Zep: Najat Vallaud-Belkacem suggère des tweets à son administration!

La ministre de l’Education nationale présentera ce soir la réforme de l’éducation prioritaire et la nouvelle carte des ZEP au 20 heures de TF1. Pour cette pro de la com, entourée d’une demi-douzaine de communicants entièrement dédiés à assurer sa visibilité médiatique et à « scénariser » son action, l’enjeu est de taille. En témoigne ce mail, qui vient d’être adressé par le cabinet de la ministre, à tous les communicants des rectorats…et qui par le plus heureux des hasards est arrivé dans ma boîte mail. Le ministère compte sur une mobilisation de l’institution, et chose inédite va même jusqu’à proposer des « suggestions de tweets » pour relayer les annonces de la ministre. Y aurait-il un vent de panique Rue de Grenelle?

« Mardi soir 16 décembre, la ministre présentera la réforme de l’éducation prioritaire au journal télévisé de 20h de TF1. (…) Le cabinet lance une mobilisation sur les réseaux sociaux pour diffuser  l’annonce de la ministre.  Nous comptons sur votre aide pour ce relais dès que possible.  

Voici des suggestions de tweets. N’hésitez pas à commenter l’interview de la ministre @najatvb en utilisant le mot-clé #LEcoleChange.
 
#LEcoleChange pour réduire les inégalités: @najatvb annonce une répartition + juste des moyens
+ lien http://bit.ly/Reussir-Tous
+ image attachée
 
ou
#LEcoleChange pour réduire les inégalités: @najatvb annonce une méthode de répartition + juste des moyens
+ lien http://bit.ly/Reussir-Tous
 
Et aussi dans la journée de mardi :
#LEcoleChange Retrouvez @najatvb ministre de l’@EducationFrance ce mardi soir au JT de 20h de TF1.  
+ lien http://bit.ly/Reussir-Tous  »

Mail adressé par la délégation à la communication du ministère de l’Education nationale le 16 décembre à tous les communicants des rectorats.

Réforme des Zep, budget des universités: ça va chauffer

L’actualité offre parfois des configurations inédites. Pour ceux qui s’intéressent à l’éducation, le 17 décembre est exemplaire: la ministre Najat Vallaud-Blekacem présentera la nouvelle carte de l’éducation prioritaire. A quelques centaines de mètres, le Sénat examinera en deuxième lecture le projet de loi de finances 2015 et devrait valider le rétablissement des 70 millions retirés en première lecture du budget des universités. Au total par rapport au projet de loi de finances initial, ce sont 86 millions d’euros qui manqueront aux facs en 2015.

L’enjeu est de taille pour cette « jeunesse » dont François Hollande avait fait la priorité de sa campagne : en début de chaîne, au collège et à l’école, il est question d’enlever des moyens aux élèves les moins fragiles parmi les élèves de ZEP, et à l’autre bout de la chaîne, à l’université, les initiatives se multiplient – intense lobbying de la Conférence des présidents d’universités, manifestation de Sciences en marche le 11 décembre– pour dénoncer le délabrement matériel et financier des universités. Le calendrier budgétaire est bien fait : ces annonces interviennent à la veille des vacances de Noël, qui a toujours la vertu d’apaiser, sinon d’endormir les esprits.

La colère monte

Il faut pourtant prendre au sérieux cette humeur que l’on sent monter dans un corps enseignant engourdi, comme ankylosé – en témoigne le taux de participation aux dernières élections professionnelles : 41%. La sortie de l’éducation prioritaire, dans des établissements qui se battent pour la réussite de leurs élèves dans des conditions difficiles est vécue comme une trahison par les profs. Mon amie Aude de Lombares, professeure de français au Collège Jean-Macé de Clichy (Hauts-de-Seine) ne parvient pas à calmer sa colère: elle ne comprend ni les « critères » qui président à cette réforme, ni son sens, ni sa finalité. Jeudi soir, avec d’autres enseignants aussi exaspérés qu’elle, elle a séquestré son principal.

Le principal du collège Jean-Macé de Clichy séquestré. (Compte Twitter des enseignants mobilisés contre la réforme des ZEP)

Même révolte au collège Daniel-Mayer dans le 18ème arrondissement de Paris. En grève à la mi-novembre, les enseignants ont dénoncé des violences à peine croyables : « introduction d’un objet s’apparentant à une arme 9mm au sein de l’établissement, un élève frappé, gazé et poignardé devant le collège, agression d’une CPE… ». Daniel-Mayer demande son classement en REP +, sans succès. Des exemples isolés mais symptomatiques de cette colère froide qui s’empare des salles des profs.

