Le système de formation en ingénierie – un dispositif à faire évoluer globalement

Publie par l-carraro le novembre 10th, 2017 dans la categorie Non classé Tags: , , , , , ,  •  2 Commentaires

Le précédent post posait quelques éléments du constat relatif au dispositif de formation en ingénierie, tel que j’ai pu le faire au printemps dernier.

Il s’agit ici, tout en rendant public mon rapport, d’expliciter les grandes lignes qui sous tendent les propositions faites. Je reviendrai dans d’autres billets sur des points particuliers qui font débat, de manière justement à alimenter ce dernier.

On a vu lors du constat combien les dispositifs de formation étaient fragmentés et hétérogènes. On a vu également que les liens avec l’emploi méritaient de progresser, puisque les questions de sortie professionnelle au niveau intermédiaire et de besoins d’ingénieurs étaient mal traitées. Ces éléments, qui ne constituent pas un fait nouveau, deviennent extrêmement préoccupants à l’heure où les économies se transforment en profondeur sous la pression des technologies, en premier lieu numérique, mais également pour des raisons écologiques et sociales qui se font chaque jour plus prégnantes.

Sur ces questions on notera que le rapport du Conseil d’Orientation pour l’Emploi, publié en plusieurs temps (tome 1, tome 2 et tome 3 à venir) indique que la moitié des emplois existants verrait son contenu notablement ou profondément transformé par les évolutions technologiques. On remarquera d’ailleurs que l’étude montre que les enseignants font partie de cette population. Par ailleurs, l’évolution des compétences des actifs impliquée par ces transformations est centrée sur deux aspects. Le premier qui vient immédiatement à l’esprit est celui de l’augmentation des compétences numériques, nécessaires pour vivre dans un monde digitalisé. Le second est centré sur les compétences sociales (travail en équipe, intelligence sociale), situationnelles (autonomie, apprendre à apprendre), ainsi qu’en littératie et numératie, ces dernières concernant moins les niveaux de qualifications post bac.

En d’autres termes la structure de l’économie et celle de l’emploi sont engagées dans une transformation aussi rapide que profonde. Face à cela, la structure éducative dans son ensemble doit accompagner le mouvement, voire l’anticiper si l’on pense aux attendus de l’enseignement supérieur.  Cette nécessité a dirigé l’ensemble des préconisations faites, qui visent à une transformation globale, centrée sur le métier, du système de formation supérieure en ingénierie.

Pour cela les différentes parties prenantes ont toutes une responsabilité éminente et doivent agir, car le temps est compté.

L’État tout d’abord qui est garant de la cohérence d’ensemble, et doit se saisir de quelques sujets brûlants : carrière et mobilité des enseignants-chercheurs, pilotage et évaluation des formations dans leur ensemble (CPGE et BTS ne sont par exemple pas gérées à ce jour comme des formations du supérieur), rééquilibrage entre formation initiale et formation professionnelle, sortie professionnelle au niveau intermédiaire bac+2/bac+3.

Les organisations qui regroupent des acteurs du monde éducatif : CPU, CDEFI, CGE bien sûr mais également ADIUT, Figure, CDUS… Ces organisations ont tout intérêt à réunir leurs forces, en sortant des débats de positionnement habituels, pour réfléchir aux évolutions du système de formation et à ses interactions avec le monde socio-économique.   De telles réflexions, centrées sur les compétences des jeunes formés et non sur les questions institutionnelles, favoriseraient en outre le décloisonnement des acteurs.

En outre la querelle franco-française, on pourrait dire picrocholine en revenant à Rabelais, autour de l’ingénieur diplômé et du diplômé ingénieur doit cesser ! En particulier il semble essentiel que Figure porteur des masters d’ingénierie, les écoles d’ingénieurs et la CTI engagent des discussions pour clarifier la situation et sortir par le haut de la configuration actuelle marquée par des précautions de langage, du type « nous formons des ingénieurs mais nous ne diplômons pas des ingénieurs », qui pourraient au mieux faire sourire en d’autres temps.

Les établissements ou regroupements d’établissements ont une responsabilité forte puisqu’ils constituent les acteurs premiers du système. Ils ont des marges de manœuvre pour favoriser la mobilité de leur personnel enseignant, et doivent les utiliser. Ils ont également des possibilités de mise en valeur de leurs enseignants particulièrement efficaces, inventifs, impliqués. Et bien qu’ils le fassent et en même temps le fassent savoir, sans attendre tout de l’État.

Leur mode de relation avec la sphère économique doit également se transformer de manière à faire évoluer leurs cursus avec souplesse et réactivité. Car si l’on regarde derrière le rideau, la situation est souvent préoccupante quoi qu’en disent les acteurs. Les conseils de perfectionnement ou toute autre instance prospective et ouverte sur employeurs et syndicats de salariés doivent être généralisés à une échelle ou une autre, et leurs conclusions suivies de faits. Sur ce point l’échelle du territoire et de ses besoins en termes d’emploi semble particulièrement pertinente et pourrait également contribuer au rapprochement des acteurs.

Les enseignants enfin sont en première ligne pour permettre aux jeunes diplômés de développer les compétences scientifiques et techniques, sociales et humaines, la capacité à prendre des risques, la résilience dont ils auront besoin pour construire et transformer l’entreprise demain. De ce point de vue, leur propre capacité à prendre des risques, à comprendre les besoins de leurs étudiants, à inventer, leur mobilité intellectuelle ou professionnelle, constitue un facteur clef de succès. Rappelons en effet que former c’est créer pour l’autre.

