simplement impossible pour une équipe pédagogique du lycée de connaître les dizaines de milliers des filières universitaires, alors qu’un même bachelier a des chances de réussite différentes d’un établissement à l’autre, d’un département à l’autre. Comment espérer cela des enseignants du secondaire, alors-même qu’aucun universitaire ne connait la totalité des formations suffisamment pour savoir si un bachelier peut y réussir. En réalité, nous n’arrivons même pas à produire des “attendus” clairs et précis, évaluables, pour nos propres formations.

Ajoutons que d’un lycée à l’autre, d’une classe à l’autre, les recommandations peuvent varier du tout au tout pour des profils d’élève très similaires. Enfin, il arrive ponctuellement de tomber sur des dossiers à refuser avec certitude, conclu par “favorable” pour votre filière, ce qui ruine nécessairement la crédibilité globale du dispositif.

Sur cet aspect, on peut recommander de contrôler la pertinence des avis de la “fiche avenir” avec les taux de réussite réels, et en cas d’inadéquation, même pour un seul étudiant, de ne simplement pas regarder ces avis. Le pendant est une recommandation auprès des équipes pédagogiques du secondaire de ne pas perdre du temps à faire une chose impossible.

Examen du C.V.

Les C.V. des lycéens sont globalement tous identiques, et relativement vides, ce qui n’a rien d’étonnant. On peut considérer que c’est un exercice important pour s’insérer dans la vie professionnelle, mais en ce qui concerne l’évaluation des chances de réussite d’un bachelier dans une filière universitaire, sauf cas particuliers, les C.V. n’apportent rien de très pertinent, surtout depuis qu’ils sont normalisés par le formulaire de saisie sur la plateforme.

Si avis de poursuite d’étude et C.V. ne sont pas directement pertinents, on peut tout de même les intégrer dans des points d’appréciation globale, qui permettent une marge de subjectivité à l’examinateur. Reste à décider de l’importance de cette subjectivité dans la totalité des points de bonus/malus.

Examen du “projet de formation motivé”

Le projet de formation motivé est décrit ainsi sur la plateforme Parcoursup : “Exposez les raisons pour lesquelles vous souhaitez être candidat à cette formation et cette spécialité. Décrivez votre projet. Indiquez les raisons qui motivent ce choix d’orientation, les qualités indispensables, vos forces pour réussir, ainsi que vos points faibles”. Cette description est strictement identique à celle de la lettre de motivation sur APB. Néanmoins, les candidats devraient être limités à 1500 caractères sur Parcoursup.

D’expérience, et sauf formations particulières, les lettres de motivation sont globalement inutilisables pour évaluer les chances de réussite d’un étudiants. En premier lieu, elles sont extrêmement stéréotypées. Peut-être est-ce en lien avec la multiplications des ateliers de rédaction de lettre de motivation, ou celle des sites de conseil en ligne présentant des informations terriblement génériques. Peut-être est-ce aussi dû à une stratégie d’optimisation qui consiste à bien travailler un patron de lettre de motivation générique, déclinée sommairement pour chaque candidature, plutôt qu’à faire de multiples lettres spécifiques moins bien travaillées.

Ensuite, il est impossible de savoir si une lettre de motivation est réussie grâce à la motivation, ou grâce à des compétences en conviction. En réalité, la lettre de motivation n’évalue que la capacité à rédiger une lettre de motivation, ce qui, dans la plupart des cas, ne donne aucune indication sur les chances de réussite universitaire. Nous avons pu le constater, et c’est pourquoi, dans nos demandes, nous avons remplacé la lettre de motivation par une pièce complémentaire.

Examen des pièces complémentaires

Suite au constat d’inutilité des lettres de motivations, nous avons décidé de les remplacer par un questionnaire ciblant les choses que nous cherchions dans ces lettres. Grossièrement, nous sommes partis sur l’idée que les candidats étaient motivés à suivre notre formation (ils candidatent après tout), mais qu’ils pouvaient se tromper à propos de cette formation. C’est donc ce que nous avons cherché à identifier, avec un questionnaire vérifiant les connaissances du candidat concernant notre formation (et en aucun cas les connaissances sur notre discipline).