Une réforme à effets différés, avec de gentils fusibles

Revenons en arrière : la réforme de l’éducation prioritaire a été pensée en deux temps. Temps 1 : le 16 janvier 2014, Vincent Peillon présente l’esprit de la réforme : des moyens en plus (300 millions d’euros) et la création d’un nouveau réseau de supers ZEP (les fameux « Rep +  qui regroupent les établissements concentrant les difficultés sociales et scolaires). 102 établissements de ce type ont été labellisés dès la rentrée 2014, ils seront 350 à la rentrée 2015. A cela s’ajoutent  781 établissements classés REP « tout court », soit un total de 1081 réseaux d’éducation prioritaires. L’idée du gouvernement est de passer d’une logique de zonage, de moins en moins lisible, à une logique de réseau – notons que des réseaux ont déjà été mis en place en 2006 avec la réforme « Robien » et encore renforcés avec les réseaux ECLAIR, sortes de super ZEP inventées par Luc Chatel. Bilan de l’opération : 200 nouveaux établissements sont classés « REP »…mais autant en sortent. Temps 2 donc, avec la présentation jeudi de la nouvelle carte de l’éducation prioritaire.

Dès le mois de janvier, la perspective d’une sortie de l’éducation prioritaire était affichée Mais en faisant reposer sur les seuls recteurs le choix des établissements exclus du dispositif, le ministère a gagné du temps tout en se trouvant de gentils fusibles. Or les choses ne se passent pas exactement comme prévu. D’abord les « vertus » de la réforme sont derrière nous. L’opinion se focalise désormais sur les moyens en moins et les écoles qui pâtissent du dispositif. Ensuite, il y a fort à parier qu’en janvier, au moment où les dotations budgétaires seront annoncées aux établissements, le mouvement reparte de plus belle. C’est un mois traditionnellement sensible dans les établissements : les syndicats le savent et s’emploient, pour certains, à souffler sur les braises. Ajoutons à cela, les difficultés budgétaires des universités, l’état de délabrement de certaines facs pointé du doigt par le mouvement Sciences en marche, une mobilisation perlée mais continue chez une partie des étudiants….il n’en faut pas tellement plus pour préfigurer un printemps de la jeunesse. La même jeunesse que celle des discours de campagne de 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fin des notes à l’école, ce running gag

Tous les ans le sujet nourrit un débat passionné. Débat que tout le monde a oublié trois jours plus tard, précisément au moment où j’écris. Le sujet sur la suppression des notes a toutes les qualités pour prendre la lumière : « concernant », il renvoie à une culture scolaire commune et largement partagée, binaire, il oppose des pros et des antis, anxiogène, il ravira les déclinistes de l’école, qui voient dans la fin de la note la fin de l’école.

Que savent vraiment les élèves?

Mais que le débat public se focalise à ce point sur les notes est assez symptomatique de la place que celles-ci occupent dans nos représentations sur l’école. Car les notes ne sont que la traduction simpliste d’une réflexion plus ambitieuse sur l’évaluation des élèves : que savent vraiment les élèves ? qu’ont-ils acquis ? comment ces acquis sont-ils mesurés ? Ces questions, chaque parent se les pose à l’aune des souvenirs de son propre bagage scolaire, à l’âge de ses enfants. Ce réflexe correspond à la croyance selon lequel le savoir, enfermé dans une boîte, serait gardé bien au chaud par un corps professoral portant la barbe et délivré intact à des générations d’enfants. Comme toutes les croyances, elle se trouve bousculée par la réalité.

En 2005, l’inspecteur général Roger-François Gauthier publiait un rapport au titre un peu obscur « Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de l’école ? ». L’inspecteur lâchait tranquillement cette petite bombe : le système ignore ce que savent vraiment ses 12 millions d’élèves ! « La plupart des acteurs privilégient souvent d’autres centres d’intérêt, comme l’atteinte d’indicateurs quantitatifs globalisés, de moyennes individuelles et de succès aux examens dont on ne connaît pas toujours le sens véritable en termes des acquis qu’ils seraient censés prouver ou certifier ». Le rapport vilipendait la « religion obscurantiste et tyrannique de la « moyenne »» et proposait que «  les acquis des élèves deviennent le référentiel central autour duquel l’ensemble de l’école se définisse et s’évalue ».

Des oraux « bienveillants » pour entrer dans les grandes écoles?