En conclusion de ce billet, je me permets d’insister sur le fait que mon rapport ne prétend pas à la parfaite adéquation de toutes les recommandations faites, rappelons qu’il s’agit du travail de 6 mois d’une personne seule. Il prétend par contre sensibiliser tous les acteurs à l’urgence de la situation et au dépassement des clivages et habitudes de pensée, et leur donner des pistes pour l’action.

L’avenir du pays dépend de notre capacité collective à nous dépasser mais tout autant à nous réunir… le lecteur comprendra que je ne parle là que des acteurs de la formation supérieure en ingénierie !

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Le système de formation en ingénierie – le constat

Publie par l-carraro le octobre 31st, 2017 dans la categorie Non classé Tags: , , , , , ,  •  1 Commentaire

J’ai eu la chance, après la fin de mon mandat aux Arts et Métiers, de me voir confié par la DGESIP une mission d’analyse des formations du supérieur en ingénierie. Je me permets d’ailleurs de souligner – continuité du service de l’Etat – que cette mission a été donnée par la précédente équipe à destination de la suivante. Ce travail qui s’est étalé de mars à septembre m’a permis de revisiter l’ensemble du paysage, avec une totale liberté d’esprit puisque je ne représentais à cette occasion d’autre intérêt que l’intérêt général.

J’ai donc entamé cette mission sans aucun a priori et l’ai structurée en 3 temps. Le premier temps a été celui de la prise de connaissance. Il s’est donc concentré sur la lecture de nombreux rapports et la rencontre de parties prenantes variées, avec des questions générales sur leur perception de l’avenir, sur les difficultés qu’ils rencontrent, les idées qu’ils aimeraient voir émerger et leurs projets. Le second temps a été celui du bilan et de la structuration de propositions autour de 5 axes. Tout cela s’est achevé dans un troisième temps avec de dernières rencontres qui m’ont permis d’affiner les recommandations présentées dans le rapport.

Ce premier billet a pour objet de partager les éléments saillants du constat que j’ai pu effectué à l’issue de la première étape de mon travail. Le billet qui suivra mettra en exergue quelques points du rapport qui me semblent nécessiter un débat large, d’où sa présence ici. Ce qui constitue de fait le quatrième temps de ce travail, de manière à favoriser le débat, et surtout la prise d’initiatives. Car mon rapport s’adresse en premier lieu au commanditaire qu’est la DGESIP bien évidemment mais tout autant aux différentes parties prenantes de nos formations supérieures en ingénierie.

Le premier élément qui m’est apparu est celui de l’extrême cloisonnement des différentes catégories d’acteurs, des universités aux écoles d’ingénieurs en passant par les IUT ou les CPGE. Ceci en dépit des très nombreux contacts des écoles avec les universités, du fait que les IUT sont intégrés aux universités et des doubles inscriptions des étudiants de classes préparatoires à l’université, etc. De ce fait chacun pense l’avenir de ses formations sans interagir avec les autres, à quelque niveau que ce soit.

Pourtant ces questions sont évidemment liées aux besoins de compétences des entreprises et de la société, qui ne s’expriment que rarement avec une segmentation par type de diplômes. Et même si cela était, comment définir le rôle d’un technicien en maintenance – activité très impactée par la révolution numérique – en se désintéressant de celui des autres niveaux de qualification au sein de son équipe ? Des structures de promotion et de défense des intérêts des uns et des autres existent, mais on cherche des lieux de partage et de réflexion qui traversent ces frontières, centrés typiquement sur l’évolution des compétences et des qualifications. D’aucuns diront que les regroupements prévus par la loi Fioraso peuvent héberger ces réflexions. Ce n’est que rarement et partiellement vrai. Rarement car – pour ne citer qu’elles – les ComUEs ont dépensé beaucoup d’énergie sur les questions de structures et de partage de pouvoirs. Partiellement car il ne faut pas oublier que les CPGE et les STS, parties intégrantes de l’enseignement supérieur, restent non concernées par cette évolution.

Au-delà du cloisonnement, les systèmes de formation sont également très hétérogènes avec des modalités de cadrage et d’évaluation très différentes. On trouve ainsi des BTS dont le programme et l’examen sont définis au niveau national et des diplômes de licence ou licence professionnelle qui laissent une large initiative aux acteurs dans le cadre général de l’accréditation et de la carte nationale des formations. Cette hétérogénéité entraîne des modes de fonctionnement au quotidien très variables, avec en particulier pour certaines formations des rigidités et des constantes de temps incompatibles avec l’accélération des mutations de l’économie et de l’emploi.

Par ailleurs, pour revenir sur les questions d’emplois et de prospective, il est à noter que le consensus sur les besoins d’ingénieurs en France n’est pas du tout établi, via des analyses et des prises de position allant d’un fort besoin de croissance à une absence de tension sur le marché de l’emploi. Le seul point commun à ces positions reste le fort besoin de spécialistes en numérique. Il faut noter sur ce point que l’impact du numérique sur la définition même des métiers traditionnels semble très peu abordé alors que le sujet traverse toutes les formations, sans exception. Ce relatif désintérêt – ou plutôt ce manque d’action – s’explique en premier lieu par des raisons évidentes mais pour autant inacceptables : difficulté intrinsèque du sujet, impact très fort sur les compétences des enseignants et sur les équipements… En d’autres termes prendre le sujet dans son ensemble mène les structures de formation à subir les mêmes transformations radicales que les entreprises. On peut comprendre, tout en le regrettant, que ce ne soit pas facile à aborder.