Par exemple : “Parmis les matières suivantes, lesquelles ont le plus d’importance dans notre formation : base de données, graphisme, droit… ?”. Cela permet de savoir si le candidat sait qu’en DUT informatique, il y a du droit mais pas de graphisme. Nous demandons également au candidat s’il est venu à notre journée “portes ouvertes”, quelles sont ses réalisations particulières dans notre discipline, et d’expliquer son parcours s’il est atypique.

En fait, nous demandons explicitement les choses que nous attendons de trouver dans une lettre de motivation. Et pour chaque réponse significative, nous ajoutons un certain nombre de points bonus. Petite astuce : les candidats qui ne répondent pas au questionnaire n’ont manifestement pas lu les instructions pour candidater, ce qui évalue très bien leur motivation.

A noter que si cette approche a permis de simplifier et objectiver, et donc harmoniser, l’examen des dossiers, nous n’avons pas pour autant observé d’amélioration des taux de réussite. De plus, son intégration dans Parcoursup semble plus difficile que dans APB.

Décompte des points bonus

Une fois chaque partie évaluée, l’examinateur doit compter le nombre de points bonus/malus et l’appliquer à la moyenne pondérée, ce qui va faire monter ou descendre la candidature dans le classement. Il y a également un champ “commentaire”, qui permet de laisser des notes aux autres examinateurs, pour expliquer un traitement particulier ou demander un deuxième avis, par exemple.

Cette saisie peut-être source d’erreur si votre système de bonus/malus est trop compliqué. Par exemple, si vous évaluez 27 critères pour définir un bonus entre 0 et 2 points, le calcul de tête va être difficile. C’est pourquoi on peut recommander d’avoir un système de bonus/malus simple. Par exemple : 10 critères à 0,1 point, en évitant les points négatifs, pour un bonus/malus entre 0 et 1 point.

Vérification

Lorsqu’on enchaîne les examens de dossiers, on commet rapidement des erreurs : les pièces sont nombreuses et souvent sans surprise, la monotonie tue l’attention. Imaginez une pile de copies à corriger qui ne seraient même pas dans votre discipline. Ajoutons également les sensibilités personnelles des examinateurs incapables de se contrôler (personnellement, si je vois “jeux vidéo” écrit quelque part et “malin mais pénible” sur les bulletins, je mets  ultra-favorable partout sans réfléchir… Et ça ne marche pas tout le temps).

C’est pourquoi il faut un vérificateur, infaillible de préférence, pour systématiquement contrôler et harmoniser les évaluations de ses collègues. Ce vérificateur devra également traiter une part des dossiers, afin de comprendre ceux des autres. La tâche est telle que prévoir deux collègues n’est pas de trop, mais il faut qu’ils soient prêts à réellement travailler ensemble.

Finalisation

Une fois tous les mails de rappel envoyés, le rush pour terminer les centaines de dossiers restants, la vérification de tous les cas particuliers, il n’y a plus qu’à envoyer définitivement le classement. Après quoi, plus rien n’est modifiable. Pensez à exporter le classement et toutes les données, ce qui permettra d’affiner la méthode de tri d’une année sur l’autre.

Pour assumer tout ce traitement, on peut recommander de désigner un responsable Parcoursup par diplôme et, vu la charge, de faire inscrire cette responsabilité dans les référentiels d’activité des établissements.

Conclusion

Deviner les candidats qui vont réussir un diplôme est une chose difficile, sinon impossible. Tout au plus pouvons-nous essayer d’arranger un classement pour que les candidats qui connaissent la formation soient favorisés. Dans les faits, il est même impossible de refuser un candidat qui se trompe manifestement d’orientation s’il a les notes nécessaires, y compris dans les filières sélectives. Mais cet arrangement est long, fastidieux, et bien souvent son étude à posteriori, confronté aux réussites réelles, ne démontre pas une efficacité vraiment très supérieure à un simple tri des notes sans étude de dossier.

En ce qui concerne la constitution du dossier de base (bulletins scolaires, C.V. et lettre de motivation), l’expérience montre qu’elle est inappropriée à l’évaluation des chances de réussite dans la plupart des filières universitaires. Pour les filières où ces pièces revêtent de l’importance, la normalisation imposée par la plateforme limite leur intérêt, au point qu’il faudrait tout de même les ajouter en pièces complémentaires. C.V. et lettre de motivation devraient donc être en fait des exceptions, et on peut recommander aux équipes qui comptent réellement étudier les dossiers de réfléchir en premier lieu à un questionnaire précis permettant au moins de simplifier et objectiver l’examen des dossiers.

