De la mobilité dans l’enseignement supérieur

Au sein du rapport que j’ai remis au Ministère en charge de l’Enseignement Supérieur (MESRI), j’ai insisté notamment sur la nécessaire mobilité des enseignants et enseignants-chercheurs. Ce billet est l’occasion de revenir sur le sujet, et de l’illustrer par mon cas personnel !

Rappelons tout d’abord les termes du problème. Il s’agit de préparer les jeunes, futurs diplômés, à aborder leur future trajectoire professionnelle qui sera complexe et multiforme, et nécessitera de fortes capacités d’agilité et de résilience, termes à la mode s’il en est.

Mais cela impose au premier chef aux enseignants de comprendre la réalité du monde économique, ses évolutions, ses contraintes, ses tendances… de manière à préparer leurs étudiants à un avenir marqué par la complexité et l’incertitude. On se rassure collectivement à l’aide du mantra bien connu « les enseignants sont aussi chercheurs », que l’on se répète en boucle pour signifier que ceci assure la pertinence et l’actualité des enseignements dispensés.

Je partage ce qui sous tend ce mantra mais il n’aborde qu’une facette de la question, et met totalement de coté l’aspect humain dans la relation enseignant/étudiant. Car au-delà des connaissances transmises nous savons que la question posée aux enseignants est celle des moyens mis en œuvre pour la construction de compétences chez les apprenants. On en vient ainsi aux questions évoquées plus haut. Pour cela il est essentiel que monde éducatif et monde économique s’interpénètrent, et cela commence par les femmes et les hommes. Ce qui signifie qu’il est important que des professionnels interviennent de façon importante au sein des cursus et qu’à l’opposé des enseignants interviennent dans la durée au sein des entreprises.

J’en profite pour répondre par avance aux partisans du moindre effort, contempteurs de l’immobilisme, qu’il ne suffit pas d’avoir des apprentis et un conseil, d’administration, de perfectionnement, des études ou autre, ouvert aux industriels pour se considérer comme étant au top de la porosité entre ces deux mondes !

Malheureusement, les études sur le sujet montrent que le nombre de postes de Professeurs Associés, les PAST, au sein des établissements a diminué d’environ 10% depuis 2000 pour atteindre environ 2500 au sein de l’ensemble des établissements dépendant du MESRI. Je rappelle que ces postes sont réservés à des professionnels qui, le plus souvent, interviennent à temps partiel dans les établissements et interagissent ainsi avec les équipes pédagogiques et les laboratoires.

Dans l’autre sens la réalité est encore plus préoccupante puisque en 2014/15 les dispositifs de disponibilité ou de détachement dans des entreprises privées ont profité à 31 enseignants-chercheurs sur un total de 50 533 ! Ceci alors que l’on peut trouver sur le site du MESRI un excellent document, datant d’avril 2017, intitulé vademecum des passerelles public-privé, qui fait le point sur les très nombreuses possibilités offertes aux enseignants-chercheurs. Mais la pratique de telles mobilités n’est valorisée par personne, contrairement par exemple à la mobilité internationale. Pourtant, à mes yeux, l’importance pour l’avenir de nos jeunes de tels mouvements de personnel, tant au niveau international qu’au sein d’entreprises, est de premier ordre.

J’en viens à mon expérience personnelle. Il se trouve que lorsque j’ai quitté la direction des Arts et Métiers fin février 2017, j’ai réalisé un certain nombre d’interviews au cours desquelles j’annonçais à la fois que j’allais réaliser une étude sur l’ingénierie pour le MESRI, puis que je comptais prendre une disponibilité pour démarrer une activité de consultant. Au passage je tentais ainsi de mettre mes actes en accord avec mes paroles.

Mal m’en a pris puisqu’après 2 mois de travail pour le compte du MESRI, j’ai eu la surprise de recevoir un email du « bureau de gestion statutaire et des rémunérations », qui avait lu une de mes interviews et qui me rappelait que si je souhaitais devenir « consultant privé », je devais obligatoirement saisir la commission de déontologie de la fonction publique. On fait mieux pour encourager ce type d’expériences. J’ajoute qu’étant professeur de l’Institut Mines-Télécom le MESRI n’était compétent d’aucune manière sur cette question.

Fort de ce soutien dans ma démarche, je me suis rapproché de l’Institut Mines-Télécom pour voir avec eux si des dispositifs – tels que ceux évoqués dans le vademecum évoqué ci-avant – étaient adaptés à mon cas, sachant que je souhaitais démarrer cette activité de conseil à compter du mois de septembre 2017. Le succès fut là encore au rendez-vous puisqu’on m’expliqua rapidement qu’aucun des dispositifs cités n’étaient adaptés – et donc qu’il ne fallait attendre aucune aide de quelque sorte que ce soit – mais surtout qu’il fallait que je saisisse la commission de déontologie !

J’ai donc déposé courant juin ma demande de disponibilité et l’Institut Mines-Télécom a saisi dans la foulée la commission de déontologie. Mes différents interlocuteurs m’avaient fait comprendre que ma future activité de consultant serait sans doute très limitée par la fameuse commission… J’ai attendu tout l’été la réponse de ladite commission, n’ai finalement jamais reçu de réponse, et ne sais même pas à ce jour si elle s’est penchée ou non sur mon cas.

Je ne me plains absolument pas ici de la façon dont j’ai pu être traité, mais cette petite histoire montre qu’il faut une motivation forte, voire très forte, pour franchir les hauts murs entre public et privé. Prochain épisode qui viendra sans doute : les modalités de ma future démission de la fonction publique. J’attends avec gourmandise l’intervention d’une personne qui, lisant ces lignes, ne manquera pas de me rappeler les conditions à remplir !

 

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Article du on Mardi, février 13th, 2018 at 17:47 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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