J’ai également été frappé par les retours des responsables de formation professionnelles courtes (bac +2 ou bac+3) à propos des poursuites d’études. On observe en effet une forte dérive de ces formations avec une poursuite d’études qui croit année après année. Or il ne sert à rien de blâmer ces responsables, alors que leurs étudiants choisissent de poursuivre leur cursus, même – et surtout ! – après avoir eu une expérience professionnelle (stage, alternance) dans l’entreprise. Car la différence de salaire et au-delà de carrière et de reconnaissance sociale est sans commune mesure avec l’effort de deux ou trois années d’études supplémentaires permettant d’atteindre un niveau master.

Dernier élément de constat, la statistique publique est toujours le parent pauvre de l’enseignement supérieur, alors que l’évolution des rôles respectifs de l’Etat et de ses opérateurs, concentrant les directions centrales sur le pilotage et la stratégie doit aller de pair avec des outils de pilotage performants. Force est de constater que nous n’en sommes toujours pas là puisque, par exemple, nous sommes encore réduits aux pannels pour connaître le devenir des étudiants inscrits dans un type de cursus. Ceci à l’heure du big data ! De sérieux progrès méritent d’être faits dans des délais brefs (j’avais déjà noté ce problème en 2007 et « on » m’avait répondu que c’était en cours de réflexion…).

 

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Discours d’adieu aux Arts et Métiers

Publie par l-carraro le février 25th, 2017 dans la categorie Non classé  •  1 Commentaire

A l’occasion de la fin de mon mandat (février 2012 – février 2017) de directeur général des Arts et Métiers, j’ai prononcé un discours reproduit ci-après.

C’est avec beaucoup de plaisir et tout autant d’émotion que je vous accueille ici, aux Arts et Métiers, pour la dernière fois. Un tel moment, outre celui de la satisfaction passablement égoïste de vous rassembler, est l’occasion d’aborder plusieurs sujets, qui me semblent importants pour notre Ecole. Je vais donc profiter de cette occasion pour vous parler ici de bilan, de convictions, le tout – vous me reconnaîtrez là – teinté d’avenir bien évidemment.

Bilan tout d’abord. Comme vous le savez je suis arrivé aux Arts et Métiers début 2012, repéré et motivé initialement par les anciens élèves de l’école qui venaient de prendre conscience que l’école était en grand danger et que le salut ne pouvait venir de leur point de vue que d’une personne extérieure à la communauté Arts et Métiers, non impliquée dans les actions passées. C’est ainsi que je suis arrivé dans un établissement qui en dépit de ses qualités intrinsèques, dont le reparlerais très largement, rencontrait de sérieuses difficultés, sans que la prise de conscience soit véritablement au rendez-vous.

Le modèle de formation était le résultat de nombreux compromis avec les forces en présence, qui menaient à une maquette pédagogique ressemblant davantage à celle d’un lycée technique, et tentait de courir après une omnicompétence technologie jour après jour de plus en plus illusoire. Ceci alors que d’une part les compétences scientifiques et technologiques étaient bien présentes et que d’autre part la prise de conscience du besoin vital d’industrie dans notre pays était enfin au rendez-vous. Il demeurait un modèle de fin de cursus – le PJE pour les intimes – ne permettant pas à nos jeunes d’aborder leur carrière professionnelle avec l’expérience indispensable de la vie de l’entreprise. Accessoirement, la Commission des Titres d’Ingénieur venait de nous adresser un lourd avertissement avec une habilitation réduite à délivrer le titre d’ingénieur.

Par ailleurs, l’école semblait se désintéresser des formations qui ne relevaient pas de la formation d’ingénieurs dite historique alors que les besoins du marché se multipliaient.

Sur le plan de la recherche, les rapports de la Cour des comptes s’accumulaient pour demander à l’école de s’assurer d’une bonne maîtrise de sa stratégie de recherche, à finalité économique, et de la pertinence du modèle économique en place. Nous en étions fort éloignés puisque dans mes relations avec la structure de gestion – associative – de notre recherche partenariale, je naviguais en permanence au bord de la gestion de fait et autres associations transparentes. Par ailleurs la structure associative gestionnaire de notre recherche partenariale cumulait les déficits d’exploitation. Dans le même temps l’engagement quotidien des acteurs de la recherche en général et de la recherche partenariale en particulier était au rendez-vous, avec un label Carnot essentiel pour notre établissement – qui a d’ailleurs été renouvelé l’été dernier (je salue ici son directeur Philippe Véron) –, mais cela se déroulait dans un contexte éminemment flou, ouvrant notamment la porte aux abus – certes peu nombreux mais pour autant totalement inacceptables –.

Plus globalement, l’école était réputée pour sa richesse – on m’avait indiqué lors de mon recrutement qu’il y avait 30M€ en caisse – qui allait de pair avec la faiblesse de sa gestion. De ce fait l’école n’avait pas encore bénéficié en 2012 du passage aux RCE – il faudra attendre 2015 pour cela – ; celui-ci devant succéder à une réforme statutaire permettant à l’établissement d’avoir les moyens de ses ambitions et à la direction générale d’insuffler et déployer la stratégie de l’établissement. Mon premier rapport d’étonnement concerna ce point, avec un établissement de plus de 1000 agents dans lequel la culture administrative était assez rudimentaire et les procédures hétérogènes et essentiellement orales.

Avant d’aller plus loin il me faut marquer un temps. Marquer un temps tout d’abord pour signaler que je ne trouvais pas un établissement dans lequel mes prédécesseurs avaient démérité. Pour n’en citer que deux, je salue très amicalement mon prédécesseur immédiat, Jean-Paul Hautier, qui par son engagement a permis à l’établissement de voir ses statuts modifiés, afin de lui donner des chances pour l’avenir. Je salue ici également la mémoire de Guy Gautherin, qui dirigea l’école de 1991 à 2001 et créa la direction générale de toutes pièces, suite à la réforme statutaire de 1990 qui fit émerger l’établissement public réseau. J’ai tenté de leur faire suite avec enthousiasme et modestie, et je ne doute pas qu’il en sera de même de mon successeur.

