Un pays – deux systèmes ?

En reprenant l’expression célèbre de Deng Xiaoping, je ne parle évidemment pas du retour de Hong-Kong dans le périmètre chinois mais plutôt de la coexistence des grandes écoles et des universités sur notre territoire.

Ma propre expérience, presque à parts égales entre une grande école dépendant d’un ministère dit technique et l’université ou le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, me mène à quelques observations issues du terrain, loin des postures idéologiques qui favorisent peu le dialogue voire la convergence.

Le problème que nous pose la présence de ces deux systèmes de formation et de recherche est celui de la performance de l’ensemble. Et nous ne résoudrons rien en énonçant qu’il est urgent que la France normalise sa position sur la scène internationale en intégrant les grandes écoles dans les universités, fusse sous le statut de collegiums d’ingénierie. Car ce faisant, on ne dit rien de l’objectif, des contraintes, de la méthode.

Le principal frein est en effet celui de la culture d’entreprise de ces structures, qui est sensiblement différente. Prenons quelques exemples pour s’en convaincre.

Un enseignant-chercheur des écoles des mines est placé sous l’autorité directe du directeur et les comités s’occupant de formation ou de recherche sont de nature strictement consultative. Son recrutement est géré par des jurys qui sont placés sous la présidence du directeur et dont la composition est arrêté par l’Etat sur la proposition du directeur. Un tel enseignant-chercheur est employé de la même façon que tout fonctionnaire d’Etat, sans référence à un service d’enseignement, et doit prendre des congés sur la base d’un nombre de jours annuel. Il bénéficie d’un régime de primes particulier dont une partie est modulable par le directeur. J’ajoute enfin que le directeur est nommé par la puissance publique, sans élection d’aucune sorte.

Un enseignant-chercheur dans une université est recruté via un comité de sélection dont l’architecture, la composition sont validés par les instances universitaires. Il effectue un service de 192 heures équivalent TD annuelles et prend ses congés quand cela lui est possible sans aucune déclaration. Son régime indemnitaire est fortement encadré par des textes nationaux, et son avancement dépend étroitement de la section concernée du Conseil National des Universités.

Au-delà des différences plus que notables, que retenir des quelques éléments qui précèdent ? Avant tout que les personnels de ces deux types de structures, bien qu’effectuant le même métier, sont placés dans des environnements très différents. Les uns se situent dans des entités dans lesquelles la majorité des décisions sont locales, et concentrées en très peu de mains. La conséquence en est une gouvernance forte, qui peut cependant souffrir d’un certain manque de contre pouvoirs. Les autres exercent leur activité dans des structures à gouvernance limitée, quelquefois faible, qui reste pilotée pour de nombreuses questions cruciales au niveau national.

Que conclure alors ? Que le mouvement de convergence amorcé bien qu’inéluctable et souhaitable, risque de capoter totalement si ces éléments de fond ne sont pas pris en compte. Les déclarations que l’on entend actuellement de la part de beaucoup d’universités ou regroupements d’universités sont la source, pour ce qui me concerne, d’une réelle inquiétude.

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Article du on dimanche, novembre 28th, 2010 at 13:28 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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