Supprimer l’AERES… ou le CNU ?

Publie par l-carraro le décembre 7th, 2012 dans la categorie Non classé  •  18 Commentaires

Je me permets tout d’abord de rappeler que l’enseignement supérieur et la recherche sont soumis à évaluation dans la quasi totalité des pays de l’OCDE. De ce point de vue, la mise en place de l’AERES début 2007 – avant les élections présidentielles – a permis de rectifier une anomalie regrettable, qui rappelons-le, menait le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche à assumer de nombreuses missions : définition d’une politique nationale, évaluation des activités des établissements, décision d’habilitation pour les formations, décision d’affectation des crédits aux unités de recherche… Le spectre était donc immense, de la stratégie au plus haut niveau à la gestion fine des moyens.

J’ai ainsi participé, au cours de mon passage au sein de ce ministère, à des séances qui s’effaceront difficilement de ma mémoire au cours desquelles une seule personne, aidé en cela par moins d’une vingtaine d’experts, attribuait à l’euro près les crédits pour toutes les unités de recherche françaises. Nous étions en 2006 !

Depuis, et avant même la loi LRU, les établissements se voient attribuer des moyens par l’Etat qu’ils répartissent selon la politique qu’ils souhaitent conduire, après discussion stratégique avec l’Etat. Mais ces moyens sont définis sur la base d’une évaluation qui est effectuée par l’AERES.

La remise en cause de l’AERES concerne de mon point de vue davantage le manque de capacités stratégique et décisionnelle de l’Etat. Ainsi, pour continuer sur la question des laboratoires de recherche, dès que l’AERES a décidé de classer les chercheurs en produisants et non produisants, cela s’est transformé par une dotation du MESR indexée – très fortement puisqu’un non produisant « rapporte » zéro euro à son établissement ! – sur cette qualité. De même le classement des unités avec les fameux A+, A, B, C a été utilisé comme tel comme clef de répartition de moyens. De ce fait de très nombreux laboratoires ont conçus leur politique scientifique sur le seul objectif du passage au A ou au A+

En d’autres termes, il ne faudrait pas remettre en cause l’AERES au motif que l’Etat utilise les résultats de ses évaluations de manière quasi automatique (cf. le fameux modèle de répartition des moyens Sympa). Il s’agit donc pour l’Etat d’être en mesure d’utiliser les évaluations de l’AERES pour éclairer sa politique, et non la dicter.

Venons-en au Conseil National des Universités (CNU). On lit dans les propositions 117 à 119 issues des Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche qu’il faut refonder l’AERES et que si elle n’est pas supprimée purement et simplement, on pourrait lui demander de s’appuyer sur le CNU. Quand je pense que l’on peut lire dans la proposition 118 que « L’évaluation doit apporter en priorité́ un service aux entités, aux hommes et aux femmes évalués et à l’ESR. Elle ne doit pas être envisagée comme une évaluation sanction, mais doit avoir pour but d’apporter avis, conseils et recommandations, de faire progresser les acteurs et le service public de l’ESR en général. », j’ai tendance à m’étrangler lorsque je pense au CNU.

Comment est-il possible, à l’heure où les établissements développent leurs objectifs stratégiques en lien avec leur environnement, de déléguer de fait le recrutement et la promotion de leurs enseignants-chercheurs à une instance dont la principale caractéristique est qu’elle est constituée sur des bases syndicales ? En disant cela, je ne me place pas en opposition à la représentation syndicale mais pense que de telles instances du passé, qui s’arrogent par exemple le droit de relire la thèse des jeunes postulants à un poste de Maître de Conférences et d’émettre un avis divergent de celui du jury, doivent bien vite être oubliées. Combien de jeunes prometteurs, pas tout à fait dans l’épure dictée par le CNU voire placés entre deux sections du CNU qui se renvoient la balle, ont-ils été écartés des carrières de l’enseignement supérieur du seul fait qu’ils ne répondaient pas aux canons alors qu’ils auraient pu, par leurs qualités, faire le bonheur de nombreux établissements ?

