AERES et CTI : fusion/absorption ou articulation ?

Comme un serpent de mer ressort périodiquement la question des liens entre la CTI et l’AERES (voir par exemple le blog Gaïa Universitas et les propositions socialistes pour la présidentielle). Et la question me semble le plus souvent assez mal posée, par exemple en termes de fusion ou d’absorption, avec des prises de position conséquentes assez marquées.

Il y a là me semble-t-il un manque de connaissance du rôle de ces deux structures, compréhension qui est remplacée quelquefois par de l’idéologie un peu rapide. Il est vrai que nous sommes en période pré-présidentielle, donc il faut faire simple ! Pourtant le temps est sans doute venu d’avoir un débat serein sur cette question, qui ne sépare pas les protagonistes en deux camps qui s’affrontent.

L’AERES a fait suite dans l’esprit de nombreux collègues universitaires à la défunte MSTP, et il est vrai que les premiers acteurs de l’AERES naissante étaient majoritairement des transfuges de la MSTP. Or l’AERES a été conçue comme une instance d’évaluation, qui ne prend aucune décision – contrairement à ce que faisait la MSTP -, et ne donne aucun avis mais rédige des rapports d’évaluation de manière à « fournir aux ministères de tutelle, les informations nécessaires à la prise de décisions (attribution de moyens financiers et humains, habilitation des formations, labellisation des unités de recherche…) ». Cf. site AERES.

La CTI de son coté, créée par la loi de 1934, est une instance composée de 3 collèges : 16 membres académiques, 8 membres représentant les employeurs, 8 membres représentant les ingénieurs. Cette instance a notamment pour mission « l’évaluation et l’accréditation de toutes les écoles d’ingénieurs françaises qui souhaitent être habilitées à délivrer un titre d’Ingénieur diplômé. Sur avis de la CTI, l’habilitation des écoles publiques est donnée par le ou les ministres concernés. L’habilitation des écoles privées est donnée par le ou les ministres concernés sur décision de la CTI. » Cf. site CTI.

On comprend bien à la lecture des lignes précédentes que d’imaginer l’AERES absorbant la CTI d’une manière ou d’une autre relève du non sens, car l’AERES n’accrédite et ne décide rien. Par contre le point commun entre les deux structures concerne l’évaluation. Et il est vrai que la CTI lors de son évaluation ne considère pas la seule formation d’ingénieur, mais le fait dans son contexte : politique d’établissement, laboratoires, etc. Ce qui signifie que les évaluations de l’AERES sur ces questions peuvent/doivent être utilisées.

C’est la raison pour laquelle une bonne politique pourrait consister :

1 – à aligner les rythmes d’évaluation de l’AERES (périodicité de 5 ans) et de la CTI (6 ans) ;

2 – à recentrer la CTI sur sa mission d’accréditation/habilitation ;

3 – à faire évaluer les écoles d’ingénieurs par l’AERES sur la base d’un cahier des charges fourni par la CTI (qui existe déjà : il s’agit de Références et Orientations), avec des comités de visite adaptés (par exemple présence de membres de la CTI, d’industriels…).

Cela aurait le mérite de donner à la CTI les moyens de ses ambitions, car les moyens respectifs dédiés à l’évaluation pour la CTI et l’AERES sont sans commune mesure. Mais cela permettrait également aux écoles de ne « subir » qu’une seule vague d’évaluation, et de faire porter leur effort sur l’amélioration de leur formation et non de leurs dossiers d’évaluations. Et je ne parle pas ici des nombreux dossiers en Ex qui ont tant occupés les acteurs de l’enseignement supérieur !

Je ne prétends pas que ces propositions succinctes sont les meilleures, mais elles ont le mérite de tenir compte de la réalité de ces deux structures.

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Article du on Mercredi, septembre 14th, 2011 at 21:33 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “AERES et CTI : fusion/absorption ou articulation ?”

  1. Jean-Paul HAUTIER dit:

    Mille fois d’accord !!! ça allégerait notre système où la moitié est occupée à évaluer l’autre moitié ! et si on y ajoute les appels à projex (sans faute), il est clair que le niveau d’entropie est arrivé à un maximum quasi dangereux pour la simple stabilité intellectuelle des acteurs.

  2. PR27 dit:

    Y a t-il complète distinction de fait entre évaluation et accréditation/habilitation/validation binaire ?
    Pour les labos, par exemple, l’AERES produit un texte, un vecteur de notes et une note globale. La présence de la note globale, sur une échelle quantifiée grossièrement, semble servir à pré-mâcher le travail pour qui voudrait faire deux tas : les bons vs. les mauvais. Et de fait, beaucoup de réunions « de chefs » font ces deux tas sur la base de cette note globale.

    Un point sur lequel je n’ai pas les idées claires est l’existence, dans les deux cas, d’un histogramme souhaité des notes ou des durées d’habilitation. J’aurais tendance à penser que l’AERES vise une distribution, disons par ex. 20%-40%-40%-20% (le nouveau pdt semble dire qu’il y a trop de bonnes notes !), tandis que la CTI examine la conformité au R&O. Bien sûr, ça n’est pas si radical, mais j’aurais l’impression que l’AERES fait passer un concours et la CTI un examen. Peut-être est-ce plus vrai coté recherche que enseignement…..

  3. laurent-carraro dit:

    La principale question posée par les évaluations AERES est celle de l’utilisation de celles-ci, à la fois par l’Etat pour une habilitation, une reconnaissance ou une dotation, et par de nombreux acteurs (universitaires, collectivités) pour prendre des décisions.
    De mon point de vue, l’utilisation abusive des lettres AERES pointe d’une part l’immaturité des acteurs internes, qui modifient très légèrement l’ancien discours ante LRU « c’est le ministère qui le dit » en « c’est l’AERES qui le dit », leur permettant ainsi de se dégager de leurs responsabilités. Il met d’autre part en évidence l’insuffisance des acteurs externes, qui trouvent dans ce système de classification un moyen simple pour ne pas examiner le fond des dossiers.
    Comme les acteurs de terrain savent bien que la frontière entre deux lettres est souvent floue, ce qui n’est pas choquant d’ailleurs, on comprend bien que les conséquences peuvent dans certains cas être graves.

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