Marquer un temps également pour dire combien les personnels de cette école sont attachés à elle et à son identité, et ont la volonté de la faire progresser. Simplement le système statutaire dans lequel nous étions plongés jusqu’en novembre 2012 ne permettait en rien de mener des réformes en profondeur et contribuait de fait à une utilisation très sous optimale du denier public.

Pour revenir au bilan, on comprend que dans le contexte dans lequel je suis arrivé il m’a fallu aller vite. A mon arrivée d’ailleurs un audit financier diligenté par les services de Bercy indiquait que l’école avait 2 ans devant elle avant de connaître le déficit. Prédiction qui s’est avérée parfaitement exacte puisque notre compte de résultat de 2014 a fait apparaître une perte de plus de 3 M€. Heureusement, nos actions en termes de mutualisation, de dématérialisation, de politique achats, d’optimisation de nos moyens humains, et plus largement de considération des projets qui engagent l’école en coût complet, nous ont permis de redresser la situation avec un exercice faiblement bénéficiaire en 2015 à hauteur de 250 k€ alors que celui de 2016 qui sera présenté en mars prochain nous mène à un excédent de 1,5 M€. L’école va enfin pouvoir investir, et donc assurer sa pérennité. C’est l’occasion de remercier Xavier Chateau et ses équipes, DRH initialement puis avec un portefeuille élargi notamment aux finances, sans lequel rien n’aurait été possible.

Les actions engagées ont visé à traiter tous les sujets que j’évoquais précédemment. Le PJE a été transformé en stage de fin d’études pour le plus grand bien de nos étudiants, et plus largement une maquette pédagogique rénovée a été adoptée, en lien avec les compétences de nos campus, j’y reviens dans un instant. L’école a par ailleurs développé son offre de formation, tant en apprentissage qu’en formations sous statut étudiant. Sur ce dernier point je me dois d’évoquer le bachelor de technologie que nous avons été les premiers en France à introduire à l’automne 2014, prenant ainsi une avance nette sur nos concurrents. Ces sujets ont été traités grâce à la ténacité et la compétence de Laurent Champaney, DGA formation, avec l’appui de toutes les équipes tant nationales que locales. J’en profite pour les remercier chaleureusement.

Nous avons par ailleurs transformé la structure associative qui gérait notre recherche partenariale en une société anonyme, filiale à 100% de l’établissement public. Cette situation nous permet d’avoir une politique homogène, d’adopter un modèle économique pérenne, et de maximiser notre efficacité dans nos relations avec le monde économique. Sur le plan de la recherche encore nous avons conduit une action délicate autour de la coloration de nos campus, de manière à ce que l’esprit de concurrence qui pouvait exister précédemment fasse place à un esprit de coopération, chaque campus ayant quelques points forts qui le distinguent à l’intérieur de l’établissement réseau que nous formons et encore davantage vis-à-vis de l’extérieur. Je salue ici très amicalement l’action efficace des DGA en charge de la recherche et de l’innovation qui se sont succédés, MM. El Mansori et Iordanoff, ainsi que celles de toutes les équipes, au sein de cette direction mais également au niveau des laboratoires de l’école.

Sujet enfin qui n’apparaissait pas à mon arrivée, la loi Fioraso de 2013 a conduit l’école à mener un véritable combat, presque contre nature, avant et après la publication de cette loi, afin de convaincre les pouvoirs publics de l’intérêt d’un grand établissement de technologie national au service de cette politique. Nous y sommes parvenus au prix d’efforts incroyables, et c’est l’occasion pour moi de remercier ici le DGA Alexandre Rigal qui a eu la lourde charge de conduire ce dossier vital. Ses équipes, là et ailleurs, ont également été mobilisées par de nombreux projets et dossiers ; je les en remercie.

Dernier point, ce fut d’ailleurs le second élément de mon rapport d’étonnement, l’école n’était pas habituée au débat structuré et structurant au sein de ses instances, en premier lieu au niveau du conseil d’administration. Vous savez que la modification statutaire que le gouvernement a finalisé l’été dernier, dont les médias se sont fait largement l’écho, avait pour objet de rééquilibrer cette instance en diminuant le poids de nos anciens élèves dans la gouvernance. Ce n’est pas mon propos ici. Un point important, dont je revendique la paternité et dont j’avoue être fier, est la montée en puissance des élus du personnel, avec en particulier l’élection d’un vice-président à notre CA, en l’occurrence une vice-présidente. Je me permets ici de saluer le courage et l’engagement de Véronique Favier qui a relevé le gant depuis septembre dernier et construit jour après jour le contenu de ce poste essentiel pour notre école.

Je m’arrête là dans l’énumération, même si je pourrais parler encore très longtemps à propos de relations entreprises, de mécénat, de relations internationales pour lesquelles nous engrangeons de premiers succès, du réseau d’établissement que nous construisons autour de notre école, des ComUEs de façon générale et de la ComUE heSam en particulier. Permettez-moi d’ailleurs de saluer ici très amicalement de nombreux représentants d’heSam, dont son Président, ainsi que des chefs d’établissements membres actuels ou bientôt passés de cette communauté ! J’ai tant appris à leurs cotés, y compris quand j’ai eu la lourde tâche de présider ce regroupement.

Mais il est temps de vous faire partager quelques convictions en regardant devant.