Si Parcoursup devait vraiment s’adapter à l’évaluation des chances de réussite des candidats, il faudrait d’une part supprimer les pièces par défaut, et d’autre part développer une interface permettant d’évaluer simplement et sans risque d’erreur les réponses au questionnaire proposé par l’équipe pédagogique.

Reste un question fondamentale : Est-ce que l’examen des dossiers cherche à évaluer les chances de réussite du candidat, ou son mérite à intégrer la formation ? Entre un candidat très méritant mais ayant peu de chances de réussir et un candidat dé-méritant mais ayant de grandes chances de réussir, qui vaut-il mieux admettre ? C’est une question très concrète, au cœur des processus de sélection et d’orientation, à laquelle le ministère aurait dû répondre. En cela, la réforme Parcoursup est une occasion ratée de se poser les bonnes questions.

 

Enfin, malgré un réel travail pour améliorer notre recrutement, nous n’avons jamais réussi à réellement améliorer les taux de réussite. Les étudiants restent imprédictibles, et c’est heureux. De plus, il est difficile de voir comment définir des “mesures d’accompagnement personnalisées” sur la base d’un dossier de candidature Parcoursup. Au mieux peut-on définir une fourchette arbitraire de notes ou considérer la filière du bac, mais cela n’a rien de personnalisé. En soi, Parcoursup n’est donc pas une mesure en faveur de la réussite des étudiants, la page APB n’est tournée qu’en façade, et on est loin de “remettre de l’humain” dans la procédure d’affectation.

En revanche, l’étude des dossiers est une charge plus que conséquente, qui s’applique aujourd’hui à tous les enseignants du supérieur. Or, le problème principal est celui de l’encadrement des cours et de la disponibilité des enseignants qui croulent déjà sous les charges diverses et subissent une pression constante à la publication. On peut se demander comment réduire encore le temps consacré à l’enseignement va améliorer les conditions d’étude et la réussite des étudiants.

 

Bonus 1 : vertu du classement inversé des candidatures

Curiosité de Parcoursup, il serait à l’avantage de tous les candidats que les filières non-sélectives rendent un classement strictement inverse à celui des résultat scolaires. En effet, la nouvelle procédure d’affectation va avoir un effet pervers : supposons une filière non-sélective avec une capacité d’accueil de 100 places ; supposons qu’elle reçoive 500 candidatures, triées essentiellement en fonction des notes ; les 100 premiers recevront donc un “oui”, et les 400 autres “en attente” le temps que les “oui” se décident. La filière étant non-sélective, le dernier des 500 candidats devra être admis, il va pourtant rester “en attente” le temps que tous les autres devant lui se désistent, ce qui est inutilement anxiogène.

Les filières non sélectives devraient donc rendre un classement strictement inverse aux résultats scolaires, de façon à ce que le dernier des bacheliers obtienne le plus rapidement possible un “oui” pour une filière qui de toutes façons devra l’accepter. C’est, à ce stade, le seul moyen d’éviter des lycéens allant à leurs épreuves du bac en n’ayant que des vœux “en attente”, avec un  impact évidemment négatif sur leur motivation.

Bonus 2 : résumé des recommandations

  • Désigner un responsable Parcoursup, chargé d’organiser la procédure et d’affiner la procédure d’évaluation au fil des années (et demander l’ajout de cette charge dans les référentiels d’activités).
  • Se répartir les dossiers équitablement, mais charger le responsable Parcoursup de contrôler et d’harmoniser les évaluations.
  • Travailler empiriquement et sur la durée, en définissant une pondération et des bonus/malus arbitraires la première année, archiver les classements et les confronter systématiquement aux passage/redoublement/abandon de chaque candidat admis pour affiner les pondérations initiales au fil des années.
  • Garder le système de bonus/malus le plus simple possible pour éviter les erreurs.
  • Ignorer les pièces par défaut qui ne permettent pas d’évaluer les chances de réussite universitaire, et définir son propre questionnaire ciblé précisément sur ce que vous souhaitez évaluer.
  • Décider collectivement de prendre en compte ou d’ignorer le lycée d’origine.
  • Se contenter du classement automatique sans étude du dossier pour les filières non sélectives qui ne proposent pas de mesures d’accompagnement.
  • Rester conscient qu’évaluer avec certitude les chances de réussite ou le mérite réel est impossible, et que tout ce travail se résume à détecter les erreurs d’orientation, les cas particuliers et les paris.