Notre système d’Enseignement Supérieur et de Recherche a un grand besoin de créativité, d’innovation, de prise de risques. Le caractère normatif de l’AERES peut être perçu, quelquefois a raison, comme une contrainte trop forte pour les établissements qui ont besoin d’explorer des territoires non conventionnels. Concernant le CNU, on change tout simplement d’ordre de grandeur puisque l’on continue d’assister année après année à un véritable tamisage des compétences assurant une granulométrie sans doute contrôlée mais à partir de laquelle la créativité a beaucoup de mal à s’exprimer.

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Classes préparatoires, la question de la diversité

Publie par laurent-carraro le février 14th, 2012 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  5 Commentaires

Le débat sur les classes préparatoires aux grandes écoles a été relancé par l’article de Marie Desplechin publié par Le Monde. On retrouve dans cette prise de position les ingrédients habituels utilisés par les détracteurs de ce système : pression excessive, dévalorisation des étudiants, absence de vie sociale, épuisement moral et physique, bourrage de cranes…

Je ne suis ni un contempteur des classes préparatoires ni un fervent opposant, et je vais centrer mon propos sur ce que je connais le mieux, à savoir les classes préparatoires scientifiques.

Il est bon tout d’abord de rappeler quelques chiffres qui donnent une première idée des débouchés. On dénombrait 25806 étudiants inscrits pour l’année 2010-2011 en seconde année de classes préparatoires scientifiques. Ce chiffre est à rapprocher des 16474 places offertes par les écoles (ingénieurs, vétérinaires…), mais également des 14464 étudiants ayant effectivement intégré ces écoles. Dans les faits, de nombreux étudiants sortent des classes préparatoires scientifiques pour intégrer d’autres types de formations, soit du fait d’un choix délibéré soit par suite d’échecs, essentiellement aux écrits des concours. Ceci alors que les écoles peinent à atteindre leurs objectifs en termes d’effectifs. Tout cela montre que la question des débouchés est complexe, et ne peut s’appréhender facilement dans un débat marqué par la passion.

A titre personnel, dans les écoles d’ingénieurs dans lesquelles j’ai exercé mes fonctions, j’ai rencontré de très nombreux étudiants issus de classes préparatoires qui étaient épanouis, curieux, des projets plein la tête. J’ai également eu à connaître, souvent à aider, des étudiants heureusement moins nombreux, qui avaient très mal vécu cette période de préparationnaire et montraient absence de curiosité, déséquilibre psychique, dégoût de la science, dégoût d’eux-mêmes…

Par ailleurs, nous savons que les flux entrants dans les écoles d’ingénieurs sont constitués pour seulement 42% d’entre eux d’élèves issus des classes préparatoires aux grandes écoles ; il ne s’agit donc pas de la majorité. Pour compléter le tableau, 26,1% intègrent une école à partir du Bac, 14,3% ont un DUT ou un BTS, 6% un diplôme universitaire et 11,6% un autre diplôme (essentiellement étranger). Ces chiffres évoluent avec une forte montée en puissance des bacheliers au cours des dernières années.

On sait par ailleurs que les différentes filières, cycle licence, DUT, BTS, cycle ingénieur intégré, proposent des formations très différentes dans leurs principes et dans leur déroulement, les uns avec un encadrement rapproché et une orientation technologique affirmée, les autres offrant une formation à spectre large et demandant une large autonomie. Tout cela pour dire que chacune des filières permettant d’accéder à des études d’ingénieurs offre des spécificités propres, adaptées à des publics dont les attentes, compétences, modes d’apprentissage sont différents. Notre pays doit se féliciter de proposer à ses jeunes autant de manières d’atteindre l’excellence dans le domaine de l’ingénierie.

