La fin de la fin des notes ou l’indigence de la puissance publique

Le sujet occupe le devant de la scène médiatique depuis bientôt un an. Une grande conférence nationale et un rapport d’experts plus tard, et le voilà mort-né. La réforme de l’évaluation des élèves, un sujet complexe et sérieux, a fait l’objet par la puissance publique d‘un traitement plus que superficiel. Indigent.

Sans nous prononcer sur le fond, ce qui frappe ici c’est l’effet de « déjà vu » de ce scénario. Un ministre –Benoît Hamon en l’occurrence – s’empare d’un sujet qui « accroche » l’opinion. Débats, polémiques, indignation. On temporise et repousse les décisions à plus tard: demande de préconisations au Conseil supérieur des programmes et lancement d’une conférence nationale. (Le scenario trouve ici une légère variante puisque le ministre en question est débarqué avant la rentrée. Drôle). Arrive une nouvelle équipe et une ministre aussi peu familière de ces sujets que son prédécesseur. Qu’importe : on continue ! Re-débats. Re-polémiques. Re-arbitrages repoussés à plus tard. Les préconisations arrivent: inutile de les suivre puisqu’ au final,  on-reste-comme-on-était-c’est-très-bien.

Une autorité qui a bon dos

Ainsi va l’action publique à l’Education nationale : du temps gâché, des experts et une communauté éducative invités à réfléchir pour, à l’arrivée, un arbitrage dicté par le calcul et la pression politiques, sans relation avec le sujet de départ. On peut en effet se demander quel rapport il existe entre les attentats qui ont ensanglanté Paris début janvier et le système de notation des élèves. Aucun.

Pourtant, le storytelling ambiant nous assure que le Président de la république et son Premier ministre n’ont pas souhaité, un mois après les événements de janvier, remettre en cause l’autorité des professeurs en supprimant les notes…Cet épisode illustre bien la collusion, des plus néfaste pour l’école, de deux logiques : celles de la politique et celles de la pédagogie, à savoir la capacité à transformer un enfant en un adulte bienveillant, créatif et bien avec lui-même. Et là je vois le rapport avec les événements de janvier.

Malaise devant la « jeune garde de Hollande »

Passons. Mais il y a plus grave- je fais echo ici à une conversation avec ma consoeur Louise Tourret. Quelques jours avant ce recul de la ministre sur les notes, L‘Obs faisait paraître en Une un article sur la jeune garde de Hollande. Malaise en feuilletant ces photos de jeunes gens pâlots alanguis comme dans un film de Visconti dans un salon de l’Elysée. Ce cliché a un effet dévastateur. Au delà de l’erreur de communication -quelques semaines après les attentats de janvier…- il désamorce de façon définitive tout discours sur  la réussite pour tous, l’égalité des chances, l’école républicaine etc. En regardant ces jeunes énarques « nés du bon côté du périphérique » mis en scène de façon très provocante, on ne peut croire que le pouvoir en place ait la moindre volonté d’amener le plus grand nombre à réussir. Et encore moins que ce gouvernement n’ait eu un instant l’intention de modifier le système qui a façonné cette jeune « garde » : des notes, des notes et encore des notes.

Edit

Pensées pour @Profencampagne et à @Schesnel qui ont alimenté ce billet!

 

À ma grand-mère

Je voudrais ici rendre un hommage à ma grand-mère, Simone Girard, disparue ces jours-ci. Quel rapport avec l’éducation me direz-vous ? Tout, justement.

Parce que la transmission, la diffusion des savoirs de toutes sortes -être, comme faire – dépassent infiniment les murs de la classe. Le rôle d’une grand-mère dans les apprentissages dits « informels » est immense. J’en prends la mesure aujourd’hui.

Simone Girard (1922-2015)

L’enseignement dès le plus jeune âge de l’empathie – aux fondements de la capacité à apprendre, le chercheur Stanislas Dehaene ne dit pas autre chose -, l’éducation au goût, le développement du jeu, l’attachement au passé et l’inscription de l’enfant dans une perspective temporelle à travers la mémoire familiale…tout cela pourrait utilement figurer dans un programme de maternelle.

J’ai eu beaucoup de chance puisque ma grand-mère a joué ce rôle à la perfection, la tendresse en sus. Elle a ouvert ma curiosité, délié mes papilles -ça marche ensemble- et enseigné l’importance de la trace, celle que l’on laisse, celle que l’on transmet. Si j’en ai fait mon métier, je le lui dois.