La première est celle de la grandeur et de la nécessité du service public. J’ai l’habitude d’affirmer haut et fort, typiquement dans une assemblée de chefs d’entreprise, que je suis fonctionnaire. Je ne fais pas cela par bravade et encore moins par provocation, mais plutôt pour exprimer qu’en tant que tel je dois à mon pays un engagement total, désintéressé, et que mon efficacité dans l’action doit être à la hauteur de la leur. Car le pays a besoin de fonctionnaires, non pour réglementer l’épaisseur du lard sur la tranche de jambon, mais pour servir la communauté française qui est la nôtre. Je ne connais personnellement pas de mission plus noble, ni plus enthousiasmante. Mais qu’on s’entende bien, quand je parle de service public pour ce qui concerne notre école, cela passe par une remise en question quotidienne et surtout une relation chaque jour plus importante avec le monde économique. Pour frôler le trivial, l’école doit dépasser les 50% de ressources propres dans les années qui viennent, ce qui impactera évidemment encore notre organisation, même si cela se fera sans doute dans des proportions moindres que ce que nous avons connu. Car, comme j’aime à le répéter, la porosité entre le monde des entreprises et notre école doit augmenter encore de manière significative ; c’est notre passé glorieux et c’est notre avenir.

La seconde réflexion que je veux vous faire partager aujourd’hui est très banale, et pourtant essentielle, à savoir que les actions ne se conçoivent et ne se construisent qu’à plusieurs. J’ai évoqué précédemment les membres du comité exécutif, équipe dont la solidité et la solidarité a permis de tenir le cap sur une mer quelquefois agitée, voire très agitée, voire tempétueuse. Je salue au-delà tous les membres de l’équipe de direction, avec une pensée particulière pour les directeurs de campus qui ont eu la lourde charge de déployer et assumer les réformes sur le terrain. Le ciment humain qui nous réunissait nous a permis d’atteindre nos objectifs, et ce ciment était constitué d’ingrédients simples : ambition commune, écoute, respect, solidarité dans les moments difficiles. Au-delà je veux saluer ici toutes les personnes avec qui j’ai pu interagir pendant ces 5 ans, particulièrement celles qui m’ont accompagné dans l’action à quelque niveau que ce soit, du professeur des universités au technicien en passant par la personne chargée de l’accueil, Jeanine Delhalle pour ne pas la nommer. Toutes ces personnes ont contribué, contribuent jour après jour, à faire grandir notre école, et cela seul compte. Qu’ils et elles en soient remerciés très sincèrement.

Un mot sur l’avenir maintenant pour terminer ce discours sans doute un peu trop long ! La force principale de notre école est celle de la qualité de ses personnels, de ses étudiants, et au-delà de la communauté de ses anciens élèves. Profitant d’une position de l’école considérée, sans doute à raison à une époque, comme confortable et presque inexpugnable – en tout cas indiscutable –, une grande partie de notre énergie collective s’est dissipée en frottements divers. Ce phénomène s’est particulièrement illustré ces derniers mois mais a accompagné la totalité de mon mandat. Les enjeux pour demain ne sont pas de savoir qui a le pouvoir sur qui dans notre microcosme, mais de savoir plutôt comment notre école va contribuer au développement de notre pays, à son échelle et dans son champ de compétences, dans un contexte international hautement compétitif que nous connaissons tous. Cela nécessitera une sorte d’union sacrée entre les différentes parties prenantes, que j’appelle de mes vœux.

C’est à ces conditions que notre établissement rendra le service qui est attendu de lui, et particulièrement vis-à-vis de l’industrie qui est au cœur de nos préoccupations. Je n’espère rien d’autre, et ne me suis engagé pour rien d’autre pendant ces 5 années, l’école le vaut bien et le pays l’attend.

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Les grandes écoles et leurs alumnis

Publie par l-carraro le novembre 25th, 2016 dans la categorie Non classé Tags: , ,  •  1 Commentaire

Il est de notoriété publique que j’ai connu ces derniers temps une période de très forte tension avec l’association des anciens élèves de mon école. Cela m’a d’ailleurs conduit à prendre la décision de ne pas solliciter un second mandat à la tête d’Arts et Métiers ParisTech (voir l’interview que j’ai donnée à Educpros).

Pourtant je reste convaincu de l’importance de réseaux d’alumnis forts et structurés, qui peuvent agir en support au développement des établissements. Ce billet, basé sur mes diverses expériences, va tenter de dégager quelques principes qui concernent au premier chef les écoles mais également les universités.

 Premier principe : le sentiment d’appartenance se construit au cours des études

Comme chacun le sait je suis universitaire, et mes diplômes initiaux ont tous été obtenus à l’Université Lyon 1. Dans ce cadre il ne m’est jamais venu à l’idée que je pouvais participer à une association de diplômés pour au moins deux raisons. Tout d’abord cette grande université scientifique regroupe des formations très variées sur des sites distants, avec le plus souvent des bâtiments dédiés à un secteur, ce qui n’aide pas aux interactions entre étudiants inscrits dans des UFR ou des départements différents. Avec actuellement 45000 étudiants inscrits, on conçoit que la constitution d’une identité commune n’est pas des plus simples.

Mais il est vrai également qu’au cours de mes études, je n’ai à aucun moment été sensibilisé au fait que la présence d’un réseau de diplômés pouvait être d’une quelconque utilité. A cette époque, je crois que de telles considérations ne venaient à l’esprit de personne, enseignants, personnels, étudiants. Je parle ici d’années assez lointaines, les années quatre-vingt, mais ma récente découverte du site de Lyon1 Alumni montre à l’évidence que l’activité de cette association reste très faible, et fort éloignée du potentiel donné par ses 10000 diplômés par an. Il est vrai que la lessiveuse institutionnelle dans laquelle les établissements sont plongés depuis quelques années ne simplifie pas outre mesure la tâche.