Que le lecteur se rassure, je ne dis pas qu’il ne faut rien changer, souvenons-nous des élèves de classes préparatoires qui supportent très mal cette période et mettent longtemps à s’en remettre. Au-delà des chiffres énoncés précédemment, si toutes les filières offraient vraiment des débouchés dans toutes les écoles d’ingénieurs, chacun pourrait choisir en fonction de ses propres qualités en sachant évidemment que l’obtention des écoles les plus prestigieuses, je préfère dire les plus performantes, serait réservé à un petit nombre, petit certes, mais non nul !

Car si l’on se réfère au dernier classement de l’Usine Nouvelle, qui a l’avantage de mélanger écoles dites post bac et post bac+2 (séparation dépassée de mon point de vue), on trouve seulement 3 écoles recrutant des étudiants bacheliers parmi les 10 premières, et 5 parmi les 20 premières. Ce qui signifie que les sacro saintes Très Grandes Ecoles se désintéressent de ces publics. Une bonne partie du problème est là. Les meilleures écoles du territoire doivent à tout prix s’ouvrir à des publics nouveaux, de façon beaucoup plus sensible que les expériences sympathiques mais marginales que l’on voit fleurir ici et là. Mon petit doigt me dit que l’une d’entre elles ne va pas tarder à bouger, et c’est heureux… A suivre donc.

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AERES et CTI : fusion/absorption ou articulation ?

Publie par laurent-carraro le septembre 14th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: ,  •  3 Commentaires

Comme un serpent de mer ressort périodiquement la question des liens entre la CTI et l’AERES (voir par exemple le blog Gaïa Universitas et les propositions socialistes pour la présidentielle). Et la question me semble le plus souvent assez mal posée, par exemple en termes de fusion ou d’absorption, avec des prises de position conséquentes assez marquées.

Il y a là me semble-t-il un manque de connaissance du rôle de ces deux structures, compréhension qui est remplacée quelquefois par de l’idéologie un peu rapide. Il est vrai que nous sommes en période pré-présidentielle, donc il faut faire simple ! Pourtant le temps est sans doute venu d’avoir un débat serein sur cette question, qui ne sépare pas les protagonistes en deux camps qui s’affrontent.

L’AERES a fait suite dans l’esprit de nombreux collègues universitaires à la défunte MSTP, et il est vrai que les premiers acteurs de l’AERES naissante étaient majoritairement des transfuges de la MSTP. Or l’AERES a été conçue comme une instance d’évaluation, qui ne prend aucune décision – contrairement à ce que faisait la MSTP -, et ne donne aucun avis mais rédige des rapports d’évaluation de manière à « fournir aux ministères de tutelle, les informations nécessaires à la prise de décisions (attribution de moyens financiers et humains, habilitation des formations, labellisation des unités de recherche…) ». Cf. site AERES.

La CTI de son coté, créée par la loi de 1934, est une instance composée de 3 collèges : 16 membres académiques, 8 membres représentant les employeurs, 8 membres représentant les ingénieurs. Cette instance a notamment pour mission « l’évaluation et l’accréditation de toutes les écoles d’ingénieurs françaises qui souhaitent être habilitées à délivrer un titre d’Ingénieur diplômé. Sur avis de la CTI, l’habilitation des écoles publiques est donnée par le ou les ministres concernés. L’habilitation des écoles privées est donnée par le ou les ministres concernés sur décision de la CTI. » Cf. site CTI.

On comprend bien à la lecture des lignes précédentes que d’imaginer l’AERES absorbant la CTI d’une manière ou d’une autre relève du non sens, car l’AERES n’accrédite et ne décide rien. Par contre le point commun entre les deux structures concerne l’évaluation. Et il est vrai que la CTI lors de son évaluation ne considère pas la seule formation d’ingénieur, mais le fait dans son contexte : politique d’établissement, laboratoires, etc. Ce qui signifie que les évaluations de l’AERES sur ces questions peuvent/doivent être utilisées.

