Meirieu: Attila des savoirs ou Dalaï Lama?

10 ans de journalisme sur l’école sans jamais rencontrer Philippe Meirieu. J’ai honte de l’avouer. Adulé comme le Dalaï Lama pour les uns, Attila des savoirs pour les autres, Meirieu est pourtant le seul pédagogue à avoir mis les mains dans le cambouis médiatique. J’ai réparé mon ignorance et fini par partager un déjeuner avec Philippe Meirieu, à la veille de son départ en retraite.

Philippe Meirieu

Meirieu, coupable idéal

Je voulais en dire un mot ici parce qu’il me semble que Meirieu résume à lui seul les impasses du débat éducatif en France. J’ai été frappée, en le rencontrant, par la totale incompréhension de sa pensée que révèle la caricature qui en est faite, et la manière dont ses détracteurs, les Brighelli, Finkielkraut et consorts, se trompent d’homme. Voire de combat. Meirieu pour ses détracteurs, c’est le grand coupable: celui qui veut apprendre a lire aux enfants sur les notices de machine à laver, celui dont les théories pédagogiques ont ruiné l’école et conduit au « désastre » éducatif dans lequel se trouve notre pays. Bref, Meirieu pour une partie de la pensée dite « républicaine » sur l’école, c’est le mal.

Or ce discours et cette forme de défaitisme sur l’état de l’école dont Meirieu serait le symptôme sinon la cause, sont d’excellentes raisons pour biaiser le débat et ne pas regarder la seule chose dont parle celui qui a inventé les IUFM : les pratiques pédagogiques, la manière dont un enseignant fait classe, l’épaisseur de la relation entre l’enseignant et son élève.

Un débat éducatif en noir et blanc

Que dit Meireu? L’institution a délaissé depuis les années 80 ses ressources humaines, à savoir la formation durant leur vie professionnelle de ceux dont le métier est précisément de former! Que dit Meirieu? Que le génie d’Alain Savary, ministre de l’Education de 1981 à 1984, est d’avoir créé dans chaque académie, aux côtés du recteur, un poste dédié à la formation continue des maîtres.  Que dit Meirieu? Qu’à cette époque les enseignants sacrifiaient une partie de leurs vacances d’été dans des séminaires de formation, qui voyaient affluer des milliers d’enseignants.

Donner la priorité à la formation continue des enseignants, à la gestion de cette ressource humaine indispensable à notre pays que sont les enseignants, n’a plus été affiché dans les priorités gouvernementales depuis le début des années 80. A l’ère de la com à outrance, ce discours n’a aucune chance de passer le mur d’un bureau de la Rue de grenelle. Pas vendeur. Et pourtant terriblement vital.

Ne pas entendre cette urgence, restreindre le débat éducatif à un tableau en noir et blanc: pédagogues contre républicains, droite contre gauche, progressistes contre réacs, privé contre public, c’est pratique et ça empêche de penser .

 

 

 

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6 réflexions au sujet de « Meirieu: Attila des savoirs ou Dalaï Lama? »

  1. Le dernier discours prononcé par notre ministre au Salon de l’éducation est pourtant lui-même très « défaitiste » (« 12% des élèves ne maîtrisent pas les compétences de base attendues en français en fin de CM2. Ils sont 25% dans ce cas en 3ème. 9% des élèves ne maîtrisent pas les compétences de base attendues en mathématiques en fin de CM2. Ils sont 13% dans ce cas en 3ème »). Et les chiffres de la DEPP, en comparant les élèves sortant du primaire entre 1987 et 2007, ont pu montrer un effondrement du niveau des élèves. On est frappé de constater que cet effondrement coïncide avec la mise en place des IUFM et l’application de pédagogies nouvelles. Le problème ne réside peut-être pas tant dans le principe de la formation (initiale et continue) que dans son application.

    • En 2007 je me souviens de la hargne que pouvait susciter le seul terme d’IUFM pour une partie des responsables de droite. Tout n’était pas à jeter! Et je ne sais pas si la coïncidence dont vous parlez peut être transformée en cause.

      • @redaction : bien sûr, la réflexion ne gagne rien à la hargne ou aux boucs-émissaires, mais ça n’empêche pas d’être combattif. Je n’établis pas de lien de causalité mais on ne peut que s’étonner d’une école en déshérence aujourd’hui quand depuis un quart de siècle la formation initiale des enseignants en IUFM, la mise en place des cycles, la réformes des programmes étaient censées l’améliorer radicalement.

  2. Le seul tord de Philippe Meirieu est d’avoir séparé les méthodologies de l’enseignement des contenus à enseigner. Certains y ont vu un abandon des connaissances à faire apprendre aux élèves, dont Finkielkrault et Brighelli. D’autres y ont découvert un apprendre à apprendre tout au long de la vie. Jamais cependant Meirieu a souhaité l’ouverture de l’école sur la vie, ni le déplacement des élèves (et de leur mode de pensée) vers l’esprit d’entreprise. Nombreux ont été satisfaits parmi les jeunes enseignants de découvrir comment « faire la classe » et comment faire « apprendre aux élèves » grâce à la transposition pédagogique, dans leur discipline d’enseignement, de certains principes dont Philippe Meirieu a été un nouveau révélateur.

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