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Petit manuel de dévolution à l’usage des administrateurs tatillons

You say you want a devolution

Dans les prochains mois, le conseil d’administration de l’Université de Strasbourg va devoir se prononcer sur un nouveau schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI ou schéma directeur immobilier). Au centre de ce schéma se pose la question de la “dévolution du patrimoine immobilier à l’université”.

Selon le CNRTL, la dévolution est “l’attribution de biens ou de pouvoirs d’une personne physique ou morale à une autre”. Il s’agit donc d’un transfert de la propriété des biens immobiliers de l’Etat vers les universités.

C’est l’occasion de se pencher sur cette nouvelle évolution de l’ESR, qui s’est déjà posée dans de nombreuses universités, et se posera bientôt dans toutes. Malheureusement, il est bien difficile pour un enseignant-chercheur normal d’appréhender ses tenants et aboutissants… Heureusement, il y a les documents !

Les recommandations ici présentées sont à destination des administrateurs d’université soucieux de prendre une décision éclairée. Elles se basent essentiellement sur le rapport de l’IGAENR.

Le rapport de l’IGAENR

L’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) “a pour vocation d’observer et d’apprécier l’organisation et le fonctionnement du système éducatif à tous les niveaux d’enseignement, primaire, secondaire et supérieur. Elle en évalue l’efficacité et les performances, propose des mesures d’amélioration et assure le suivi de ses propositions”.

L’IGAENR a produit un rapport sur la dévolution du patrimoine immobilier aux universités en 2016. Les 4 pages de synthèse sont incontournables pour l’administrateur confronté à la dévolution. Trois expérimentations sont étudiées : Poitiers, Toulouse 1 et Clermont-Ferrand 1 ; ainsi que cinq études de cas : Strasbourg, Bordeaux, Clermont Auvergne (UCA), Aix-Marseille et Tours.

Retour d’expérience des trois expérimentations

Les trois établissements pilotes ont fait “de réels progrès dans de nombreux domaines de la gestion immobilière” avec “la mise en place d’outils de gestion et de pilotage plus élaborés”. Pour eux, “la dévolution a permis, grâce à un fort accompagnement budgétaire, d’accélérer la réalisation de projets de réhabilitation, de mise en sécurité et d’accessibilité du bâti”. Cependant, la dévolution “n’a pas permis d’améliorer significativement le taux d’utilisation des locaux, ni le produit des cessions et valorisations de bâtiments”.

Les avantages ne sont donc pas allés au-delà de la maîtrise et de l’accélération des réalisations, et les objectifs de “gestion optimisée de son patrimoine” ou “valoriser davantage son patrimoine” n’ont pas été validés.

Recommandation 1 : Faire établir les arguments qui permettent d’envisager les éventuelles améliorations qui n’ont pas été constatées dans les expérimentations.

Accompagnement budgétaire

En trois ans, l’accompagnement budgétaire des dévolutions pilotes correspond effectivement à presque un doublement du budget consacré à l’immobilier pour Poitiers et Toulouse 1, et à un quadruplement pour l’UCA (Annexe III, Tableau 4). Cette augmentation des dépenses est “nettement supérieure en moyenne à la dotation annuelle de dévolution” : un tiers en moyenne a été pris sur les ressources des établissements.

La période étudiée est beaucoup trop courte pour présager d’une stabilisation à moyen terme. Une projection sur 10 ans semble un minimum pour s’engager dans un tel processus, et elle devra prendre la forme d’un budget annexe immobilier.

Recommandation 2 : Baser sa décision sur l’établissement d’un budget pluriannuel consacré à l’immobilier, identifiant les dotations récurrentes, les dotations spécifiques à la dévolution et les ressources propres sur au moins 10 ans.

Le rapport note que “les universités bénéficiaires de la dévolution du patrimoine devront sans doute privilégier de manière générale une stratégie de montée en charge progressive de leurs dépenses de renouvellement et d’entretien, à mesure qu’elles pourront dégager des marges de manœuvre à cet effet par des économies sur d’autres postes ou des ressources propres nouvelles”.