C’est la raison pour laquelle une bonne politique pourrait consister :

1 – à aligner les rythmes d’évaluation de l’AERES (périodicité de 5 ans) et de la CTI (6 ans) ;

2 – à recentrer la CTI sur sa mission d’accréditation/habilitation ;

3 – à faire évaluer les écoles d’ingénieurs par l’AERES sur la base d’un cahier des charges fourni par la CTI (qui existe déjà : il s’agit de Références et Orientations), avec des comités de visite adaptés (par exemple présence de membres de la CTI, d’industriels…).

Cela aurait le mérite de donner à la CTI les moyens de ses ambitions, car les moyens respectifs dédiés à l’évaluation pour la CTI et l’AERES sont sans commune mesure. Mais cela permettrait également aux écoles de ne « subir » qu’une seule vague d’évaluation, et de faire porter leur effort sur l’amélioration de leur formation et non de leurs dossiers d’évaluations. Et je ne parle pas ici des nombreux dossiers en Ex qui ont tant occupés les acteurs de l’enseignement supérieur !

Je ne prétends pas que ces propositions succinctes sont les meilleures, mais elles ont le mérite de tenir compte de la réalité de ces deux structures.

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Les écoles internes aux universités existent !

Publie par laurent-carraro le juillet 4th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  2 Commentaires

Le débat continue de rouler sur le rapprochement entre les grandes écoles et les universités. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) feint d’oublier les écoles internes aux universités lorsque cette question est abordée alors que selon les chiffres de 2009/10, celles-ci sont une cinquantaine et regroupent environ 15% du total des étudiants inscrits en formation d’ingénieur.

Ces chiffres ne sont pas du tout anecdotiques et montrent qu’il y a là un terrain qu’il serait bon d’exploiter car ces écoles peuvent être considérées comme étant des précurseurs, dans la mesure où l’Université future et moderne, devrait recevoir en son sein l’ensemble des structures d’enseignement supérieur, et donc les écoles d’ingénieurs.

Mais dans notre pays toujours aussi difficile à réformer, on s’évertue à créer de nouvelles structures, voire les empiler dans un désordre qui frise le chaos au niveau de l’enseignement supérieur et de la recherche. Et les leçons des expériences réalisées ne sont jamais vraiment tirées. Pourtant, si l’on considère uniquement les formations d’ingénieurs, notre territoire – de taille modeste sur la scène mondiale -, montre une étonnante diversité : écoles indépendantes relevant du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR), universités de technologies, instituts nationaux polytechniques (les INP), écoles internes aux universités et aux INP, écoles dépendant des ministères techniques (défense, industrie, équipement, agriculture…), écoles consulaires, écoles privées. A cette courte liste s’ajoutent les écoles à statut particulier comme l’Ecole Centrale de Paris, Supélec, l’Institut d’Optique…

Tout cela pour dire qu’il y a de quoi tirer un bilan des diverses formes d’organisation choisies pour les écoles d’ingénieurs, de leurs avantages et inconvénients, des modifications qui pourraient être apportées à tel ou tel type d’organisation de manière à en accroître les services rendus. Mon propos ne consiste pas du tout à dire que cette grande variété est une tare dont il faut s’affranchir, car la biodiversité prépare l’avenir, mais que des leçons doivent être tirées.

Justement, au vu de de l’insistance du MESR à rapprocher les « petites » écoles externes aux universités existantes, il serait bon d’analyser en détail la performance du système « écoles internes » et de voir ce que sont les conditions du succès. Mais plutôt que d’aller en ce sens, on se met à créer des masters d’ingénierie (voire le réseau Figure) dont je ne conteste pas forcément la pertinence. Mais créer de telles formations en ignorant la présence des écoles internes dans ces mêmes universités ne manque pas de m’interroger. On crée là toutes les conditions d’un rapport de forces et d’un affrontement dont le résultat global pour la société en général et les étudiants en particulier ne sera évidemment pas positif.