A l’autre extrémité du spectre on retrouve bien sûr l’école des Arts et Métiers. L’attachement à un réseau d’élèves et d’anciens élèves se construit dès l’arrivée à l’école et, de ce point de vue, la si décriée Période de Transmission des Valeurs (anciennement usinage) contribue de façon déterminante à cette prise de conscience. Comme le rappelait un ancien président de l’association des ingénieurs Arts et Métiers, la force de celle-ci n’est pas due au hasard ou à une alchimie mystérieuse ; elle est le résultat d’un process. En d’autres termes la pertinence d’un réseau de diplômés se construit dans les esprits au cours des études, et ceci à travers des occasions multiples : activités étudiantes, préparation à l’emploi, aide ponctuelle à la vie de chacune et chacun, invitations diverses, attribution de bourses… C’est cette capacité à accompagner au quotidien la scolarité des étudiants qui rend palpable et concrète l’intérêt d’un réseau d’anciens. Et dans ces conditions un cercle vertueux commence à s’enclencher, car le réseau se renforçant augmente ses capacités d’action, offre davantage de services, et donc son pouvoir d’attraction de développe.

Deuxième principe : les alumnis pour les alumnis

Mais le process précédent que j’ai très rapidement esquissé induit un risque majeur. Tel que décrit précédemment on observe que les diplômés se préoccupent beaucoup des étudiants, ce qui peut les détourner de l’objet principal d’une association d’anciens élèves qui est d’offrir des opportunités et des services à ses membres.

A partir de là, et c’est une chose particulièrement ancrée à l’association des alumnis des Arts et Métiers, il est aisé de glisser du support à la vie étudiante à l’intervention sur les questions pédagogiques, puis à la vie de l’établissement dans son ensemble. Je ne conteste pas ici la présence de l’association des alumnis dans les instances de l’établissement – elle me semble indispensable, saine et salutaire – mais remet en cause bien davantage la volonté de s’immiscer dans la vie quotidienne. Cette dérive est tout à fait notable si l’on se réfère aux statuts de cette association. On y lit que ladite association, outre des objectifs usuels autour de l’aide à ses membres à pour but « d’assumer auprès des Pouvoirs Publics une mission d’auxiliaire pour l’étude de tous les moyens propres à :

– orienter vers l’Ecole un recrutement de qualité,

– accorder sans cesse son enseignement à l’évolution des sciences et des techniques,

- faciliter aux élèves l’accès aux compléments de culture dans tous les domaines de la formation générale de l’ingénieur « 

On voit là que l’association, dans son objet, ne se contente pas d’aider l’école lorsque cette dernière lui demande ou de participer aux réflexions sur la stratégie de l’établissement mais se considère comme légitime pour intervenir sur des questions d’orientation ou de formation.

Il nous semble qu’un équilibre doit être trouvé pour que les actions essentielles d’une association d’alumni se focalisent sur les services aux alumni, tout en développant des actions vers les étudiants.

Troisième principe : l’établissement est le pivot du système

Maintenir cet équilibre n’est pas chose facile, notamment du fait que si les actions réalisées au cours des études sont insuffisantes, la dynamique vertueuse ne sera pas au rendez-vous. A contrario si ces actions se multiplient et s’amplifient elles risquent de déborder sur l’activité de formation des étudiants, voire sur celle de l’établissement. Dans un tel cas le risque majeur est d’ailleurs celui de voir des étudiants déboussolés, se tournant vers les alumni pour guider leur avenir au détriment de l’établissement dont c’est la raison d’être.

C’est la raison pour laquelle l’établissement doit rester maître de l’ensemble de ses dispositifs pédagogiques, y compris et surtout pour ce qui concerne l’interface avec le monde de l’entreprise : conférences de professionnels, propositions de projets et de stages, contrats industriels, promotion de l’établissement, accompagnement professionnel des étudiants… Dans tous ces cas c’est à l’établissement de spécifier et cadrer ce qu’il entend faire.

Mais spécifier et cadrer ne signifie pas agir seul. Les alumni interviennent là en mettant leurs compétences au service des actions engagées par l’établissement au profit de ses étudiants. C’est là qu’un cercle vertueux peut s’enclencher, permettant aux trois acteurs d’interagir avec profit :

– l’établissement met la capacité de ses alumnis au service de son développement et de la qualité de sa foramtion

– les étudiants profitent d’une formation dynamisée par l’intervention des alumnis, et en comprennent la pertinence

– les alumnis trouvent un lieu d’intervention favorable qui leur permet en outre de renforcer leur réseau

Ces quelques principes n’ont pas pour ambition de faire théorie, mais ils sont de bon sens. Force est de constater que dans de nombreux établissements, tant universités qu’écoles diverses, nous en sommes encore loin – pour des raisons fort variées et quelquefois opposées -. S’ils peuvent être utiles à certains, j’en serais tout à fait ravi.

 

 

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la formation des cadres techniques et la filière technologique

Publie par l-carraro le novembre 3rd, 2016 dans la categorie Non classé Tags: , ,  •  Pas de commentaires

Le texte ci-après reproduit mon intervention lors d’une audition publique organisée par l’OPECST le 6 octobre dernier autour du thème : « Quelles perspectives pour la formation des scientifiques et des ingénieurs en France ? ». Le programme est accessible ici et la vidéo .

Le débat qui nous rassemble concerne la formation des scientifiques et des ingénieurs. Permettez au mathématicien que je suis, formateur d’ingénieurs depuis plus de 25 ans, d’attirer votre attention sur le fait que les deux publics – scientifiques et ingénieurs –  sont très différents. Et pourtant leurs qualités professionnelles constituent toutes deux des enjeux clé pour l’avenir du pays.