Recommandation 3 : Intégrer au budget pluriannuel une prévision de la montée en charge des dépenses, avec l’identification des opportunités et risques en fonction des évolutions à la hausse comme à la baisse des marges de manœuvre.

Recommandation 4 : Définir explicitement la nature et le montant des “économies sur d’autres postes” et des “ressources propres nouvelles” permettant le financement de la dévolution.

BAIM

La constitution d’un budget annexe immobilier (BAIM) […] permet d’identifier à l’intérieur du budget de l’établissement les moyens qui sont attribués annuellement à l’entretien du patrimoine immobilier et d’isoler la part du fonds de roulement consacrée à l’immobilier“.

Constatant un écart de pratique dans la définition des BAIM, et notamment sur leur périmètre, les rapporteurs préconisent à l’Etat d’établir “un cadre commun et précis de règles applicables au périmètre des BAIM, à leur mode de financement et au traitement des dépenses de travaux entre charges et immobilisations”.

Engager un processus de dévolution en l’absence d’un tel cadre représente un risque conséquent de rendre les projections caduques lorsqu’il sera défini.

Recommandation 5 : S’appuyer sur le cadre commun et précis de règles applicables au BAIM, et à défaut différer le processus de dévolution jusqu’à sa définition par l’Etat.

Cession et Valorisation

La valorisation consiste à utiliser le patrimoine immobilier pour une activité commerciale afin d’obtenir des revenus réguliers, alors que la cession consiste à vendre une partie de ce patrimoine immobilier pour obtenir un revenu ponctuel.

La valorisation se confronte au principe de spécialité, une université “ne peut donc entreprendre d’activités extérieures à ses missions ou s’immiscer dans de telles activités”, alors que la cession se confronte au principe d’inaliénabilité des biens relevant du domaine public (voir Encadré 1 du rapport) qui, grossièrement, interdit la vente des locaux utilisés par le public.

Cependant, le rapport indique “un niveau de risque juridique relativement faible” et propose de “sécuriser, si la pratique le rendait nécessaire, le développement des activités de valorisation” (Proposition n° 7). En d’autres termes, les dirigeants devraient être assez libres de commercialiser ou vendre le patrimoine de leur université.

Le rapport note que “si les recettes de cession ou de valorisation constituent des compléments de financement appréciables, elles ne peuvent à elles seules financer les opérations de GER ou d’investissement dans aucune des trois universités”.

Les opérations de cession et valorisation ne sont donc pas des pistes pertinentes pour financer les missions de l’Université. En revanche, elles peuvent poser des problèmes d’un autre ordre, comme avec la vente de l’Observatoire de Floirac par l’Université de Bordeaux.

Recommandation 6 : Faire délibérer la liste exhaustive des opérations de cession et valorisation, accompagnée des projections budgétaires et des destinations des recettes.

Partenariats public-privé

Le rapport précise qu’une “piste doit préalablement être écartée : celle du recours systématique à des montages juridiques sophistiqués faisant intervenir une structure tierce de droit privé pour porter et/ou gérer l’intégralité du patrimoine immobilier des universités”. Cette affirmation n’est pas sans rappeler les conclusions du rapport sénatorial “Les contrats de partenariats : des bombes à retardement ?”.

Recommandation 7 : Écarter autant que possible les partenariats avec des structures tierces de droit privé et faire délibérer la liste exhaustive des partenariats envisagés.

Spécificités locales

Le rapport insiste régulièrement sur l’hétérogénéité des situations des établissements face à la dévolution, qui impose une analyse particulière pour chaque université. C’est l’objet de la proposition n° 9 : “confier aux inspections générales des ministères concernés la responsabilité de conduire des audits pré-dévolution permettant de s’assurer qu’un établissement candidat remplit les prérequis indispensables à la réussite de la dévolution qui figurent dans le cahier des charges.”

Recommandation 8 : S’appuyer sur la proposition n°9 du rapport pour demander un audit pré-dévolution par les inspections générales, et utiliser le cahier des charges de la dévolution (pièce jointe n°1) comme grille d’analyse locale.