En résumé, et sans vouloir tirer la couverture à moi (je rappelle que l’école que je dirige est une école interne), je ne comprends toujours pas pourquoi ces écoles ne sont pas au centre des préoccupations des décideurs politiques, si ce n’est des médias, car elles offrent un terrain d’observation idéal pour construire une future université moderne et flexible.

Gageons que le nouveau Ministre se saisisse enfin de cette question…

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Recrutements et élections dans les universités : les logiques de défiance

Publie par laurent-carraro le juin 21st, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , , ,  •  Pas de commentaires

J’ai abordé dans le post précédent la question du recrutement des enseignants-chercheurs au moyen des comités de sélection. J’ai assez peu insisté – si ce n’est à travers un exemple tragi-comique – sur un principe qui peut surprendre, à savoir la nécessité qu’au moins la moitié des membres du jurys soient extérieurs à l’établissement. Dans le cadre de la gestion des ressources humaines d’un établissement d’enseignement supérieur, il semblerait que cette phase de recrutement doive être totalement maîtrisée en interne, quitte à s’adjoindre quelques compétences – typiquement RH – pour bien vérifier que le candidat va correspondre aux attentes de l’établissement d’accueil. La raison essentielle d’un choix aussi étonnant tient en peu de mots. Les universités étant considérées comme immatures, on leur impose de faire intervenir des gens externes pour redonner un peu de neutralité dans leurs choix. On continue là d’infantiliser les universités en leur imposant des règles complexes ayant pour objectif essentiel de contrecarrer des comportements endogènes, mais qui génèrent pour autant de nombreux effets pervers… et ne contrecarrent pas grand chose, les échanges de bon procédés entre collègues d’établissements différents étant monnaie courante.

A contrario, penchons-nous sur l’élection des présidents d”université. Les missions d’une université, établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, en font un objet social, politique, voire économique de premier ordre – ce dont les collectivités locales en particulier sont pleinement conscientes -. Il semble donc normal que l’élection du président doive être réalisée par l’ensemble des membres du conseil d’administration, personnels et usagers élus d’une part, membres extérieurs d’autre part. Comme chacun le sait il n’en est rien, et je ne reviendrai pas sur les nombreuses conséquences funestes de ce dispositif. Mon propos est seulement ce chercher à identifier quelques raisons d’un tel choix. Car la défiance est encore au rendez-vous, mais il s’agit là de la défiance de la communauté académique vis-à-vis du monde extérieur, suspect de la mener vers des objectifs de court terme, à rentabilité politique ou économique immédiate. De tels débats – entre construction de la connaissance et impacts économiques – doivent avoir lieu au sein des conseils d’administration ; ces lieux sont même conçus à cet effet. Mais ils ne peuvent typiquement pas avoir lieu lors de l’élection du président, qui constitue un moment essentiel dans l’évolution stratégique des établissements.

En résumé, ces logiques de défiance mènent à des choix organisationnels à la fois incompréhensibles et profondément contre productifs, les membres extérieurs étant vus comme vertueux quand il s’agit de gestion interne de l’université et par contre dangereux lorsque l’on doit évoquer les aspects stratégiques.

Sur ces questions comme sur d’autres nos modes d’organisation mériteraient vraiment d’être revisités.

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Comités de sélection : lourds ou légers ?

Publie par laurent-carraro le mai 24th, 2011 dans la categorie Non classé Tags: , , ,  •  5 Commentaires

Je suis resté quelque peu éloigné de ce blog du fait d’une activité passablement intense au cours des derniers mois. Parmi mes occupations de directeur s’est placée en bonne position la question des recrutements des enseignants-chercheurs. Et je partage ici mes pensées quant à la lourdeur et la légèreté de l’exercice.

