Alain Juppé, la droite et l’école

Alain Juppé, candidat aux primaires de l’UMP pour 2017, organise une grande consultation sur le thème de l’école. Sur son site internet, « Agis pour la France », les enseignants pourront répondre jusqu’au 15 avril à une série de questions façon QCM, afin de définir les thèmes prioritaires pour réformer l’école – socle commun,  évaluation, formation initiale et continue, autonomie des établissements et liberté pédagogique…- et améliorer leurs conditions de travail.

Cette approche mérite d’être soulignée, à plusieurs titres. Certes, les enseignants sont beaucoup consultés en ce moment : sur les programmes, sur le socle commun, sur les notes. Le drame justement, c’est que le résultat de ces consultations sert davantage à légitimer des décisions politiques prises en amont, qu’à véritablement prendre en compte leurs demandes et leurs attentes.

Tiens la droite se réintéresse à l’école

Mais cette nouvelle consultation nous apprend surtout que la droite se (ré)intéresse à l’école. Au même moment les équipes de Nicolas Sarkozy ont organisé une rencontre avec…le Snes, le plus puissant syndicat enseignant. Tous ont en tête sans doute que la présidentielle de 2012 s’est gagnée sur un coup de dé : ces 60 000 postes supplémentaires sortis du chapeau de François Hollande, que personne n’attendait, et surtout pas Vincent Peillon. Les quelque 800 000 enseignants sont une manne électorale, traditionnellement acquise à la gauche. Mais sur ce terrain là, le code a changé. Les 60 000 postes ont paralysé la gauche et annihilé toute perspective de réforme en profondeur de l’éducation pour le quinquennat Hollande, un président qui de toutes façons ne s’intéresse guère à ce sujet – hors campagne.

Panne idéologique

Idéologiquement, la droite est en panne sur l’école. Dans ses dernières prises de parole, Nicolas Sarkozy s’est contenté de recycler le programme de sa dernière campagne : diminution de 30% du nombre de professeurs contre une réforme de leur statut et une augmentation de leur traitement. Tout comme les 60 000 postes ont plombé les perspectives de la gauche, les suppressions d’emplois massives des années « Sarko » ont empoisonné les feuilles de route des ministres successifs, l’éducation étant devenue une pure variable d’ajustement budgétaire.

Les thèmes chers à la droite : autonomie des établissements, restauration de l’autorité, retour aux fondamentaux dans les apprentissages ont pris un coup de vieux, face aux deux enjeux majeurs qui bouleversent l’éducation : l’explosion du numérique et la remise en cause des modes d’apprentissage traditionnels, et l’échec de la promesse laïque et républicaine d’égalité devant l’éducation, qu’ont souligné de manière criante les jours qui ont suivi les attentats de janvier.

Je ne sais pas dans quelle mesure la consultation menée par Alain Juppé répondra au désarroi et à la perte de repères que ressentent, avec plus ou moins d’intensité, tous les enseignants. Espérons simplement que pour une fois, la consultation soit un peu plus qu’un outil de communication politique.

 

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3 réflexions au sujet de « Alain Juppé, la droite et l’école »

  1. J’aimerais faire quelques commentaires au sujet du programme de N. Sarkozy tel qu’il était présenté lors de la dernière campagne présidentielle : « diminution de 30% du nombre de professeurs contre une réforme de leur statut et une augmentation de leur traitement ». Même si la proportion de 30% ne me paraît pas réaliste, je souscris à l’idée que la solution consistant à augmenter le nombre des professeurs, comme l’a fait l’actuel gouvernement n’était pas la bonne : elle a été trop coûteuse et inefficace : c’est la restauration de l’autorité et la reconnaissance du magistère des professeurs qui pourrait permettre que l’on ne perde pas son temps en vociférations, exhortations et admonestations diverses et que le temps des cours soit effectivement consacré à l’enseignement…Je suis partisan d’une augmentation du traitement des professeurs, les moins bien lotis des pays comparables : si l’on veut susciter des vocations et disposer de meilleurs enseignants, il faut rendre le métier plus attractif. Je me méfie en revanche de la réforme du statut des professeurs : il ne faut évidemment pas toucher à la sécurité de l’emploi et ne pas augmenter les services, du moins dans certaines disciplines. Ex-professeur de lettres classiques dans un lycée, je travaillais près de soixante heures par semaine. Je l’atteste sur l’honneur.

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