Classes préparatoires, la question de la diversité

Le débat sur les classes préparatoires aux grandes écoles a été relancé par l’article de Marie Desplechin publié par Le Monde. On retrouve dans cette prise de position les ingrédients habituels utilisés par les détracteurs de ce système : pression excessive, dévalorisation des étudiants, absence de vie sociale, épuisement moral et physique, bourrage de cranes…

Je ne suis ni un contempteur des classes préparatoires ni un fervent opposant, et je vais centrer mon propos sur ce que je connais le mieux, à savoir les classes préparatoires scientifiques.

Il est bon tout d’abord de rappeler quelques chiffres qui donnent une première idée des débouchés. On dénombrait 25806 étudiants inscrits pour l’année 2010-2011 en seconde année de classes préparatoires scientifiques. Ce chiffre est à rapprocher des 16474 places offertes par les écoles (ingénieurs, vétérinaires…), mais également des 14464 étudiants ayant effectivement intégré ces écoles. Dans les faits, de nombreux étudiants sortent des classes préparatoires scientifiques pour intégrer d’autres types de formations, soit du fait d’un choix délibéré soit par suite d’échecs, essentiellement aux écrits des concours. Ceci alors que les écoles peinent à atteindre leurs objectifs en termes d’effectifs. Tout cela montre que la question des débouchés est complexe, et ne peut s’appréhender facilement dans un débat marqué par la passion.

A titre personnel, dans les écoles d’ingénieurs dans lesquelles j’ai exercé mes fonctions, j’ai rencontré de très nombreux étudiants issus de classes préparatoires qui étaient épanouis, curieux, des projets plein la tête. J’ai également eu à connaître, souvent à aider, des étudiants heureusement moins nombreux, qui avaient très mal vécu cette période de préparationnaire et montraient absence de curiosité, déséquilibre psychique, dégoût de la science, dégoût d’eux-mêmes…

Par ailleurs, nous savons que les flux entrants dans les écoles d’ingénieurs sont constitués pour seulement 42% d’entre eux d’élèves issus des classes préparatoires aux grandes écoles ; il ne s’agit donc pas de la majorité. Pour compléter le tableau, 26,1% intègrent une école à partir du Bac, 14,3% ont un DUT ou un BTS, 6% un diplôme universitaire et 11,6% un autre diplôme (essentiellement étranger). Ces chiffres évoluent avec une forte montée en puissance des bacheliers au cours des dernières années.

On sait par ailleurs que les différentes filières, cycle licence, DUT, BTS, cycle ingénieur intégré, proposent des formations très différentes dans leurs principes et dans leur déroulement, les uns avec un encadrement rapproché et une orientation technologique affirmée, les autres offrant une formation à spectre large et demandant une large autonomie. Tout cela pour dire que chacune des filières permettant d’accéder à des études d’ingénieurs offre des spécificités propres, adaptées à des publics dont les attentes, compétences, modes d’apprentissage sont différents. Notre pays doit se féliciter de proposer à ses jeunes autant de manières d’atteindre l’excellence dans le domaine de l’ingénierie.

Que le lecteur se rassure, je ne dis pas qu’il ne faut rien changer, souvenons-nous des élèves de classes préparatoires qui supportent très mal cette période et mettent longtemps à s’en remettre. Au-delà des chiffres énoncés précédemment, si toutes les filières offraient vraiment des débouchés dans toutes les écoles d’ingénieurs, chacun pourrait choisir en fonction de ses propres qualités en sachant évidemment que l’obtention des écoles les plus prestigieuses, je préfère dire les plus performantes, serait réservé à un petit nombre, petit certes, mais non nul !

Car si l’on se réfère au dernier classement de l’Usine Nouvelle, qui a l’avantage de mélanger écoles dites post bac et post bac+2 (séparation dépassée de mon point de vue), on trouve seulement 3 écoles recrutant des étudiants bacheliers parmi les 10 premières, et 5 parmi les 20 premières. Ce qui signifie que les sacro saintes Très Grandes Ecoles se désintéressent de ces publics. Une bonne partie du problème est là. Les meilleures écoles du territoire doivent à tout prix s’ouvrir à des publics nouveaux, de façon beaucoup plus sensible que les expériences sympathiques mais marginales que l’on voit fleurir ici et là. Mon petit doigt me dit que l’une d’entre elles ne va pas tarder à bouger, et c’est heureux… A suivre donc.