Lourdeur tout d’abord car il faut rappeler que pour chaque poste mis au concours, un comité de sélection ad hoc doit être mis sur pied. Ce comité doit comprendre des enseignants-chercheurs de l’établissement et au moins autant d’enseignants-chercheurs extérieurs. Le CA restreint de l’université tient une place prépondérante puisqu’il intervient successivement pour la validation de la structure de chaque comité, puis le nom des personnes choisies pour le comité, puis au retour des résultats du comité pour examiner voire modifier les propositions de nomination du comité. Le lecteur comprendra facilement que dans une une université de taille moyenne, les compétences effectives du CA restreint pour juger de la pertinence de la présence d’un enseignant-chercheur dans un comité, ou de l’adéquation d’un candidat sélectionné par le comité de sélection, est faible voire très faible. Ceci pour la simple raison qu’il existe au mieux un membre scientifiquement compétent du domaine concerné dans le CA restreint.

Lourdeur encore quand un directeur d’école interne doit quémander auprès de l’administration la liste des candidats sur un poste ou les CV des candidats classés par un comité de sélection.

Lourdeur toujours dans le fonctionnement même des comités, qui s’approche quelquefois dangereusement du comique. Pensez à la solitude du président de comité de sélection lorsqu’un membre extérieur le prévient à la dernière minute de son incapacité à participer. Il doit trouver, avant même que le comité ne se réunisse, une bonne âme parmi les enseignants-chercheurs internes à l’établissement, qui accepte de ne pas venir de manière à conserver un comité équilibré. Malheur à lui s’il découvre en séance qu’un extérieur manque à l’appel car il doit alors annuler la réunion pour la convoquer ultérieurement !

Lourdeur enfin, notamment en termes de coût, quand on observe le déplacement incessant des enseignants-chercheurs qui rendent service en participant à des comités de sélection sur tout le territoire français en tant que membre extérieur. Tout cela génère un trafic significatif pendant les mois d’avril-mai et perturbe significativement la vie de nos établissements.

On peut s’interroger avec quelque raison sur les motivations d’un tel processus. Il s’agit on le sait avant tout de combattre les recrutements locaux et de recruter le « meilleur » candidat. Et comme la confiance dans les capacités des universités à recruter leurs collaborateurs n’est pas au rendez-vous, on multiplie les règles – chacune ayant une justification raisonnable – pour être certain que le processus de recrutement n’est pas biaisé. Mes observations, sur un échantillon certes non représentatif, me laissent à penser que les recrutements plus ou moins bidonnés restent une pratique courante.

J’en viens à la légèreté. Car il faut ajouter un détail concernant les comités de sélection : les candidats ont en général 20 minutes pour exposer leurs travaux et leurs perspectives avant d’entamer une discussion avec les membres du comité. Restons optimistes et considérons que l’on passe une heure pour dialoguer avec le candidat. Il est tout à fait incroyable que l’on se permette de recruter un futur collaborateur – pour 30 voire 40 ans car on parle de postes de fonctionnaires, sur la base d’un dossier, d’un exposé et d’une discussion bâclés en moins d’une heure. Il est d’autre lieux où dans une situation analogue on demande au candidat de préparer un cours en temps limité avant de l’exposer, de vivre à l’intérieur du laboratoire pendant plusieurs jours, etc. De ce point de vue, ce processus de recrutement est d’une légèreté insoutenable et les collègues connaissent tous les nombreuses erreurs de recrutement dont il faut ensuite faire son affaire pendant des décennies.

J’ose à peine dire en conclusion qu’il n’est fait appel à aucune compétence en ressources humaines, ou d’industriels lorsqu’il s’agit de futurs enseignants dans une école d’ingénieurs. Car là, je sens que mes collègues universitaires ne manqueront pas de me clouer au pilori…

En tout cas, pour reprendre un ancien post, l’autonomie des universités dans la définition de leurs processus de recrutement reste très encadrée pour un résultat qui demeure plus que médiocre.

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