Mon intervention est centrée sur la formation des ingénieurs dont les compétences par leur amplitude, et non par leur profondeur, dépasse de loin celle des scientifiques. Car un ingénieur doit intégrer des contraintes extrêmement variées pour assumer avec satisfaction ses fonctions : techniques certes, mais également contraintes économiques, humaines,  sociales… Ce sont les soft skills à comparer aux hard skills.

Notre pays souffre depuis de nombreuses années d’une désaffection des sciences nous le savons, mais plus encore des formations technologiques. Ceci alors que les jeunes générations sont techno addict !

De ce fait, et tenant compte des interventions précédentes, mon propos – sans délaisser l’enjeu fort d’une formation scientifique de qualité, avec le temps d’apprentissage que cela nécessite – se concentrera sur la filière de formation technologique.

Commençons par le bac technologique.

Entre 2000 et 2015 le nombre de bacheliers S est passé de 136000 à 167000 (+23%) alors que celui des bacheliers STI2D est passé de 36000 à 27000 (-25%) pour des taux de réussite identiques en 2015.

Concernant les études d’ingénieurs on voit que 7% seulement de titulaires d’un bac STI2D accède à une formation d’ingénieurs – et je me dois d’observer que les meilleures écoles d’ingénieurs évitent ce genre d’étudiants – alors que c’est le cas de 18% des bacheliers S, dont les débouchés sont très variés.

Dans ces conditions, que faire pour fournir au pays les professionnels et cadres techniques dont les entreprises ont besoin ? La loi ESR de juillet 2013 a largement abordé cette question, mais il nous semble que nous ne sommes pas encore parvenus à un équilibre raisonnable des flux dans le système de l’enseignement supérieur français passablement fragmenté.

Sur ce point nous sommes convaincus qu’en complément de la filière scientifique qui fait la renommée de notre pays la filière de formation technologique doit être mieux structurée.

Il est essentiel de reconstruire un continuum permettant à des jeunes passionnés par la technologie davantage que par la science de trouver une voie valorisée et valorisante, à la formation attractive, aux débouchés avérés, la filière technologique, qui se dégage dès la classe de seconde.

La pédagogie qui s’y développe doit être une pédagogie intégrée, qui permette aux jeunes d’aborder les problématiques complexes que posent les questions de technologie.

Ayant cela en tête nous avons créé aux Arts et Métiers en septembre 2014 un bachelor de technologie, qui s’adresse spécifiquement aux bacheliers STI2D, leur offre une formation professionnalisante exigeante de 3 ans, gouvernée par la réalisation de dispositifs techniques issus du quotidien (éoliennes, drones…), en leur permettant d’approfondir dans la durée leurs connaissances scientifiques. Cette pédagogie impose à nos enseignants de cesser de fonctionner en silo, mais bien davantage en équipes pluridisciplinaires, offrant ainsi un environnement et une dynamique d’apprentissage beaucoup plus proche de celle que les jeunes découvriront dans l’entreprise. Il faut bien noter que cette pédagogie est couteuse, exigeante, avec des moyens d’accompagnement significatifs

Cette formation est conçue comme un prolongement naturel du bac STI2D, offrant une réelle sortie professionnelle, tout en permettant une poursuite d’études vers une formation d’ingénieurs. A cet effet un processus de recrutement spécifique à destination de nos filières d’ingénieurs est organisé.

Cette initiative rencontre un fort succès auprès des jeunes bacheliers technologiques, pour plusieurs raisons.

La renommée de notre établissement joue évidemment, de même que la perspective pour certains de poursuivre dans une de nos formations d’ingénieurs. Mais jouent tout autant la perspective d’études sécurisées, avec sortie professionnelle après 3 ans, de même que l’attrait pour une pédagogie active, largement tournée vers l’action, qui donne du sens à leur apprentissage

Il faut noter que la création ex nihilo de cette formation a donné un espace de liberté à nos enseignants-chercheurs dont il se sont saisi avec enthousiasme, ce qui augmente évidemment l’engagement des étudiants. Ceci malgré un système de recensement des activités de formation de nos enseignants-chercheurs totalement sclérosant et obsolète.

Le danger que nous rencontrons à ce jour est celui du trop grand succès, et donc de la trop grande sélectivité de notre initiative. C’est pourquoi il nous semble essentiel que d’autres participent à cette constitution d’une filière de formation technologique forte et lisible, nos travaux par exemple sur le site d’Angers avec une collaboration exemplaire avec l’Université et son IUT montrent que c’est possible, quel que soit le type d’acteur.

Dernier point, cette formation valorise la prise de risque, et donc accepte et valorise l’échec, cela doit devenir une composante essentielle de notre système éducatif.

En conclusion, le système actuel de formation des scientifiques et des ingénieurs mise tout sur la filière scientifique en dépréciant de fait la filière technologique. Il est temps de dynamiser la filière technologique afin, qu’avec des flux équivalents et des débouchés plus variés, elle donne les mêmes chances de réussite.

 

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Redonnons le goût de l’industrie à nos jeunes !

Publie par l-carraro le mai 2nd, 2014 dans la categorie Non classé Tags: , ,  •  Pas de commentaires

La croissance française souffre de la mauvaise santé globale de son appareil productif et du manque de confiance de la société en l’avenir de son industrie. Les causes de la désindustrialisation de notre pays sont complexes et multiformes. Parmi celles-ci, il en est une trop souvent négligée et pourtant essentielle : la capacité des jeunes à avoir confiance en l’industrie de demain. L’avenir se construit avec ces générations-là. Si les entreprises d’aujourd’hui portent la responsabilité immédiate de l’avenir industriel du pays, nous avons, en tant qu’établissement de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la mission de préparer les nouvelles générations à intégrer et développer ce secteur.