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Article du on Mardi, février 14th, 2012 at 9:12 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

5 commentaires “Classes préparatoires, la question de la diversité”

  1. Blanc dit:

    Les actions cordées de la réussite ont été un petit pas vers l’ouverture sociale.Cela a permis de sensibiliser la communauté Arts et Métiers à cette obligation qui avait été perdue de vue quand le recrutement est passé de bac+1 à bac +2.On ne peut que se rejouir de la volonté d’aller maintenant à grands pas.

  2. Marianne dit:

    Certaines tres grandes ecoles style les Mines de Paris recrutent une proportion non negligeables (30%? je ne sais plus) de non CPGE mais au niveau L3.
    Ca ne me choque pas qu’on choisisse d etre un etablissement de « second cycle » et qu on ne recrute que nivea bac+2/3. Par contre je suis d accord avec vous qu il serait dommage de s’en tenir au tout cpge…J ai l impression que de ce point de vue la les ecoles de commerce sont plus ouvertes?

  3. Fabrice dit:

    Il me semble que sans être contre la diversité, il faut savoir aussi détecter les élites et leur donner une formation qui les tirera vers l’excellence non seulement en terme de contenu mais de capacités de travail, de compréhension, d’analyse et de synthèse et de gestion de problématiques complexes. Il est certes important de pouvoir dispenser une formation d’ingénieurs à un nombre suffisant de jeunes venant d’horizons différents, mais n’oublions pas de former correctement les jeunes à très forts potentiels pour éviter qu’ils ne partent de notre pays.

  4. Etudiant dit:

    Je suis tout à fait d’accord avec le commentaire de Fabrice. Il faut savoir détecter l’excellence sur des critères fondateurs et nécessaires à un épanouissement future dans l’entreprise. Le diplôme d’ingénieur n’est pas un but en soit mais un passage caractérisant le potentiel de l’individu. Le passage « classe prépa » est un excellent moyen de détecter les capacités de travail d’un individu, dans un environnement qui n’est pas toujours facile, tout en développant une structure forte à la compréhension,la résolution et la synthèse de problématiques complexes.

    Internaliser le processus de formation des classes prépas aux Art et Métiers est viable tant que le potentiel des personnes formées après 2 ans est le même (voire mieux) qu’une personne venant d’une classe prépa et ceci en tout point ; diversité et quantité de connaissance, force mental, capacité de travail, environnement, synthèse/analyse…

    De plus, je pense que les entreprises se seraient tournées depuis bien longtemps vers les formations universitaires si celles-ci permettaient de détecter et former efficacement les décideurs et managers de demain, fonctions vers lesquelles les étudiants des grandes écoles d’ingénieurs sont formés.

    Comme il est dit dans l’article, il y a plus d’étudiants que de places disponibles et pourtant les écoles sont en sous effectif. C’est à dire que les écoles ne sont pas prêtes à faire rentrer des étudiant qui ne répondent pas aux exigences qu’elles se sont fixées. Donc la culture de la qualité reste maitresse au détriment de la quantité et de la rentabilité, critère indispensable au positionnement durable d’une école.

  5. Un ancien étudiant dit:

    Pour avoir été à l’école des Mines de Saint-Etienne que vous connaissez certainement, je n’ai vu qu’un seul universitaire/admis sur titre d’un niveau correct sur plus d’une vingtaine pendant mes 3 années la-bas. La plupart avait un niveau inférieur en mathématiques, en physique, était moins débrouillard. Ce que mon école a pratiqué a été de baisser le niveau et les attentes générales pour que tout le monde puisse y arriver (un peu comme le BAC). Je trouve cela fort regrettable comme beaucoup de choses concernant cette école (niveau général, notation démotivante, professeurs très fainéants et pas forcément d’un niveau extraordinaire, absence de plus en plus marquée de science). Il me semble par ailleurs que c’est la tendance actuelle en ce moment…dans toutes les écoles d’ingénieurs (c’est la crise non ?).

    Pour ma part, je considère qu’il existe déja de très fortes disparités parmi les élèves de classe préparatoire CPGE. Je suis un ancien taupin certes, mais il est clair qu’il est beaucoup plus difficile d’avoir une école centrale ou des mines lorsqu’on est en classe MP plutot que PC ou encore PSI…

    Ce que je souhaite dire, c’est que le niveau ne doit surtout pas baisser parce qu’on admet des Admis Sur Titre ou même des élèves issus CPGE PSI ou PT. Je trouve cela incohérent et infondé.

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