Sécurisation de l’opération de dévolution

La sécurisation de l’opération de dévolution est à double sens. C’est l’objet des propositions n° 2 et 3 :

“Proposition n° 2 : élargir explicitement les objectifs de la dévolution du patrimoine à l’engagement des établissements bénéficiaires de maintenir en bon état dans le futur le bâti récent ou déjà rénové ; de rationaliser leurs implantations et l’occupation de leurs locaux ; d’optimiser les coûts de gestion et les économies d’énergie.”

“Proposition n° 3 : sécuriser les financements immobiliers de l’État à travers le maintien, toutes choses égales par ailleurs, du niveau de la dotation globale de fonctionnement aux établissements bénéficiaires, la stabilisation des crédits de mise en sécurité et d’accessibilité et la programmation à moyen terme de crédits équivalents à la part État du CPER en contrepartie d’engagements des établissements.”

Recommandation 9 : Faire expliciter et budgéter l’engagement de l’établissement, faire expliciter les financements immobiliers de l’Etat effectivement sécurisés, et mettre les deux en vis-à-vis pour évaluer la soutenabilité financière de l’opération.

Recours à l’emprunt

D’après les rapporteurs, “une nouvelle réflexion sur l’ouverture du recours à l’emprunt, qui constitue une piste qui déroge fortement au droit commun mais mérite d’être explorée : en effet, la volonté de responsabiliser davantage les universités dans le cadre de la dévolution se heurte à l’objectif de ne pas accroître la dette de l’État en rendant les conditions d’accès à l’emprunt plus difficiles”. La Proposition n° 4 est donc de “déroger au cas par cas au principe de l’interdiction du recours à l’emprunt”.

Le recours à l’emprunt engage les établissements pour une grande période (autour de 25 ans), qui ne permet pas de projection budgétaire solide (qui, au début des années 1990, aurait pu prédire la situation budgétaire actuelle des universités ?) et dépassant largement la durée des mandats de ceux qui les dirigent.

Il encourage donc mécaniquement une politique court-termiste, opportuniste et très risquée, qui risque de mener à terme à des difficultés de remboursement dont les conséquences ne sont pas connues.

Recommandation 10 : Faire expliciter le rapport risques/bénéfices d’un recours ou non à l’emprunt ; Si le recours à l’emprunt n’est pas explicitement exclu, faire expliciter les moyens d’action en cas de défaut de remboursement.

Type de dévolution

La Proposition n° 10 du rapport est : “proposer aux établissements candidats deux scénarios alternatifs de dévolution fondés l’un sur une dévolution totale réalisée en une fois et l’autre sur une dévolution progressive par tranches successives.”

Ces deux approches, avec leurs implications, sont développées dans le rapport.

Recommandation 11 : Définir le type de dévolution envisagé, et le cas échéant le calendrier et les tranches de la dévolution progressive.

Conclusion

Pour conclure, il faut noter ce passage important du rapport : “ces avantages en gestion ou en gouvernance sont cependant indépendants de la dévolution du patrimoine et peuvent déjà être recherchés par les universités, qu’elles soient simples affectataires ou pleinement propriétaires de leur patrimoine”.

En d’autres termes, la dévolution ne donne pas, en soi, plus de marges de manœuvre aux établissements. Les avantages constatés dans les expérimentations auraient pu l’être par la seule volonté d’une montée en compétence accompagnée d’importants financements spécifiques, sans procéder à la dévolution du patrimoine.

Le seul impact évident de la dévolution du patrimoine est sur l’autonomie de l’université, puisqu’elle allège les interactions avec l’Etat, et surtout ses responsabilités, en matière immobilière. Le précédent en la matière concerne les ressources humaines : depuis le passage à l’autonomie de la LRU, les universités sont en pleine charge de leur masse salariale.

La dévolution de la masse salariale est donc un exemple pertinent pour évaluer l’opportunité de procéder à la dévolution du patrimoine immobilier pour chaque établissement :

  • si la dévolution de la masse salariale a réellement permis à l’établissement une gestion plus agile et un développement des emplois, alors la dévolution du patrimoine immobilier est sans doute une bonne idée ;
  • en revanche, si la dévolution de la masse salariale a conduit l’établissement à des politiques d’austérité en matière d’emploi, la dévolution du patrimoine immobilier est sans doute une opération très risquée.

Recommandation 12 : Mettre en perspective la dévolution du patrimoine avec la dévolution de la masse salariale, et prendre une décision en fonction du bilan de ce précédent.