C’est convaincu de cette nécessité que nous publions à Arts et Métiers ParisTech, en collaboration avec Opinion Way et pour la deuxième année, notre baromètre sur « Les lycéens et l’Industrie » (voir les résultats ici). Le constat est une nouvelle fois sans appel : l’industrie française a une mauvaise image. Si nous le pensons, nos jeunes également ! Selon notre baromètre, seuls 69% des jeunes lycéens scientifiques et technologiques ont une bonne image de l’industrie, loin derrière le commerce et l’artisanat (84%). La crise économique et les fermetures de sites pèsent négativement sur l’image de l’industrie auprès des lycéens. Seulement 38 % d’entre eux sont confiants dans l’avenir de l’industrie en France, et moins de la moitié aimerait travailler dans ce secteur.

Et pourtant, loin de ce constat affligeant, nous disposons, à bien y regarder, des leviers nécessaires pour agir positivement et reprendre espoir : 82% des lycéens saluent la capacité des entreprises industrielles à innover et à être en contact avec les technologies de pointe (81%). Ils apprécient aussi la diversité des métiers (77%) et les perspectives de carrières à l’international (70%).
Plus intéressant encore, lorsque l’on remplace le terme « industrie » par « technologie » la perception des lycéens devient totalement différente : si le secteur industriel est parmi les moins attractifs, le secteur technologique arrive très largement en tête avec 91% d’opinions favorables !

C’est là le principal constat que je veux dresser et c’est ma conviction profonde : l’avenir de l’industrie repose sur la refonte d’une filière de formation technologique cohérente allant du bac -3 au Bac +8. Pourquoi la France est-elle le seul pays industrialisé au monde à avoir peur du terme « technologie » ? Nous en avons fait une voie d’orientation par l’échec dans le secondaire, condamnant ces jeunes à des perspectives de poursuite d’étude et professionnelles limitées. C’est au mieux une filière courte dans le supérieur qui s’arrête au niveau Licence. D’ailleurs, la loi sur l’Enseignement supérieur et la Recherche promulguée en juillet dernier donne en creux l’état des lieux puisqu’elle indique par exemple qu’il faut assurer un pourcentage minimal de bacheliers technologiques dans les IUT. On est encore loin d’une ambition d’études supérieures au plus haut niveau, menant jusqu’au doctorat ! Et pourtant, l’avenir de l’industrie passe largement par les bacheliers technologiques, car c’est parmi eux que l’on retrouve la part la plus importante de jeunes motivés par l’industrie. Parmi ceux souhaitant aller vers une carrière industrielle, le métier d’ingénieur bénéficie d’un attrait qui se traduit par une volonté importante des lycéens de suivre des études d’ingénieur. Cet engouement est encore plus fort parmi les bacheliers technologiques qui sont 66% à vouloir faire des études d’ingénieurs.

Alors, arrêtons de nous vivre comme une exception. Notre système dual dans le supérieur n’est pas une lubie française, il est une réalité internationale. Tous les pays industrialisés au monde ont fait le choix de construire, à côté d’universités pluridisciplinaires des universités de technologie dont la mission première est de former les cadres de l’industrie de demain et d’accompagner les entreprises à innover. Je le revendique en tant que Directeur d’une des plus anciennes écoles françaises d’ingénieurs ayant contribué à former les cadres de l’industrie pendant plus de 200 ans : l’avenir des Arts et Métiers est de devenir un grand établissement de technologie formant certes des ingénieurs mais également des docteurs. Nous voulons être des attracteurs de la filière technologique et répondre à cette envie exprimée par ces bacheliers de travailler dans les secteurs technologiques. L’objectif est de faire que la voie technologique soit reconnue comme une voie à part entière et un facteur d’orientation par choix positif et raisonné dès le secondaire. C’est l’axe fort de notre projet stratégique 2015-2025 qui prévoit l’ouverture de nouvelles formations, dont, dès la rentrée prochaine, le Bachelor de Technologie destinée aux bacheliers technologiques STI2D.

Il est par ailleurs essentiel de favoriser l’innovation, et donc la prise de risque, dès le plus jeune âge. Car l’innovation est source de créativité. L’innovation est source de richesse. Et l’innovation crée des produits, des emplois … et certainement des envies. Mais il ne suffit pas de crier l’Innovation, l’Innovation, l’Innovation pour en faire. Car les conséquences sont profondes et mènent par exemple à repenser profondément nos pratiques pédagogiques, et donc le rôle de nos enseignants, fussent-ils enseignants-chercheurs.

Mais ce travail ne peut se mener seul. Tous les acteurs concernés par la réindustrialisation de la France, institutions publiques, établissements d’enseignement supérieur, établissements scolaires, organismes de recherche, entreprises, doivent participer à ce mouvement. Et les initiatives existent pour faire bouger les lignes (34 plans industriels, structuration de bac-3 à bac+3, école 42 de Xavier Niel…). Mais ce n’est pas simplement une énième réforme de l’enseignement en France dont il s’agit. C’est un vrai projet de société qui en appelle à la mobilisation générale.

Avec la mise en œuvre d’une stratégie commune, volontariste et proactive, nous pouvons mettre en avant les réussites « made in France », démontrer à nos jeunes que la technologie est associée à l’industrie, que tous leurs produits préférés sont issus de l’industrie, que ce sont eux qui construiront l’industrie de demain basée sur les valeurs qu’ils portent. Montrons-leur que la technologie est au service de la société et qu’intégrer ce secteur d’activités c’est aussi participer à améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens et donner du sens à sa vie professionnelle.

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