Voilà donc le vrai sujet. Et en ce sens, le rapport du Conseil supérieur des programmes -instance consultative dont fait partie Monsieur Gauthier-  a loupé sa sortie, en proposant une « évaluation bienveillante » et un barème de 4 à 6 niveaux. Très bien mais ne fallait-il pas aller un peu plus loin ? Et qu’est-ce que cela change ? La réponse de Carole Diamant, prof de philo et déléguée générale de la Fondation Egalité des Chances à cette question est la plus convaincante. Interrogée sur ce sujet par Louise Tourret dans l’émission Rue des Ecoles sur France Culture,  l’enseignante a ouvert de grands yeux. Puis raconté qu’elle avait ENCORE passé une matinée à consoler une lycéenne victime d’une mauvaise note. Elle avait beau lui expliquer que sa note ne voulait rien dire, que cela ne « comptait pas », elle n’avait pu l’empêcher de sécher ses larmes. Un E ou un « 6 » plutôt qu’un 8/20 aurait-il changé la donne?

De fait, il est peut-être trop tard pour changer le réacteur. La culture de la note irrigue l’ensemble de notre système de l’école élémentaire à l’entrée dans le monde du travail. Si l’on veut vraiment prendre cette proposition au sérieux, voyons les choses en grand: plus de notes au bac, plus de dossier scolaire à l’entrée en seconde, plus de notes dans l’Enseignement supérieur, plus de classement de sortie à l’ENA, et des concours d’entrée aux grandes écoles remplacés par des oraux « bienveillants ». Sinon rendez-vous dans six mois pour le prochain débat sur la note.

 

 

 

 

 

 

Meirieu: Attila des savoirs ou Dalaï Lama?

10 ans de journalisme sur l’école sans jamais rencontrer Philippe Meirieu. J’ai honte de l’avouer. Adulé comme le Dalaï Lama pour les uns, Attila des savoirs pour les autres, Meirieu est pourtant le seul pédagogue à avoir mis les mains dans le cambouis médiatique. J’ai réparé mon ignorance et fini par partager un déjeuner avec Philippe Meirieu, à la veille de son départ en retraite.

Philippe Meirieu

Meirieu, coupable idéal

Je voulais en dire un mot ici parce qu’il me semble que Meirieu résume à lui seul les impasses du débat éducatif en France. J’ai été frappée, en le rencontrant, par la totale incompréhension de sa pensée que révèle la caricature qui en est faite, et la manière dont ses détracteurs, les Brighelli, Finkielkraut et consorts, se trompent d’homme. Voire de combat. Meirieu pour ses détracteurs, c’est le grand coupable: celui qui veut apprendre a lire aux enfants sur les notices de machine à laver, celui dont les théories pédagogiques ont ruiné l’école et conduit au « désastre » éducatif dans lequel se trouve notre pays. Bref, Meirieu pour une partie de la pensée dite « républicaine » sur l’école, c’est le mal.

Or ce discours et cette forme de défaitisme sur l’état de l’école dont Meirieu serait le symptôme sinon la cause, sont d’excellentes raisons pour biaiser le débat et ne pas regarder la seule chose dont parle celui qui a inventé les IUFM : les pratiques pédagogiques, la manière dont un enseignant fait classe, l’épaisseur de la relation entre l’enseignant et son élève.

Un débat éducatif en noir et blanc

Que dit Meireu? L’institution a délaissé depuis les années 80 ses ressources humaines, à savoir la formation durant leur vie professionnelle de ceux dont le métier est précisément de former! Que dit Meirieu? Que le génie d’Alain Savary, ministre de l’Education de 1981 à 1984, est d’avoir créé dans chaque académie, aux côtés du recteur, un poste dédié à la formation continue des maîtres.  Que dit Meirieu? Qu’à cette époque les enseignants sacrifiaient une partie de leurs vacances d’été dans des séminaires de formation, qui voyaient affluer des milliers d’enseignants.

Donner la priorité à la formation continue des enseignants, à la gestion de cette ressource humaine indispensable à notre pays que sont les enseignants, n’a plus été affiché dans les priorités gouvernementales depuis le début des années 80. A l’ère de la com à outrance, ce discours n’a aucune chance de passer le mur d’un bureau de la Rue de grenelle. Pas vendeur. Et pourtant terriblement vital.

Ne pas entendre cette urgence, restreindre le débat éducatif à un tableau en noir et blanc: pédagogues contre républicains, droite contre gauche, progressistes contre réacs, privé contre public, c’est pratique et ça empêche de penser .